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BULLETIN
DE LA
SOCIETE DE GEOGRAPHIE.
Cinquième Série.
Tom yi.
USTB DES PRÉSIDENTS HONORAIRES DE LA. SOCIÉTÉ ( 1 ).
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MM*
* Marqais de Laplâce.
""Marquis de Pastoret.
*V*' de Chateaubriand.
* C*'' Chabrol de Volvic.
*Becquey.
* C* Chabrol de Crodsol.
* BaroD Georges CnvisR.
*B*" HîDE de Neuville.
*Dac de Doudeadville.
*G" d'Argout.
*J.-B. Eyriès.
*Le vice-amiral de Rignt.
"'LecoQt.-am. d*Oryille.
*Dac Decazbs.
'"Comte de Montalivet.
BaroQ de Babantb.
MM.
GUIZOT.
♦DeSalvandt.
* Barou Tupinier.
C^*" Jaubert.
* Baron de Las Cases.
ViLLEMAlN.
'"Cunin-'Gridaine.
* L'amiral baron Rodssin.
* L'am. baron de Mackau.
*B'" Alex, de Hdmboldt.
* Le vice-amiral Halgan.
* Baron Walckbnabr.
* C" Molé.
De La Roquette.
*JO]IARD.
Dumas.
Le général baron Pelbt. ILc contre-amir. Mathieu.
MM*
Le vice-amiral La Place,
*Hipp. FORTOUL.
Lefebyre-Duruflé.
guigniaut.
• Daussy.
Le général Daumas.
Élie de Bbaumont.
S. Ex. M. Rolland.
S. Exe. Tamiral Romain-
Desfossés.
Flaraarens.
Le comte de Grossoi«e8-
^laharens.
S. Exe. M. le comte de
Persignt.
Le contre-amiral de La
RONCl&RB LE NOURT.
USTK DES CORRESPONDANTS ÉTRANGERS
DANS l'ordre de LEUR NOMINATION.
MM.
W. WOODBRIDGE, à BostOD.
Le général Edward Sabine, à Londres.
Le docteur J. Richardson, à Londres.
Le professeur Rafn, à Copenhague.
W. Ainswokth, à Londres.
Le colonel Long, à Louisville. Ky.
Le capitaine Maconochie, à Sydney.
Le conseiller de Macedo, à Lisbonne.
L'amiral John Washington, à Londres.
Le docteur Kriegk, à Francfort.
Adolphe Erman, à Berlin.
Le docteur Wapp^us, à Goettingue.
Ferdinand de Luca, à Naples.
Le docteur Baruffi, à Turin.
Le colonel Fr. Cokllo, à Madrid.
Le profess. Paul Chaix, à Genève.
MM.
J. S. Abert, colonel des ingénieurs to-
pographes des États-Unis.
Le profess. Alex. Bâche, surintendaDC
du Coast-Survey, aux États-Uois.
Lepsics (Richard), de T Académie des
sciences de Berlin, à Berlin.
De Martius, secret, perpét. de TAcad.
des sciences de Bavière, à Muaicb.
Kiepërt (Henri), à Berlin.
Petermann (Augustus),% Gotha.
E. Lamanskt, à Saint-Pétersbourg^.
Norton Shaw, secrétaire de la Société
géographique de Londres.
Foeiterle, secrétaire de la Société
géographique de Vienne.
MM.
LISTE DES CORRESPONDANTS ÉTRANGERS
QUI ONT OBTENU LA GRANDE MÉDAILLE.
MM.
Le capitaine Graah, à Copenhague.
Le capitaine G. Back,
L'amiral James CLABKRo8S,à Londres.
Le capit. R. MiC-CLURE, à Londres.
Le docieur Henri Barth, à Berlin
Le rév. David Livingstone, à Londres.
Le docteur E. K. Kane.
Les frères ScHLAGiNTWËiT, à Berlin.
Le capit. Richard F. Burton, à Londres.
Le capit. J. H. Speke, à Londres.
De Khanikoff (N.), à Saint-Péters-
bourg.
(1) La Société a perdu tous les PrésidenU dont les noms sont précéiléi d'un *.
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BULLETIN
DE LA
SOCIETE DE GEOGRAPHIE
RÉDIGE PAR LA SECTION DE PUBLICATION
ET MM. Y. A. MALTE -BRUN,
SEGRÉTAIKE GÉNÉRAL DE LA COMMISSION CENTRALE,
BT
V. A. BARBIE DU BOCAGE,
SECRÉTAIRE ADJOINT
CINQUIÈME SÉRIE. — TOME SIXIÈME.
ANNÉE 1863.
JUILLET — DÉCEMBRE.
PARIS
CHEZ ARTHUS-BERTRAND,
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHTE,
RUE HAUTEFEUILLE, N» 21.
1863.
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THE REW TO?.K 1
PUBUC LIBRARY
ilSTOR, LENOXA
TILDKM FOUNDATIOMS
^01 POSITION
DU BUREAU DE LÀ SOCIÉTÉ
POUR 4863-1864.
Président. S. Exe. M. le comte Wâlewski, mtaistre d*État.
v a D étt\ij, /« ) ^- I® vicomte FLEcaioT Dblanglb, contre-amiral.
Ytce-frestaems.^^ Reinadd, membre de rinstilut.
o.-^.i>.i^.«. I M. de PoNGBRViLLB, membre de FlDStitut.
Scnaateurs. Jm.Sédillot.
Secrétaire»
M. Edouard Charton.
COMPOSITION DU BUREAU ET DES SECTIONS
DE LA COMMISSION CENTRALE.
Président,
Vice-Présidents»
M. de QuATREFAGES, membre de TÂcadémie des scieDce<«
M. D*ÂVEZAC.
M. Vivien de Saint-Martin.
Secrétaire général. M. V. A. Malte-Brun.
Secrétaire adjoint. M. Y. A. Barbie du Bocage.
COnPOSlTIOW DE9 SECTIONjSI t
Section de CoîTespondance.
MM. d'Abbadie, corr. de l'iDSt. , prés.
Alex. Bonneau.
Ed. Charton.
C** d*Escayrac de Lauture.
DeFroidefondsdes Farges, secr.
Victor GuériD.
Adjoint : ]
MM. Aug. Himly.
Gabriel Lafond.
De La Roquette.
A. Maury, de rinatitut.
Ernest Morin.
Noël des Vergers, corr. de Tins t.
M. Lejean.
Section de Publication.
MM. BaissoD.
Eog. Cortambert, secrétaire.
Alfred Demersay.
Ernest Desjardins.
Jales Daval.
Guigniaut) de llnstitut.
Adjoint : !
MM. Alfred Jacobs.
Lourmand.
Morel-Fatio.
Éiisëe Reclus.
SédilloU
Trémaux.
1. Maunoir.
Section de Comptabilité.
MM. Bouillet.
Dclocbe.
F. A, Garnier.
Adjoint ; M. le vie
MM. S. Jacobs, secrétaire.
Lefebvre-Duruflé, président.
Poulain de Bossay.
;omte de Rostaing.
Trésorier. M. Meignen, notaire, rue
Agent. M. Noirot, rue Christine
Aijoint. M. Adolphe Noirot.
Saint-Honoré, 370.
,3.
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• *
BULLETIN
DE LA
SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE.
JUILLET 1863.
Mémoires, Motlees, etc.
LE D' ALFRED PENEY
ET SES DERNIÈRES EXPLORATIONS
DANS LA BÉGION DU HAUT FLEUYE BLANC.
1860-1861:
Extraits de ses notes el de son journal de voyage,
MIS EN ORDRE ET AGCOMPAGNÉS DE NOTES
Par M. V. A. Malti-Ekith,
L
Au moment où Tattention publique est avec raison
fixée sur les importants résultats de Texploration dans
l'Afrique orientale confiée aux capitaines Speke et
Grant; au moment où cette éternelle question des
sources du Nil est plus que jamais interprétée et dis-
cutée , il est du devoir de la Société de géographie de
Paris de mettre en lumière les principaux résultats
obtenus par un voyageur français mort à la tâche, en
cherchant à reculer, dans cette vçie périlleuse, les
limites de Tinconnu.
Le nom du D^ Alfred Peney ne doit pas en effet
tomber dans l'oubli ; il est le premier Européen qui ait
franchi les rapides de Garbo qui repdept &u delà de
Gondokoro la navigation du fleuve Blanc si difficile ; îl
est le premier qui ait reconnu les cataractes de Makedo
et vu le fleuve au delà de cet obstacle. On lui doit
sur les pays situés à Test et àTouest de Gondokoro
des détails précieux, et ses notes, ses obse^'vations dé-
posées dans les archives de la Société, témoignent d'un
voyageur sérieux qui paraissait digne de la mission
qu'il avait sollicitée et obtenue du gouvernement égyp-
tien, grâce à l'appui de M. Jomard, auquel devait
revenir la triste et honorable tâche de faire connaître
dans le Bulletin ses travaux, lorsque la mort vint le
surprendre au moment où il allait se mettre à l'œuvre.
IL
En 1840, M. le D' €lot-Bey, inspecteur général du
service de santé d'Egypte, se trouvant à Paris, distingua
un jeune médecin ayant appartenu à l'armée navale,
Çui lui fi\t présenté ; il, se ^a^taçha eçi qualité ^ç secré-
taire. G'é^it M. Alfred Peney {\\.
Peney naquit le 3 août 1817 à Saint-Genix, petit village
■« . , ,, . \
lex (Ain). Son père, qui appartenait à Tadministration
(1) Alfred
du pays de Gex
des douanes, lui fit commencer ses études à Saint-Claude (Jura), vers
Pannée 1828; il les termina au collège de Nantua, et vint à Lyon eo
1835 pour y commencer ses études médicales, et ce fut comme élèye
eu médecine que pendant quelque temps il fut attaché à TH^tel-D^ça
(7)
De retour à son poste, Clot-Bey s'occupa de faire
parcourir une carrière honorable à ce jeune praticien,
eu qui il avait reconnu une intelligence et une aptitude
peu communes. Après avoir rempli pendant quelque
temps avec distinction les fonctions de médecin-major
dans Tarmée égyptienne, M. Peney exprima à son pro-
tecteur le désir d'aller dans le Soudan pour y faire des
études sur la géographie et l'ethnologie.
K. Clot-Bey, appréciant tous les services scienti-
fiques que le D' Peney était à même de rendre, s'em-
pressa d'accueillir la demande qui lui avait été faite, et
M. Peney, quelque temps après son arrivée à Khar-
toum, fut nommé médecin inspecteur chargé du service
8amt^re du corps d'année égyptien occupant cette
province.
Les prévisions de Glpt^Bey se réalisèrent, far dans le
poste élevé où il était parvenu, M. Peney sut recueillir
et fournir aux sciences géographiques une foule de
matériaux précieux, dignes d'un véritable intérêt.
A l'époque où se prépfirait l'expédition aux sources
du Nil, soiis la direction de H. le comte d'Escayrac,
4e cette ville. La juste eélébrité de Tëcole m^icale de Moqtpellier
l!tttira dans cette ville de 1837 à ISSS pour y compléter ses études.
Qçpendaot le choléra décioiai^ le midi de la France, Alfred Peqey
K rendit à Arles où son père résidait alors eo qualité de contrôleur
des douanes, et se voua avec zèle au traitement des malheureux atteints
du redoutable fléau.
Eq 1839, le désir d*étendre le champ de ses études lui fit accepter
one place de chirurgien auxiliaire dans la marine, et il avait déjà
navigué en cette qualité lorsque le D' Clot-Bey le distingua et se Tatta-
cha en qualité de secrétaire.
■.
(8)
expédition qui eut sans doute atteint un tout autre ré*
sultat si son chef eût été libre de suivre son premier plaii,
l'Académie des sciences avait rédigé pour les membres
de cette expédition une série de questions, parmi les-
quelles il s'en trouvait plusieurs ayant rapport à l'ethno-
graphie, aux maladies et à l'état de la médecine chez
les populations qui habitent l'intérieur de l'Afrique.
L'avortement de cette expédition si laborieusement
préparée suggéra auD' Peney l'idée de mettre en ordre
quelques notes recueillies au Soudan égyptien pendant
le séjour de dix-huit années qu'il avait déjà fait dans
cette province, notes qui répondaient à quelques-unes
des questions posées par l'Académie des sciences. Étant
vena en France en congé temporaire vers la fin de
l'année 1858, il adressa, à la date du 6 janvier 1859»
à M. Jomard ses notes en le priant de les communiquer
à l'Académie. Elles fm*ent en effet communiquées à;ee
corps savant qui les renvoya à l'examen du D' J. C]ji>*-
quet (1). Le D"^ Peney se proposait déjà à cette époque
d'entreprendre une exploration à la recherche des
sources du Nil (2), et il avait même, à cet effet, soumis
un projet de voyage à S. Exe. Arakel-Bey, gouverneur
des provinces de Sennâr et de Kordofan, projet que
M. le D' Glot-Bey communiqua à M. Jomard. c Per^
sonne, lui écrivait-il à la date du 26 octobre 1858,
n'est mieux à même que M. Peney d'entreprendre ce
(1) Voyez le n* 24 des Comptes rendus des sécmces de VÀcadémie
dtfsscttfnces pour 1860.
Le mémoire de M. le D^ Peney a été inséré ao Bulletin de mai-Jain
1859, p. 321.
(2) Voyez le DuUetin de décembre 1858, p. 441.
(» )
voyage. Il connaît déjà les lieux, il est parfaitement
acclimaté par un séjour de quatorze ans dans le Soudan.
Il a de Finstruction, de l'intrépidité ; c'est, en un mot,
l'homme qui a le plus de chances de réussir Vous
pouvez avoir confiance en lui ; c'est un homme probe
et sérieux, et je vous serai particulièrement reconnais-
sant de ce que vous ferez pour lui »
De retour à Khartoum, après avoir à peine pris le
temps d'embrasser sa sœur madame Ayasse Peney, sur
laquelle il concentrait toutes ses affections de famille,
il reprit, en attendant que l'autorisation d'entreprendre
son exploration lui fût parvenue, le cours de ses tra-
vaux et de ses explorations météorologiques. Il constata
que l'altitude de Sennâr était de 362*", 5 ; que celle de
Khartoum était de 33 ô mètres (1).
n avait l'espérance de pouvoir s'adjoindre à une
expédition vers le haut fleuve Blanc que préparait un
Français connu à Khartoum sous les meilleurs rapports,
M. A. de Malzac, mais ce dernier succomba vers la fin
d'avril 1860 à un de ces accès de fièvre si redoutable
pour les Européens sous ces brûlantes latitudes, et il
lui fallut former d'autres projets.
Heureusement qu'un négociant maltais, M. Andréa
De Bono, l'un des plus hardis et des plus heureux
explorateurs du fleuve Blanc, préparait une expédition
dans le dessein d'explorer les contrées où devait péné-
trer M. de Malzac ; M. Peney réussit à s'adjoindre à cette
société avec l'autorisation du gouvernement égyptien.
(1) Ce nombre rësalte d'obfenrations faites dans le cours de Tannée
et doDt le minimom barométriqae est de 727 millimètres, etl e
muimam de 733 millimètres.
(10)
he 14 août 1860, il écrivait à }H. Jomard : « lt|o
voilà donc de nouveau en partance pour les l^autes
régions dij) Ni), avec la ferme intention de remonter p)t|^
haut qu'on ne Tçi fait jusqu'à ce jour ; et ppfipettez-mqi,
monsieur, devons le dire, avec l'espérance de parvenir
au delà de. l'Equateur, et par conséquent aux grands lacs
récemment découverts. Seulement comme au-dessus
de Gondokoro la pavigation du fleuve devient presque
impossible, même pour des barques très-légères, notre
intention est de prendre la voie de terre, dès que celle
du fleuve, deviendra impraticable et de remonter aus3i
haut que possible en côtoyant les rives du Nil, et de
façon à nq pas nous égarer en chemin ni à confondre
un cours d'eau avec un autre. Çn trois mois de temps
et avec une escorte d'une centaine d'hommes dont nous
pourrons disposer, nous avons calculé que nous avions
le temps et toutes les probabilités de parcourir av^c
fruit l'espace qui s'étend entre Gondotpro et Içi partiç
septentrionale du lac Nyanza. J'espère emporter avç^
moi quelques instruments d'astronomie et dq météoro-
logie qui manquent à ma collection actuelle et dont
j'ai fait la demande à Rœnig-Bey ; de ce nombre sont
deux chronomètres de poche achetés pour l'expédhion
di^çQflate 4 Çsçayra^ç et dei^jf QVi troi^ baromètres ;m|l-
heuçeu^ççaçnt j'ignore dans q^iel état sont ces instru-
ments. »
IIL
Ce fut le 1^' novembre de Vannée 1860 que le
D' Peney quitta Khartoum avec 2 barques, une daha-^
(")
biéh de )& hommes d'équipage et un nagher de
8 hommes, plus 30 soldats commmandés par un offi-
cier et répartis sur les deux barques, pour remonter
le fleuve Blanc. Le 29 décemt)rei il atteignait Gopdo-
koro, terme habituel dçs expéditions préç^^^nte^.
Cette première partie du voyage n'pflffit auc^pq p^
ticularité remarquable ; le trajet de Kbs^^oujn ^ Gq&-
dokoTO a d'ailleurs été j'objet de p^ijsieurs rapportai à%
la part dçç yoyageprs qui depui? ^. ^' Arnaud Fon^
exécuté.
Contentons-nous de dire qiie ^e D' Pe;pey tiji^^ u^
joym^ exact de sa route, notant jour par jo^r \^
heures de i^^^c^e, la direction ^uivie, la ^i^tancç
parcourue, les phénqjçpiènes mé^éç^rologiques : état di^
ciel, température, vents ; çlreçisaqt cjisjqi^e soir la cartç^
^u ps^jcçpu^s du fleuve*^ indiquait les village^, les
points reippafqu^bleçi, reci^piU^n^ sur T^iistoire. ^tu-
relie eit sur Tethnograpl^ie de? notes qi^ç i^ous retrou-
vons éparseiS dans son j^oumal.
Sjfçs notes ?ur les peupladçs riveraines du fleuve de
%^um à Gqudokoro , spr ^ Sç^içiflli;?^ (Sd^illpVi^s),
Iç^ I^ouf^ïf , Ig. grande femillç des^ ^!?^^ ^\ 99™ÇiîÇP,^
!^|rit>^ de^ i^it^ch, dçs T«it?ch, les Bfp^i^ç, îçs, Çe^iai);
^èH9^plÇt,Ç3, çpé^tçnt V^Wentipn ç^aiç ^^ nû«piiffeftx
détails qu'elles contiennent; elles compléteront cer-
tweipçnl. celtes qqçi QO^s devp.^aiàç^'^^tre§! vpy^geurs,
aussi nous proposons-nous de les reproduire dans up
des prochains cahiers du Bulletin.
(12)
IV.
Après quelques jours de repos pendant lesquels le
D' Peney visita les environs de Gondokoro, Libo et
Bélénian, et où il prit quelques hauteurs du soleil à
différentes heures du jour à Taide d'un sextant, ayant
appris qu'une caravane de trafiquants d'ivoire devait
partir pour l'ouest, il résolut de s'y adjoindre (1).
Le départ eut lieu le vendredi A janvier 1861 :
€ Trois jours de marche dans une direction occiden-
tale et sur le même parallèle que Gondokoro nous con*
duisirent, dit le D' Peney dans une lettre à S. Exe.
Kœnig-Bey, président de l'Institut égyptien (2), sur les
confins de la province de Niambara, et quatre autres
dans la même direction nous amenèrent dans le district
de Morou, appartenant à la même province. Ce dis-
trict est traversé par un fleuve appelé Yièh dans la
langue des indigènes. Ce fleuve, qui coule dans la
direction du S. E. au N. 0., à un degré de longitude à
l'ouest de la branche principale du Barry (le fleuve
Blanc), avait au moment où je l'ai franchi, époque des
plus basses eaux, sur une largeur de 80 tnètres, une
profondeur moyenne de 0°»,35 et un courantàla seconde
de 0»,333. Des renseignements sur son cours inférieur
(1) Cette caravane appartenait à M. De Bono et était sous la direction
de son neveu.
(2) Cette lettre porte la date du 20 février ; c'est aussi celle d*une
lettre adressée à M. Jomard et dans laquelle le docteur lai fait le récit
de son excursion. — Cette dernière lettre a été insérée au Bulletin
de juillet 1861, p. 65.
(18)
m'ont appris qu'il traverse, en sortant de la province
de Niambara, la tribu des Allob, contoame la contrée
habitée par les Niam-Niam Makaraka , arrive chez les
Djoar, et de là, en continuant toujours la même direc-
tion vers le N. O., vient se jeter dans le Bahr-el-Gbazal
ou Keilak dont il est un des principaux affluents. Ces
renseignements coïncident d' ailleurs parfaitement avec
ceux donnés par les marchands du Bahr--el-Ghazal.
Qoant à son cours supérieur et à son origine, je n'ai
pu me procurer que des indications si vagues, que je
crois devoir les passer sous silence (1). J'espère pour-
tant pouvoir me renseigner positivement à cet égard,
de visuy dès que l'occasion m'en fournira 4es moyens.
» Pendant un mois qu'a duré mon excursion dans la
province des Niambara , j'ai pu étudier et recueillir
ffivers sujets botaniques, dont plusieui*s m'étaient in-
connus, et observer en passant la formation géologique
de la contrée. Ces observations feront le sujet d'un
mémoire dont je n'ai pu réunir jusqu'à présent tous les
matériaux. Quand ce travail sera complet, je m'em-
presserai de le transmettre à Votre Excellence. En
stttendant j'expédie à Khartoum au mudir, pour que
celui-ci la fasse tenir à Votre Excellence, une caisse
contenant des fruits et des semences, ainsi que quelques
échantillons minéralogiques recueillis pendant cette
première partie de mon voyage. J'ai joint à cet envoi
un crâne d'un riverain du fleuve Blanc qui ressemble
plus ou moins aux crânes de la population qui s'étend
(t) Depuis, le D' Peney apprit qae ce Yièh n^était qu*une branche
da fleuve Blanc qui s'en détachait en amont des monts Régo et du
PicGniri.
(14 )
dès Schlouk jJSbhiUoukà) jusqu'aux Barry îiidusî^é-
iheiit Là rhâbhoite inférieure jointe à la bbltè osséiiâfe
indique suffiisâmiioietil qu'elle appaHietit à cette race dé
nègt*es qui S'arrabhent les Incisives et lés canines ; le
sàcàirfi est analogue à celui de toutes les races hu-
maines; 'et iié serait pas invoqué en témoignage par
les pahisah^ de la doctrine des hoiiltnes à queue.
» Parmi lés pUutes faisant partie de nooii envoi, se
trouvent divers poisons actifs deé gent-es Strychos et
iVwic vomica, doht une partie, je crois, est inédite.
Comme pliante d'utilité générale, vous trouverez des
graines et des éCHàntillotis de deux espèces botaniques :
une appelée Arak et propre aux coiitrées du Niànibarà
et aux provinces du Bahr-el-Ghàziab, l'autre faomrhée
Modouss, léguminéuse (Jui se trouve à Fazoglbii fet
chez les Barry "; toiitèS deux ont une écorce employée
comme tannin dans les contrées où croissètit beS végé-
taux; celle de l'Arak fcontîent encore du caoutchouc
et son fruit reiiferme tinfe matiêt*é ôléàgiriensé comes-
tible et très-employée par les indigènes.
» Quàilt âûx plârite's que je îi'àl pas étiquetées, ne
sachaîît dans quel genre les classer, elles pourront, je
pensé, être coordonnées |)âr ceiix des membres de
l'Institut égyptien qui s'occupent spécialement dé bota-
nique, et en premier lieu par Figari-Bey.
rt Je continuerai mes explorations aux environs de
Gohdôkoro, jusqu'à ce que la fin de îâ saison dés pluies
me permette de me teméttrè en routé pour les régîoiis
méridionales du fleuve, qui n'ont encore été visitées
par aucun Européen. Car le but principal de mon
voyage est d'atteindre jusqu'aux sources du Nil, ou du
tâoiilà à uhe des origines les plas importantes du fleuve«
Je regretté d'avoir quitté Khartoum sans avoir pu me
procurer nn thermomètre, et avant d'être rentré en
po^ssion d'im baromètre que j'ai envoyé au Cslire
{jour y être réparé. Je tâche, il est vrai, de remplacer
le premier instrument par un télescope, en observant
avec son aide des occultations des satellites de Jupiter ;
mais je ne puis me rendre compte de mes observations
pour la détermination des longitudes, ne possédant
àricuh exemplaire de la Connaissance des temps pour
rahnée pt-ésente. »
Après s'être avancé vers l'ouest jusqu'à deux jour-
nées au delà de Morou, le D' Peney revint sur ses pas,
él le !•' février il rentrait à Gondokoro, de retour de
sa première excursion.
Voici les extraits de son journal de voyage relatifs à
cette excursion au pays de Niambara.
ÎUfeMlEft EXTRAIT bu iOURNAL DE VOYAGE DU D' I>ENEY,
DU à JANVIER AU 31 JANVIER 1861.
VeMredi 4 janvier 18(51. — Départ pour la contrée
à Touest du fleuve et marche d'une heure, dans là di-
rection O. N. O., jusqu'au district de Wario.
On passe la nuit dans ce district.
Samedi 5. — Marche de deux heures et demie dans
la direction O. N. 0. jusqu'au district dekao, et d'une
bedre dans là direction 0. jusqu'au district d'On-
kaschiutt^ au pied de la montagne RounôUfi.
Dimanche 6: — Halte au village de Lobgoleh, où
nous passons deux journées pour nous jirôburër des
(16)
porteurs pour nos bagages » les nègres Mandari qui
nous avaient servi à cet effet jusque-là ayant jugé à
propos d'abandonner notre caravane.
Lundi 7, mardi 8. — Marche de sept heures et demie
dans la direction O. et jusqu'au village Répouté, où
commence la province Niambara. Forêts sur notre
route et chaîne de montagnes allant dans la direction
du S. au N. Divers pics granitiques isolés s'aperçoi-
vent dans différentes directions.
Mercredi 9. — Passage à travers deux pics de for-
mation granitique où notre escorte est attaquée par des
nègres Niambara. Nos gens tuent ou blessent deux ou
trois des assaillants, ce qui suffit pour les mettre en
fuite ; mais deux de nos hommes reçoivent également
des coups de flèches dont l'une, entre autres, produit
une très-grave blessure dans la région du foie.
Arrivée dans la soirée dans le district de Lonkschid-^
bora.
Jeudi 10. — Quatre heures de marche dans la di-
rection 0. S. Ô. jusqu'au village Logothchia. Orage
et pluie pendant la nuit.
Vendredi 11. — Trois heures et demie de marche
dans la direction O., jusqu'au district Mayanghotia.
Samedi 12. — Cinq heures et demie de marche
dans la direction O. S. O. jusqu'au district de Morou^
où se trouve un comptoir de marchands européens et
arabes pour l'achat de l'ivoire (1).
Total des heures de marche de Gondokoro à Morou :
trente et une (31).
(1) M. Andréa De Bono possédaità Morou un établissement* (Noie
du lUàactewr.)
(17)
Dimanche 13. — Séjour à la station précédente.
6 heures matin. 2 heores et demie loir.
Therm. c. 20* (1). Them. 33*,5.
Ciel clair. Naages.
Vent îrrëguHer. Vent yariable.
Lundi lA. — (Même localité.)
6 heures matin. 3 heures soir.
Therm. 20",5. Therm. 33*.
Ciel clair. » Nuages*
VentE. VcntN. E.
Mardi 15. — (Même localité.) Petite pluie pendant
la nuit.
6 heures matin. 3 heures soir.
Temps couvert. Temps couvert.
Therm. 24®. Therm. 28».
Vent 5. 0. Vent variable.
k une lieue de notre campement et dans la direction
0., coule du S. E. au N. O. une rivière appelée Yièh,
et dont les mesures sont les suivantes :
Largeur 80™ ,00
Profondeur moyenne 0™,39
Courant à la seconde 0^,333
Ce qui donne pour le débit moyen, à la seconde, le
chiffre de 9",32â. Il faut dire que cette estimation
a été faite au moment des plus basses eaux.
Mercredi 16. — (Même localité.)
6 heures matin. 3 heures soir.
Ciel couvert. Nuages.
Therm. 18". Therm. 38%8.
Vent variable. Vent variable.
(0 Toutes les observations ihermométriquos se rapportent au ther-
"«Mûèlre centigrade.
VI. JUILLET. 2. 2
(18 )
J^Uâî 17. — (Même localité.)
6 heures knatin. ^ heares soir.
Ciel coatert. Naages.
Therm. 19». Therm. 32o.
Veot variable. Vent var.
Vendredi 18. —(Même localité.)
6 heures matin. 3 heures soir.
Ciel clair. Temps clair.
Therm. 18*. Therm. 38<>.
Vent N. E Vent variable.
Therm. au soleil et sur le sot k midi et demi : 36^,5.
Samedi 19. — (Même localité.)
6 heures matin. 3 heures soir.
Quelques nuages (stratus). Ciel brumeui.
Therm. 16^,8. Therm. 34°.
Vent N. E. Vent variable.
Dimanche 20. — (Même localité.)
6 heures matin. 3 heures soir.
Temps couvert. Quelques nuages.
Calme. * Vent variable.
Therm. 22\ Therm. 35o.
Lundi 21. — Excursion à l'ouest du fleuve Yièh.
6 heures matin. 3 heures soir.
Temps couvert. Quelques nuages.
Vent variable. Vent E.
Therm. 19o,5. Therm. 34°.
Mardi 22. — Campement à Morou.
6 heures matin. 3 heures soir.
Nuages et petite pluie. Temps couvert.
Vent variable. Vent variable.
Therm. 23°. Therm. 30\
(19)
Stercredi Î8. — (Élêmfe localité.)
6 heures maUn. 3 heures soir.
Ciel clair. Nuages.
Veut N. E. Veut Tsriable.
Therm. iO^'fS. Therm. 33*.
Jeudi *2à. — Campement de Moron.
6 heures uiatin. 3 heures soir.
Ttaops coufert. Nuages.
Veol variable. Vent variable.
Tbenn. 22». Therm. 32<>.
Samedi 26. — Départ pour le retour avec les gens
de M; De Bono et le guide Longadjou.
Jeudi 31. — Arrivée dans la matinée dans le dis-
trict d*Onkaschiutt et le lendemain à Gondokoro.
Le Niafnbâ^ra.
La province de la langue niambara, qui occnpel une
^I^erficie de 35 à iO lieues carrées; est limitée à Test
pir lès protitices des Barrjr et des Chir-Mandari, à
Ititiest par la cortlrte des Mondou et celle des Wania,
ao iiord par la chaîne des monts Régo qui la sépare
d«^ Mâdy, et Ha sud par les Niam-biam Makaraka et
la tribu des AUoh.
Sa population est répartie dans une vingtaine de dis-
tricts dont les plus impoitants sont ceux de Niambara,
ieBôra, de Morou, de Liky, de Fadjelou, de Toubod
et de Bandou.
Cfetté province a un idiome propre et qui n'offre au-
^^tie ressemblance avec le langage des Denka ni avec
(20)
celui des Barry ses voisins. Cet idiome, bien que très-
simple dans sa syntaxe et offrant le même système de
numération quinténale que la plupart des idiomes des
peuples nègres, présente cependant une plus grande
variété d'intonations que les langues précédentes, et
possède des consonnes sifflantes qu'on ne rencontre
dans aucun idiome se rattachant au Denka. Je citerai
comme exemples les consonnes z, dzy tZj 5, très-com-
munes dans la langue niambara, et que les peuples du
nord et de l'est remplacent par la consonne t.
Les Niambara partagent toutes les superstitions de
leurs voisins à l'égard des Coudjours ou sorciers dis-
pensateurs de la pluie ; leurs idées religieuses se bor-
nent à peu près à cette seule croyance. Bien que d'un
caractère moins turbulent et plus affectueux que les
Barry, ils n'en professent pas moins, comme ceux-cî,
une antipathie profonde pour les étrangers, et sont,
comme tous les autres nègres, en guerres continuelles
avec leurs voisins.
Ils s'adonnent généralement à la culture des terres
et récoltent chez eux, outre le doura {Holcus S or g hum) ^
le dokn, espèce de millet à très-petits grains, le sé-
same, YArackis hypogœa^ diverses espèces de haricots,
et le Convolvulus batatas. Leur pays fournit également
une grande quantité de fruits comestibles, qui sont
bons malgré leur état sauvage, et qui deviendraient
excellents par la culture. Je citerai, entre autres,
diverses variétés des genres Prunus ^ Cerasus^ Per-
sica, YAno7ia sauvage, beaucoup de plantes oléagi-
neuses, etc. Quelques-uns s'adonnent à la fabrication
des instruments et des ornements de fer ; mais le plus
(21)
grand nombre se livre de préférence à la chasse de Télé-
phant. Ils pratiquent cette chasse d'une manière assez
singulière ; car c'est grimpés et cachés sur des arbres
de haute futaie, qu ils attendent l'éléphant que d'autres
chasseurs, faisant les fonctions de limiers, sontchargés
de ramener et de diriger vers l'endroit où sont embus-
qués les pointeurs. Ceux-ci, armés d'une lance dont
le fer a 60 à 70 centimètres de longueur, avec une épais-
seur proportionnée au reste de l'arme, plongent dans le
dos ou les flancs du pachyderme l'instrument, qui pé-
nètre dans les chairs jusqu'à la hampe, et qui produit
ane blessure presque constamment mortelle. La chair
des animaux tués de la sorte est vendue au bénéfice de
la compagnie des Nemrods ; ses dents servent à faire
quelques bracelets. Avant l'arrivée des trafiquants
d'ivoire, cette partie de la bête n'était presque d'aucune
valeur et servait à faire des enclos pour y renfermer
des animaux domestiques.
f ai parlé de l'industrie du fer chez les Niambara;
mais en oubliant de dire que toute la population a un
goût très- prononcé pour les bracelets, les grelots et
aatres ornements fabriqués avec ce métal. Hommes et
femmes Niambara sont littéralement bardés de fer, et
le sexe féminin, outre les brassards qui ceignent ses
membres supérieurs, porte toujours à la ceinture un
poignard, qui sert d'accompagnement obligé aux danses
^^la population. Les femmes Niambara ont l'habitude
de se percer les lèvres supérieure et inférieure à leui
commissure moyenne, et d'y introduire un morceau d^^
quartz, de forme cylindro-conique, où, à défaut, un
cylindre de bois ou un morceau de roseau. Le se^e
(22)
féminin n*a pas adopté Tusage du pagnp, si fréquent
chez les autres tribus noires ; il a seulenient recours à
un morceau de peau de forme trjapgulaire et de din^eo-
sions très-étroites, pourcouvrir l'organe génital. Quel-
quefois cependant les femmes ajoutent sur ce vêtement
si peu ample un complément de feuilles d' arbres, fu-
sant fonction de tablier.
Les deux sexes ont les oreilles cribléea d'ouvertures
destinées ^ livrer passage et à mettre en demeure dtss
anneaux de fil de fer, ornés de verroteries, et fai§Mit
fonction de boucles d'oreilles. Ces anneaux, qui attei-
gnent le nombre de dix ou douze pour chaque oreille,
exercent sur les parties qui les support^p^ un tiraille-
ment tel, qu'il les déforjne rapidement, les éc^r|;^ ^p
leur position naturelle et imprime k 1^ pbys^ppp|[{)|ç
une expression tout à fait originale. Cet; écart^n^^nt
des oreilles fait paraître la figure beancqqp plu^ J^'FgP
qu'elle ne l'est réellement.
Les nègres Niambara ont une dftpse qpi diffère pqta-
blement de celle des Penk^ et de^ P^-rFy, bien qug Iq.
représentation de cette danse ne soit aul^ri^ ^^ cpllg 4§
sujets guerriers ou libidineux, ppwmej pjjgg }§s ajijrgg
peuplades. Cette dan^e s'^PPQfnpj^pe, pou plqs ^gfii;.
mesure f}e la riQugara (tambour) » m^)§ ^yep Iç sop
d'instruments de corne op 4'écqrpe 4fi pptirpfl, gui
imitent p}ps ou mpip§ les intqnations dp ppr de p^iaçge
et celles de la cpptre-bass§.
Outre les instruments destinés k ]^ d^use, Ij^s Niau)-
bara possèdent une espècp de sifflet troué de trois ppygr-
tures, qu'ils portent suspendu au cou, etdontilsfontun
fréquent usage pour commuaiquer entre eux ^ distanpp.
(28)
La province de Nian^ara est très-riche en abeilles,
ce qu'elle doit sans ^oute à la quantité et à la quat^td
4çs si4>^t^çes Y^étales et des fleurs qu'elle contient
dans tout son parcours. Les habitants attirent ces
abeilles au voisinage de leurs demeures en leur con-
stmisan^, sur ^^^ arbres où ils veulent fixer des essaims,
4es espèces ^e ruches très-simples, mais sufSsanteç
poor y abriter les insectes en question. Le miel qu'on
I i^écolte est 4' un |;oût exquis et d'un parfuoi des plus
^réa|)le5.
V.
De ("etour à Gondokoro le 1" février, le D' Penpy y
^jjoTLTna jusqu'au 18, sç reposant de ses fatigues et
i^^ttant en ordre ses notes ^t sa correspondance. Il
expédia le 8 février unq barqpe à Kljiartflum avec d^
let^s pour le înoudir (préfet) et upe caisse de collec-
tions botaniques et mipéralogiques à l'adresse de
Kœnig-Bey.
Il fit pendant ce séjour plusieurs observations mé-
téorologiques qui furent toutes répétées deux fois par
i<iur. Jusqu'au 11 février, ^1 constata que la tempéra-
ture de Gondokoro variait à sii; heures du matin de 15
ff 1^ deg^^s^ ceptigra(^^s, et à trois heures de 31 à
?5 degrés ; et que du 11 au 18 elle fut, à six heures du
|ûatin, de ^9 à 21 degrés, et à trois heures de 33 i
î7 degrés. Le 13 février, il constata que le fleuve
Blanc avait augmenté de 0"", 02 , et le 17 février que le
niveau de ce même fleuve avait diminué de 0'°,0S de-
puis Tavant-veille.
A son retour à Gondokoro, il avait trouvé M. G. Le-
(24)
Jean qui venait d*y arriver sur une petite barque à
laquelle il avait donné, par souvenir du pays absent,
le nom de Bretagne. M. G. Lejean était souffrant, il
renonçait à remonter plus avant le fleuve à cause des
circonstances défavorables dans lesquelles il se trou-
vait ; mais il avait l'intention de visiter le Bahr-el-
Ghazal. 11 partit en effet le lundi k février pour cette
exploration.
Quant au D' Peney, après s'être entendu avec M. De
Bono, qui consentait à mettre deux barques construites
exprès pour remonter le fleuve, à sa disposition, il
résolut de faire une expédition d'essai en amont de
Gondokoro. Son but était de vérifier par lui-même, et
avant d'entreprendre son voyage en règle, si, au
moyen des barques construites ad hoc par Tordre de
M. DeBono, on pouvait franchir les rapides qui avaient
arrêté les expéditions précédentes. Ses préparatifs
furent terminés le lundi 18 février.
VI.
Nous laisserons au D' Peney lui-même le soin de
raconter les incidents de cette exploration qui le con-
duisit à plus de 25 lieues au delà de Gondokoro. Nous
en puiserons les détails dans la lettre qu'il écrivait le
30 avril 1361 à M. Kœnig-Bey, président de l'Institut
égyptien. Ces détails compléteront ceux que donna le
docteur sur cette même exploration à M. Jomard, dans
une lettre qui a été insérée au Bulletin (1).
(1) Voyez le cahier du Buileiin d* août-septembre 1861, p. 153. —
Sar le journal-brouillOD de ses lettres, celle-ci., la dernière que
(25)
« Le 20 février (1), jour même de la date de ma pré-
cédente lettre, je quittai Gondokoro avec deux négo-
ciants européens, dont l'un, M. De Bono, avait eu
robligeance de mettre à ma disposition des barques
construites à Khartoum exprès pour l'exploration des
cataractes du Nil supérieur.
n Notre flottille nous conduisit en trois jours sous les
cataractes et, plus exactement, les rapides de Djen-
doky-Garbo. En cet endroit un groupe d'iles et de
rochers divise le fleuve en plusieurs afiluents. D'après
le conseil des indigènes, nous enfilâmes le canal le plus
oriental et qui semblait le plus étroit, au lieu de suivre
la branche occidentale explorée avant nous par les difié-
rentes barques du gouvernement et autres, qui avaient
tenté inutilement de se frayer un passage à travers les
écaeils. M. Miani, le dernier explorateur de cette région,
avait lui-même échoué Tannée précédente dans ses
tentatives, et il avait dû rebrousser chemin pour conti-
nuer son voyage par la voie de terre.
» La route suivie par notre flottille, c'est^dire le canal
oriental dont j'ai parlé, fat franchie sans de grandes
difficultés, et après une demi -heure d*effbrts nous
avions dépassé les rapides de Djendoky-Garbo (2). Je
M. Penej écrifit, porte cette soscription : « A M. Jomard oo, eo soo
absence, à If. Halte-Bran. »
(1) Le Joaroal met le départ deui Joars auparavant, le 18 féTrier.
(2) C*est au milieu des rapides de Djendoky-Garbo que le fleuve
reçoit sur sa rive gauche le Loukouedi, qui prend sa source dans la
partie occidentale de la chaîne du Bego, vers le 4^ 10' lat. N. (Voyex
la lettre de M. Peney à M. Jomard, au Bulletin d*aoùt*septembre
1861.) V. A. M.-B.
< 2«)
dois dire cependant que pour enjamber plus facilement
les obstacles, nous avions eu la précaution d'alléger nos
barques de la plus graqde partie du matériel et de leur
équipage.
» A 3 milles au-dessus de Djendoky-Garbo, c'est-à-
dire à environ une lieue, nous atteignîmes de nouyeaqx
rapides : les rapides de Térémo-jSarbo ; ceux-ci nous
présentèrent des obstacles plus sérieux que les rapides
précédents, et ce ne fut qu'après deux journées d'efforts
que nous parvînmes à remorquer nos embarcations
au-dessus des écueils. Les rapides de Térémo-Garbq.
bien plus longs et plus difficiles à franchir que ceux de
Djendoky-Garbo, n'occupent cependant en longueur
qu'un espace de 750 mètres en viron . La distance des
premiers rapides à Gondokoro est de 9 lieues.
)) Au-dessus de Térémo-Garbo, le fleuve reprend
l'aspect qu'il avait après sa sortie inférieure des écueils
et conserve la même physionomie jusqp' au-dessus du
village de Tambour, dans le district des Makedo. Mais
là nous attendaient des obstacles plus sérieux que ceux
que nous avions rencontrés précédemment. Au-dessus
de Tambour le fleuve cpmipence à se rétrécir considé-
rablement; encaissé par une muraille de roches et de
collines, il devient à la fois profond et rapide et ne
peut être remonté qu'à l'aide de câbles nombreux et
solides (1) . Malheureusement nos cordes et nos amarres
(1) «Une coupe du Nil exécutée par moi le 27 février en face da
village de Tamboar, à 2 kilomètres au-dessous des cataractes de Ma-
kedo, m*a donné les résultats suivants : largeur du Nil, 45 mètres ;
profondeur moyenne, 5^,20; courant au milieu du fleuve, à la mi-
nutCi 180 mètres ; courant moyen, 8^ mètres. D' P.
(27)
ne possédaient aucune des conditions requises pour une
navigation senoblable; notre dçfnier câble se brisa sous
les cataractes de Makedo, enfin un choc qu'éprouva la
plus grande de nos barques et qui fut suivi d'une
énorme voie d'eau, nous obligea à aller échouer au
plus vite sur le banc de sable le plus voisin. Cet acci-
dent nous mettait dans l'impossibilité de continuer
notie voyage par eau ; nous laissâmes donc notre flottille
à l'endroit où elle avait subi ses dernières avaries, et,
prenant la route de terre, nous continuâmes notre
exploration des rives du fleuve.
» La cataracte de Makedo (ici le passage mérite ce
nom) offre deux chutes d'eau de près de 2 mètres de
hauteur à pic. Un canal qui longe le fleuve parallèle-
ment à celui-ci, et qui s'est creusé un lit au milieu des
couches diversement inclinées de rochers stratiformes,
est le seul passage praticable pour des barques du
genre des qôtres. C'est celui que nous aurions suivi,
après l'avoir reconnu, si l'avarie dont j'ai parlé n'était
pas survenue; c'est celui que devront prendre les
bateaux qui voudront franchir les obstacles de Makedo.
) La cataracte de Makedo jusqu'à laquelle M. Miani
prétend, à tort, avoir pénétré (1) (car il n'est arrivé
qu'aux rapides de Djendoky-Garbo), se trouve à 32 ki-
lomètres S. 1/â S. 0. des rapides ci-dessus, elle est
(1) NoQS a¥008 donné, dans le cahier d*octobre 1860 des Nouvelles
mnales des voyages , la tradnctioo d'une noie de II. Miani relative^
son exploration, et nous avons reproduit son esqijiiçe 4^ carte daii§ |a
pariie située an sud du 4* degré de latitude ngfd de la carte (|yaQt
pour titre Esquisse du fleuve Blanc^ que nous avons donnée au cahier
de septembre 1861 du même recueil. V. A. M.-B.
( 28 )
donc située sous le &<" 18' de latitude nord et non sous
le S"" 50' comme l'indique M. Miani. Ne pouvant me
servir pour mes calculs de route, du sextant à cause
de la hauteur du soleil, trop considérable à midi, j*ai
dû calculer mes distances parcourues à Taide de la
boussole du graphomètre et des parcours par terre. J'ai
pris pour point de départ la latitude de Tîle de Janker
fixée par MM. d'Arnaud et Knoblecher à 4° 42' 48'';
j'ai donc lieu de supposer mes calculs exacts, si mon
point de départ est tel que je Tai admis, et je n'ai au-
cun motif de supposer le contraire. Le fleuve, à partir
de Makedo et en remontant pendant 15 kilomètres
dans la direction sud, 5 degrés ouest, est parsemé
d'écueils et de rapides ; un des endroits les plus diffi-
ciles pour le passage des barques se trouve dans le
district de Djiamoudi. A partir de cet endroit le Nil
remonte au S. S. E. en longeant la chaîne des monts
Régo, laquelle se termine par le pic de Gniri, qui li-
mite lui-même la province Barry du côté du sud ; au
delà commence celle des Mâdi qui s'étend sur les deux
rives du fleuve, et dont une tribu située à l'est, en face
du mont Gniri, a été visitée et battue l'année dernière
par l'expédition de M. Miani.
» Le pic de Gniri dont je n'ai pu m' approcher que
de 12 kilomètres environ, parce que les nègres qui
nons accompagnaient comme porteurs rjefusèrent de
poursuivre leur route, par crainte, nous dirent-ils, des
Mâdi, est situé, d'après mes calculs, sôus le méridien
de Gondokoro, et par le 3^ 2' dé latitude nord , c'est-
à-dire à un peu plus d'un degré de Gondokoro.
)) Au delà du mont Gniri, au pied duquel se trouve,
(29)
dit-on, une cataracte considérable, le fleuve, d'après
les rapports des indigènes, se dégage des montagnes
et présente alors une surface unie et un lit libre
d'écueils. Si cette dernière indication est conforme à la
Yérité, elle me donne Tespoir de pouvoir dans deux
mois, à l'époque des plus hautes eaux, remonter le
fleuve au delà des limites connues jusqu'à ce jour. Ce
voyage par eau exécuté avec la flottille dont je me suis
servi déjà pour mon exploration première, bien que
hérissé d'écueils et de difficultés, oflre cependant moins
d'entraves qu'une excursion terrestre, laquelle exige
une grande quantité de porteurs, qu'il est très-difficile
de se procurer, et souvent plus difficile encore de
nourrir dans les localités que Ton traverse. Je compte
donc, comme je viens de le dire, reprendre et pour-
suivre au moment de la hausse du Nil (mois de juin),
le voyage que je n'ai fait qu'ébaucher. L'Européen qui
a mis une fois déjà ses embarcations à ma disposition,
M. De Bono, m'accompagnera dans ce voyage, et j'es-
père que cette association de nos forces et de nos vo-
lontés parviendra à reculer de quelques degrés les
limites des terres connues.
» J'ai rapporté de mon voyage aux cataractes beau-
coup d'échantillons minéralogiques , qui se ratta-
chent à deux formations géologiques différentes, les
échantillons de la première catégorie font partie des
chaînes de montagnes et des pics qui forment à l'est
et à l'ouest la vallée du Nil et qui sont distants des
rives'du fleuve de 2 à 16 kilomètres. Toute cette ligne
de montagnes qui court du sud au nord, en déviant de
quelques degrés à l'ouest sur la rive gauche, et à l'est
(30)
sur la rive droite, appartient à la formation plutoiiique.
Ce sont des massifs de granit, de porphyre, de quartz,
de basaltes, de trachytes, etc., etc., plus ou moins re-
couverts dans leurs anfractuosités de terre végétale
sur laquelle des plantes arborescentes ont pris nais -
sance et ont acquis souvent un développement consi-
dérable. Les pics isolés appartiennent à la même for-
mation que le reste des montagnes, et malgré leur
forme conique, laquelle semble Teifet d'un soulèvement
volcanique, aucun d'eux n'offre de vestige de cratère,
ni le moindre indice de matières projetées par un
volcan.
» Quant aux terrains qui avoisînent tout à fait le
NiU et qui même lui servent de lit depuis l'île de Jan-
ker jusqu'au-dessus de la province Mâdi, ils appartien-
nent tous aux terrains de cristallisation stratiforme. Le
gneiss, le micaschiste, les schistes quartzetix en for-
ment la base. Ces terrains primitifs dont l'angle d'in-
clinaison, à l'horizon, varie fréquemment dans une
étendue limitée, mais qui généralement sont mclinés
de 45 degrés, sont recouverts par des grès rouges et
des grès bigarrés, des schistes argileux et de l'argile
plus ou moins compacte. On n'y observe ni traces de
terrains carbonifères ni indices de calcaires. Cette
absence de carbonates de chaux dans les iFormations
géologiques, s'obseiTe déjà dans la moyenne partie
du sol égyptien. Tous ces terrains sont plus ou moins
riches en métaux, mais les minerais de fer y prédomi-
nent et sont les seuls exploités par les indigènes.
» Je ne vous expédie pas les échantillons mînéralo-
giques recueillis dans mes excursions, désirant com-
p (M)
piéter cette collection avant de la livrer Je regrette
même d'avoir confié à peu près aux chances du hasard,
m caisse d'échantillons botaniques et autres, que je
70US ai expédiée dans le mois de février, car jlgnore si
cette caisse arrivera jamais à sa destination.
» Pour tous ces motifs, je préfère garder auprès de
• *
moi les collections que je possède et que je compléte-
rai ultérieurement. A la fin de ma campagne j'accom-
pagnerai moi-même tous ces objets jusqu'au Caire, si
le gouvernement de Son Altesse veut bien m'en donner
Vautorisation .
» Avant de terminer ce rapport, je donnerai à Votre
! Excellence un aperçu météorologique des régions que
[explore depuis six mois, ainsi que du tempérament du
fleuve entre le 6* et le 4' degré de latitude N. , comparé
à celui observé à Khartoum pendant plusieurs années.
» De la province des Chir jusqu'au voisinage des
premiers rapides, c'est-à-dire du 6° au â** 42', terme
de l'expédition de M. d'Arnaud, le Nil se développe
sur une largeur moyenne de 400 mètres environ, il est
parsemé d'Iles et présente une berge peu élevée, excepté
^s quelques localités. Sa profondeur moyenne est
4e l'^jôO dans les mois de février et de mars, au mo-
Dient des plus basses eaux. A partir des premiers ra-
pides il est encaissé dans des collines et des roches
de formation stratiforme, hérissé d'écueils, et court,
dans certains passages, avec une rapidité de près de
200 mètres à la minute. Des sources nombreuses ser-
ont du milieu des collines et des roches dont je parle
et viennent à droite et à gauche du Nil lui fournir un
'binent continuel. J'en ai compté plus d'une centaine
(82)
dans l'espace de kO kilomètres. Le lit de ces ruisseaux
donne, à l'époque des pluies, passage à des torrents
impétueux qui, dans l'espace de quelques heures, font
atteindre au niveau du Nil son maximum d'élévation.
J'ai vu déjà trois ou quatre exemples de ces crues
instantanées qui disparaissent comme elles sont venues
en vingt-quatre ou trente heures au plus, et qui, au
dire des indigènes, se produisent quinze ou vingt fois
dans l'espace de l'année aux époques pluviales. La
différence du maximum et du minimum du niveau du
fleuve n'est à Gondokoro que de 1",25. Ce maximum
se reproduit chaque fois qu'un ou plusieurs torrents
viennent se dégager dans le Nil. Vers la fin de février
un exhaussement des eaux se fait déjà apprécier ;
mais il n'atteint que quelques centimètres et s'affaisse
du jour au lendemain. Les crues considérables dont
j'ai parlé commencent au mois d'avril, c'est un peu
avant cette époque que les pluies deviennent assez
abondantes pour permettre d'ensemencer les terres.
J'ajouterai que les crues instantanées du Nil qui à
Gondokoro et au-dessus de cette station inondent la
plupart des îles et une grande étendue des berges du
Nil, sont à peine appréciables à 2 degrés plus bas; elles
sont donc insensibles sous les latitudes plus septen-
trionales.
» A Khartoum, c'est à la fin d'avril qu'on commence
à observer un exhaussement dans les eaux du Nil ; le
fleuve Bleu est toujours en avance sur le Nil Blanc de
deux ou trois semaines. Cette première augmentation
de niveau ne se soutient pas ordinairement, et ce n'est
qu'à la fin de mai que les eaux du fleuve changent de
(88)
coloration et vont toujours en s'exhaussant progressi-
yement. Le maximum de hauteur des deux Nils à
Kbartoam a lieu ordinairement vers le milieu de sep-
tembre ; la différence des plus basses aux plus hautes
eaux est de 6 mètres en moyenne. Cette évaluation
lésulte d'observations faites pendant une dizaine
d'années de séjour.
» Pour ce qui concerne le fleuve Blanc, tel qu'on
l'observe à Khartoum, il est donc évident que Taug-
mentation progressive et maintenue des eaux de ce
Seave ne provient pas des inondations momentanées
îû'on observe sur le haut Nil, et dont j'ai parlé plus
luiut, mais qu'elle est due aux pluies considérables
çui versent leurs eaux dans le Nil, dans toute l'im-
mense vallée dont les limites nord et sud sont com-
prises entre les 15* et 6* degrés de latitude nord. »
Cette lettre, ainsi qu'on peut le voir, renferme des
tels curieux sur la géologie des rives du fleuve et sur
son régime. Le D"" Peney les avait également adressés à
"• lomard, mais celui-ci en avait momentanément
ajourné la publication et n'avait publié au Bulletin
ï^'iine partie de la lettre à lui adressée. Elle se ter-
ïDinait même par une information digne d'une sérieuse
attention; nous la signalons aux géographes et aux
f^t\irs explorateurs du fleuve Blanc.
«Ma dernière exploration aux cataractes m'a fourni
^renseignement qui, je l'espère, se vérifiera prochai-
'ïenaent. Les nègres habitant la chaîne du Régo m'ont*
^Daé que le Yièh, cette rivière que j'ai visitée dans
^ou voyage au Niambara (voy. pages 12 et 18), sort
^^ Nil Blanc à quelques lieues au delà de la chaîne du
VI. JUILLET. 3. 3
154)
Régi». Cette rivière j qui ne serait alors qu'uii camf MF—
vaQt de communicatipn eqtrele flei|ve Bl^ncat le fta^il^
el-Gha^aU porte à sq^ embouct^ure supérieure }e même
nom qu'elle conserve chez les Niambara. (.es babit^nta^
de la province de A^^^i (laquelle i^' étend sur l$i nye
gauche du Nil jusqu'aux confins de {^ province de Niam?
bara) parlent du reste la même langue que les nôg^^s
ci-dessus. Cette identité me parait confirmer Tassertioa
des Mâdi relativement au Yiëh. P}u8 ta;xi, du reste»
j'espère éclaircir complètement cette question. »
De Tambour, où la grande barque que montait
l'expédition avait échoué, comme on l'a vu plus haut
dans la lettre à Rœnig-Bey, le D' Peney fit le 1" mar^
une excursion sur la rive occidentale du fleuve, d'abord
à r ouest jusqu'au district de Dardjqp, et le lendemain 2,
au sud*ouest, jusqu'au village de Niéky, au delà des
rapides de Djiamoudj. de fut le terme de son expédi-
tion ; il revint à Gondokoro, où il s^rrivait le mercrefli
6 mars, se proposant de mettre à profit pour son explo-
ration définitive l'expérience qu il avait acquis^ ç|an3
cette excursion préparatoire.
Voici du reste les notes qu'il a consignées sur son
journal pendant cette excursion de quinze jours (1).
(i) Od ne doit pas oublier qu'en 1853 M. Â. De Bono, connu au
fleuve Blanc sous le nom de Latif Effendi, s'était avaneé Jusqu'à une
demi-journée des cataractes de Makedo. M. G. L^ean a floqné sur
cette excursion des détails très-curieux, et principalement sur la tribu
ëes Makedo, dans une lettre adressée de Khartoum à M. Jomard le
10 mai 1860, lettre qui a été imprimée au Bulletin de Juillet-août
1860, p. 93.
On remarquera que M. De Bono apprit des indigènes qu'à deux
Journées au delà du point où il s'était arrêté (cataractes de Makedo) i
( 85 )
.l«1)]l||f^ ÇXTRiUT pu fQUMIAL DE TOf A6B DU D^ PBNBT
OD 18 rÉVUlE AU 16 MAIS 1801.
Impart de GùndokoTQ pour remotiUer le fleuve.
Départ, lundi 18 février. - - Uoe heure de marche.
Mardi 19. — Arrivée en face du pic de Lougouek.
Mercredi 20. — Arrivée aux rapides de Garbô (Djen-
doky-Garbo).
kudi 21. — Exploration et sondage des rapides.
6 hearef matin. 3 beuret soir.
Ciel couvert. Quelques nuages.
Veut S. Veot Tar.
Therm. 25* centigr. Therm. 35«.
Vendredi 22. — (Qr^ge après minuit, suivant la
direction du nordàToufiSt; nous n*en recevons que
quelques éclaboussures.)
6 heures matin •
Petite pluie, et c|el couvert Jusqu*à midi.
Therm. 25<*.
A neuf heures de Is^ matinée, passage des rapides de
I^jendo^y-Çarb^, s^veç les deux bateaux les plqs légers
^faive fannait non plus dea rapides, mais une chute d'eau à pic
''^Ti^QO neuf pieds : q^ k9 fl^Và, 4 f MfUra <m cinq jo^am^ a** <ud
4<^ohi4(a, sprtotl d*un lof: ^maiiM, ei qu*à \*extrémHé opposée dû
^ lac un attire ^ttvevenatf s'y jeUr. M. Lejean, après la déconverie
^ Miaau par Spel^e, pensa que ce lac devait être le Nyanza ; le
DooTeau TOfage de Spefke et Grant ferait plutôt penser au lac Luta
^'t\q4; les informations des voyageurs anglais s*tfccorderaient ainsi, à
i^treavis, avec celles de M. A. De Bono. V. A. M.rB.
(86)
de^uxtre flottille. Ce passage s'effectue en moins d'un
quart-d'heure. M. De Bôno, qui nous a accompagné
jusqu'au-dessus des rapides, nous quitte pour retourner
à Gondokoro. Je continue la route avec T. Evangelista.
Nous arrivons dans l'après-midi au-dessus des rapides
de TérèmO'Garbô.
Distance entre les deux rapides : deux tiers de lieue
ou deux milles. (Direction générale du fleuve ; S.-O.
'l/â S.) .
3 heures après midi.
Tberm. 35°.
•
Ciel clair.
Vent Tariable.
Samedi 23.
6 heures matin.
Nuages à l'est.
Vent d'est.
Therm. 23®.
— Entrée dans les rapides. On parvient à grand' peine
à remorquer les barques, dans la matinée, jusqu'aux
deux tiers des écueils. Halte le reste de la journée pour
laisser reposer les gens. Peu après le départ des bar-
ques, un nègre, se disant propriétaire du fleuve et par-
dessus le marché Bounitt ou Koudjour (sorcier), était
venu nous annoncer que les bateaux ne passeraient
point. Nous avons tenu peu de compte de sa prophétie
et de ses menaces ; et nous avons franchi, malgré le
Koudjour et en dépit d'une bourme (espèce de jarre
en argile cuite) placée sur un des écueils pour entraver
notre marche, les passages les plus difficiles des ra-
pides.
\
\
(87)
Dimanche 2A.
6 heurea matin.
Ciel cUir. '
Vent est.
Therm. 22<*.
- On franchit les derniers écueils des rapides de Té-
rènuhGarbô. Le fleuve reparaît au delà avec l'aspect
qu'il avait quelques jours auparavant et remonte vers
la direction S. E. pendant 2 milles.
1 heore et demie soir» 3 heures soir. 4 heures soir.
Qoelqaes Duages. Quelques nuages. Therm. 35®.
Vent fort E. Therm. 37».
Therm. 38<*.
Lundi 25.
6 heures matin. 3 heures soir.
Gel clair. Quelques nuages.
Vent tad. Vent N. 0.
Therm. 21*. Therm. 37».
-Marche dans la journée de trois lieues et demie, à la
voile et à la remorque dans la direction S. 20** 0. On
traverse dans la matinée le district de Lorré. La popu-
lation accourt en masse pour visiter les barques, véhi-
cnles qu'elle voit pour la première fois. Les nègres
sont sans armes et paraissent dans les intentions les
plus pacifiques à notre égard.
Mardi 26.
6 heures matin. 3 heures soir.
Nuages. Quelques nuages.
Vent N. 0. Vent irrégulier.
Therm. 25^. Therm. 37<».
--Marche de trois lieues dans la journée et dans ladi-
( »8)
rection S. 1/A S. 0. On entre dans le diëtfiftt de Jlfu-
kédo. Même affluence d^ gens pour visiter les
barques.
Mercredi 27.
6 hearef matia Midi. i heure soir.
Ciel clair. Quelques nuages. Quelques nuagei.
Vent sud. Veut variable. Vent variable,
fheriii. 21». therin. 3t>". iiierm. 38'.
2 heures soir. 3 heures soir.
Orage à Test. Therm. 33*.
Theirm. ^9°.
>- Marche d'une demi-heure ; une barque s'fefltr'OttVre
après avoir battu sur un écueil, et nous forcé dé débàr^
quer nos effets sur la plage. On s'aperçoit^ en voulant
la réparer, qu'une de ses côtes a été briséiB^ et qu'il
nous est impossible de remédier à cet accident. Notre
navigation se trouvé donc suspendue pareetll avarie.
Visite aux rapides de Makédo^ ntués à une deèài-
lieue de l'endroit où nous avons échoué ; relevé du {dira
de ces rapides, au village de Tambour.
Lar^ur du fleuve soùs les rapides, à 1 mille (1/3 délièue) aù-déssous. . 45* ,00
PrôfondAtf mô^eiine — — . . I*^;!®
Gourant moyen à la minute — — ». 85*ifê
Courant au milieu du fleuve — — . . i80*,09
Les rives du fleuve, entre les rapides de Gàrbd let
ceux de Makédo, sont bordées de collims reebùvertes
de végétation, de monticules pierreux et de blocs de
roches offrant des oombinaisons curieuses et des con-
formations géologiques très- variées. Lés roches primi-
tives stratifiées prédominent dans cette cdna|x)«iittHi| \ei
(i9)
sont repi^éëentées par le gneiss, les schistes midu^és,
les filons quartzeux, les pouddingues, le grès rouge, été .
Des blocs granitiques, de couleur rouge ou noirâtre,
de porphyre, des masses de silex et de quartz viennent
se mêler aux roches de sédiment, dont elles ont sou-
vent détruit l'arrangement primitif, car l'inclinaison
des couches sédimentaires offre de nombreuses varia-
tions, et présente à chaque pas des traces d'interrup-
tions ou de coupures. Ici ces couches forment avec
rborizoh tin àtaglé presque insensible ; là elles se re-
^èssétit dte façon A représenter un angle de A5 degrés ;
pins Mifa, elles sotit {perpendiculaires au niveau d*èau,
A imis ces aspects différents se présentent, je le répète,
et se reproduisent à tiuelques mètres d^intervalle. Au-
cune trace de carbonates calcaires ne se rencontre dans
ces stratifications, qui appartiennent toutes aux forma-
tions les plus teculées.
Un fait assez curieux et qui m'a surpris en obser*
VAiit les chaînes de montagnes qui s'écartent des rives
iii Senve dé â où 5 lieues, c'est la direction que pré-
sentent ces chaînes, suivant qu'elM sont situées à l'est
M à l'ouest du Nil. Les chaînes de l'est sont toutes
iHbiltéés dans leur lôhgueur suivant la directioti dû
S. 0. au N. E. ; celles de l'ouest, au contraire, suivent
iiairection dil S. Ë. iau N. 0.
9e nombreuses Sources sortent de ces rochers et dû
^n de là terre végétale qui recoûvi^ent les vallées et
se dirigent au Nil, auquel elles fourbissent de la sorte un
tftoent continuel. Le lit de ces sources donne, pendant
l'ê^ëqûe des pluies, passage â des eaux torrentielles
9^i contribuent puissamment à augmenter le volume
(40)
du fleuve. J'ai compté plus de deux cents de ces ravins
dans l'espace d'ane dizaine de lieues.
Jeudi 28.
6 heures matio. 1 1 heures matin. Midi.
Quelques nuages {cirrho» Quelques nuages. Orage a l'est.
stratus).
Vent faible S. E. Vent faible N. Therm. 36<»,5.
Therm. 22<>,5. Therm. 34'.
Les nègres continuent à nous honorer, nous et nos
barques, de leurs visites. La crainte qui s'était emparée
d'eux à notre arrivée finit par disparaître, et ils commen-
cent à exhiber à nos regards leurs enfants et leurs
femmes qu'ils avaient fait disparaître le premier jour.
Nos vêtements est la partie de nos personnes qui leur
inspirait, disaient-ils, le plus d'effroi. Dans le but de
les rassurer, et pour leur montrer que nous sommes,
sous nos tuniques, à peu près semblables à eux, je leur
propose de nous mettre nus à leur instar. Cette pro-
position finit enfin par leur ôter toute méfiance à notre
égard, et sans nous obliger à nous séparer momenta-
nément de nos costumes, ils viennent nous offrir leurs
services et divers objets de leur industrie en échange
de nos verroteries.
Nous négocions avec les nègres pour qu'ils nous pro-
curent parmi eux quelques porteurs destinés au trans-
port de nos bagages par voie de terre , car le lit du
fleuve nous est interdit, l'avarie survenue au plus grand
de nos bateaux et les rapides de Makédo qui mugis-
sent à nos oreilles nous disent depuis la veille, comme
les colonnes d'Hercule : necplus ultra.
(41)
Midi et demi.
1 heore soir.
3 heures soir.
Orage à Pett.
Petite ploie.
Naages.
Naages.
Veot fort d*est. Vent £•
Therra. 38*.
Therm. 30*,5.
Therm* 36**
3 heures loir.
4 heures soir.
Ciel ooaTert.
Ciel clair.
Vent N. E.
Vent S. E«
Therm. 36*.
Therm. 36*.
5 heures soir.
6 henres soir.
Ciel clair.
Ciel clair.
Veot S. E.
Vent S. E.
Therm. 35^,5.
Therm. Z2\
]*ai été surpris de rencontrer chez les Barry^ et
snrtont en remontant le Nil au-dessus de Gondo-
bro, de nombreux exemples de hernies inguinales. Le
ffixiëme au moins de la population mâle est atteint de
cette infirmité ; je suis persuadé que les bonds exagé-
rés auxquels se livrent les nègres dans leurs danses, ne
sont pas étrangers à la production de cette maladie ;
mais la fréquence de cette affection chez les Barry
atteint un chiffre si élevé, que je suis persuadé qu'in-
dépendamment de la cause productrice que j'ai men-
tionnée, il en existe d'autres prédisposantes et propres
^cettefamiUe noire.
Une maladie également commune chez les Bany
^ Vëléphanliasis des Arabes. Mon voyage aux cata*
i^tes de Makédo m'a procuré l'occasion d'observer de
nombreux cas de cette maladie , laquelle se développe
de préférence dans la peau du scrotum et dans le tissu
des jambes.
Au moment où j'écris, la variole est encore incon-
(4S)
nue dànd le district de îtàkêâô. Cette province Jotiira-
t-elle longtemps de cette immunité ? Il est permis d'en
douter qùàtld on réflèlibit (^ë l'épidémie en question,
qui li'àvàit Jamais pénétré sur les rives du fleuve Ëlanc,
a, depuis ûiié vih^taine d'années , ehVabi Vibgt peu-
plades différentes qni se sont trouvées en eorttact avec
des étrangère contaminés , et que les pa\ivtès nègres
ont été obligés d'Intercaler dans leurs idioiues, dans
lesquels il li'ëjtiâtait pas, le nom arabe de là Nouvelle
affection : ghidri.
Une maladie particulière à certaines tribus noires,
et que j'ai fréquemihent observée chez lès Niambara^
bommes et femmes, c'fest le développement, àu-dévànt
de la ]?otule, db ttiiDQetirs southent volùthineusês cbbimô
le pl)ihg et (}ui , pôut^ là consiistàncé et liei fornië, rèà-
semblent à des lipotilës; Je dië ressetHblènt^ car jëfa'^
jamais trouvé l'occasioii d'en dissétiuër àbctmë. Gèttè
affection est produite, je le crois, par l'habitUde :qùe
contractent les individus de se traîner sur leurs ^nbtiî
potli* pouvoir pénétrer dabë leurs habitations, doht \h
porte ou ouverture unique est tellement basse, qu'il est
impossible de là ff âiichii" aiitrêinént (|uë dans là î5bsi-
timi lEd6fl)u^ë d^t je ^àrl«. Hitlj^rë fêâr ¥duiâë, bès
tumeurs ne semblent aucunement ^iièj* là Ufcàiâbtiôà
cbessles perstkmee qui en §§fil atteintes; ttiàiâ elles
8dèt en tout ^m d'un effet àssëk m^^mé^i.
I/hftWtMè d« se tMiélr àêe?eupis, en se seiràhi dés
mmns et des ^Wm% en gUisê dé j&ihb'éë, bst très-cotn-
munë cheÉ tous les mgt^s. Clesi tihe pbâtùt^ i^â'ils
adoptent quand ils se présentent devant unsîipèfiéiil^i
à trodque mtilmv qu'il àj^j^adiëilUë. G'eât â6 la Sûrte
(41)
que Tesclave d'apprbcbe âe sdii mattre-, les enftiits dtt
leiir père; les f^innltËë âe U^r iôAH; dette tëttMmi
n'est pëd propre , â'aiUeurd; atu nè^veÈ mà^eA ; IM
Doirs qui se prêteudent ëiVllisés et t^tll isdftt §oUniM i
UD ged^ememetit tégtf lëf et à tiëe religibn ^ttt Su
mmns àTaneéei tele ^ue lee gend du Mr-FetH" (ft lé Aril
sajetB d'un pAdidtba et Metatetità de Hobaiflâied), èM
nmrd, idUd^je^ ont la eoiitume de ^ Mutaiftlëë pbliuMë
et de &ette dtbtarcbe de quadrupède bUaqtte Ma IH'fW
se rencontre sur leur chemin.
Riàai^àulaUoh du mois de fêvHm',
Chaleor moyenne 26^, &
— moins forte. . . i5® (9 fëfrier, 6 hearek laltia)}
— flut f«Hé. ... ZS"* (27 fëv. , S Iwmret tl 4ettie loir).
La ploi forte chaleur de la
Journée ^i liilFe Ht 4 heures
du soir.
Venu domtMnts. . : . . . N . 0. pour la preBtlIkis 9MÀé du mob,
varifble diAs la seeoude.
Première crue du ieuf e de la Miee^i le 18 fétiier t
elle fl'a été que de 0^^624 et n'a pas ddré pias deifuèl-
qees heures.
YifnêrèSli 1" ihars i
s a«afès MitlÉ. 3 HéiiHlMiK
6ièl <^\l^ert. Hâsîêl.
V^iklMH. Vrflt viÉrMIlê:
Therm. 25'». Tmâl. 4t«;S;
k dii heures du thaliË \ ilëild tt4Vèffilllié le 8éuVe
ayee vingt-cinq bDmtiiès d'esè^rtë pOùr mviti Mi tive
oceidentale et remonter son coui^, ^^ Ekctir^oft Jttl^
qu'au district de DuxLjou, situé à Utie lleûe troie ^arts
de TamiK)W^ et dans la direètlM 6t S» O-. Le A^UMff
(44)
Mélodian, qui est venu nous chercher à nos barques et
qui nous sert de guide, nous donne l'hospitalité la nuit
sous un tamarin , au-dessous duquel est installé un
appareil assez biaarre destiné à procurer de la pluie à
la. contrée. Cet appareil consiste en un cylindre en
sparterie reaipli.de terre et de cailloux, et dans lequel
sont implantées trois lianes qui remontent jusqu'à la
cime de l'arbre. Le Bounitt Mélodian est l'inventeur du
stratagème en question, lequel, d'après lui, est d'une
efficacité non douteuse.
Relevé du pic Gniri qui termine au S. E. la chaîne
de Régo, suivant S. 25» E.
Samedi 2.
6 benres matio. . 3 heares soir.
Ciel eouTert. Ciel conyert.
VeDt S. s. E. Vent Yarlable.
Therm. 24». Therin. Zi^.
Retour au fleuve et marche dans la direction S. E. ,
jusqu'à ce que nous atteignions ses rives.
Trois heures de marche dans la journée en remon-
tant le fleuve jusqu'au village de Niéky, où nous
sommes obligés de faire halte, et d'où nous devons
rebrousser chemin , parce que les nègres porteurs de
nos bagages refusent de marcher en avant , sous pré*
texte qu'ils sont en guerre avec les tribus chez les-
quelles nous devions pénétrer.
A;trois quarts d'heure au nord de Niéky se trouvent
les rapides de Djiamoudj. — Le passage pour des
bateaux parait très-difficile, pour ne pas dire impos-
sible. Un peu plus au sud, le Nil est encombré d'une
quantité d'Ilots verdoyants si considérable, que les pas*-
(46 )
sages laissés à Teau n'ont guère entre eux plus d'un
mètre et demi à deux mètres de largeur. Les nègres
nous assurent que la navigation du ^fleuve est aussi
difficile devant nous qu elle l'a été jusque -là.
Dimanche 3. — Retour et arrivée à nos barques
dans la matinée. Nous trouvons un supplément à
notre flottille, lequel nous est advenu pendant notre
absence : c'est M. De Bono qui nous a expédié de
Gondokoro une troisième embarcation , dans la sup-
position que nous pourrions poursuivre notre voyage
par eau.
6 heures mttio.
3 heorei loir
Ciel clair.
Nuages.
Vent s. s. E.
Veot variable.
Tbenn. 23<^.
Tberni. 38*.
A deux heures vingt minutes de l'après-midi nous
ressentons une secousse ou plutôt un frémissement de
terre, pour ne pas dire tremblement, accompagné d'un
mugissement sourd et prolongé. L'ondulation souter-
raine nous a paru se faire dans la direction du sud au
nord.
Un second frémissement s'est fait sentir peu de
temps avant le coucher du soleil.
Lundi A. — On décide de retourner à Gondokoro,
d'autres excursions étant pour le moment de peu d'uti*
Uté et très-difficiles à exécuter, à cause du manque de
porteurs.
Départ de Tambour à onze heures du matin ; arrivée
i cinq heures du soir au-dessus de la cataracte de
Térèmo-Garbô.
( W )
Qhlllnln. Ci9lcMif art et petite plaie.
y«it ^, Ç, yem wiT\^\9,
Therni. 21%5. Therm. 35".
^arf?2 5. -r- La journée eat employée ^ \L$\ei[ dos
çmbarçfitions dans les rapifies à V^î4^ descfbJQs, çpé-
ratipn longjue et difficile^ bien plus délicate que oe}le
4e }a montée du fleuve,
PeMie pinie \^f(^ \^t^9ti^ét•
Temps couvert le revte de la ioarnée.
therm. à fi heures da matin. 25°
— à midi 30°
— à3heare8 8oir 32*
Mercredi 6.
5 heures t^\ i^H matin. 3 heures lOir.
Quelques nuages à Test. Nuages.
Vent d'est. Vent N. 0.
p^p^r$ ^ si^ heur«ii du matia de la aortb des m-
8)4^8 4e Té^toô-G^rbô. Arrivée aux rapides de Djen-
49Jiy.Garbô, à m Hw^ ^o\^ quarts, A buit beupos
qpus ayons fr^nobi lty^. PQs trois bâtiipents toua les
écueils» et à huit heures et demie nous reprenons notre
n^tvig^tion d^^ns ^f^ 4û'ectiGin de (xondokoro.
Trois heures un quart 4e mar-che de PjeqdoKyr
Çi^r}f6 au pic du (^Qgouèli:; ef de là quatre beqre^ jus-
qu'à GondolçQra, papous arrivons â^q$ Tapjrès-inWi.
VU.
Le P' pepeyi de retour ^ Gop4pl^oFo, s* y reposa des
fatigues de cette excursion préliminaire; i) dçv^it
r
( 47 )
attendre |e moi^ de juUlçti T^pçiqn^ 4^3 plos bantes
e^iuf , pour repfiqn^ le Q^uve. Jl y reata du A mars au
3 avril, recueill;^Qt des ipfonaatiops sur les populations
voi^eç, dQf^nfint ses soins aqx malades qu'on lui ame*
qj|it i^QTWt de }oin , mettant à jour s^ correspondance,
éq4vant ses notes, comme il le dit à sa sœup, n sous
Mjfi i(û\ <)e phaume qui ne l'abritait que fort peu contre
la plufe,» souvent au bruit du tonnerre qui faisait
fr^aûr s^ 4^ineure et résonnait k ses oreilles comme
des déeh^ges d'af^tiller|e. Des secousses souterraines,
PQur ne pas dire des tremblements de terre, se mêlaient
à la p^t|^ et laisaieql avfic le reste une scène magni?
fif[)^^t désordonnée Toqt ce vacarme m'impres-
sicfunç pen et, ajoute-t-il, ne m'enlève pas un brio de
matwûne b^^n§^^.,î• »
Il continuait ses observations météorologique^ au
moins deux fois par jour ; c'est ainsi que pendant cette
période d'environ un mois (|e mois de mars) , il obtint
les résultats suivants :
Températare moyenoe. . • 29*,35 centigr.
— plus btsse ... tO<*,5 (U man à S hmirei et
demie maliv).
•— ploa haute.. .39^ (16 mars 4 3 b. $oir].
Vents domioants : S. E. et N. 0.
U tomba dans ce mois dix pluies, mais peu fortes et
<)e quelques minutes^ seulement de durée ; le Nil subit
ui^e crue de 0^,05 le 18 mars, pois il redescendit à
son niveau ; il atteignit le niveau des plus basses eaux
le 18 mars. Ajoutons que le 20 mars la déclinaison de
l'aiguille aimantée. fut constatée de 7** — 30' à l'ouest
observée au midi vr^j.
(48)
Quelquefois, lorsque sa journée avait été bien rem-
plie, il recevait le soir dans sa case les quelques Euro-
péens qui formaient la petite colonie nomade de Gondo-
koro; on causait du Soudan, des courses précédentes,
et aussi un peu de TEurope, de la patrie absente; et
l'un de nos confrères de la Société de géographie,
M. Guillaume Lejean, qui fut plus d'une fois témoin
de ces causeries intimes, soit à Kbartoum, soit à Gon-
dokoro, a pu nous dire tout ce qu'elles avaient à la fois
d'instructif et de charmant de la part du D' A. Peney.
Le temps s'écoulait lentement au gré du docteur,
désireux de reprendre son grand projet; pour tempérer
son attente, il résolut avec M. Andréa De Bono de faire
une excursion au pays desLiria, à l'est de Gondokoro,
et le mercredi 3 avril ils quittaient dans ce but leur
campement
VIII.
M. le D' Peney n'a rien envoyé en Europe sur cette
excursion, mais M. Andréa De Bono (Latif Effendi),
son compagnon, en a donné une relation (1); nous
l'avons reproduite dans les Annales des voyages et
nous y puiserons quelques détails qui viendront com-
(1) Recmii scoperte sul fume Bianco faite àa Andréa de Bono et da
itesso descrilte. Une broch. ia-4^ de 30 pages a\ec carte. Tipografia
italiana di OUolenghû Alessandria in EgUto, mai 1862.
Voyez la tradaction de cette brochure et la carte aux NouvéUet
Annales des Voyageid^ juillet 18G2. Cette relation renferme des détails
intéressants sur les tentatives de M. De Bono pour remonter le fleuve
Blanc au delà du point atteint par le D<^ Peney.
■f>-*l
(49)
pléter ceux que nous avons trouvés dans le joarnal de
voyage du docteur.
a Le 3 avril 1861» nous nous décidâmes enfin, M. le
Jy Peney et moi, d'entreprendre une excursion chez les
Liria, et de là au pays des Berri, jusqu'ici encore non
exploré, parce que le temps ne nous permettait pas
encore d'entreprendre le voyage si long et si ardem-
ment souhaité vers le sud.
» Nous partîmes de Gondokoro avec cinq mission-
naires et un négociant turc nommé Corsciud; nous
avions une escorte de cent trente soldats et cent noirs
ponr le transport des bagages, nous nous dirigeâmes
d'abord vers Belegnan {Belinian). Après deux heures
de marche nous rencontrâmes des puits où nous nous
arrêtâmes tous pour nous reposer, et après 'une demi-
heure nous suivîmes notre chemin vers l'est pendant
trois heures et nous arrivâmes à Belegnan (1). — Nous
allâmes passer la nuit chez le chef nommé Giada, et le
lendemain, étant tous réunis, nous nous mîmes en
marche. Après trois heures de marche, toujours dans
la direction de l'est, nous arrivâmes à un hor {chor,
torrent desséché, ravin), où passe un torrent nommé Mi-
réca (le Mirchouk de l'esquisse de Peney), qui est formé
par les pluies. Nous y trouvâmes un volume d^eau
suflîsant pour notre personnel, et protégés par des
arbres ombreux, nous nous reposâmes. Nous avions
acheté deux bœufs, un pour la nourriture des noirs et
l'autre pour les soldats. De ce point, la montagne de
Liria restait au sud-est.
(1) n y a cinq heures de marche de Gondokoro à' Belegnan ou Bé-
lènia.
VI. JUILLET. A. h
( 90)
» NDtîd demeuràraes dans uotre campement juftqti'à
quatre heures de Taprès-midi occupés à faire les pré-
paratifs pour traverser une forêt de huit heures de
marche. Chacun de nous prit une certaine quantité
d'eau et nous nous mîmes en route. Nous avions Bit
ânesses chargées de jarres d'eau ; nous nous reposions
toutes les deux heures : étant tous très-chargés, le
repos était indispensable. A la fin de la seconde étape,
il y eut une grande rumeur parmi les nègres qui man-
quaient d'eau. Alors nous distribuâmes ce qui en res-
tait, et voyant que cela ne pouvait pas suffire, j'envoyai
cinquante soldats avec un chef pour en chercher à un
village nommé Talago, à une distance de quatre lieues,
et nous nous remîmes en marche après avoir attendu
que les pourvoyeurs d'eau nous eussent rejoints.
») Après trois heures de route, les lamentations cau-
sées par le manque d'eau recommencèrent^ mais heu-
reusement que nous approchions des puits. — Nous
rencontrâmes près de Talago (1) les hommes que nous
avions envoyés en avant pour avoir de l'eau, et une
heure après nous y arrivâmes.
» Talago est situé au sud de la montagne de Liria. Les
habitants de ce village ont de belles huttes entourées
d'un clos de grosses cannes de l'Inde, qui forment un
rempart. Ces huttes sont d'une construction solide. A
l'ouest de cette montagne, s'en élève une autre appelée
Agubo, et au nord une troisième nommée Lui (le mont
Lôhé de l'esquisse Peney). — Les trois montagnes
forment à leur pied une belle vallée, dans laquelle les
(1) Nom de village et de montagne.
(51 )
habitants exécutent leurs danses. Nous nous y arrê-
tâmes toute la journée.
» Nous partîmes de la montagne de Talago pour celle
de Liria, et pour y arriver il fallut en faire le tour.
Après deux heures de marche nous y arriyàmes, et
noas fîmes une halte au village de Regdia {Rignia^ de
Peney) de la tribu nommée Lacoja (Lokoyia de Peney).
Leurs cabanes sont pittoresques, semblables à celles de
Talago : nous n'y vtmes que très-peu de noirs. Nous
envoyâmes immédiatement l'interprète à la recherche
du chef, ou Mutât, du villagOi nommé Laghé ou Laghëy,
qui lui répondit qu'il vie[idrait le lendemain.
» Nous ordonnâmes immédiatement une active vigi-
lance pour bleu surveiller notre campement pendant
la nuit, me rappelant qu'en 1860, cette tribu, réunie à
celle de Benguiren, avait massacré cent dix>sept per-
sonnes.
» Les indigènes du fleuve Blanc, ou pour mieux dire
tous les barbares en général, ont l'habitude de sur-
prendre, par trahison, les caravanes, et souvent aussi
ils se battent après entre eux, et celui qui a la lance
tachée de sang est regardé comme l'homme le plus
intrépide et le plus valeureux.
» Le chef arriva dans la matinée accompagné d'une
suite de trois cents hommes. Il s'arrêta à peu de db-
tance et nous envoya un bœuf pour nos soldats, nous
promettant un mouton exclusivement pour notre
usage. Nous Tin vitâmes à s'avancer pour nous entendre
avec lui; il répondit qu'il viendrait aussitôt le mouton
arrivé. Il s'avança, nous faisant entendre que parmi
les grands, il fallait se îaîre réciproquement des pré-
(62)
sents. — Je compris où il voulait en venir, et alc^s
nous lui fîmes cadeau de verroteries et de bracelets de
cuivre ; et à ce compte, le bœuf et le mouton nous coû-
tèrent trop cher.
r> A table, dans le cours de la conversation, il me
demanda le motif qui m'avait conduit dans le pays de
liria, et pourquoi nous avions amené tant d'hommes ;
nous lui dîmes que nous étions venus pour faire le
commerce de l'ivoire, et pour visiter la tribu desBerry.
En même temps nous lui demandâmes un guide. Il
partit très-content de nos présents.
» En société du D' Peney, nous gravîmes la mon-
tagne nommée Moloy et, arrivé là, nous prîmes diffé-
rentes directions à l'est et au nord-est, où se trouve
une chaîne de montagnes nommée Lo/ît. A l'est de
Liria, se trouve la tribu des Gomutro, et au pied du
mont Lofit passe un bras de rivière appelée Lalanié,
qu'on croit se jeter daus le Saubat. La montagne des
Berry reste au nord-est; un pic assez élevé, qui se
voit au milieu d'une chaîne de montagnes au sud-est,
est connu sous le nom de Ferica.
» Le jour suivant, le Mutât Laghé revint près de
moi suivi d'un millier de noirs. Interrogé par nous au
sujet du guide qui devait nous conduire au pays des
Berry, il répondit qu'après un conseil tenu avec les
chefs du pays, il avait été décidé qu'il n'était pas pos-
sible de me donner un guide pour différentes raisons,
la première parce qu'à deux journées de distance des
Berri, les personnes de notre suite souffriraient de la
soif.
}) Nous lui fîmes connaître que nous avions paré à
(68)
cet inconvénient en chargeant d'eau nos ânesses, et
donnant à chaque homme de notre suite une gourde
remplie d'eau pour se désaltérer pendant la route.
Alors, serré de près, il nous dit qu'il ne nous aurait
jamais donné un guide, parce que nous lui aurions
enlevé le commerce de l'ivoire que la tribu des Berry
fait à Liria. Nous tentâmes un nouveau moyen. Dans
la soirée, j'envoyai appeler un homme de la tribu des
Berry, qui était à Liria, pour acheter du grain, afin de
se garder de la famine qui désolait son pays. — Il me
répondit qu'aussitôt qu'il aurait vendu une jeune fille
qu'il avait, il m'accompagnerait au pays des Berry. Je
lui demandai immédiatement combien il voulait de
cette esclave : il m'en demanda quarante bœufs; j'ajou-
tai que je lui payerais la valeur des quarante bœufs, et
que je lui rendrai la pauvre enfant, voulant que le prix
des quarante bœufs lui servit de rémunération pour
nous servir de guide jusqu'au pays des Berry. Il s'en
alla tout joyeux, et je commençai à prendre les dispo-
sitions pour nous mettre en marche, car nous manquions
de vivres et de munitions. A l'aube du jour fixé pom*
le départ, j'envoyai chercher le Berry qui devait nous
servir de guide. Il vint avec l'interprète, et me dit
qu'il lui était impossible de^tenir sa promesse, parce
que le Mutât Laghé le lui défendait, et qu'il ne pour-
rait le faire pour aucun prix ou présent, car s'il accep-
tait il lui en coûterait la vie. — Voyant que tout était
inutile et que je ne pouvais effectuer ce voyage chez
les Berry, je me décidai à retourner à Gondokoro, y
attendre la saison des pluies, et tenter alors un autre
moyen pour entreprendre ce voyage.
(M)
» Décidé à quitter le peuple de Liria, je fis battre le
tambour, et lorsque tout fut prêt, nous nous mimes
de nouveau en route en traversant les montagnes de
Liria. Dans le trajet, je trouvai une femme et sa fille
gisant d'inanition dans un champ, et qui d*un moment
à l'autre attendaient la mort, tant était grande la famine
qui décimait ce malheureux pays.
)) Elles avaient la triste apparence d'un squelette et
leurs provisions consistaient en quelques racines. Dans
la complète impossibilité où elles étaient de se mouvoir,
après les avoir secourues, je les fis arranger le mieux
possible sur mon ânesse, et je me décidai à aller à pied.
» Une heure après nous arrivantes au village de Ta-
lago, je fis chercher le chef pour lui confier ces deux
malheureuses femmes presque réduites à l'agonie, et
je convins avec lui d'un prix pour les garder pendant
une année, le payant à l'avance avec des bracelets de
cuivre et de jais. Pour qu'il ne manquât pas à sa parole,
je lui dis que ces deux femmes m'appartenaient. —
Quelques mois après j'appris qu'elles étaient à Talago,
revenues à une santé florissante.
tt Nous repartîmes de Talago pour traveri^er la
grande forêt dont il a été question, mais cette fois nous
nous étions pourvus d'eau, et nous arrivâmes sous des
arbres, et nous nous reposâmes k leur ombre protec-
trice, de toutes nos fatigues.
» Nous y fûmes surpris par une pluie diluvienne qui
nous fit beaucoup de mal, nos habits étaient mouillés
comme s'ils avaient élé trempés dans le fleuve ; heureu-
seinent que nous avions une petite tente sous laquelle
nous sauvâmes nos munitions, et lorsqu'il pousi fut
■■
(M)
permis de nous remettre en route, nous nous diri-
geâmes vers Belegnan (Belinian), où nous arrivâmes le
soir. Nous fîmes de grands feux pour séctier dos habits.
Las et fatigués de ces désagréments, nous nous diri-
geâmes vers Gondokoro, où nous arrivâmes après
quatre heures de marche. »
Voici les notes du journal du D' Peney qui se rap-
portent à cette excursion.
TROISIÈME EZTBAIT DU JOURNAL DE VOYAGE DU D"" PENET.
DU â AVRIL AU 10 AVRIL 1861.
Voyage à Liria.
Mercredi 8 avnV 1861 . — Départ de Gondokoro pour
Belinian à quatre heures et demie du soir, avec MM. De
Bono, Kourchidaga (le négociant turc appelé par De
Bono Corsciud) et T. Evangelista. Notre escorte se com-
pose de cent vingt hommes armés, et de vingt cinq
nègres porteurs. Un troupeau de cent bœufs destinés à
réchange de l'ivoire nous précède de quelques heures.
Arrivée à Belinian à neuf heures du soir. Nous pas-
sons la nuit chez le Bounitt Lad6.
Jeudi h. — Départ de Belinian à six heures du ma-
tin; deux heures de marche dans la direction E. jusque
auprès d'un torrent, dans le district de Mirchouk. —
Relevé du centre de la montagne de Liria = S. E. Re-
levé de la montagne de Bondjourènn = S. 20 degrés E.
9 heures matin.
2 heures soir.
Ciel clair.
Nuages.
Vent s.
VenlN. 0.
TberiD. 20».
Therm. i7*.
(56)
Départ de Mirchouk, à deux heures et demie du
soir. On prend la direction de Liria à travers une foret
dans laquelle nous ne trouvons pas d'eau. Trois heures
et demie de marche jusqu'au coucher du soleil. Cam-
pement dans le bois.
Vendredi 5. — Départ à cinq heures du matin :
deux heures et demie de marche jusqu'au village de
Talago, situé sur le flanc occidental du mont Liria.
(Distance de Mirchouk à Talago, six heures représentant
6 lieues, de hhhh mètres chacune, ou de 25 au degré.)
Le mont Liria forme avec le mont Edjabo, situé à
l'ouest de celui-là, une vallée d'une lieue de longueur,
terminée au sud par le mont Lohé. Cette vallée a sa
direction du nord au sud ; les deux montagnes qui
l'encaissent, et dont la plus grande élévation est de
900 à 1000 mètres au-dessus de la plaine, appartien-
nent à la formation plutonienne. Elles sont formées de
quartz, de granits de différentes couleurs et de texture
très-variée, de porphyres^ de trachytes, enfin de ma-
tières minérales cristallisées.
La pierre est revêtue d'une couche de terre végétale
plus ou moins épaisse, mais dépassant rarement 1 mè-
tre de profondeur, dans laquelle des végétaux arbores-
cents se sont développés. On trouve là le tamarin, divers
figuiers sycomores, des Zyzyphus^ des légumineuses
et le Liban des Arabes du Soudan {Bakamodendrum
myrrha).
A trois heures et demie de l'après-midi, nous levons
le camp et contournons la montagne de Liria dans la
direction S. E. pour aller nous installer sous le village
de Rîgnia, le plus considérable de la province, et en-
(57)
trepAt de l'ivoire et du tabac qui proviennent des pro-
vinces Barry et Lâtouka.
Rignia, distant de Talago d'une benre et demie de
marcbe, est situé presque en face de ce dernier village,
et adossé au flanc oriental du mont. Une partie de ses
habitations s'étend même jusqu'au sommet de ]a mon-
tagne.
Les cases de Rignia, bien qu'indépendantes et iso-
lées les unes des autres, sont pourtant assez rappro-
chées pour former des groupes ou quartiers principaux,
à l'instar de nos villes. Chaque habitation est entourée
d'une balustrade épaisse et serrée formée de cannes
(ganna) et de solives fichées en terre. Cette enceinte
est une vraie forteresse à l'abri des flèches, des lances
et même des balles. Dans son intérieur s'exhaussent
trois ou quatre toucouls ou gontieh, cabanes recou-
vertes de paille et dont le toit est conique. Ces cabanes
sont disposées et accommodées de façon à rester imper-
méables à la pluie, et les nègres mettent un soin tout
particulier à bien les couvrir.
La population de Rignia est d'environ 2000 âmes ;
celle du district, nommé Lokoyia, qui occupe une su-
perficie de 6 lieues carrées environ ^ peut s'évaluer à
10 000. La nature du sol, parsemé de pics, de collines
et de montagnes, l'emplacement des habitations et
leur mode de construction, rendent ces localités inexpu-
gnables aux nègres limitrophes ; aussi les habitants de
Lokoyia, qui ont le sentiment de leurs forces, sont-ils
encore plus arrogants , plus insolents et plus intraita-
bles que les gens de leur couleur placés dans des con-
ditions différentes.
(M)
Le chef de Rignia et même de tout le district estime
espèce de colosse nommé Laghèy, que ses qualités cor-
porelles et ses nombreux bestiaux ont rendu maître
absolu de la contrée. Il fait acheter par ses gens
à vil prix tout l'ivoire qui se trouve dans les provinces
qui Tavoisinent à Test, parmi les Lamouda, les Laouda,
les Berry , et revend cet ivoire très-cher aux marchands
étrangers qui sont obligés de passer par ses griffes.
Non content d'exiger en échange de sa marchandise des
objets d'une valeur très-élevée, il s'empare par force des
articles d'échange qu'il trouve à sa convenance entre les
mains des acheteurs ; et s'il ne fait pas subir à ceux-d
des avanies plus humiliantes, ce n'est que dans lacrainte
de voir quelque jour, et alors que la mesure sera com-
blée, son pays envahi par une armée de carabiniers.
 notre arrivée à Rignia, nous avons été obligés de
faire parade de nos cent vingt fusils et de menacer La-
ghèy d'une décharge de mousqueterie piour imprimer
quelque crainte à ses nègres et pour ne pas nous expo-
ser à leurs avanies. iMalgré nos menaces et les ordres
du chef nègre, notre patience a dû souvent être mise
à l'épreuve, et c'est grâce à la dose d'impassibilité dont
nous étions pourvus que nous avons dû de quitter la
contrée sans rixe sérieuse, apr^s avQÎr passé trois jours
dans le pays.
A 10 lieues àl'est du mont Liria s- étend une chaiqe de
montagnes allant dans la direction du N. au S. Cette
chaîne mesure un angle de 4Q degrés et eipbrasse
par conséquent une longueur de 9 lieues et plus. On
l'appelle les monts Lô^if, §Me occupe le centre de la
province de Lotouka ; ses districts principaux sont cçux
(M)
dellatari, Tirann, Elloly, lliéon, Gaboriéri, situés à
Test et à Touest des montagnes.
Au sud des monts Lôfitt est le mont LaOdé. Ses ha-
bitants sont les Toulon et les Lamoudà. Ces derniers
kabitent le revers ouest du mont Laodé et sont par con-
séquent plus rapprochés de Liria; — 6 à 7 lieues en-
viron.
Derrière ces monts (L6fitt et Laodé) coule le Louila-
gny (le Lalanié de De Bono), rivière qui se rend chez
les Berry, où elle prend le nom de TschoL
Les habitants des monts Ldfitt et Laodé parlent le
même idiome, leqnel n'a aucun rapport avec l'idiome
barry ni avec celui des Berry, qui n'est autre que la lan-
gue schlouque (des Schillouks). Cette langue, celle des
habitants des montagnes de Lftfitt et de Laodé, diffère
essentiellement de toutes celles parlées par les rive-
rains du fleuve Blanc; quant à sa numératiQQy elle est
décimale, au lieu d'être quinquennale, comme dans les
langues des rives du Nil.
Bien qu'appartenant encore à la province Barry, les
habitants du district de Lokoyia se ressentent du voisi-
nage de leurs voisins les Berry et les Lotouka. Les gens
de Lokoyia parlent en effet indistinctement les idiomes
banry, berry eu sehlouk et lotouka.
Les femmes berry ont en outre emprunté à leurs voi-
siDes r usage de la perforation des lèvres supérieure
6t inférieure de la bouche, pour y introduire des cylin-
dres de pierre. Cette parure est commune chez les
Berry aux deux sexes. Les habitants de Lokoyia ont
également abandonné en partie la pratique de l'avul-
sion des six dents antérieures de la mâchoire ; quel-
(60)
ques-UDs coDservent leur râtelier intact ^ d'autres, à
l'exemple des riverains du Sobat, ne s'enlèvent que
deux incisives à la mâchoire inférieure.
Quant au costume des gens de Lokoyia, il est le
même que celui des autres Barry dans les deux sexes.
Les gens de Laodé et de Lamouda, de la province
de Lotouka, que j'ai rencontrés à Liria, m'ont frappé
par l'originalité de leur coiffure. Celle-ci représente
par sa forme une espèce de casque de forme ordinaire,
sans visière, avec deux arêtes saillantes devant et der-
rière. Ce casque, revêtu extérieurement de verroteries
et de coquillages, waday^ est tissé avec la chevelure
elle-même de l'individu qui le porte, et reste éternel-
lement fixé sur la tête. Les Lotouka sont très-fiers de
cette parure qui, cependant, par son inamovibilité, doit
être dans certaines occasions d'une grande incommodité
Samedi 6.
5 heures et demie matin.
3 heures et demie soir.
Ciel clair.
Nuages.
Vent s. 0.
Vent E. irrégulier, raffiiles.
Therm. 24».
Midi.
4 heures et demie soir.
Nuages.
Nuages.
Vent fort E.
Vent s.
Therm. 36^,5.
Therm. 37«.
Dimanche 7.
5 heures et demie matin.
8 heures et demie matin.
^ Nuages à l'est.
Nuages {drrho-Uraim),
Vents.
Vent fort N.
Therm. 25*.
Therm. 28<».
(61)
S iMores soir. 3 heures soir. 4 heures soir.
Koage8(ctfrAo-ctMiitiitii). Nôages. Quelques nuages.
Teot irrégnlier N. Veut irrégnlier N. Teot N.
Therm. SS^'.S. Therm. 33<»,S. Therm. 34*,5.
9 heures soir. — Quelques gouttes de pluie.
lAmdiS.
5 heures et demie mitia. 9 heures matiu.
Nuages à Test. Ciel couvert.
Vent E. Nuages chaisant de TE.
Therm. 25<',5. Vent inf. fort E.
Therm. 29*.
Midi. 2 heures soir. 3 heures soir.
Ciel clair. Quelques nuages. Nuages.
Vent fort E. Vent fort N. E. Veut yariable.
Therm. 31«,&. Therm. 34®»8. Therm. 35<».
Veut fort S. toute la nuit.
Retour à Talago.
Mardi 0. — Départ de Talago à cinq heares et de-
mie du matin.
Arrivée à Mirchouk à midi et demi.
Petite pluie pendant toute la matinée. — Vent d*est.
i heure soir. 3 heures soir.
Ciel couvert. Ciel couvert.
Calme infér. VdntE. ..
Vent super. N. E. Therm. 32 .
Therm. 29^,5.
Départ à trois heures et demie. Marche d'une heure
et demie dans la direction E. S. E., et arrivée au dis-
trict de Magry, en face et à une demi-lieue du village
supérieur de Bélinian. Nous passons la nuit dans une
( «2 )
habitaiioD où nous noUvS sommes réfugiés daâs la
crainte de la pluie.
Mercredi 10.
5 heures et demie matin. 3 heures soir.
Naages. Ciel couvert.
Vent S. E. Vent S. E.
Therm. 24°. Therm. 33°.
Départ de Magryet arrivée àGondokoro, après une
marche de ttois heures et demie.
Quelques heures après nous arrivent également les
gens de rétablissement de M. De Bono au Niambara.
Le neveu de De Bono, qui fait partie de l'expédition,
m'apporte en cadeau une collection de semences, ainsi
que divers objets d'art des Niamniam-Berry. Les nou-
veaux venus nous apprennent qu'à trois lieues de dis-
tance de Gondokoro, sur la riveO. du fleuve, et dans
le district de Kàho, ils ont été attaqués par des nègres
qui voulaient leur barrer le passage. Cette attaque ,
commencée la veille , s'est répétée deux ou trois fois
pendant la nuit, et n'a cessé, le lendemain matin, qu'a-
près que les nègres eurent perdu une quinzaine de leurs
guerriers.
IX.
Tandis que M. De Bono allait tenter de remonter le
fleuve jusqu' à Gondokoro ( i ), le D' Peney à sou retour se
proposa de visiter dans le courant d'avril les ikiontagoes
voisines de Gondokoro pour savoir si elles étaient riches
(I) Voyez aux Nouvelles annales des Voffages de juillet 1862, lei
déUiU dt la tèiiUtiv« de De JBouo !
(W)
en minéraux, mais déjà il était pris des fièvres; il fut
fflonillé dans sa première excursion et rentra à Gondo-
koro assailli d'une fièvre très- violente. Force lui fut
bientôt d'interrompre ces excursions, cependant il con-
tinua ses observations météorologiques et les consigna
sur son journal. Nous y trouvons pour récapitulation
du mois d'avril :
Températare moyenne. . . . 27<^,65 centigr.
— plus élevée. . 38<*,5 (2 avril à 3 h. 1/2 soir).
— moint élevée. 19%5 (2 avril à 5 h. 1/2 foir).
Vents variables.
\0 tombées de plaies de demi-henre chacune en moyenne ; ces
pluies ont été amenées par des vents d>st et de nord-est.
Noages oa cîel couvert chaque jonrnée.
Lé 16 a eo lieu, pendant la nuit» la première crue considérable du
fleuve; elle a exhaussé le niveau des basses eaui de 1™,25. Au bout
de vingt-quatre heures la décroissance à commencé à s^opérer.
Humidité considérable et brouillards, après la pluie èl au moment
delà crue du âeuve) mats ces phénomènes, le premier surtout, ne
lont ordinairement sensibles que le matin, avant le lever du soteii.
Il prit aussi à Gondokoro plusieurs hauteurs solaires.
Nous en consignons ici quelques-unes :
Temps vrai.
10 avrU, à 7 h. 5 m. 50 s. matin, hauteur solaire. 16<^,47'30''
17 avrU, à 7 h. 1 m. matin, hauteur solaire 16® 16'
18 avril, à 7 h. 42 m. malin, hauteur solaire 25® 52^ 30'^
Voici également, pour le même lieu, quelques hau-
teurs correspondantes :
Le 24 avril :
7 h. 5 m. 30 .. matin. | ^ ^ ^^. ^^
4 h. 54 m. 30 s. soir. . I
« h. 23 m. 80 s. maUn. ^ ^ ^ ^^^ ^^ ^,
2 h. 36 m. 30 s. soir,
• ; ) "■
(64)
Le 27 anil :
6 h. 54 m. 30 s. matin. ) „
I H. S. 14«» 30"
S h. 5 m. 30 s. soir. . . )
7 b. 4 m. matin ) „ ^
> H. S. 16M5'
4 11. 54 m. soir
9 h. 15 m. 30 s. matin.
2 h. 44 m
9 h. 30 m
2 h. 30 m
. 30 s. matm. ) „ ^
J H. S. 48» 15'
. 30 s. soir. . )
. matin ) „ ^
j H. S. 62«
* soir.» . • « • . J
Le 29 avril, malgré la fièvre qui le minait lentement,
le D' A. Peney se mit de nouveau en route pour visiter, en
descendant le fleuve, la province des Chir ; cette excur-
sion, qui dura jusqu'au 10 mai, n'offre aucune parti-
cularité remarquable. Le voyageur Ta consignée sur
son journal de voyage en indiquant pour chaque jour
l'état du ciel et la température, ainsi que tous les points
où la barque fit halte.
Mentionnons cependant la reconnaissance suivante,
qui peut être utile pour la topographie des environs de
Gondokoro :
Bekvé pris du fleuve à une lieue et quart {lieue géogr,) de Gondokoro
des
pics suivants :
Mont Lado (centre) ' N. 15* 0.
Mont Koanoofi
(centre). ... 0. 1/4 S. 0.
Mont Kérèk
— .... 0. S. 0.
Mont Logouek
— .... S. 30»O.
Mont Belinian
^^ . • . • 9. 9. t!i.
Mont Liria
-'* • • . • £i. 25 9*
Les mois de mai et de juin se passèrent ainsi à Gon-
dokoro sans que le malade éprouvât de grands soulage-
ments; cependant il luttait contre le mal, travaillait
toujours, et tenait son journal de voyage au courant,
(65)
consignant la suite de ses observations. Nous nous con-
tenterons, ainsi que nous Tavons fait pour les mois
précédents, d'en extraire les récapitulations.
BécapUaUmon du mois de mai.
Températare moyenne. ^ . . 26** 23'
— plus éle?ée. • 33** (27 et 30 mai, 3 h. soir).
— moins élevée. 21** (22, 23, 24, 25 mai, 5 b.
et demie matin.
Nombre de plaies tombées : 9; légères et de pea de darée.
Quantité d*eaa tombée : 0"*,i05.
Vents dominaots : S. le matin , variable Taprès-midi ; les plaies
ont été amenées par des vents E. et N . E.
Deatième forte croissance du tteave : l'ylS an-dessus des plas
basses eanx, le 17.
Troisième forte croissance da fleuve : l'**,23 au-dessus des plus
basses eanx, le 23.
Récapitulation du mois de juin.
Températare minimum. • IS'^.centigr*, le 23, à 5 h. 45 m. matin.
— maximum. . 33%5 cenligré, les 3, il » 13, 18, à 4 h.
soir.
— moyenne. • . 250^66 ce^tigr. .
Nombre de pluies tombées : 14-^ quantité d*eaa : 0*>, 277.
Vents dominants : S. et S. S. E. ; quel<|ues vents du N. Humidité
extrême le mâtin et Jusqu'au lever du soleil (1).
• 4 %
Niveau du fleuve, minimum. • 0°*,33 le 13]uin. \ 0y.(|essns des
— maximum*. I"^,i0 lei^^Juin. > plus
— moyenne. . . * 0",52 (28 observ). ) ***"®* ^"*-
Bautcurs solaires à Gondokoro (temps vrai) pour le vendredi 28 ;tilti.
7 b. 19 m. Os 19*» 55(30"
7 b. 22 m. 45 s 20** 36' 00^'
7 h. 27 m. 45 S..... 2i*>40'b0"
> . ■ • ■
(i) Le thermomètre mouUlé est resté presque coiutamu«nt au môme nWeau qtte
le thcrmomèlrc see pendant ce moinieiit de la jonmée.
VI. JUILLET. 6. 5
(«8)
A çei trolfl premièr««, il f^uk ijoater lo demMtamitre du 90\mU
9 h. .40 m. 30 8... «. 5i<'45'00'/
9 b. 48 m. 15 9...., 52<»00'00''
iln^Ias a^imulaum du iokilpour Ip mime jour.
8 b. 20 m. matin £. 21^ ao'N.
. . 8b.mAtiû.« E. M«45^N.
11 b. 30 m. matin... •• E. 4S<»N.
Dans les premiers jours de juillet, le D' Peney fit
encore quelques observations; il arrêta, par exemple,
les positions des montagnes dont les noms suivent et
leur distance de Gondokoro.
Helèvment à Gondokoro des positions suivantes»
*
Mont Bélénian (pic central). . « N. i2V 12 000 mèlr.
MontLoupfètt Ib. ... N. 130° 8000
Monts Lièngha (centra) ...... N. 147o 10 000
Mont LoulourY Ib N. 165° »
Mont Longny Ib N. ITS"" 16 000
Pie de Logoaelc K lOO^ 20 000
MoQl Kértk (centre). ....,.«. Ii« UW lOOOO
Mont S^onnoQfl (eeatre). ,.«••• N* 250* 1 4 OOd
Monts VouyiO . Ib. ....... N. a20<> 42 000
Monts X*.., Ib N. 245«» 34 000
Monts X^,. Ib N. 255^ 18 000
Mont Ladà (Niercagni) (centre). N. 330» 16 000
* Le journal n'indlqtte pis de nom poor ces montagnesé
On a tenu compte de la déclinaison de la boussole = V 30' 0. ; ies
degrés sont comptés du point N. eu allant vers Test, le sudëtTouest.
Une autre observation importante est celle de Valti-
tude de Gondokoro au-dessus du niv^ati de la mer*
déterminée à Taide de Teau bouillante.
(67)
H.Peney s'assura que Teau distillée bouillait à Q7%25
^thermomètre centigrade ou à 78% 60 du thermomètre
èRéâumur; en calculant 280 mètres d'élévation pour
cbaque degré d'abaissement du thermomètre centi-
grade, il obtint pour l'altitude de Gondokoro, 627°, 75.
GoDdokoro est d'ailleurs à 7 mètres au-^dessua du
km Blanc.
La dernière excursion que fit le docteur eut lieu le
iO juillet ; il la dirigea vers les monts Lièngha, ûtués.
à 10 000 mètres à TE. N. E. de Gondokoro.
Ces montagnes sont formées par la réunion de cinq
pics, et elles appartiennent, comme toutes les mon-
^^es de cette partie du Soudan, à la formation
cristalline dite plutonienne; des terrains métamor-
phiques, c'est-à-dire de cristallisation stratiforme, y
8ont également représentés par le gneiss. Ces mon-
des sont toutes boisées et produisent principalement
fe sycomores (Ficus) ^ des Djoqânn, des Amy)*isbal^
^(^endrum (arbfe à myrrhe), des aloès à fleurs
^^ges et diverses espèces de légumineuses arbores-
centes.
Sous le versant oriental coule un ruisseau nommé
%) qui prend sa source dans la chaîne située au
^i-est de Lièngha, et qui, se divisant au sud de cette
dernière montagne, va se jeter au Nil en amont de
"Ondokoro. Au pied du versant septentrional de la
D^ontagne, se trouve le village de Ghiekenn*
^u haut des monts Lièngha, on obtient avec la
l^ussole, et en teiiant compte de la déviaticHi de Fai-
P^De aimantée, 7^ 30' O.j les positions suivantes :
(68)
Mont Cherchera. 40 000 mètres S. 22'' E.
Mont Torkola. 20 000 — E. 28o S.
MontLakoré 16000 — E. dS"" S.
MontLiria 36 000 — E. 38° S.
MontWouyW 40 000 — 0. 17«> S.
C'est au samedi 20 mai, six joars seulement avant
sa mort, que s'arrête lejournal de l'infortuné 0' Peney;
le 21 il essaya de continuer ses observations journa-
lières pour les consigner sur ce journal, mais il dut
céder à la maladie, et la plume lui tomba des mains.
X.
Andréa De Bono était revenu quelques jours aupa-
ravant de $on excursion aux cataractes de Makédo,
mais, ainsi que le D'' Peney, il était miné par la fièvre,
et pour comble d'infortune ils n'avaient plus de quin-
quina, le docteur ayant généreusement prodigué la.
provision à ses malades. Ils n'en songeaient pas moins,
aux préparatifs de leur grande exploration ; le docteur
pensait qu'un peu de repoalui sujBBrait et que le chan-
gement d'air ferait le reste.
«Tout était prêt^ dit M. Andréa De Bono (1)^ nous
n'avions plus qu'à fixer le jour du départ, lorsquemon.
pauvre ami, le D' Peney, fut assailli par les fièvres,
qui lui occasionnèrent des évacuations sanguines..
Aucun secours ne put le sauver, et le 26 juillet, à six
heures du soir, cette belle âme s'envola au ciel, laissant
(1) Annales des Voyages, juillet 1862, p. 86.
(69)
tons ses amis plongés dans la plus vive douleur (1).
Qa'il me soit pennis ici, étant toujours sous l'impression
des plus vifs regrets» qui seront ineffaçables tant que
je vivrai, de me laisser entraîner en parlant de cet
homme digne d'un meilleur sort. De mœurs intègres,
habile dans l'art médical, ami affectueux et estimable,
il passait sa vie au milieu des ennuis et des fatigues
pour secourir l'humanité souffrante. Avide d'être utile
aux sciences géographiques, il entreprit de longs et de
périlleux voyages. Il étudia les conditions atmosphé*
riques, les vertus des plantes, les minéraux qui sont
cachés dans les montagnes escarpées. Ces travaux
pénibles le conduisirent à une mort prématurée ; ses
restes reposent au milieu du désert, la pierre qui les
recouvre attestera aux rares voyageurs qui la visite-
ront, qu'un homme a vécu pour l'amour de la science
au milieu des fatigues et des dangers, sous les rayons
d'un soleil brûlant, aidant et secourant ceux de ses
semblables qui souffraient^ et augmentant le domaine
de la science de nouvelles découvertes.
» Son nom restera peut-être obscur dans le monde,
parce qu'il n'eut jamais recours à l'imposture ; mais
cependant là où l'on signale impartialement les actions
des hommes, il resplendira pur et intact à la postérité.
» Ses restes ont été transportés de Gondokoro à
Khartonm, où, par mes soins, j'ai fait ériger un monu-
ment qui rappellera à nos descendants l'homme qui
vécut au milieu de l'étude et des travaux qui le con-
duisirent malheureusement au tombeau.»
(1) Voyez au Builelin de janvier 1862, p. 52, la lettre du D' Cri à
M. Espinassy-Bey sur. la mort du D' Peney.
( 70 )
Nous n'avons rien à ajouter à ces belles paroles ; nous
pensons queTon trouvera dansces notes, que nous avons
essayé de coordonner de notre mieux » des indications
utiles qui vaudront à la mémoire du D' Alfred Peney
les souvenirs sympathiques des amis des sciences
géographiques.
Sur la demande de M. Jomard, ses papiers furent
adressés à la Société de géographie, et ils sont aujour-
d'hui déposés dans ses archives.
Ils se composent des quatorze articles suivants :
1. Portefeuille. — Noies diverses aa crayon et à Feacre avec ob«
servations.
2. Observations météorologiques de mai 1859 à septembre 1860.
4. Remarques diverses, savoir : les diables, revenants, vampires.
— Du crocodile. — Da Thippopotame. --' Conquête du Soudan. -^
LeKourdofal. — Populations du Koordofàl, du Fazoglo. »^ Nègres
HameiU . — - Expéditions et établissements au fleuve Blanc*
6. Lettres à divers, la premiire à KoSuig-Bey , 19 Janvier 1860 ; la
dernière au D' Ori à Kbartoumi le 20 mai 1861, — Plusieurs de ces
lettres renferment des indications scientifiques.
7. Itinéraires et observations météorologiques à partir de février
1861, datés en premier lieu de Gondokoro; esquisses des rapides de
Garbo, des cataractes de Makédo, des envii^ons de Gondokoro, avec
des notes sur les populations du fleuve Blanc.
8. Journal d*observations commençant à décembre 1860; carte
du voyage au Niambara, cours du Ylèh, à Touest de Gondokoro, ac-
compagné de beaucoup d'observations. — Voyage au Niambara.
10. Juillet 1 861 . — Observations astronomiques, hauteurs solaires,
distances à Gondokoro de différents lieux, — Excursion au mont
Lîèngha.
11. Voyage au pays desDenka, du 1^^ novembre 1860 au 30 du
même mois, avec deux cartes du cours du fleuve du 11* au 10<> degré,
plus une troisième carte du fleuve Blanc cbez lesNouairs, de Vtm-
(M)
Minrede la rivière Sobat à celle de li rivière GhazAl ; loii|itude,
ff' et 28*.
12. Vocabulaires tagala,^noQb8 et aatres da Koardofal et da fleave
Mine.
14. Notes du voyage au Soudan, 1S55-56-57. — Voyage au Man-
dan, le 25 aept«mbre 1855. «^ Dessim de botanique. ^ Efl^ti du
i^e alimentaire, des Yètements et des habitations du Soudan. — •
Toyageen 1859. — Potmlation du Soudan égyptien.
15. Cours du fleuve chez les Nouairs jnsqu*au S*» 25'. — Carte du
coan da fleuve Blanc au nord de Gondokoro, et des monts Logouek
juqa'aoi Eiali. *-^ Feuilles d'observations; plusieurs cartes du cours
^fleuve Blanc* comprenant rembouchure du 0ahr-el*6haaal, plus
noe grande carte sur papier végétal présentant une esquisse inachevée
fone partie du cours du Nil.
16. ObservatioDS grammaticalei, suivi du glossaire schlouk, 16-
tonka, niambara, barry, amahra, galla, waday, kondjara, faxogto,
BiMlaNir, goitleb.
17. ObservaMna de médedne.
18< Lettrée depuis la SO février 18dO;tapremière^adresiéeàS.Exc.
KaoïgoBay : U dernière adressée à M. Joaatd ou, eu soU absence, à
V. Malte-Brun (la dernière qn*il ait écrite), 20 mai 1661.
LesnuméroB portés sur cet inventaire sont ceax qui
^trouvent sur les cahiers et sur les notes; ils sont
ians Tordre où ils ont été inventoriés. Lors de Fouver-
ttire du paquet expédié d'Egypte à Paris, les numéros
M, 9, ift, manquaient.
V. A. Malte-Brun.
( 72 )
rVouvelles et eonimuiiieatlons.
EXTRAITS DES LETTRES DE M. GUILLAUME LEJEAN
A M. ERNEST DESJARDms.
Sennâr, 19 octobre 1863,
« Mon cher ami, me voici enfin en route : les vents
du nord qui sont survenus et les routes qui ne sont plus
inondées me l'ont permis. J'ai remonté le fleuve Bleu
jusqu'à Messalemié, puis j'ai gagné à dos de chameau
Oued Mediné, puis Sennâr, où je suis à présent, atten^
dant des chameaux pour gagner par une route de tra-
verse Gallabat, Vohin et Tchelga. Cette dernière ville
est la résidence du belambros (chef des quatre forte-
resses) Guelmo, sorte de margrave abyssin que tous me
peignent comme un parfait galant uomo^ ce qui est
loin de m'être indifférent, car, en entrant à Tchelga,
je deviens prisonnier d'État.
» Ne vous en effrayez pas plus que je ne m'en
effraye moi-même. Tout étranger entrant en Abyssinîe,
quelle que soit sa qualité, devient à la fois l'hôte et le
prisonnier du négus, qui le traite fort bien, ne le laisse
manquer de rien («je suis ton père et tu es mon fils » ,
c'est sa phrase stéréotypée), mais ne le laisse sortir
que quand il lui plaît, et cela lui plaît quelquefois fort
tard
(78 )
Gafnt, près Devra Tabor, 30 Janvier 1863.
« J'ai fini par atteindre le negus nagart za Aitiopya^
le roi des rois d'Ethiopie. Il a un lioù dans ses armes,
c'est une hirondelle qu'il devrait y placer, car on n'a
pas d'idée d'une pareille ubiquité. Suivez, si vous
pouvez, sur une bonne carte d'Abyssinie, le réseau de
ces marches pendant ce mois. 2 janvier» du camp de
Miedja au camp de Mahdera-Mariam ; 12, départ pour
le Godjam; arrivée le 15 au Talba Ouaba; le 22, re*
tour à Mahdera; le 25 au soir à Devra Tabor v le 26,
excursion à Gafat» retour au Tabor; le 20, nouvelles de
guerre, retour à Mahdera. On suppose qu'il vapas^rle
NU. C'est donc miracle que je l'aie rencontré. Mardi,
averti que le négus arrivait à Gafat^ je me suis préparé
a lui être présenté. Un des missionnaires européens est
venu en hâte me dire : « Venez saluer Sa Majesté, elle
» arrive, elle monte la côte à pied. » J'ai vu venir un
tourbillon d'officiers indigènes tout vêtus de velours et de
soie, et, au milieu d'eux, un homme d'environ quarante-
quatre ans» de complexion sèche et robuste» de figure
ouverte et bonhomme^ les yeux vifs, le front magni-
fique, vêtu avec une simplicité telle, qu'elle semblait
une épigramme contre les autres : c'était Théodore. Il
m'a fort gracieusement accueilli, et arrivé à un placis
où il s'est reposé un instant, il m'a fait asseoir sur son
tapis, m'a fait quelques questions sur la portée des pro-
jectiles de guerre, « chose que vous devez bien connaître,
^ a-t-il dit, puisque vous êtes un Européen et un homme
» instruit, » et a fini par me demander quand il me
convenait d'être reçu officiellement. J'ai naturellement
répondu en me mettant aux ordres de Sa Majesté et j'ai
été reçu le lendemain mercredi avec tous les honneurs
imaginables. Ses modèles sont David, Alexandre, Na->
poléon P'.
» Vous savez qu'à mon départ de Paris, j'étais fort
curieux de voir Théodore et de juger par moi-même de
tous les récits contradictoires que Ton en fait. L'en-
semble de ce que j'ai vu et entendu en Abyssînie me
mène à cette conclusion : il est doué d'un grand génie
organisateur. Il suffit de lire tous les voyageurs depuis
Bruce jusqu'à M. Galinier, ou d'interroger les souve-
nirs des natifs, pour sonder l'abîme d'anarchie, de
désorganisation et de ruine dont il a sauvé l'Abyssinie*
La sécurité matérielle est aujourd'hui aussi grande que
dans l'Europe centrale ; le brigandage féodal est sup-
primé ; le commerce est possible. Il y a dix ans, chaque
soir de marché, dans le moindre village, était ensan-
glanté ; aussi les produits dii sol ne se vendaient pas :
pour un sel (22 centimes), on avait six ou sept poules,
pour 2 sels un mouton. A présent le paysan vend bien
le superflu de sa production, et cela s'est fait sans
aggraver la situation des villes, par une •excellente
raison : il n'y a que deux villes (Gondar et Adoua) ;
tout le monde est producteur agricole, et il n'y a que
le riche qui ait besoin d'acheter, mais pour l'entretien
de sa nombreuse domesticité, c'est-à-dire de son luxe.
On paye des impôts réguliers en Abyssinie. Un homme
opprimé par des hobereaux ou des tyrans de village
n'a qu'à crier : Theodoros amlak ! (par le dieu de Théo-
dorel); c'est le haro des Normands, et il ne fait pas
bon de passer outre.
(75)
» Théodore me rappelle, par les bons et les maatais
côtés, Gharlemagne. Au lieu d'imposer à ses sujets une
civilisation contemporaine exotique» comme l'ont fait
Pierre le Grand et en général les réformateurs orien-
taux, il cherche son modèle dans l'histoire du passé ; il
veut revenir à l'empire abyssin de l'an 1500, comme
Gharlemagne voulait évidemment revenir à l'empire
romain de Tbéodose. La plupart de ses réformes sur la
justice, l'esclavage, l'administration, la peine de mort,
sont des retours à l'ancien code national. Il y a un cerr
tain esprit sage et pratique à chercher le perfectionne*
ment de sa nation dans les propres éléments de cette
nation, tout en comprenant et en essayant prudemment
quelqnes améliorations européennes •
» Enfin, j'ai conquis un grand point : j'ai atteint le
négus Théodore au fond des montagnes d'où il descend
trois ou quatre fois par mois pour désorganiser les
insurrections qui naissent partout. J'ai bien fait de ne
pas entrer en Abyssinie par le Tigré ; la route n'était
plus sûre pour moi. — Je vous ai écrit de Sennâr.
le n'ai pas trouvé la chronique dont je vous parlais,
mais le médecin indigène Ibrahim-EiTendi a promis
de me l'envoyer à Massoua. J'ai fait un beau voyage,
Séographiquement et géologiquement parlant, dans
les provinces (jusqu'ici inconnues) comprises entre
le Nil-Bleu et Gallabat. Gallabat est un petit État
neutre dont le chef est nonamé par le négus et qui paye
2000 dollars de tribut à l'Egypte, autant à l'Abyssinie.
U a été formé par des nègres musulmans qui, revenant
dn pèlerinage de la Mecque et, sans doute, fatigués du
(76)
voyage 9 s'arrêtèrent là et depuis se livrent au commerce
et à la culture avec une activité qui contraste avec
Torgueilleuse paresse de leurs voisins. — Je ne vous
ennuierai pas des détails de mon voyage d*Âbys^nie
par Tchelga, la rive du lac, Devra-Tabor, etc.
» Je vous écrirai encore dans une couple de mois;
d'ici là écrivez«moi longuement à Massaoua. Je vous
enverrai une masse de dessins qui vous donneront une
idée d'un art que je ne soupçonnais pas, l'art abyssin,
irëre de l'art sarrasin, et qui lui a survécu. La fantaisie
abyssine, dans l'ornementation, est d'une variété pro-
digieuse ; en revanche, la peinture religieuse (figures)
est plus que naïve. Dans un tableau (la Sainte Famille),
la Vierge file du coton ; dans un autre (Passage de la
m&^ Rouge), les Hébr^ux^ poursuivis, font une fusil-
lade bien nourrie contre les Égyptiens. En somme, il
y a souvent de la majesté, de la verve, et toujours de
la couleur. »
( 77 )
NOTE DE M. LEFEBVRE-DURUPLÉ
CBARGé
AU NOM DE LA COMMISSION DE l'aNNUAIRE
DB PAÉSBHTER UR lAPfORT. SUIt CE PftOIET DE PUBUGJlTIOll.
H. Lefebvre-Duruflé, au nom de la Commission
chaînée de présenter le programme de V Annuaire de
la Société de géographie^ dont la publication a été
adoptée en principe, a fait, dans la séance da 22 mai,
un rsçport verbal dont voici le résumé.
« Pour déterminer avec quelque précision les matières
qui doivent entrer dans Y Annuaire j dit le rapporteur, il
faut avant tout se rendre un compte exact du but qu'on
se propose d'atteindre par sa publication. Ce but, c'est
d'appeler l'attention publique sur les études géogra-
phiques ; — c'est d'en populariser le goût ; — c'est d'en
vulgariser les connaissances principales, — puis, enfin
et secondairement, d'en faire un moyen de propa-
gande pour l'extension et le développement de la
Société.
» L'Annuaire doit donc être un livre de moyenne
étendue, d'une rédaction attrayante et variée, et d'an
prix accessible au grand nombre.
» Il pourrait se composer de trois parties.
» La PREMIÈRE PARTIE, divisée OU doux scctlous, ren-
fermerait :
» Dans la première section, ce qui se trouve dans
(78)
tous les Annuaires : le calendrier, les saisons, les phé-
nomènes célestesi les différentes ères, etc,
» L'Annuaire du Bureau des longitudes, VAme^^i-
can Almanach^ Y Annulaire de la marine^ pourraient
êtrQ utilepient consultés à cet égard.
» La seconde section pourrait présenter des Tables
diverses^ celles, par exemple :
» Des principales longitudes et latitudes du monde ;
» Des distances ;
» Des superlBcies;
» De la population des principaux pays et des princi-
pales villes;
' )) De» émigrations relatives des nations ;
» De la hauteur des montagnes et des glaciers ;
» De la longueur du cours des plus grands fleuves ;
» De la distance et du volume des planètes ;
» De la durée de leurs révolutions ;
» Des découvertes géographiques et des grands
voyages, selon leur ordre chronologique ;
» De rétendue et de la profondeur des mers;
» Des courants et des vents ;
» Des niveaux, des vitesses;
» Des pluies, des inondations, des sécheresses ;
» Des observations barométriques et thermomè-
triques, etc., etc.
» La réunion de ces tables, dont il ne serait publié
que quelques -unes chaque année, rendrait précieuse
la collection de Y Annuaire.
» La SECONDE PARtiE du volumo se composerait de
notices sur ce que Ton pourrait appeler la géogra-
phie d'actualité. Tout en ne renfermant que des détails
(70)
scientifiquement exacts, ces notices devraient être
écrites avec attrait et coloris ; ce serait là Tappât de
l'Annuaire; elles auraient pour objet les progrès et les
travaux de la science pendant l'année et les pays qui
auraient été ou le théâtre d'une guerre, ou l'objet de
quelques découvertes, ou le siège d'un établissement
nouveau» soit colonial, soit commercial.
» Enfin la noisiÈiiR parub offrirait, sous le titre
de Mélanges^ la biographie des géographes ou des
voyageais morts dans l'année, une revue sommaire
des publications les plus importantes, l'indication
de9 moyens de transport, soit par chemins de fer, soit
par bateaux à vapeur, établis sur les princ^Miux points
dn globe ; et en dernier lieu la liste des membres com-
posant la Société de géographie, ainsi que tout on
partie de ses statuts. »
(80)
»
Actes de la iUieiété.
EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES.
Séance du 22 mai 186â.
PRiSIDBKCB DE V. DR QUAmPAGBS.
Le procès-verbal de la demière séance est lu et
adopté.
Le secrétaire adjoint, en l'absence. du secrétaire gé-
néral, donne lecture de la correspondance.
M. le contre-amiral vicomte Fleurio.t de Langle re-
mercie la Société d'avoir bien voulu lé nomiiier l'un
de ses vice-présidents. MM. Testarod et Desclozeaux ^
récemment admis dans la Société, adressent leurs
remerciments.
M. de La Roquette lit l'extrait d'une lettre par la-
quelle M. Baruffi lui annonce la mort de M. le général
Albert de la Marmora, qui a manifesté jusqu'à ses der-
niers moments l'intérêt le plus vif pour les travaux de
la Société de géographie de Paris, et s'est montré par-
ticulièrement satisfait de voir imprimées dans le Bul--
letin les deux lettres qu'il avait adressées à M. d'Avezac
au sujet de la question de la formation des grès du
Sahara.
M. d'Avezac exprime à cette occasion le regret de
trouver, dans une note qui termine un récent ouvrage
de M. Trémaux déposé sur le bureau de la Société, la
mention d'observations critiques que lui-même aurait
(Si)
adressées à M. de la Marmora en réponse aux lettres
qu'il en avait reçues. M. d*Avezac n'avait mandé au
savant général d'autres remarques que celles qui sont
rappelées dans la deuxième des lettres insérées au
Bulletin.
M. Trémaux fait hommage à la Société du volume
sur le Soudan 9 dont il vient de publier la deuxième
édition. Des remerciments lui sont adressés séance
tenante.
M. Eug. Cortambert communique une lettre de
M.Henri Bineteau, chef de l'imprimerie itnpériale de
Sdgon, qui adresse un tableau des divisions administra-
tives de la Cochinchine française et trois cartes levées
par les officiers français sous la direction de M. l'amiral
Bonard et lithographiées à Saigon. La première est la
carte générale de la basse Cochinchine et du royaume
de Cambodge, en deux feuilles ; la seconde donne la
b$sse Cochinchine en quatre feuilles ; la troisième l'ar-
chipel de Poulo-Condore. M. Cortambert fait remar-
quer l'intérêt de ces cartes rédigées sur des documents
tout nouveaux. Il exprime cependant le désir de voir
y modifier certaines orthographes, entre autres le ?i/i
portugais, employé pourley/i mouillé français. Si l'on
ne veut pas admettre cette dernière forme, un peu am-
l>iguë, on pourrait se servir du tilde espagnol «, qui ne
donnerait lieu à aucune indécision.
M. Ë. Desjardins donne communication, par extraits,
^6 plusieurs lettres de M. Guillaume Lejean, vice-
consul à Massouah, qui, après quelques mois de séjour
àKhartoum, s'est dirigé vers 1* Abyssinie pour se rendre
à son poste.
VI. JUILLET. 6. 6
(8«)
M. V. A. Barbie du Booage offre à la Société, de la
part de l'auteur, M. Jules Despecher, un projet de télé-
graphe transatlantique. M. Barbie du Bocage est chargé
de remercier le donateur.
Sur sa demande et sur la proposition de MM. Barbie
du Bocage et Paul de Laboulaye, M. Jules Despecher
est présenté pour être admis au nombre des membres
de la Société.
M. d'Avezac donne avis des abonnements au Bulletin,
qui viennent d'être pris par le Département de la ma-
rine, à la recommandation de M. le contre-amiral baron
C. de la Ronoièi^-le-Noury.
M. le Président adresse, au nom de la Société, des
remerclments à M. le baron de la Honciëre.
M. Barbie du Bocage dépose sur le bureau les élé-
ments qu'il a coordonnés pour Timpression de la Table
analytique des matières des â"" et A* séries du Bulletin.
Des remerciments sont adressés à M. Barbie du
Bocage pour avoir bien voulu mener à bonne fin une
œuvre aussi aride et aqssi compliquée.
M. Vallon, capitaine de frégate, présenté à la ppé**
cédente séance par MM. le contre-amiral baron C. de
la Roncière-le-Noury et d'Avezac, est nommé membre
de la Société.
M. Lefebvre-Duruflé, au nom de la commission
nommée pour examiner Topportunité de la publication
par la Société d'un Annuaire géographique, fait con-
naître l'ensemble du programme proposé par cette
commission. (Voyez la note explicative, page 77.)
A la suite d'une discussion générale sur les voies et
moyens à adopter en vue de l'exécution de ce pro*
(88)
; (nmoie, le principe de la publication d'uu Annuaire
at admis et une commission pourra s'entendre nlté-
risoremeot avec un éditeur.
H.Lefebvre Duruflé rend compte des démaixhes ofli-
cieuses qu'il a faites en faveur du fils de madame Ayasse
fmeY, à l'efietde lui faire obtenir une bourse dans un
lycéfi. M. Lefebvre-Duruflé a la promesse du ministre de
finstraction pobiiqne que la demande de la sceur du
ly PiDey sera examinée avec intérêt, du jour où les
piëeea réglementaires auront été adressées au Miiristre,
La séance est levée à dix heures et demie.
Séance du 5 Juin ISëèl.
PRKâlDENCE DE M. DE QUATREFAGK».
Le pi'ocès* verbal de la dernière séance est lu et
^opté après quelques ebeervations de MM, de Quatre-
%es, Ernest Desjardins, de la Roquette et Vivien de
Saint-Martin. Ces observations portent sur l'étendue
adonner aux proeës^verbaux. La Commission centrale,
consultée , décido que les notes fournies par MM. les
membres qui ont pris la parole dans la deraière séance
seront insérées en debora du procès^verbal.
M. le secrétaire général donne communication, au
oom de M. Jules Duval, absent, du procès-verbal de
la demitoe asfsemblfe générale.
M. le contre-^amiral baron C. de laHoncièrerle'Noujiy
transmet, par lettré à la Société , au nom de Son Exe.
M. le ministre de la marine et des colonies, plusieurs
(84)
cartes hydrographiques, ainsi qu'une brochure relative
au voyage de circumnavigation de la frégate autri
chienne la Novara. Cette brochure et ces cartes son
offertes par M. le directeur du bureau hydrographique
de Trieste.
Le secrétaire général donne lecture d'une lettre non
signée dont l'auteur, après avoir parlé des cours de
M. Jules Duval sur la colonisation et l'émigration ,
exprime son désir de voir paraître une revue traitant
de l'état des colons français à l'étranger et des colonies
françaises.
M. Sédillot , nommé scrutateur dans la dernière
assemblée générale , écrit à la Société pour lui adresser
ses remercîments et lui offrir un travail portant le titre
de : Courtes observations sur quelques points de V as-
tronomie orientale,
M. Winwood Reade écrit à la Société pour la re-
mercier de sa nomination comme membre donateur.
Ce voyageur, de retour du Gabon, annonce également
qu'il s'occupe de la rédaction du récit de son voyage.
M. Robert, ancien notaire, qui vient de publier un
travail sur l'étymologie des noms des lieux du dépar-
tement de Seine-et-Oise, offre ses services à la Société.
La Commission centrale répond àla lettre de M. Robert,
qu'elle recevra avec satisfaction les communications
qu'il voudra bien lui faire.
M. d'Avezac communique une lettre de M. Tho-
massy, qui lui envoie de la Martinique des séries!
d'observations sur la salure de la mer dans le trajet
d'Europe aux Antilles : M. Antoine d'Abbadie veut,
bien se charger d'examiner ces documents, et d'en faire
j
( 85 )
n rapport à la Société. Il ofire en outre de la part
k H. Giuseppe Biancoiii un travail sur les écrits
de Marco Polo et l'oiseau Rock mentionné par lui. —
I. d'Avezac saisit cette occasion d'entretenir l'assem-
blée des travaux de M. Pauthier , pour une édition
prochaine d'une édition commencée de la relation du
célèbre voyageur vénitien, dont il existe mention
eipresse daiis les annales chinoises.
M. Vivien de Sainte-Martin dépose sur le bureau un
livre sur le nord de l'Afrique dans l'antiquité grecque
et latine, travail couronné par l'Académie des inscrip-
fcns et belles-lettres. Il donne en outre quelques dé-
Wls sur le cadre de cet ouvrage.
M. Buisson offre de la part de M. le bai'on d'Avril,
^ recueil des actes de l'Église bulgare.
M. d'Abbadie a reçu de M. Desboroug Gooley une
fettre accompagnée d'un croquis du voyage de Speke
et Grant ; il entretient l'assemblée de ce voyage.
M. Malte-Brun donne lecture d'un résumé du même
voyage, extrait de YAddress du président de la Société
royale géographique de Londres, et communique à la
Commission centrale une exquisse qu'il a tracée de l'iti-
iiéraire de ces explorateurs. Il entretient l'assemblée
^le la dernière séance générale de la Société royale
géographique de Londres du 26 mai ; la médaille d'or
"lu patronage a été donnée à F. Gregory, pour ses
^plorations dans l'Australie occidentale, et la médaille
nctoria à John Arrowsmith pour ses travaux cartogra-
phiques. M. Norton Shaw résigne les fonctions de
^crétaire qu'il exerçait depuis quinze ans , et il est
remplacé par MM. C. Markham et Spottiswoode.
(M)
[. Jules Despecher, présenté à 1& dernière séance
par MM. de Laboulaye et Barbie du Bocage« est
nomttié membre de la Société.
MM» Ernest Desjardius et de Qnatrerages présentea t,
pour faire partie de la Société « M. Henri d'Avigdor,
duc d'At][uaYiva^ ministre plénipotentiaire de la répu*
blique de Saint-Marin^
M. le contre-amiral baron C. de la Roncièt*e-le->^
Noury» ayant présidé plusieurs fois rassemblée géné-
rale-, est nommé président honoraire.
M. Ar\U d'Abbadie donne lecture de deux demandes
qu'il a été chargé de formuler pour être comprises dans
une lettre adressée au vice»-roi d'Egypte.
La séance est levée à dix heures et demie.
Séance du i9 juin 1868.
PnÉftmCNCE DE H. D*AVÊZAC, VTCE-Pl^iSIDENT.
Le pix>oè6*verbal de ladernière séance ei^luetadopté .
M. Reinaudi menoibre de rinstitut, remercie la So*
ciété de ravoir choisi pour Tun de ses vice^iunésidents.
M. F. de Bole écrit à M. le Président pour lui
annoncer qu'il a le projet de publier un Atlas hi$€o*
riqite^ dont il envoie un spécimen à la Société.
M. Maite-Brun donne lecture d'une lettre qu'il a
reçue de MM. G. Markham et Spottiswoode, secrétaires
de la Société royale géographique de Londres, avec
plusieurs exemplaires d'une note invitant les géogra-
phes à faire connaître leurs travaux on les notes qu'ils
(S7)
ont publiés relativement à la position des sources du
Nil, antérieurement au résultat que MM. Speke et
Grant viennent d'obtenir dans leur dernier voyage.
M. Malte-Brun, pour répondre au vœu exprimé par les
secrétaires de la Société géographique de Londres,
dépose un exemplaire de cette note sur le bureau et en
remet un à MM. d'Avezac^ d'Abbadie, de la Roquette
et Vivien de Saint-Martin. 11 s'engage au sujet de cette
communication^ dont M. d'Abbadie donne immédiate-
ment lecture, une discussion à laquelle prennent part
MM. Vivien de Saint'^Martin, d'Abbadie» d'Avezac et de
)a Roquette.
M. de la Roquette donne lecture d'une lettre par
laquelle M. le colonel Sykes le prie d'offrir de sa part
Ua Société de géographie un exemplaire de la bro-
chure intitulée : La rébellion des Taepings en Chine ^
wn origine y ses progrès et sa condition présente*
Le même membre communique une lettre de M. de
Beaumont, au sujet de la réclamation qu'il avait faite de
plusieurs volumes qui manquaient à la collection que
possède la Société de la Bibliothèque universelle de
Genève. II annonce également la mort de M. Mnnk,
«avant norvégien, correspondant de la Société. Ce
iécès et ceux de MM. Tanner et Albert de la Marmora,
pwtent à troie le nombre des vacances qui existent
fens la liste des membres correspondants de la So-
^été ; il sera ultérieurement pourvu à ces vacances par
la Commission centrale.
M. Vivien de Saint- Martin annonce que M. Poussel,
«acien membre de la Société et voyageur dans la repu-
inique Argentine, a recueilli de précieux documents.
(88)
M. Poussel se propose d'envoyer un mémoire sur les
provinces N. O. de ce pays.
M. Malte-Brun annonce le retour en France de
M. Martin de Moussy. avec d'amples matériaux qui lui
permettront de terminer le troisième volume de son
grand ouvrage sur la république Argentine, ouvrage
auquel il se propose de joindre un atlas spécial de
chacun des États de la confédération, en trente feuilles.
M. d'Avezac donne lecture d'une lettre de M. Tfao-
massy, datée de Vera-Cruz, dans laquelle ce voyageur
traite de la salure de la mer» d'après des observations
faites par lui de la Martinique à Cuba et de Cuba à
Vera-Cruz. Cette lettre est renvoyée à l'examen de
M. Ant. d'Abbadie, chargé d'examiner les notes précé-
dentes de M. Thomassy relatives à la salure delà mer.
M. d'Abbadie annonce que M. Lejean est arrivé à
Massouah le 30 avril dernier.
M. Malte-Brun a reçu de M. Julius Haast, géologue
du gouvernement dans la province de Canterburj'
(Nouvelle-Zélande), un mémoire annonçant que cet
explorateur a découvert, dans le voisinage du lac Wa-
naka (Nouvelle-Zélande du Sud) , un passage praticable
qui permettra de se rendre de la côte orientale à la
côte occidentale à travers les Alpes néozélandaises. Ce
passage est situé au pied du Cook^ dans le voisinage
du lac \Vanaka«
M. le secrétaire général donne ensuite lecture de la
liste des ouvrages ofierts.
Le même membre offre, de la part de M. Gley, une
Géographie du départemeyit des Vosges, M. Vivien de
Saint-Martin manifeste à ce sujet le désir que de sem-
(89)
Habks ouvrages soient précédés d'une introduction
\&s\onque offrant quelques développements, et se rap-
portant à l'ensemble du département dont ils traitent.
Il s*engage, à propos de cette observation, une discus-
sion à laquelle prennent part iMM. d'Avezac, Delocbe et
Eog. Cortambert.
H. Eug. Cortambert dépose sur le bureau, de la part
k son fils M. Richard Cortambert, une Notice sur la
rie et les ouvrages de M. Jomard. Cette notice est
extraite de la Revue orientale et américaine.
M. Vivien de Saint-Martin offre à la Société l'ouvrage
de H. Ferdinand Werne, ayant pour titre : Expédition
à la recherche des sources du Nil en 18i0-18&l, avec
noe préface de Cari Rittcr (1 8 A8).
M. Maximin Delocbe demande que des démarches
soient faites auprès du ministère de l'instruction pu-
blique, dans le but d'obtenir l'échange contre le Bul-
letin de la Bévue des sociétés savantes,
M. Henri d'Avîgdor, duc d'Aquaviva, présenté à la
dernière séance par MM. Ernest Desjardins et de
Qoatrefages, est nommé membre de la S|0ciété.
Sont présentés pour faire partie de la Société MM. le
le docteur Cazalis, par MM. de Quatrefages et d' Avezac ;
M. de THéraule, ancien officier, par MM. de Quatre-
fages et Talbert ; M. James de Rothschild, par MM. Er-
nest Desjardins et d'Avezac.
La Commission centrale décide que des remercî-
inents seront adressés à M. Boselli pour le don du
portrait de M. Jomard, qui vient d'être placé dans la
salle des séances.
i
(90)
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ
SÉANCES D£ JUILLET 1863.
EUROPE.
Itinéraire descriptif et historique da Diuphiné» par Adolpbe JoaDoe,
2* partie. La Drftme» le PelTOUX« le Yiso, les vallées vaodoises,
avec 3 cartes et 8 profils de moatagnes, 1 vol. 10712. Paris.
M. Adolphe Joanne.
Géograpliie historique et commerciale de la Belgique, par Charles
Eotb. Douai iS62. 1 broeb. io-8. M. Charles Roni.
ASIE.
Exploration archéologique de laGalatie et de la Bitbjfnie, d'une partie
de la Mysie, delà Phrygie, de la Cappadoce et du Pont, exécutée
en 1861 et publiée sons les auspices du ministère d^État, par
MM. Georges Perrot, Edmond Gnillaume et Jules Delbet, 3« et
4*^ livraisons. Paris 1863, in-fol.. M. 6eob€es Pebrot.
Études sur les populations de la Perse et pays timitropbes pendant
trois années de s^our en Asie, par le commandant E. Duhousset.
(Extrait de la Revue orientale et américaine.) Paris 1863. 1 broch.
in-8. M. E. Ddhousset.
AFRIQUE.
Géodésie d*une partie de la haute Ethiopie^ par M. Antoine d* A bbadie,
vérifiée et rédigée par Rodolphe Radau, 3' fascicule. Paris 1863.
1 vol. in-4. M. Antoine d'Abbadie.
L'Avenir du Sahara et du Soudan, par M. te général Faidberbe. Paris
1863. 1 broeb. io-8 (2 exemplaires). MimsTÈas de la vamne.
OUVRAGES GÉNÉRAUX. — MÉLANGES.
Die Flusschwelle der verschiedenen arme des Nil, Niger nnd Tsad-
Beckens durch tabellarische zusammensteriung beteurbtet von
D^ Heinrich Barth, en 1 labkaa. M. le D<^ Henri Barth.
(M)
Rapport à M. la prétident et Mil. Ici menibrat di It Société é*éna-
ImXUm 4« Cambrai, par M. Charlei Roth. 1 brocb. iD«8.
M. CHARLBt ROTH.
Notiea aécrolofiqse nir la fie et les travant de M. Edme-François
Joinard» par M. Godart de Saponay. Parii i86S.
II. Godait de Sakniat.
ATLAS ET CARTES.
Carte de France au 1/80 000* publiée par 1c Dépôt de la guerre, 26* li
vraiMn. N*"* 165, 174, 195, 196 et 251. Ussd, Mauriac, Figeac,
Heude et Luz. 5 reulUes. Dipdi de la gubbre.
Carte militaire des Pays-Bas. N<>" 9, U et 49. Helder, Medemblik.
fiergen-op-Zoom. 3 feuilles. Ministère de la goerbe des Pats-Bas.
Carte de la Sonora, avec riûdicalion de ses miues, d'après la carte de
A. Garcia y Cubas et les cartes américaines, par V. A. Malte-Brun.
1$63. 1 feuille. M. V. A. Malte-Brum.
Atlas de Espana y sus posesiones de Ultramar. Navarre, Santander,
Rarcelona, cuarta boja de suplemento — Léon y Eslramadura, Tar-
ragona, Orense, Pontevedra, Vizcaya, Soria, Alicante, por el co-
tOQel, tenleote coronel de Ingenteros D. Francisco Cœllo. Madrid
485d-lâ62. 10 feuilles. M. Fearcisco Cobllo.
Piano del colle del piccolo S. Bernardo. 1 feuille. — Piano del colle
del piccoto monte Cenisio. 1 feuille. -- Piano del colle dcl monte
Cenisio, eseguito per la delimitazione del confini colla Francia.
1 feuille. M. Mazza.
MÉMOIRES DES ACADÉMIES ET SOQËTÉS SAVANTES,
RECOEILS PÉRIODIQUES.
ZeiischHfi fOr aUgmeine Erdkunde. N« 116, février; n«'> 117-118,
mars*avril.
NO 116. D'Brugsch, Tanis et Avaris (fin).-— tf. Barlh, Opéra-
tions du D^ Balfour Bailtie sur le bas Niger, partîcQlièrement au
point de vue des crues du fleuve et de celles des bassins du Tcfaad
et da Nil. •— H. Rink^ Sur récouleoMQt des eaui de Tiiitérteur du
Groialtad par des sources sous la glaoe. — Dernières nouvelles du
(92 )
D' Vogel et de M. de Beurmann. — Lettre du D' Brugsch au direc-
teur. — Notice nécrologique sur M. H. Relier. — Critique litté-
raire. — Société de géographie de Berlin. Séance de février.
NOS 117-118. R, Hartmann^ Equisse du pays deSennàr (fin). —
W, Roth, Voyage de l'ambassade prussienne en Perse, 1860-61,
d'après la relation du D' Brugsch. — Dove^ Altitudes des stations
des chemins de Ter prussiens. — H.Barthy Ascension du mont Ca-
meroun en décembre 1861 et janvier 1862, par le capit. Burton. —
G, Rose, Description des roches envoyées de T Afrique orientale par
M. de Decken, et provenant en grande partie du pied du Kilimand-
jaro. — H, Barthy Récit que le domestique survivant du D^ Ed. Vogel
vient de faire de la mort de son mattre. — Mélanges. Commerce de
la Perse. — Richesse minérale de Tlle Haïti. — Aperçu statistique
de la population indienne des États-Unis de l'Amérique du Nord,
d'après le recensement de 1860. — Découvertes géographiques et
archéologiques de M. J. Taylor dans la vallée du Tigre. — Voyage
de M. Grant de Péking à Kiakhta par le désert de Gobi. — Aperçu
statistique du mouvement de la population esclave aux États-Unis,
de 1790 à 1800. — Population du Brésil.
Abhandlungen der deutschen Morgcnîilndischm Gesellschaft (Mémoires
de la Société orientale d'Allemagne). T.ll, n<>' 3, 4, 5. Leipzig 1862,
3 parties in-8.
N*" 3. La couronne des descriptions de la vie, comprenant les classes
des Hanéfites; par Zein-ad-dtn Râsim Ibn Koutloûbougâ. Éditée pour
la première fois, avec des remarques et un index, par G. Flugel,
N° 4. Les écoles grammaticales des Arabes, d'après ses sources,
par G. FlUgeL
N<^ 5. Kathâ Sarit Sâgara, recueil des légendes du Somadcva,
édité par Hermann Brockhaus (texte sanscrit en caractères latins) .
Zeitschrift der deulschen MorgenlQndischen Gesellschaft, T. XV,
cahier 3-4, 1861; t. XVI, 1862, cahiers 1-2, 3, 4; t. XVII,
cahier 1-2, 1863.
T. XV, cah. 3-4. 0. Blau^ Lettre sur les antiquités du HaourAn.
— Franz von Erdmann, Iskeuder Mou nschi et son ouvrage. —
G. ROschy Nabopolassar, Essai archéologique. — Prof. //. Graf,
Extraits du DivAn de Sa'di. — H. Dicterici, Les efforts pbiloso>
(93)
phiqnes des frères de la pureté. — k. I«vy, Notes sur la paléogra-
phie sémitique. — D'' Ptus Zitigerle^ Spécimens de poésie syriaque,
tirés de Jacob de Saroug. — A. Pohlmanfif Sur le maDascrit sy-
riaque de la Bibliothèque de la Propagaude, intitulé : Liber gène-
ralis ad omnes gentes. — F. MiihlaUf Notes pour servira Thistolre
des Àrsacides. — E. Trumpp, Le sindbt, comparé au prAcrit et aux
antres dialectes récents d*origine sanscrite. — Notices, correspon-
dances et mélanges. Zenker, L*empire chinois, d*après Touvragc
intitulé : Khataïoamèh. — Annonces bibliographiques.
T. XVIy cah. 1-2. A. D. Mordtmann, Élucidation de récriture
cunéiforme de la 2^ classe. — E, Trumpp, La formation radicale
du siadhi, comparée au pràcrit et aux autres dialectes récents d'ori<
gine sanscrite. — E, Rodigeff Notes pour Tétude des manuscrits
orientaux. — Notices, correspondances et mélanges. 0. Blau^
Notices géographiques à propos de l'Histoire des Osmanlis de Nés*
khri, etc. — Notices bibliographiques. PoUf Sur la Grammaire
tamacbek de M. Hanoteau, etc.
3® cafaier. 0. Blau^ Sur les inscriptions nabatéennes. — Grun-
6aum, Quelques remarques relatives à un mémoire sur les Samari-
tains inséré dans un précédent cahier du journal. — Fr. Sorei,
Lettre à M. H. Brockhaus sur quelques monnaies houlagouïdes (en
français) . — Chr. Lasserif Sur l'organisation commerciale de Tlnde
ancienne. — 0. Blau, Mélanges phéniciens. — C/ir, Schrumpf, Le
Leasouto. Document pour la linguistique du sud de rAfrique. —
A. Scheuchzer, Sur Tbistoire d'Assour et de Babel, notes ethnolo-
giques. — 0. Tenius, Mémoire sur une des découvertes archéolo-
giques les plus importantes qui pourraient être faites à Jérusalem.
— G. Gundert, Une romance malaise. — Notices, correspondances
et mélanges. Notes sur la géographie et les antiquités du nord
de la Perse, par M. Hdnlische, — Lettre de M. de Bewmann au
prof. Fleischer. — Extrait d'une lettre de M. Graham, etc. — No-
tices bibliographiques.
4« cahier. 0. Blau, Notices sur les tribus kourdes. — Adages et
récits tirés du livre chinois intitulé : le Trésor de la maison; tra>
duits par le D' Gutzlaff. — G. FlUgel, Quelques manuscrits géo-
graphiques et ethnographiques des Refatya, de la Bibliothèque uni-
(»A )
teniUive d« Leipzig. --«^ NoHceâ, correspoudauees ei mélanges.
Quilianihe de Baldeasele, par le D^ Grolefend — G. M, Reéslob,
Sur les D0IS8 Damask el Damast. — Noltcea bibliographiques.
T. XVII, eab. i-<2. Le livre do Lutteur de Pirdevsi, texte tare
et traduetion, parle baron OUokar de Schlechta'Wisehrâ»— Compte
rendu d'u&e déeauverte importante en fait de numismatique ma-
fulmane, publié en langue turque par 8. Exe. Subbi Bey, trad. de
Torlginal (en français) par le même. — Fr, Spiegel,- Remarques
sur quelques passages de FAvesta. — A* Letry, Études sur la nu-
mipmatique phénicienne du nord de l'Afrique (moDuaies de Leplis,
dK)ea et de Sahratha), et appendices aui inseriptiens uabatbéennes.
— Compte rendu scientifique de 1857 et 1 858, par le prof. K. Gosche
(/In). -^ Sprengor, Notes pour servir à la statistique de TArabie. —
&tein8ehniiéier, Ibn Shahin et Ibn Sirin. Étude peur servir à Ponéiro-
oritique. -^ E, Trumpp, Spécimen de la langue SindhL -r-* MUhlau,
Histoire de la synonymie hébraïque. — J. Zobel d$ Zan^roniz, Mé-
dailles espagnoles portant des légendes Jusqu'à présent inexpliquées.
— Notices, correspondauces et mélanges. Th* de Hêuglin^ Des-
cription de quelques monnaies de cuivre éthiopiennes. ^ Du même.
Sur une carte éthiopienne du Tigreh, avec /ac-Sf>ni/e, etc. -^ No-
tices bibliographiques.
M<ma{iherwhte der hOnigU iVeui«» Akademie der WisiensckQfUn su
Berlin. Aus dem J. 186â. Berlin, 1863. 1 vol. in-8.
Preeeedingsofthe royal geographieal Society ofLmdon, Vol. VII, n" 2.
A, Mann^ Océan currents on the N. E. coast of South America.
— C. Waliicht Survey of the physieal eonditien of the Atlantic
9ea-bed. — Gaptains Fraser aud Forlang, proposed route across
the isthmus of Rraw. — L, Oliphant y Visit to the island of Tsu-
sima, near Japan. — Baikie, Report on the countriesin the neigh-
bouffbood of the Niger. — Lient. Oliver, Notes on Madagascar. —
Syngcj Rupert Land» -— Hink, On the diseharge of water from ihe
iuteriorofQreeDland, throughspringsunderneath tbc ice.— Ektracts
from a Letlcr of Samuel W. Baker, datedpartûm, â4 uov. 1862.
The Journal ofthe royal Asiatio Society, Vol. XX, parL 2. Lendon.
Vong Puhy Text aad Commentary of the mémorial ofSakfa Bud-
dba Tathagata. Translated from the chinese by the Bev. S. BeaU
( W)
— J. Dûwêan^ 00 ihe n$m\y diiceveNd teetriaa fiali imcffiptioo.
TVanfMiioMs o/'ifc«at99eric<w pM^osopAtcfti Sôcieiy forpromoiing uiéful
kn(nvie40€. Ptrts 2 and 3. Philadelphia 1863, 1863. a partiel iD-4.
Pari 8. F. F. Bayden, M. D., Oa tbe ethnographe and philolegy
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hletm e annaes do conselho ultramarino, Lisboa- N** 99. Agosto, se-
tembrOy 1862.
^velles Annales des Voyages. Avril, mai et juin 1863.
Avril. Les populations des steppes de Baïoudah (Haute- Nubie),
par le D' Robert Hartmann. Traduit de rallemand, avec quelques
remarques, par M. Vivien de Saint-Martin, — Mexico avant la con-
quête espagnole : I. Premières migrations des Aztèques meiicains.
Légendes nationales. Fondation de Mexico. — II. Humbles commen-
cements de Mexico. Ses premiers rois. Période de revers. Période de
conquêtes jusqu*à Moctezuma II. — IIl. Mexico sous le règne de
Moctezuma II. Sa grandeur. Funestes présages. Arrivée des conqué-
rants étrangers. Sa cbute; par M. V, A. Malle-Brun. -^ Les expé-
ditions allemandes à la recliercbe d'Edouard Vogcl, par Ch, Grad,
— Grundriss der Allgemeine Géographie Geograpbischer Leit-
Taden (Esquisse de géographie générale Guide géographique),
par Emile de Sydow ; par M. V.A. Malte-Brun, — Voyage archéo-
logique dans la régence de Tunis, exécuté sous les auspices et aux
frais de M. le duc de Luynes, par M. V. Guérin. Par M. Adolphe
de Circourt. — Traversée du continent australien par Mac Dougalt
Stuart. — Diverses nouvelles du fleuve Blanc^ extraites des Mit-
IheUungen du D^ Aug. Petermann. — Arrivée d'une caravane fran^
çaise dans le Touat Établissement d'un comptoir à Timmimouu.
— Exploitation des richesses naturelles de Madagascar, concédée à
une Compagnie française. — Nouvelles importantes du D^ Éd. Vogel.
Afat. Étude géographique sur la Sonore, par M. V.A* Malte-Brun i
— 1. Le golfe de Californie ou mer Vermeille, vestibule de la So-
nore. — II. Situation, limites, aspect général physique de la Sonora.
— Montagnes et rivières. — IIL Climat» productions naturelles. Mi-
(96)
Déraux. Végétaux. Animaux. — IV. Population de la Sooori
Indiens. La race blanche* — V. Divisions politiques et adminj
tives. Bevenu pnbirc. Les principales villes. — VL Les minet
et d'argent de la Sonora. — Itinéraires. — Les expéditions!
mandes à la recherche d*Édouard Vogel. f'partic, par M. Cl
Gra4 {suite). — IV. Esquisse géographique du bassin de l'Ai
et du Barca. Les Bogos et les Bedyas. — V. Une armée al
nicnne au pays Bogos* Le pèlerinage de Debra-Sina. Visite an
Amba. — Les antiquités américaines, par M. VioUet-le-Duc. E:
de Touvrage de M. Désiré Gharnay : Cités et ruines américain!
Nouvelles importantes des capitaines Speke et Grant. Leur an
à Khartoum* — Projet de communication interocéanique à tn
le Guatemala. Nouvelles de M. Tabbé Brasseur de Boorboui
Note sur Tadministration militaire, administrative et lerrit<
des trois provinces de la Ck>chiuchine française. (Communiqué!
M. Henri IHneteau,)
Juin, Voyage des capitaines Spcke et Grant de Zanzibar à
dokoro, par M. F. A, Malte-Brun, — Interrogatoire deMohami
ben Sliman, dernier survivant de Texpédition d*Édouard Vogel,
M. r. A . Malte-Brun, — Les expéditions allemandes à la rechci
d*Édooard Vogel. 2*" partie, par l'abbé Dinomé, — Exposé si
maire des excursions entreprises parMM. Th. de Heuglin, D** Stei
ncr et Schubert dans plusieurs parlies de TAbyssinic et du Soi
égyptien, en 1861 et 1862, de Kéren à Kbartoum. — De la poi
bililé d'une mesure de degré au Spitzberg, par M. Ch, Grad.
Ruined Cities mihm Numidian and Carthaginian Territories,
N. Davis. Les cités ruinées des territoires de la Nomidie et de Ci
thage, par M. V, A, Malte-Brun. — Cités et ruines américainesj
Mitla, Palcnqué, Izamal, Cbichcn-Kza, Usmal, recueillies et pb(
tographiées par Désiré Cbarnay , par M. V,A. Malte-Brun, — Ui
visite aux ruines de Palcnqué, par M. Désiré Charnay. — Nouvclh
de M. G. Lejean, son arrivée en Abyssinie. Le roi Théodore.
Statistique des colonies françaises en 1860. — Nouvelles du fleuve
Blanc. Pethcrick retrouvé. Prochain voyage de W. Baker au h{
Luta-N*zigé. Voyage au pays des Niam-Niam par les dames Tinnej
M. de Heuglin et le D^ Steudner. — Les sources du Nil.
1
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•Il .syiii arJOi. &,«p j'iyil ^' .s c? - -
I
4
BULLETIN
DE LA
SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE
AODT 1863.
Mémoires, Motlees, de.
LA NOUVELLE-ZÉLANDE,
COLONIE ANGLAISE.
Aux antipodes d'une partie de l'Espagne et du midi
de la France, à 600 lieues de la côte S. E. du conti-
nent australien, et à 350 lieues au sud de notre colonie
de la Nouvelle-Calédonie, est un groupe d'îles dont le
nom ne se rattache encore, dans Tesprit d'un grand
nombre de personnes, qu'à des réminiscences de mas-
sacre et d'anthropophagie. C'est la Nouvelle-Zélande ,
découverte le 13 décembre 1642 par AbelTasman. Di-
sons toutefois que, d'après un ouvrage publié à Paris
en 1663, le Français Binot-Paulmier de Gonneville au-
rait, dès 1 504 , visité une terre qu 'on suppose être la
Nouvelle-Zélande ; il y serait resté six mois et en aurait
ramené un indigène. Le livre que nous mentionnons
YI. AOUT. 1, 7
(98)
donne sur les hajbmnts d^ çettQ terre des détails qui
s* accordent fort bien avec ce qu'on sait de$ Nouveaux-
Zélandais* Selon les Espagnols, Juan F^rnaudez au-
rait, en 1576, débarqué dans un pays qu'ils affirment
être la Nouvelle-Zélande, et à Tappui de cette asser-
tion, ils invoquent le fait que chien se dit de la même
manière en langue espagnole et en lg,neue maorie
{Perd). Le chien aurait été introduit en Nouvelle-Zé-
lande par les Espagnols à Tépoque de ce prétendu
voyagé. Ouôi qu'il en soit, et jusqu'à! nouvel ordre,
laissons à Al>elTasman la priorité de la découverte.
Dans son journal, T aventureux, navigateur hollandais
constate que les naturels clé ce pavs ont la taille élevée
et la voix rude ; que leur couleur est eintre le brun et
le jaune, et qu ils nouent leurs cheveux sur le sommet
delà tête à la manière des Jqiponais. Pour aviser F éaui-
page a un de' ses navires qu il eût à se tenir en erarde
contre les indigènes dont les allui^es devenaient mena-
çantes, Tasman ut mettre à la mer un canot monté par
sept marins sans armes. Les sauvages attaquèrent ino-
mnément 1 elubarcation et massacrèrent tji'oisdeshom-
mes qui la montaient ; les quatre autres réussirent à se
sauver à la nage. Telles lureut les premières relations
entre leâ Européens et les JNouveaux-Zélandais ; pen-
dant cent vingt-hUit ans on en resta l^.i l^s voyages
n étaient pas alor^ ce qu us sont dans notre siècle de
vapeur , Je monde était en quelque sorte plus grand
pour nos pères qu il ne, 1 est pour nous , et les terres
australes ont longtemps passé pour des paya presque
fabuleux. En 1769 , le Français l5)urville qt 1 Anglais
Cook mouillèrent simultanément, maiô sans se rencon-
> ^ i-.
{99)
trer, dans une bàîe de la Nouvelle-Zélande. ' Cook ac-
complîssscit alors le premier de ses voyages de cîrcum-
navigatîôta. Dans l'es suivants il visita à diverses reprises
ce pays dont il détermina d'une manière assez exacte
les formes et la position. A son second voyage, îl perdît
une embarcation dont les marins' furent assommés et
mangés parlés naturels. Le récit des séjours de Cootà
la Nouvelle-Zélande présente un intérêt tout particu-
lier; nous y apprenons j en effet, ce qu'étaient dans
l'origine les Nbiiveaux-Zélandaîs dont les mœurs se
sont profondément modifiées depuis la fm du siècle
dernier. En ÎTTâ , Marion-Dufrêne , capitaine de ma-
rine français, vint mouiller dans la baie des Iles, située
au N. de l'île la plus septentrionale du groupe. Après
avoir eu jpenâant un mois des relations tout à fait ami-
cales avec les indigènes, il fut massacré par eux. Deux
de ses officiers et quatorze matelots partagèrent son
sort. Les "Nouveaux-Zélandais considèrent ïa vengeance
comme une obligation d — ^'ir; Manon et les siens
expièrent' ène punition trop* rigoureuse que trois ans
auparavant Siirville avait infligée aux naturels pour lé
vol d'un 3e ses canots.' La fin dii xviif siècle' vit ïes
marines frànçiîise'et angla,ise entrer dans une phase de
progrès qui rendit les lointains voyages de jour e^i
jour moins difficiles et plus nombreux, A partir de ce
moment', lal^ouveîle-^élande /ut fréquemment visitée
par les navigateurs : Vân Couver , a Entrecasteaux ,
Duperrey, Dûmont d UrVille, Laplace et maints autreâ
que nous pourrions titer y abordèrent a différentes
époques'. De sanglantes collisions marquèrent plusieurç
de ces voyages; inàisîr est jîiste àé reconnaître que
( 100 ).
lés EuTQpéeps Jîisnfsit soavfflitiivlaBBiprenrifers^'tQrtd; les
tr#|yi^9i^ ^Cffdcçennpag^ aodiicpnBdétiJbflaltePtl^p bon
ipi((^. ^e^i^çfilta^î diéfeusageil^ 'de 'lacyknâ^gà)» qu'ails
cQ^ei^rteitxwipteilèiir Jétasti ohp beabeoqp'iii^rie^rs.
n^g^j^u^i^a MâtJJb^Ktfiioielfe à HloteB eatîèiwi^âbBur ]é
cpgiptftié^irJb&fimrtecie.^MHfliqwBilleBoi]^ qui
vii^èqefAi^f^^veUe^iSélUiâ^^^ autres,
émirent Topinion qu'elle pourrait devenir utteJflche-ét
brîJ[)aiM^n9^(mi^ ?jfei^iûhiiitiriahkUâl§tlâlaiitm pdé-
^^fi(4f^Qs?<tf^iSQ^ ;; ctaisIp&âMntqQiâl^eéatnfifeE» aes ^
pr^l^ .pQ^i6iN^i:^t , sûpoBfd'aïKnmaQcnQDii^
CUjîftn.?/>b î'ft.oq til iî£'i')a ii()iJ£2i[ToIoo >b1 9ijp f-..
Soq^l^ cl§&^)&i^opsiidb yÉgfisersrnglitumev^tiQj^etèr^it^
l'£]^%Sf^P^%'i^1>MbsMBlt|tt*6tàgi^ futr
^gSl^ iQ&)§a9llnfi£qia^ai^ûâ- hiikalia.tli03(}sceJb(»f^
eigP^S^^ ft^¥iilt iptia aoatiipsbikorit 3bO(tOo JEiftbë^ An^' I
tfe}€)j^SFPe8f -ft/g^i 4fKWçufî^ d^iiinptetotgaaâghfe'xiô^î
s8!ï»BF#e»fectt«îiÇ8aeiI gcaa^IIfitoiiitoenJBatWBBamné»'
ég^î«*!$s^^BejfiilàQô^lfeielrtqœiiu^4Bdrab€^ WoW
veli%^^ipiltlllf§fijg^($foqta$ Us-ipaùrslui^esidHilà^toL'
Ç'ét§}§g|[^|éi;i4ted^QltfdkâlioœiBl^^ (|rïini^à^''
vâies^ fî^l^j^âcâiopuliila^bqleaipiisrf^eÊDite^^ènaient
gi^^a-fi)£l^4^^^ ^^Mefi£dlxjJBBC)anMl(3r^
bieii aQÇ}^ig|i]r$l^s^aireeaiBSfd3^Isaiâai9tteie&il8i9^
a(^pté^3£ti^ittrsd6t âei9eiilmqdS0jqslQno0.a6ktr^éiùent
vicié rai(, ^ IçtfoiifmiU^àdisalhfmiiasi^'itedièiït genre
au progrè»f diSa-njîaaiDmraâFeBic: CwMWsi tSnrent bon
œuvre ^oriM* jteari|)iriEB afiptqntîëgaltffieSft érf^^âft*-
A|9^Âlteir(^PDM^to«[(|db'itefi^
rageft^4i38dfaQD^i<tûs asfeéla à ^'^ioi^ààilôlf ,^§Id^]^^W
cor»i9ftiSJ9£giiiixre89]qiflyjptadi!is . âda^^
à^ja.oulteMRiJ liasYsF) Jix;'riuo([ olhj'up nuiiiiqo'I Jni.»'iiinî>
• Ap^iialMi§15iIiIf&d;Tait£dî(r^ teiu^eâ^^'ëibj^i'i
vaincus que la colonisation serait la perte des-iiWltf^
gènei. db^d^omie^tB^tsaiiî^^
l0figj|i^ei9#aâi§e3MmtgnHiee Gbtmpàm^ûetb ^tit^"^
NmiMtefSél^oote ^sqtfL exp%^ aEanb»îi^mtô>â£^Ië^â:^^
gte(»^riLe9gpa»èrarfnléiidftBg}ateièiait^^ m,M^
riQlérib^d«i^oM(kEAiaèdeQiiliaie4qiif«Sfiî^ ]^§^^qf}i^
tedteaidgQieatalelqidiÈ'fil Qûufmi^âiA^diÂ* 4ë§^@'t^{i^^
booEaiiieltefirgs(tn€D'etiiii]lif lligmi^ Isâefi^itëtfiië^o i&Uf^ê'^
détdiilŒiu89ènlaraitii9*aM talpcteiigiuâé'ela^qk^t^^V^I^./
dmiôarxd^dtrcfldc^ipqpBeipadçstdqqgè^ûpetlëi^^
NouveaaJ]laâeià^iNiKM»auxlfaiflsOcc3ët Sto«^ki^lBâK^^^
placés i&tii^ j90iim^uS))ralD]^66 tbâri^
nale , île Ge9tr^.i»tdfeaMëçmoiialeo9ii; jOe Stéwart.
Ce^d^at quelgiiea 9M>i^9 1^ jeune jt^oJ^fMiie fut 8Q»sla tn«-
teUe .^^qi&tjcaMy^. <}e Ja. Not^ve^l&riQaUQSi du.S^d» pro-
vinee d^ r Ajasfraiie jz^aisl^ie mYimhï^iiHQ^i elle fvA
oSiiM^jm^TA (décUi'ée . eqlwie rS^pac^ et iï)(léf>^ndaate.
Oo wMMt diffiiîikmeptjiuae i4é«-etea 4iJE&c^és aux-
quiBlli^p ,^ b^ur.tèrpnt IW; pr^wière^ jo^i^iwea ;d'-<M'dre*
I^^ OOB ti;atj9 • «pc^ur l?i^. = p,çqpi3Îti<^ns^ 4i^ t^rre^}^ , avaient
été pa$$^ d'^uela^çoi) toutou aioips.,iég^ret{^ le man*-
dl^îre de la domp^gmf^* l^q^el ay^it.tiB^^ipeu de
compte des coutumes; de^ NouveauxtZéJaiidais en mai-
tièrede j^ropriété tei'ïdtoriale.ron.ne s'était, d'ailleurs
PAS ima entendu «ur.l!équÎY.ai6ucie fdes^eirmiQs en lan*-
g>ue ang)4Îf^e.et ei^larigiie >f)MOjrieu.Q.uaiHl k&;€onti^ate
]^ ime^uù dél>attua!lai«$e2;kt.0neor<e. quelque *p^te ou^
v^$»?te: aux /C^ Utigieux^ eetril étonnante qu^de» embar*-
raflr^atent i^u^l 4* opérations eondlueatdt^nedes conâi<*>
t¥mB m^&iwMemBM idréfavor^blesi à la' régularité ? Au
jour de la prise de possession de certaji^rjl^eaîraîns, les
S9m^Q& iù^ùifèt^^û^ei lôbmts^ Du fç)9i^de$[i^|^èts j ail-
Jjajeivtffeïsiie^ttpô d«îtottv>Bt'4innW!^en(}aîHfi^s eurent
IjiftU îdçtHôdascpiellôsri te& Anglais, ^eifurçat ifâ^rtotijd aifs
40i&jplit}siSort0q lia*. sîtoÉikm tétais &4)c^e^mplî^ée par
^ri^rttegoiâssM <)riginbl(et^on(H^ eittVeetel^npagnie
decjte N««flrôHe><iaélôâd©fet9tefrH' ,€akmialr Office ". La
iCOmpl^pûS^â^fât établi $9i^o^i^k[ià[ Fbrè^Hiohol&on oa
-W€iiiiïgtoq9'raai»audidep>ir{Hë SëjJtçWrioôôIe^rt^ le gou-
JVcmeoâlèiitTavaâl; fi»?la^Bietmë4i4tfcIA^d[, dàns' le nord
-delJG&tifeimème[jlteui)Lfèî>9éi^<^Vflri$)'des oheseisr avait un
€tBi&€9botip'td%h[raMeffy()ur I^kitéf'ètÈ-iQk^.ëinîgraôts
NfBàoiïëloqs&aieîitf'dîfedl'efiïeb «(ftïîï©»(te»dlfoiè'îtes^plâintes
ilès^|)lwiemàèn^.e^'jteBBinB$ntriit^ x^ciome péri-
( ^03 )
clita pendant un certaiïi temps, ce dont profitèrent ha-
bîlementlésindîgèrtes pour essayer' à pTiwîetirs l'éprises
de redevënfr les nialtrës éhez ëU^, et peu Ven fallut
qu'ils n'y réuësî^sent; rîitalëtoéfit, en l»52,la'Coihpâi-
gnîe de là NouVelle-ZélAndë dut àbandoriner îâ pwrtîfe
sans avoir, pendant douze années, tenu auicUn dé sëfe'
engagements et sans avoir pu donner à quî^ que ce Wrf
lin titre Mgail de propriété pour la moindre parcelle def
terre. En revanche, elle laissait la coîoifie gretée d'unfe
dette de 26»Ô0lft liv. sterK, sôît 6 700 000 ft\ Ajou-
tons ici qu'en 18401a Nouvelle-Zélande fht sur le point
de devenir une colonie française. Déjà , en l%kt ; Itt
Compagnie lianto-bordelaise avait fondé à Akaroa, W6
la presqu'île de Banks, Ile centrale, un étabKssetoent
qui ne fut pas soutenu. Akaroa a gardé dn passage de«
Français là culture de la vigne et des jardina renom*
mes par ta qualité de leurs pêches; de lëufs pruneèét
de leurs ^poîreè'. '" •' '•'■ ■'! ' '■ î ' :-'- '•■'^r
La N6#^Hë^lânde^ se 'coiliposeiàe trois Iles plwé»i
dans lepîttôâgetnentfrun'e'deVaùtrd; et doftt l^'ake^eèlt
dirigé dtfr|^f.tB;^iah^S; Oi-L^ déimiiîdQ-floekv^^âlligfe
d'une tritiUhîB de^^kilbûiètreskiMs salpal*tîè-lal t)ia&
étroite, 'ffl^aûîeFîte* Septentffiùiïïkleide Vîto <jmx^^;^^U
détroit •at^-^B'weïluîJ, lar^e-def^es' Kloihôtties'i^ séfpîefe
cette de!iniîfrô''d8 WW>:Stpwïaft ild tîe Méridiiamd^irPâi'
son conîtourlgénëraîv^llîië SfefAerftrlorKiiecreprésKiitfe ài^-
sez biennlè ^^voflrdli&ne bottiH^cIdont là: serùiéle serait
tournée verô'Ie îidrdi'ï:/lte''MèrIdic»tRleieât(itrèë*®lIon-
gée, etfsl, pii'iajpienséev oiï^cçiiMcilri'cpbrqitideiCoob,
on obtieidrâ;<ud'eibembtedt»i^>l&ifdrme)i3a^e]te^
exactemeht), làJoneniHiôôn^ii^eôttrea'jyëÊtsda foocnss de la
'{Mt m l)^lélPiÇgfniSÎJÎ^'éffli/{ffB''89'tefil«g:«avière.
,^BiWÈWëx miWïn^ 488fii ^FjMfiSW*^^ est
entre 90 et 200 kilomètres. Cet ii^t^ygl^jç^ couvert
29$/'?iiJ¥iÇJ'^jÇy5«M'!ffRf%P»f§Mi^'^»S8ficjor^itu-
de toute plaine dans l'Ile Centrale ; elle ^^^gsstà^fyi^
eêtû^S§Sd^^tM§8Sim9ii 9iJé Jn9ldm98 iwp gflgjGjnofc
Bf%ïm\'^fMmmoîW!!i^^m»hmm^ûmm^
-M-tet? 2§§It^&89ol a§^fi99P<*§P îi-^!«i!ffi<ffs^ém-
( 106 )
Lombardle. l'^lè â^èS'Mè dia!fné''^élève1e massif
de 4(fâ3Plnâ&es''amt:tfMpimÔWi'èla%'<i S i' 4800);
puis viâfiiiëiit'ië ém^ fÈxiiwmh mwik^dtAv^,
a 28o(n 'ènMtmèmie'èi'Mdi ^k • àb&f fékiièu.
teurs V^'Â)t'iië'd>àK/'i-êOb()'kè?é^^^ Éà''lâër.y'savâDt
géoloéaS^(ië'^ïafÀ^ftH^*''^'ëatito^iy^(^onve1leiièé-
iimneB^^ât^&'(n'6|ra'i^!i'iqu'é^lfaî)k'yiS'ot^étic^^^
H n'a ^mêvkmû ¥«an8efëé'lKftisfe''rfenilrt3i»s^ci
te debiP 0ÎtH?s'oit^li«t','^ tiaiif =^<iiitf'iidSi'Éryii*%t^^âi%s
montagne qui semblent être ]kw^9^Û^^Sl^^ài^
'extr«n^^q'at^e{^âê?'^y<tM<^(fââ^ ^âLifs
voRâdiq^S . »lliâen^»ëe^'''^(^â^^dfêift 'tflM^Àt
««ë^âSl%UI9?cr<{âiSA,'W^o^/fëMli^fÉi'fônfëâ')a
-fierf-H'»fJ&|^t: %'^à^eSK écëÔfi^lSès WlÛm-
( 106 >
tfttn ' haut întêrêt au pdifit ée vue géognostii^tee. Elfe
rehfërmé, outre un volcan en adtlTitê-ieTongalHro, un
gï^tia riOBtibre de volcàtiâ étèînts dôîlt lèsi ^his remar-
qflfaMéi sontle Ruapéhii (8086 métrés) etTe ttbttt Egmemt
(«Tè'd 'riiètîfe) V mài^ la t^àrtie laf ï>ii!l9'fcurîeU* de nie
eistle- À district des lacï«i , àitûé éntî^ Itgt^nà lac cen-
tral taliipô et la fèiaie de Pléhty / <]ette conééè doit son
lïotn à uue rèuûîon de lacs eilimentés pat* des' sources
teyuîUlantes yjai Jafflîsëeiït du sol en iiïmiens^ gerbes;
dé <5es sources, les unes sont coiidriues; les âûtl*es în-
tèrmlftentes ; il en tet uiêthe d'à conjuguée^,' c'est-à-
dire qui altérnérit éuffe eïïeéjPàctîvitè 'de l'une ame-
nantie repos de f autre. Le point d^étnërôîènde Certaines
dé ces gerbes est placé assez loin et beaiicofùp aii^dessus
diiîâc dont elles sont f rîbtrtàîres ; ' Teau descend alors
par tltie suctiësàioti d'inimenses bassiné étagéS^^ ^n am-
phithéâtre et fornrés de dépôts >ilîbetix ffXm blanc dia-
pîferife.^të lih'énôiitfène 'est pariictilîèi'etueilpi îemar-
(|ti'âWèJ âuif'iys iRM^âà'^'fet^i^^^^ en
ÀVé^eè'*réits^(fe cette '^tVàriè^fSèî^ Uû'e tem-
i^WiWfk tî^èë^élfev^éfe, 'ètf^i^Tt^ft y'^pi^tipe «tt'Wou, on
r^t'àtisiâitèt s%^3ég%el-uâ^ tbloiin
Lesîflteè^èftfei^tiMhtiïïeiM^'t^^^ %itéOh^âri6é pour
la'cUiàèi(^ t^e'akt^ ^fené^tsl^lUti' M'iiit'^^èiôiii^Çôcconi-
j^Agû^'îdfe •ëîflîeÈ&etits' èli dë> 'é-épidkî(M' ' W-Mt^perpé^
lâéàlêi^riïifetttëndtë i f^fl' feeïdbî^i'^u ^ft sôil?%#desâns
^iM de 'dèë^>l^àk^'^ (^fik/nëk^^ (^t*f'V5Màfett^©' ï^dem^
fii^ôn^è feM^eia^^fég^'Pië^te^^fi^.'^Dfe^tdus côtés
éôqSrMt)dfe^^tr#i«^e^'a'^nïï ùiêti%^â€d teè)&*e*rt;denrf
d'élé^to'#iqs^néa ^lô^pritutefe- iq[Ul' ^iè^MÛt^conti''
tmxim&^m'é^b(MWdimA^ Bèi^isbffiadteiiv^aés cou-
( 107 )
lées de bijv^e i?elrpidie ^ dpa JbaBateop en tabk$ et e^ cpb^n*-
nades, 4ea.. J|DV>nce^l^meQts de scortoS) des te^ri^Bs
tourmen^.ft déc]wr0s;r ^ea un ve^oU lea plus ^uriq^ç^-
m^mies^siifiiOf^ ^e.r^K^tLoQi^u fçii^aiH: réçprçeferrestrç,.
s'offi'^t 4\3isi: yei^x; dm iFoyagaur, et, dansFinlérf^ 4^ 1«^
sdeoee/ ll.âe^Mi vâv^^eot ài dé$ii:er que cetteicçntr^ç .
devint pa^.'Ja^&uite Tobjot d'upe étud^ /sépîei^ ^^'%**;
profeodie^ • Le aoulèveioent de la N(mveller^)apd^.
n'est du xea^^^J^9&.^rf^èiitencor^\ U eat.mèaie.sî appri^Tf
ciable que depuis f^i^-eertains jmho te 9e ^t e^au^é^.
de près, de 3 roètreçk Voilà qui, pour raveui^ p^^pftçe.
peot-êtm dea^ naufrages, m^tis à. coupeur. des d^ai^ÇH
mente da^e riiAponLançe de^ vUlea du iittoraL ^ . .
Outre. lea4eT^x iliepdont nous venons d'esquisser, la
stmctupe et. qni préisentent de vastes étendues dep^t^s.
oiiles Maoris euJCHméoiies n'ont probaUen^e^t jam^ij^i
mis le .piqd,,on compte encpre, dans. te gîQupe wm-^^
dpal de i^ Ni^^rellerjîKl^de, rî]^S|p>yaTt,o^ île ^j^rj^rj
dkmale.o ïaie,.ïfféï»olte.- 4aî.fopnie.4'»n.trianglç i^QçMl^
d'enviiTôn 4&Jdlpa^feSi^&4ft,côtév C'esjB,eq;JSÇfc^
inent q%'m o^i^pitwç^ »karaha^,d*i/ 0om'4p$j^?JKM!^
dé6onviiito(f>»eo FîlÇf i §èp^vf^ Jà . §>^^ ,fiQÇk^ ^t [âlm^mr
Un i^?iftd,fli)mbw<fcip^ili^i^ ^fcid'SîlÇ^t? ?ft^t;p§rj:[
seBaéfij^Rl§4iMoï^[4^5jbrQift l^s^fiin^esfifHP. ^^^l'S^t^S^
à quati:^; ijojir^ ^'i^çÛ^ [m^,iv^\e, Ip, ,grP9Rfi . ^dfi§I ?]le?
C^taop^ a$:fe^él!^?ÉiWiàJaiNfln?iel|et2;6^andtî g© 4)M%
Enfin ,. et) *..«ïe.«ftrt;^fte ,deiJci]lo8ai$tç^^;WijS]|d[ d(Çità'4te
Stewairt^-mtet l^ Ho^t^âfl Spafce^^ jhaJ)iAésj$m?}emQW|»«
tfînnomb^iîl^ foitti^leaiJiÇîpge(»is e^ id^^piipttftô^; [• > ' b
! 5i!)j»i^",'RiS8|)%iBfimifi!lft#éji»*
=fi#feWf if\îîPÎ*J«<fliê«*' ISBiBSi»^ fruit»
et à la p«di^jg}jjgs{a,fj(j(Sîn)J gfhtl^im *8li«We.<(»f!
(mféBdâfffimmRM^^mi'éSiimâl
D'où «viàéift i^v^'^â^^mfi^iîia^èsiiy^ate^d^
cm i"4tWK^ffiëâë3 |da^6i?i{â<âtfâ'^Ha£ib?^i?1f ya^
„._-, jà*âm?Mpi^imf
de cette hypothèse, c'est que Tan dlliSiffel, ^n^remuant
le-M mim^^tî Pfi^^ A*f oSVa.
( 110 )
Ôh êâtîme qiie lès Jîowéànx.Zélàrtââîsf 'arrivèrent îl y
a quel(jue cinq cents ans au piays qti*ïls habitent ; leurs
' traditibns à ce stijei et les hypothèses qu'elles soulè-
vent sont pleines à*lntlérêt; nous sommes malheureux
semeîit' obligés de laisser de côté' les unes et tes
autres.
Les Nouveaux-Zélandaîs sont généralement^ grands ;
ilà ont- les jambeé un peu trop conrtes par rapport à la
Ibngueot dé leur 101*86' et de leurs bras ; leur "front est
élevé, fujanl; leurs yeux sont noirs et leur physiono-
mie est suffisamment întellièente. Ils portent une sorte
de jupon coilrt et 'tiiivàsté matiteau dâris Iteqtrel ils se
dùfapént niajcâtiieusôtniSnt ; liaïé' ce éostudié' primitif
'teiiH à' disparaître ; oii rencwitre aux eWvîrotas des cen-
ités de colohisatida uxr gi'and notnbre'dè Mlàoris habil-
fôi' à ïeùropéenne î ceiix d'enttre eux qui xie sbnt pas
éiièore feîlô aleùr noufveàà cbst unie" ont dés t(rtirnures
■fdriH^iëfbtlites;' ■'•- ■" "■ ''' • '■■'' ■ ' ■"'-' •''' -^"i/''»
''^'' «•fest'aBsteiidiftiifitè'âë a^flni'rl^'bâtàc^ér^ dbs Nou-
vfe^x-Xéîàiidàià'; {rfélàiiéé^d'é' 'ï)àérllité ei 'Ôé'^èrieux;
■(À/Airfié-iJrfequé'W4fe i^'Mngékr-iïâ' 0È(t"fefe ét»n-
ïïàiitK'piïtfadë^jpoûi^'^riiô'delèi' lëit'^^'ièk^'û^tre sur
xMl de teiif'Hiie/IbëStëif , (JtiaHi^'tfu clë'MuTt'^i pro-
-Vféùf lié'ë^^qtfîl^^s6ntWtï»ntà; ^fa^è^irfaïnpti obser-
Vâtërifs 'ii ■sotii)resï ûrt)ï)iïes'd4^rît'''èbmyy'aes en-
îfàntâV'ïlé'ïiVïabiiëiitfcep'ettdâîit pas'Wt^ ^U^lfe 'croient
"iVoi^'ê{ë'ra^t'\léiiy •îhtéi'êty dà ■à1eïir"agnïte;"et pour
l^^ih'éipe'ils'ii'en'iïrôïif â"cb qtë TCh'g^àn'c^ ien soit
tlfée'tftini^ fa^toh' qttelétmqtie.'- lis ïi'iitlf iteâ^'lë'dori de
ri '^âë^â- àfcàtrtiîté • Mis ils ' m cëltiï '^ îà^ r4)ide
r
encore .^^,^^xew, J^i^s^ves eV^l^TOP,.Ifps^.9^4a;Çs^-
glais ont ^jjpris à leurs dépens ce qu'ils yalept 4f^}^ le
combat. Nous regrettons de^ çç pouvoir j^ien dire ici
du cannibalisme» us.ajgç heureusement ^bo}j aujpur-
d'hui» mais dans lequel il fpt voir autre. cî^ose,<m' une
pure question de gastronomie. Le cannibalisme ayait
ses racines dfins de lointaines traitions ceUgieuses
dont Tétude fournirait plus d'un curieux rapproche-
ment- Nous eussions voulu parler au3sî du tabmt
coutunae par laquelle Içs individus et.lesi pbjets pljaçés
dans certaines conditions prenaient un carî^ctère sacré
et inviolaj^le ; ç.'^était }à une loi^ d'un çaraçtjère, à la ig^s
civil et r^lfgfeu?i:^coaini,^ Içs lois du peuple juif...Lç, ^-
louage^, çoutijme eo guelque sQrte héraldiqqe, pous eût
fourni mfJ^i'e .^ de^ copsid^i-atiQjas de quelque ijçitérêt-
Les têtes ^^^tq^ées et pr^p,ar^e8 de^ guerrier^ jP|P>^veai»^
zélandaa,5 /fî^Vpt , à, une .i^po^uç, tiè|s .7 r^ejr(çl](é|e?
comme objets de curiosité ; si actif même eq^t$^|^j«|Q(]|m<
merce ^, ^y^^jf, qH'op,4uf\y,iptçr:4if«,,par i^f^jqi de
phiian.^^i^piç,j Pff)fl§. a,^if?ps,xQiil>^ enjrçt^fjijf ^o^.,^^r
teur dH.j^9^§ 4çjg9,uyèrfjp9i^,^4f^^rfjit et,de8^flî:j,y|-
léges .^z,,|ç?, i^03iye9,pj^^él|^a^, j, |eui; jajy,U?oJ,9gi«^
cbanis ^pçifif s.Je|ir r^g^<i»^,^ ^çj^^ .^jiîifl^M-
tent l^ç^,i;ç^^?,^tlej^r|,e^çj^^e9.^çf;,^<^t ij^ ^^,99^,
portçn.t^Ptrf ^^f ..fef iyi9J?!S^.¥Pf:?ae«^4i^o|^, ç^
leurs g;u^^,fl^ou?,^urajç9t„^Wpi.J?^p ,dçS;44^i^„d^r
gnes d,'a^gçijipp.;,iB^^9 BQ«S eu^ws, ét^.en^4Îp)^^^î|fj
des dé.v§jopj>ft»^p^pe nf ,,çpjpï»Ofte(P^ ^ifPV?»;^..!?
cette noÉç..BoKfiSi»ar^Qi^^ id:à dir^jgueig]ie^^>)$p^^ h
( 1*2 )
maori. La langue polynésienne, comme toutes celles àe
«
l'extrême Orient (les premières en date, sans contredit,
dans l'histoire de l'humanité), appartient à la famille
des idiomes dits agglutinés, c'est-à-dire que les mots
ou termes dont elle se compose, résultat de la sponta-
néité, ne se présentent qu'à l'état absolu et complexe -,
l'analyse ne les ayant pas encore déterminés dans leur
individualité propre, pour nous servir d'une figure al-
lemande, ils offrent un sens général qui ne se spécifie
différentiellement que par leur position dans la phrase ;
la prononciation du langage polynésien ne comporte
que douze lettres , les cinq voyelles et sept consonnes,
qui sont : A, A, /, m, w, />, v ou w; dans aucun cas
deux consonne^ ne peuvent se rencontrer ; une con-
sonne ne termine jamais un mot , Ye est presque tou-
jours fermé, Y h est toujours aspirée. Le mot de maori
est une corruption du mot maoui qui signifie le « pre-
mier homme » et qui veut dire aussi « indigène n.
C'est par erreur que toutes les cartes donnent « Teika
maoui » ou « poisson de maouïn , et « Whatpounamoti » ,
eau de la pierre verte » , comme noms indigènes de l'île
Septentrionale et de l'île Centrale. Teïka Maouï est le
nom indigène de toute la Nouvelle-Zélande, et Whaï-
pounamou est le nom d'une localité seulement de l'île
Centrale où, sur les bords d'un lac, se trouve la né-
phrite verte jadis fort recherchée par les indigènes.
Un fait particulier frappa les premiers navigateurs
qui abordèrent à la Nouvelle-Zélande, ce fut de n'y
trouver que deux sortes de mammifères terrestres, le
rat et le chien ; le rat a presque entièrement disparu
devant son congénère européen. « Le rat anglais, disent
les^Maons ^ k oëtruit Te rat làçligené ; de mSme aussi. .,
, Hîoo :nj5a,9iBn aa89ïiiaRiiq,e9n îOânO smsijxa I
dans ua fmps donne , le Maori idisparajtra devant ,
111. ' tBiB JnyDi£ggB ''jjiaBniuflTI^^^^
1 homme Diane. % Quapt a^ cnien, qui faisait jadis par- ,
. , ^ ^91 diw 9'iib-£-i89o JttjiiUchrjxz eJiDT.omofm esb
tie de la nournture des naturels, on n^ j*enc(mtre plus
a &l 9b j£jIiJ8'j'i .ii^oannoo o^ 9li9 jaûo 89mi9t ixo
ares spécimens. (Jn,l3iippose, a après certaina.
ose. a après cenaina,
.ÎU9ta985l([ 02. 9ft tSJièn
, „_ ^ „_ ^uelques-uns des lacs ,,
. ., \ .M) 8èflian9i§Q 9'uofi9 «iaigiîVJB ^919/1 ea;nssi& I
mténeurs un animal de la familfe deâr iout]:ea. CaoL .
mtroduisifa la NQuvelle-Z^ande le cocnon ^ui multiplia ,
„ . . [& ea 9njjjp ir/iyri";^ ^^rpa nu hioim ôTI,,9ljn£fa9l
"" — '^çon prc " "" "
sâuvagi
, ;UO0 9a
européens qr '
sV sont parmftément àcclîmatés ; le menton, ,en parti: "
V ' ^tonfi ziifiï) ; 'v< uo '^.v\ .u .iu -\ ,'À fS\ : fnofi if/p
culier, y prospère et constitue une des sources de ;
. -• ' iuîr ; "fe'ilaoDfiy'i 3^ ui-y/wH] on c'jtifio^'.tioo /t/9b
ncnesse du Davs*
^ , -iiuggicf Jâ9/\I . JuifL rrtf ^iiîm/^f offiffn^t oa 'maoa
Le dermer relevé du nombre des quadrupèdes utiles
i9i .aajiioj 9fjp 'ijj9'n9 'ibq j
— „, ^-^,,^^..^„.v âOTSi: chèvres. Il 797,
ânes et mulets,:122. Si les mammifères indigènes map-
lii t josoaé-Qimn ëmon Q/nmoo> ((e»\*A^'^ ^'n^itt m m^yss^^»
quent ea Nouyelle-Zélande, les oiseaux, auL traversent ^
.sTj' } lyocM fiii9T .9mijn9jr9li T 01) J9^ 9ir.nonjfi9fq98
aisément les mers ^\l sont représentés par une.centainè
-, ..ôi: V fa .9bn£;làS«p1l97UÇf/I Br.9JiJof 9d .911931001 Tnon
a espèces : c est un faible chiffre si Ion considère que la
_,SiV\oh }n9ai9U[98 ^iOî^joI 9ffrj b mpq 9j }89 uoftiEnuoq
France jen compte trois foiçi autant* Mais ici nous .nous n,
- — î ?X97U0Tr9a jOfJflUD 8D7Qa 891 1U8 ^UO 9lmjfl93
heurtons, a. Jiue anomalie: parmi les représentants de r
, , -^onésiDOi sâr^m 99fM9fl99i noI^^iDB^
aune .ormtholo^que de la Nouvelle-Zélande se
j:;'B_§47Ba s'i^iipb^ 89rBqqBTi -fQiajpf JiBq JiBi aTj
- ^ -^onémboi saT^m 99fM9il99i nol,?^^
la faune .ormtholo^que de la Nouvelle-Zélande se
j:;'BSi7Ba 8'|9HiT9Tq 891 BqqBTi iQiujOf JiBq JiBi nir
casoarsk oiseaux coureurs dont les^ ailes rudimentaires .
/.:r«?C3'r9J 8:>'I9TrflIfn£ffI 9D 89Î'I08 XU9D 9lip T97nC'lt
sont impropres au vol : ce sont Jes iiwis,.dont.on
.*D immo'ydiiad 9rjp89iq & Ib'i 91: ngriiD s' )9t;'.
3te trois variétés mé^afes au mm^
compte troisjariéjé^^^^^^
partenaient fês moàs, espèce perdue qui devait avoir
VI, AOUT, 2. 8
( 114 )
16 à 1 6 piads de Iwateur, & en juger ptr les débris qui
«
en ont été ratronvéa.
Les oiseaux que nous citerons encore sont le koko-
roœaka, oiseau cloolie» dont les quatre notes formant
une mélodie étrange analogue à la sonnerie d'un caril-
lon ; le kéka» perroquet brun et le kéképo , perroqodt
nocturne ; ce dernier, aujourd'hui très-rare, est spécial
à la Nouvelle-Zélande. On lui connaissait un congénère
qui habitait Tilot de Philippe, à 150 lieues S. O. delà
Nouvelle - Galédonie, et qui a complètement disparu.
Parmi les oiseaux d'Europe, on trouve la caille, la per-
drix, la bécassine, le canard sauvage et le pigeon.
La Nouvelle-Zélande ne produit aucun animal dan-
gereux ; le serpent y est inconnu ; des moustiques seu-
lement, que fera disparaître la culture du sol, incom-
modent le voyageur et le colon. Les Maoris s'en pré-
servent en allumant dans leurs habitations des feox
dont la fumée n'a que d'étroites issues; c'esl là, on en
conviendra , presque un remède violent. Les laes et
rivières nourrissent diverses espèces de poissons , et
entre autres l'anguille, qui y atteint des dimensions in-
connues dans nos pays.
La flore de la Nouvelle-Zélande se distingue par les
caractères généraux suivants : prédominance des gros
végétaux, rareté des plantes herbacées et absence pres-
que totale de plantes annuelles» Il a été trouvé jusqu'à
ce jour, à la Nouvelle-Zélande, 2000 espèces de vé-
gétaux, et le botaniste Hooker estime qu'on en pourra
trouver encore une iois autant. Des 2000 espèces
déjà trouvées, &00, à peu près, sont spéciales au pays ;
les familles bolsmiquee' représentées par le plus grand
(lis )
nooibre d'espèces sont les ûlicinées ou fougères } les
composées, les cypéracées, les graminées, les scrofula-
riées, les orchidées, les rubiacées et les ombellifëres.
SdoD xxm remarque du D* Haast, les fleurs des petites
plantes sont presque toutes incolores ; celles qui font ex-
ception afiectentgénéralement les nuances jaune ou pour-
pre ; les fleurs des arbres et de leurs nombreux parasites
eoat presque toujours d'un rouge brillant. Les arbrçs
comptent 120 essences dont plusieurs atteignent une
taille gigantesque, et dont quelques-unes fournissent
des bois estimés pour la mâture, la charpente ou Tébé-
nisterie. Nous citerons, entre autres, hpuriri ( Vitexlit-
ioralis) , dont le bois est analogue au bois de teck ; le
réta {Metrosideros robusta)^ sorte de végétal boa qui
emroule de sa puissante spirale le tronc des arbres les
plus énormes; le kaurz (Dammara australis)^ dont on
retire une gomme-résine que le commerce américain,
et d'autres peut-être, débitent comme vernis copaL On
afsût la remarque qu àla Nouvelle-Zélande, les arbres
d'espèce différente vivent entremêlés au lieu de se mas-
ser par groupes homogènes. Néanmoins chaque espèce
ne se retrouve pas sur toute l'étendue des îles. Ainsi le
kavri^ qui abonde dans Tile Septentrionale cesse au-
dessous de la latitude d'Auckland.
Signalons encore comme croissant à la Nouvelle-
Zélande le Phormium tenax dont la fibre sert à tisser
des étoffes et à tresser des cordes qui valent, paraît-il,
moins que leur réputation. La luxuriante végétation de
ce pays est, au dire du D' Hooker, excessivement cu-
rieuse, scientifiquement parlant. Ici s'étendent à perte
de vue des plaines couvertes d'épaisses fougères ou de
( lie )
gras pâturages ; là se développe, à Tombre l^umide et
fraîche de forêts gigantesques, un inextricable fouillis de
plantes dont l'exubérance rappelle la végétation des tro-
piques. Ajoutons enfin que la flore de la Nouvelle-Zélande
jouit de la même innocuité que sa faune. Une seule plante,
le tutu^ porte des baies vénéneuses, et encore donnent-
elles, préparées d'une certaine façon, une boisson fraîche
et saine. On ne sait jusqu'ici que peu de choses au sujet
des zones alpestres de végétation, bien que l'étude en
ait coûté la vie au regrettable botaniste Sainclair .
Les ressources minéralogiques du pays qui nous oc*
cupe sont généralement peu connues; mais de ce qu'on
en sait déjà on peut hardiment conclure à une grande
richesse. Il a été trouvé sur le ^littoral occidental de
rile Centrale d'importantes mines de charbon aujour-
d'hui exploitées par une compagnie. On a trouvé aussi
sur divers points de la colonie du soufre, du manga-
nèse, de l'alun, de l'argent, du cérium, du bismuth, de
l'asphalte et du cobalt. Le fer s'y rencontre en pyrites
ou sulfure de fer et en fer magnétique. Il est même en
certains endroits si abondant, que les indications de la
boussole en sont sensiblement altérées. Çà et là sur la
côte de la province de Taranaki, le sable contient un
mélange de peroxyde et de protoxyde de fer d'une
grande richesse. En approchant du sol un aimant on le
relève couvert de petits cristaux brillants comme de
l'acier poli. Jusqu'en mars 18(51, la province de Tara-
naki ayant été le théâtre d'une sanglante guerre entre
les Anglais et les indigènes, l'exploitation du précieux
gisement n'avait pu être entreprise, bien qu'elle eût été
concédée à un spéculateur anglais.
( 117 )
L'or se trouve dans l'Ile Septentrionale à Coroman-
deU près Anckland, et vraisemblablement sur d'autres
points encore ignorés. Dans Tîle Centrale, on le trouve
le long de la vallée de l'Aorere, non loin de Nelson.
D'après nn calcul approximatif du géologue Hochstet-
ter, la valeur de ce gisement s'élèverait à 662 500 000 fr.
M, Hochstetter a émis l'opinion que l'or devait se trou-
ver sur presque toute la longueur de l'Ile Centrale ;
cette hypothèse a été confirmée par la découverte, dans
la province d'Otago, des gisements aurifères jusqu'ici
les plus importants de la Nouvelle-Zélande; ils sont
situés à deux ou trois jours de marche de la ville de
Dunedin, chef-lieu de la province. Le vertigineux mé-
tal a déjà attiré un nombre considérable de mineurs,
gens qui, pour la plupart, dépensent ou jouent le soir
ce qu'ils ont gagné pendant la journée. Tout porte à
croire qu'on découvrira dans ces mêmes parages de
l'argent et du mercure.
L'obstacle qui s'opposera longtemps encore à l'ex-
ploitation des richesses en tous genres de la Nouvelle-
Zélande, c'est l'absence de voies de communications par
terre. Dans l'Ile Septentrionale, des sortes de chemins à.
piétons conduisent d'Auckland à Taranaki et d'Auckland
à Âhuriri. Taranaki et Wellington sont reliés par un
chemin praticable aux bêtes de somme. Une grande
route, partant d'Auckland et se dirigeant au N. vers la
baie des Iles est actuellement en cours d'exécution ; elle
aura 250 kilomètres, dont une centaine sont déjà ter-
ininés. Du côté du S. elle gagnera Wellington par un
trajet de 650 kilomètres dont les sept huitièmes sont
encore à faire. De ce grand tronçon partiront des routes
( 118
dirigées sur les principales stations de Test et de f ouest.
Dans rUe Centrale, les voyages se font généralement à
cheval par des sentiers un peu problématiques, Cepen-
dantdeux amorces de chemins partant de Christchurch,
capitale de la province de Canterbury, se dirigent l'un
au N. l'autre au S. ; on n'a du reste pas encore trouvé
de col qui franchisse la chaîne des Alpes et permette
de passer par terre d'un côté à l'autre de l'île. Un che-
ipinde fer, actuellement en construction, reliera Christ-
church, capitale de la province de Canterbury, au port
de Lyttelton.
En 1853, après la dissolution de la CompagnÎQ
de la Nouvellç-Zélande, h colonie que quelcjuos
publicistes anglais ont proposé d'appeler la Grande^
Bretagne, du Sud fut dotée d'un gouvernement parle-
mentaire dont les prîncipau)ç éléments sont : un gou-
verneur nommé par la couronne, un conseil législatif
nommé par le gouverneur et une chambre des repré-
seutants. Les Européens et les indigènes placés dans
certaines conditions dç cens électoral sont électeurs et
éligibles à ce dernier corps. La Nouvelle-Zélande est
i^tuçllen^ept divisée en neuf provinces essentiellement
inégales entre elles comme superficie et comme popu-
lation. Voici les noms de ces provinces, dont chacune
est subdivisée en districts^ Pour l'île Septentrionale :
Auckland, capitale Auckland; Ta,ranaki, capitale New-
Ply çaouth ; Wellington , capitale Wellington ; Hawke-
Bay^^ capitale Napier. Pour l'île Centrale : province de
Nelson 3^ capitale Nelson ; Mai^lborough^ capitale picton ;
Çantorbery » capitale Christchurch ; Qtago % capitale
Dunedin; Southland, capitale Invercargill. L'île Ste-
( 119 )
wart et les lies Ghatam forment des districts à part.
Chaque province a un surintendant et un conseil pro-
vincial, Tun et l'autre à l'élection des Européens et
des indigènes de la province. Le nombre actuel des
provinces n'est sans doute pas définitif; en effet, un
article de la loi réserve la faculté de s'ériger en pro-
vince, à tout district qui possède 500 000 acres de ter-
rain et une population de 1000 habitants.
Auckland , la plus importante des grandes divisions ad-
ministratives de la Nouvelle-Zélande, compte 25 000 Eu-
ropéens et les deux tiers de la population indigène totale.
Les lois civiles et criminelles de la colonie sont à
peu près les mêmes que celles de TAngleterre. Elles
doivent en principe s'appliquer aussi bien aux indi-
gènes qu*aux Européens , mais c'est là une pure fiction,
au moins pour les indigènes qui vivent dans Fintérieur
du pays. Ici nous demandons la permission de donner
quelques chiflres relatifs à la population européenne de
la Nouvelle-Zélande.
Le recensement de 1860, le dernier qui ait été fait,
accuse une population européenne de 83 919 habitants,
en 1853t elle était de 20 577 habitants. En 1858 on
évaluait la population indigène à 55 275 habitants, ce
qui donne, pour l'ensemble de la population, 139 194 ha-
bitants; total insignifiant si l'on considère que la
Grande-Bretagne, pour une superficie équivalente,
compte 29 millions et quelques centaines de mille âmes.
On compte à peu près 58 000 Maoris dans l'île Septen-
trionale, le reste habite l'île Centrale. En 1859 et 1860
Taccroîssement de la population européenne a été de
81,55 pour 100, chiffre considérable.
( 120 )
La statistique relative au lieu de naissance des habi«
tants de la Nouvelle-Zélande remonte à décembre 1858,
et nous apprend que TAngleterre, la Nouvelle-Zélande
même, TÉcosse, Tlrlande et le pays de Galles avaient
fourni 92,95 pour 100 de la population totale, les di-
verses colonies anglaises h^kQ pour 100, les autres
parties de la terre 2,59 pour 100, dans lesquels la
France entre pour le chiffre modeste de 0,29 pour 1 00.
Si la population européenne suit une progression rapi-
dement croissante, en revanche la population maorie
décroit avec une rapidité presque égale ; les chiffres.
successifs donnés par divers voyageurs, le nombre des
villages aujourd'hui déserts et des tribus complètement
étemtes, en sont d'incontestables preuves. Ce n^est
pas ici le lieu d'étudier les causes délicates et com-
plexes de cette dépopulation. Chose étrange , les indi-
gènes d'un pays dont le climat prolonge l'existence des
Européens phthisiques, meurent pour la plupart atteints
de pbthisie aiguë. Les maladies scrofuleuses font aussi
de grands ravages dans la population maorie. Cook,
en 1769, estimait à AOO 000 habitants la population
indigène de la Nouvelle-Zélande; en 18â5, le Protec-
tarât indigène l'estimait à 109 000 habitants; le révé-
rend Rich. Taylor, en 1823, l'estimait à 80000 habi-
tants. Quel que puisse être le degré d'exactitude de ces
chiffres, il est facile de prévoir que, dans un avenir
plus ou moins éloigné, le Maori de la Nouvelle-Zélande
aura presque complètement disparu ; et si positif qu'on
soit, on ne saurait se défendre d'un sentiment de tris-
tesse en voyant s'éteindre misérablement un peuple qui
eut une certaine grandeur relative. Les trois quarts
(12i)
des NouveauX'Zélandais ont été baptisés, mais il serait
naïf de croire qu'on en a pour cela fait des chrétiens
dans le sens spirituel du mot ; on ne détruit pas du
jour au lendemain, même chez les sauvages, des
croyances, des superstitions enracinées depuis plu-
sieurs siècles. Les Maoris ont pris une grande partie
des vices européens sans avoir abandonné tous les
leurs; ils sont devenus d'une excessive âpt^tfté au gain
et déploient une habileté particulière à interpréter les
préceptes de l'Évangile dans le sens de leurs intérêts
ou de leurs goûts. Pendant leur dernière insurrection
contre les Anglais, ils bourraient leurs fustls avec des
feuillets de la Bible.
La Nouvelle-Zélande est une colonie encore en en^
fance. Ses revenus, qui suffisent à peine à ses dépenses,
se sont élevés en 1860 à 12 618 A50 francs. Le mon-
tant des importations pendant cette même année a été
de 38 703 325 francs , celui des exportations a été de
18 723 826 francs, savoir : en laine, 11 109 800 francs ;
en or, &3962S francs; en bois de charpente et autres,
350 150 francs; en pomme de terre, 3A1 325 francs;
en grains et farines, 337 250 francs; en huile, 106875
francs ; en gomme de Kauri, 2A6 275 francs ; en mi-
nerai de cuivre, 39750 francs; en baleines, 25 850
francs. Les pays de destination des articles exportés
ont été plus particulièrement l'Angleterre et la Nou-
velle-Galles du Sud ; 388 vaisseaux sont entrés dans
les ports de la Nouvelle-Zélande en 1860, et 308 vais-
seaux en sont sortis.
La civilisation fleurit actuellement où régnaient jadis
la sauvagerie et le cannibalisme. Des institutions de
( 122 )
crédit de tout genre et des compagnies d^assnrances
sont établies à la Nouvelle-Zélande comme dans toutes
les autres colonies anglaises. La grande banque d'Aus-
tralie et la banque orientale ont établi dans les princi*
paux centres du pays des succursales où elles émettent
leurs papiers. Des caisses d'épargne, au nombre de six,
dont la première fut établie en 184V, fonctionnent dans
rintérêt des petites économies. En 1858, on comptait
parmi les déposants 38 Maoris. Le service postal est
installé aussi bien que possible pour un pays dont les
routes sont j)eu nombreuses ; il se fait généralement
par mer et, sur certaines directions, par courriers.
En 1860 les divers bureaux de poste avaient reçu,
tant du pays môme que de l'étranger, 485 320 lettres
et 471 664 journaux ; ils avaient expédié 456 049 let-
tres et 657 692 journaux. La presse périodique compte
cinq ou six feuilles bihebdomadaires, un [nombre égal
de feuilles hebdomadaires ; une ou deux publications
paraissent à des intervalles plus éloignés et un journal
imprimé en langue maorie. Dans les villes sont établies
de nombreuses écoles officielles ou privées ; la province
d'Auckland en compte une trentaine. Les intérêts de
la science sont représentés par diverses Sociétés ; ci-
tons, entre autres, la Société d'acclimatation de la pro-
vince d* Auckland et l'Institut philosophique de Can-
torbery, dont le président, M. J. Haast, a Tan dernier
inauguré les travaux par un discours aussi élevé de
forme que de pensée. Des logés de francs-maçons, des
sociétés de chant, de lecture, de régates, de tempé-
rance, des clubs, des volontaires achèvent d'imprimer
à la colonie naissante le caractère dé là mère patrie.
(128)
Nous sommes étonné de n'avoir pas à citer les courses
de chevaux dans cette énumération. Près d'Auckland
sont deux villages dont l'un a reçu le nom de Derby ^
l'autre le nom dtEpsom; c'est un acheminement.
Auckland, la capitale de la colonie, la résidence du
gouverneur et du commandant des forces militaires,
est située dans l'île Septentrionale, au fond de l'im-
mense baie d'Hauraki et sur la côte nord d'un isthme
qui, un peu plus au sud, se rétrécit jusqu'à n'avoir
qu'un kilomètre et demi de largeur. En ce point deux
Mes, sortes d'estuaires très-découpés, s'avancent à la
rencontre l'une de l'autre. C'est à l'entrée de l'une de
ces baies, celle de Manukau, qu'a eu lieu dernièrement'
le sinistre de VOrphée, dont les journaux ont donné les
tristes détails. Auckland et ses districts ruraux possè-
dent une population d'environ 15000 habitants. La
ville est construite en bois, en brique et en pierre vol-
canique d'une couleur sombre; les maisons y sont
généralement à un seul étage. Dans l'intérieur de la
ville est un beau parc ou jardin botanique. A 8 kilo-
mètres environ au sud d'Auckland est la petite ville
d'Onehunga, qui fut, ainsi que plusieurs villages des
environs, originairement peuplée dé pensionnés civils
et militaires du gouvernement anglais. Une excellente
route, macadamisée et desservie par une ligne d'omni-
bus, relie Onehunga à Auckland. A droite et à gauche
de la route, qui circule dans un pays très-pittoresque,
s'élèvent de gracieux cottages à demi cachés sous des
massifs d'arbres; c'est là qu'habitent les commerçants
riches d'Auckland. Tout autour de la ville règne une
grande activité industrielle et agricole. Les cours d'eau
( 124 )
et les nombreuses baies sont sillonnés d'embarcations
européennes ou indigènes, . qui apportent les produits
de rintérieur des terres. Le nombre des Maoris qui
habitent Auckland même ou toute autre ville est exces-
sivement restreint. De temps en temps une tribu entière
y vient faire ses achats ; on la voit arriver dans une
flottille de canots jet camper dans les faubourgs, comme
font en Europe les Bohémiens ou Zingares.
Après Auckland les villes les plus peuplées sont
Wellington et Nelson, 6000 habitants; New-Ply-
mouth, SOOO habitants; Dunedin, 2000 habitants;
Christchurch, 1500 habitants; Picton, Napier, Inver-
cargill, 500 habitants ; puis viennent plusieurs centres
secondsdres répartis dans toute Tile Septentrionale et
sur le littoral est deTîle Centrale.
Pour conclure, disons que la Nouvelle-Zélande, par
sa position géographique, par Texcessive fertilité de
son sol, l'égalité et la douceur de son climat, ses res-
sources forestières et minéralogiques, est destinée à
devenir quelque jour une des plus riches colonies de la
couronne d'Angleterre ; ce à quoi la science ne saurait
rester indifférente, puisqu'elle est en droit d'espérer
qu'elle y trouvera son compte.
G. Maunoib.
(126)
NOTICE
LA VIE ET LES TRAVAUX DE JOHN BROWN.
tXK M. DE tk HOQusrrz,
Président honoraire de la Société de géographie, etc., etc.
Mesâeors,
Je viens vous entretenir aujourd'hui de la vie et des
travaux de H. John Brown, d'un homme qui sans être
ni un grand voyageur, ni un géographe de premier
ordrot mérite cependant d'occuper une place trëshhono-
,rable dans vos annales, par la rare sagacité qu'il a
révélée dans des circonstances difficiles, sagacité qu'on
poQrndt presque appeler une sorte de divination, et
comme auteur d'un ouvrage qui lui a fait donner par
un juge on ne peut plus compétent, sir Roderick Mur-
chison, président de la Société géographique de
Londres, le titre de chroniqueur zélé et impartial des
actes des héros arctiques.
John Brown, né à Douvres le 2 août 1797, descen-
dait d'une ancienne et honorable famille du comté de
Kent. La vue du vaste Océan, qu'il eut constamment
sous les yeux depuis sa plus tendre enfance, lui inspira
un vif enthousiasme et une passion très-prononcée
pour la carrière maritime ; aussi à peine eut-il terminé
sa première éducation que ses parents, cédant à ses
X12B )
désirs, le firent entrer au service naval de la Compa-
gnie des Indes. Ce fat en 18il, c'est-à-dire lorsqu'il
venait d'atteindre l'âge de treize ans, que sir John
Jackson obtint pour lui le poste de midshipman à
bord du navire Surrey^ commandé par le capitaine
Beàdle. Il se rendit immédiatement au Bengale, et
après quelques excursions à bord de ce bâtiment, passa
sur le Scaleby-Castle^ navire dé la même Compagnie,
avec lequel il fit un autre voyage aux Indes- orientales,
croisa parmi les îles de l'archipel indien, visita les
Moluques, Ternate, Amboine et les autres possessions
hollandaises dont l'Angleterre s'était emparée, et
qu'elle dut restituer en 181A« ainsi que le eaji de
Bonne •«Espérance et Tile de Sainte «-Hélène» Brovn
parcourut ensuite dijSérentes parties de la Chine.
Dans toutes les contrées^ visitées par lui et dont quel-
ques-unes pouvaient être considérées presque comme
inconnuesi ou du moins comme imparfaitement explo-
rées ou mal décrites, John Brown recueillit avec soin
de précieuses informations dont il put faire usage plus
tard.
Quoique les résultats de la paix de 1815 eussent
modifié les idées et l'enthousiasme du jeujoe naarin
pour la vie aventureuse qu'il avait menée jusqu'à ce
moment, il n'en continua pas moins de itaviguer à
bord de bâtiments anglais^ jusqu'au mois de mars 1 MO;
l'affaiblissement de sa tue et queues autres cftusds
le forcèrent alors d'abandom^r définitivement lo ser-
vice de mer. Brown n^avait à cette ^oque que vingt-
deux ans et point d'état; on voit qu'il fit pour s'en
procurer un, plusieurs essais auxquels il ne tarda pas
successivement à renoncer. Il suivit d*abord la pro-
fession médicalei passa ensuite quelques aimées chez
un bf^nquieri faisant le commerce des diamantSf et se
lia intimement pendant ce temps avec des artistes dis-
tingués, tels que Etty^ Nortbcotte et Huggins, peintre
de marine du roi Georges IV« et plus particulièremeot
encore avec James Weddell, explorateur des régions
antarctiques. En 1S28| il se maria et devint associé
dans une ancienne maison de commerce, dont il se
sépara plus tard.
Au milieu de ces occupations si diverses, Brown
trouva le temps d'étudier la géologie, la minéralogie,
l'ethnologie, et plus spécialement la géographie, qui
ne tarda pas à devenir son occupation favorite. Presque
en même temps, pour rendre plus intelligible un
tableau de son ami Huggins, il écrivit une histoire, qui
n'a pas été publiée, de Tristan d'Acunha, petite île de
Vocéan Atlantique où s'était établie une famille vivant
43n paix, complètement isolée du reste du monde.
En 1836, la Société géographique de Londres, que
présidait à ce moment sir John Barrow, ayant fait
appel à l'opinion des hommes des cience sur les meil-
leiirs moyens de décider la question, qui occupait
alors tous les esprits, de faire communiquer les deux
grands océans par une voie plus courte qu'on appelait
le passage nord-ouest, dont la première idée parait
remonter aux célèbres navigateurs Cabot, et de com-
pléter en même temps le relevé delacéte septentrionale
de l'Amérique, Brown^ qui s'était fait remarquer par
sa passion éclairée pour ces sortes de recherches, ne
tarda pas à répondre h, l'appeU Les raisons sur les-
( 128 )
quelles il s*appuyait, exposées dans un curieux mé-
moire, furent dûment appréciées par la Société géo-
graphique, qui s'empressa de les appuyer auprès du
gouvernement Bientôt une multitude d'expéditions,
conduites par d'habiles et intrépides marins, se diri-
gèrent vers les mers arctiques, et après un grand
nombre de tentatives, plus ou moins heureuses, qui
firent connaître néanmoins dans ces régions glaciales
de vastes contrées restées jusqu'alors inexplorées, et
agrandirent considérablement le domaine de la géogra-
phie, le problème a été enfin résolu (1).
John Brown, élu en 1837 membre de la Société
géographique de Londres, et non moins ardent pour les
recherches à faire dans les régions antarctiques qu'il
l'avait été pour celles dont il s'était montré le promo-
teur dans les régions du pôle nord, ne tarda pas à
adresser à ce corps savant des mémoires sur l'utilité
qu'il y aurait à explorer les parties australe^ du globe,
qu'on paraissait négliger presque complètement. Son
ami James Weddell, quoiqu'il ne fût qu'un simple capi-
taine de navire marchand, n'avait pas craint de s'y aven-
turer, et s'était avancé jusqu'à 74° 15', à la plus haute
latitude qu'on eût encore atteinte. Le portrait de ce navi-
gateur, mort en 188â, et dont le mérite lui semblait trop
peu apprécié, fut offert par Brown à la Société géogra-
phique de Londres, accompagné d'une lettre imprimée
dans la Literary Gazette y dans laquelle il rend un hom-
mage justement mérité à ce marin aussi modeste etentre-
prenant que désintéressé, puisqu'il avait fait toutes ses
(1) Par le capitaine M^CIare en 1850, et Ton pourrait dire presque
en même temps par le capitaine Collinson,
( 129 )
explorations à sas propres frais. Quelques aaiiôes apràs,
John BrowQ, qui figurait à cette époque parmi les fon-
dateurs de la Société ethnologique d'Angleterre, ayant
appris que la famille de James Weddell^ avec lequel
nous venons de dire qu'il était intimement lié, se trou-
vait presque dans l'indigence, se crut autorisé, par
toutes sortes de motifs, i faire connaître cette pénible
position à sir Robert Peel» alors premier ministre, en
rappelant les remarquables découvertes de son ami.
Cette réclamation fut immédiatement accueillie; la
veuve de Weddell obtint une pension, son fils reçut im
traitement convenable, et, ce qui flatta particulière-
ment John Brown, c'est que le grand ministre, en lui
répondant de sa propre main, le remercia d'avoir ap«
pelé son attention sur les services méconnus jusqu'aloni
de l'explorateur des terres antarctiques.
Deux ans s'étaient déjà écoulés depuis qu'on avait
cessé de recevoir des nouvelles de la dernière expédi»
tion de sir John Franklin, parti en 18A5 à larech^x:he
de ce fameux passage nord-ouest, qu'on poursuivait
vainement depuis si longtemps. L'épouse si dévouée
et tous les amis du célèbre navigateur, on pourrait
même dire presque tous ses compatriotes, conçurent de
grandes inquiétudes sur son sort et demandèrent avec
les plus vives instances que le gouvernement s'occupât
sans délai de rechercher les causes de ce long silence*
Trois expéditions parties en 1848 rentrèrent en
Angleterre en 1850, 1851 et 1859, sans avoir pu
obtenir aucune espèce de renseignements. Un grand
nombre d'autres, que nous avons signalées dans notre
Notice sur Franklin^ furent successivement envoyées
vi. nom* 3, 9
(130 )
depuis sans plus de succès, non-seulement par le gott'
vernement anglais, mais par la noble épouse du navi-
gateur dont le sort inspirait tant d'intérêt (1), par la
Compagnie de la baie d'Hudson et par deux négociants
américains, MM. Grinnell et Peabody.
Ce n'a été qu'en 1859 qu'une nouvelle expédition,
commandée par le capitaine M'Clintock, parti d'An-
gleterre en 1857, a pu retrouver les traces de l'expé-
dition de Franklin au Point Vicîory^ situé au nord-
ouest de la terre du roi Guillaume {King William' s
Land) et rapporter un document authentique consta-
tant que Franklin avait cessé de vivre le 11 juin 18A7.
John Brown, occupé depuis longtemps de la question
relative à la direction qu'avait dû prendre Franklin,
question qu'il avait étudiée sous tous ses aspects, avait
multiplié ses efforts pour dissiper lés doutes qui exis-
taient à ce sujet, même parmi les navigateurs les plus
expérimentés, et indiqué la véritable direction qu'on
aurait dû et qu'on devait suivre. Ce fut ainsi que le
9 décembre 1850, il adressa à l'amiral Smyth, alors
président de la Société géographique de Londres, un
mémoire dans lequel il résumait ainsi les idées qu'il
n'avait cessé de préconiser.
« Franklin étant parti avec des instructions spéciales
qui lui prescrivaient d'abord de se diriger au sud-ouest
du cap Walker, c'était donc dans cette direction qu'on
(l) Ce fat à bord de Tane de ces expéditions, dont lady Franklin
avait fait les frais et qui était commandée par le capitaine Inglefield,
que périt en 1853 dans les glaces, notre compatriote le jeane et braye
officier de maritte Bellot, à la mémoire duquel nous avons consacré
une notice, et auqael TAngleterre a élevé un monument.
(181)
aurait dû le chercher. Il démontra en même temps, en
se fondant snr ces instructions et sur Tétude appro-
fondie qu'il avait faite de Faction combinée des courants
et des marées de ces parages, que les navires de
l'illustre marin devaient être trouvés dans une aréa
ayant pour limites le cap Walker au nord-est, la terre
de Banks au nord-ouest, la terre WoUaston au sud-
ouest et la terre Victoria au sud-est ; conjecture qui
s'est vérifiée presque complètement depuis. » Les avis
si judicieusement motivés de John Brown semblent
avoir été perdus de vue, au milieu d'idées qui préva-
laient à cette époque, puisque les directions générale-
ment adoptées étaient précisément le contraire de celles
qu'il avait indiquées et qui étaient les véritables, ainsi
que l'ont démontré les résultats obtenus, d'abord par
le docteur Rae en 1855, et enfin et plus complètement
en 1859, par le capitaine M'Glintock.
Ce fut en 1858 que Brown publia son ouvrage si
bien et si avantageusement connu, sur lequel sa répu-
tation est principalement fondée, sous le titre de :
Passage nord-ouesty et plans pour la recherche de
sir John Franklin (1), avec une suite qui a paru en
1860 (2). C'est un résumé concis et cependant fort
(1) The north^wesi Poaioge and ihe Plans for thesearch for sir John
Franldin* A Rovkw hy John Broum, F. H. G, 5., f^low ofthe Roya
Sockay of Northern Amiquaries. Copenhague, etc.
« A mighty maze ! but not without a plan, » (Pope.
« Hère, on a single pUmk thrown safe ashore,
» / hear the tumuU of the distant throng, » (Young.)
(2) A sequel to the Norlh^-West Passage, etc. LondOQ, 1858. A
hview, by John Broum, London, 1860.
Browo fait remarquer dans cet appendice que depuis les plus an-
(182)
exact , sufiSsammest développé et méthodiquement
exposé, de toqt ce qui a été écrit et fait depuis les
temps les plus reculés sur les nombreuses expédi-
tions entreprises pour découvrir le passage nord-ouest.
C'est un véritable index complet de bibliographie arc-
tique, un laborieux digeste de tout ce qui était connu,
dans lequel John Brown soutenait, malgré l'évidence
officielle qui semblait en contester la possibilité, qu'il
devait exister entre la terre du Prince de Galles {Prince
of WalesLand)etlB. terre Victoria (Victoria Land)
un détroit tracé dans la carte qui accompagne, sous le
nom de supposée s trait (détroit supposé), la première
édition de son ouvrage, publié, ainsi que nous l'avons
vu, en 1858, c'est-à-dire avant la carte jointe à la rela-
tion de M' Cllntock, qui n'a paru qu'en 1859, et daps
laquelle le nom de ce navigateur a été donné au dé-
troit que Jphn Brown appelait supposé.
Les rédacteurs du Gentleman' s Magaziiie émet-
taient, au mois de mai 1861, l'opinion que ce détroit
aurait peut-être dû porter le nom de J. Brown, avec
lequel il est s\ intimement lié ; tandis que dans une
carte publiée à Londres par MM. Laurie, le ^étroit est
appelé JifClintock or Brown Channel^ en réunissant
aipai le nopi du s^^vafît qui Ta deviné à celui du navi**
gat§ur par lequel il a été reconnu. Nous devons ajouter
néanmoins que le fait que YErebus et la Terror ont dû
passer par ce détroit, ainsi que J. Brown l'a soutenu, a
ciennes recherches polaires de Jean Cabot, à la fin du xv* sîèclei
Jusqu'au voyage du capitaine M'CIintock, vers le milieu du xix", il 7
a eu environ 130 expéditions semblables, décrites dans 250 ouvrages
ou documents imprimés, dont l&O ont paru en Angleterre.
( 133 )
été contesté par les capitaines M'Glintock et Sherafd
Osborn, qrii pensent que Franklin n'aurait pu atteindre,
en le suivant, la localité où ses vaisseaux furent arrêtés,
parce que ce canal ou détroit est obstrué par les glaces.
Ce serait, suivant eux, le Peel Sound ou détroit de
Peel, appelé aujourd'hui Franklin Channel ou canal
de Franklin, que ce grand et infortuné navigateur avait
dû suivre (1). Nous ne sommes point compétent pour
prononcer sur cette grave question. Quoi qu'il en soit,
M'Ciintock ne s'est guère écarté de la ligne indiquée
par J. Brown, et il reconnaît, en outre, que les navires
de Franklin ont été perdus et abandonnés précisément
dans l'aréa tracée en 1850 par le savant dont nous
avons esquissé la vie et les travaux.
Différentes revues anglaises, en faisant le plus grand
éloge des publications de John Brown, ont rendu un
hommage justement mérité à]a sagacité comme à l'in-
fatigable persévérance de l'auteur, et cette opinion»
partagée par le savant président de la Société géogra-
phique de Londres, l'est également par l'élite des navi-
gateurs anglais que nous avons déjà cités, comme elle
l'a été par l'illustre baron Al. de Humboldt (2).
Plusieurs explorateurs des régions arctiques, parmi
lesquels nous nous bornerons à citer les capitaines
(1) Voyez la note placée par sir J. Murchison à la page xvij de sa
préface, en tète de la relation du capitaine M*Clintock.
(2) Lettre d*Alex. de Humboldt, datée de Berlin le 16 août 1859,
et adressée à John Brown pour le féliciter sur ses travaux. Nous en
donnerons intégralement la traduction dans ie recueil des lettres
scientifiques du célèbre prussien qui nous occupe depuis plus de trois
ans, et dont le premier Tolume ne tardera pas à paraître.
(134 )
Kellet et Gollinson, ont donné le nom de J. Brownà
quelques-unes des localités découvertes par eux. C'est
sdnsi que nous le voyons figurer sur la côte orientale
de nie du Prince Patrick, vue par le premier, et que
le second a appelé baie John Brown, une baie au nord
de la terre WoUaston.
Brown ne se bornait pas à l'étude des faits concer-
nant les expéditions maritimes, car on voit qu'il élaît
en 1843 l'un des fondateurs de la Société ethnologique,
et qu'en 1847 la Société des antiquaires du Nord de
Copenhague l'avait nommé Tun de ses membres fon-
dateurs, après la communication qu'il lui avait faite
d'importants renseignements sur plusieurs monuments
runiques trouvés en Angleterre.
Brown continuait de s'occuper de travaux scienti-
fiques et de compléter une grande collection de docu-
ments sur les régions arctiques recueillis pendant une
longue suite d'années, lorsqu'en 1869 il perdit sa
femme^ à laquelle [il était tendrement attaché. Cette
mort l'affecta vivement; depuis, sa santé ne cessa de
décliner, et enfin il termina sa laborieuse carrière le
7 février 1861, à l'âge de soixante-trois ans. Trois fils
et deux filles lui ont survécu.
( 136)
Analyses, Rapports, ete.
RAPPORT
SOI LA
GRAMMAIRE DE LA LANGUE QUIGHÉE
ESPAGNOLE-FRANÇAISE,
Mise en parallèle avec ses deai dialectes cakchiqoel et izutohil, etc.,
avec an Yocabnlaire /comprenant les sources principales du quiche
comparées aux langues germaniques, et suivi d*un Essai sur la
musique, la poésie, la danse, servant d*introduction au Rabiruil'
Achif drame indigène recueitli par Tabbé Bbassbub (de Bourbourg).
— Parw, 1862,
■ I
Messieurs,
Pour procéder dans moii exposé sur l'ouvrage de
M. Brasseur (de Bourbourg) d'après la méthode suivie
par les linguistes, je devrsds tout d'abord m' occuper de
la délimitation géographique de la langue quichée et
de ses dialectes cakchiquel et tzutohil, ainsi que du
mam, pokomam, zotzil, tzendal, coxoh, lacandon,
peten, ixil et une foule4 ' a utre s l a ng ues du Guatemala
considérées comme affiliées du quiche. Mais cette tâche
étant déjà dignement remplie par l'auteur de la gram-
maire dont j'ai à m' occuper spécialement, je n'ai qu'à
m'en rapporter à son mémoire : Essai historique sur
les sources de la philologie meidcaine et sur l'ethna^
(*J6)
graphie de V Amérique centrale {Revue orietUale et
américaine^ I" vol. , p, 364-599).
La langue quichée présente dans son phonétisme
des caractères nettement tracés. Parmi vingt et une
lettres, dont cinq voyelles, que comprend son alphabet,
ce sont les gutturales» les ai^irées et les palatines qui
prédominent. Les premières (^, k) sont, en partie,
explosives et se prononcent tout à fait du fond du
gosiv« m^um au caioiaeiiceareQl des. n¥)t8,> èmx con*
sonnes peuvent être réunies dans la même syllabe;
l'accumulation des voyelfes est plus rare.
Lm mèmM aUuKesk décLàéfia se reuaiqoeni dans la
fmnahon de» nwê». Tous \kb radiesus, sans exoep-
tfon, sont monosyllabiques. Rs consistent ou en une
simple voyelle ou en une voyelle et une consonne, ou
enfin en une voyelle placée entre deux oonaoaaes.Riea
de plus transparent que ces monosyllabes dont la for-
mation offre une sorte de gamme suivant toutes les
lettres de l'alphabet. 11 résulte de» ce procédé, aussi
mètiwAfique qu^ingéirienx, un vocabulaire (fci 1*42» mo-
nosyllabes' radicales qui offrent urne différence frap-
pante des tangues ariennes. En efiet, tandis qtte dans
ceHes-ci les monosyllabes primitiws expriment raction
et sont par conséquent ve Aates, on rerrcontre dans le
qaachk tout antant de racines subsf antives,. ce qui a
irac întfucnce décisive sur te caractère d!e la gram-
maire, comme nous allons te voir tout à rbeure.
I^ur compteter le tissu de son largage, te Guati-
malien recomt à la coarposinfan et à la dérivation. La
première se rencontre principalement dans tes noms
die personnes et de ffeox ; à part quelqnes permutations
(187)
etrpbMiqaes, eUe d*€ff6cttte par mmplkf jxnt&pomtàaa^
Télision y est pour pen de cbose. La source la plue
ricbe an TOcabulaire qnicbé est iiioDntestablem<mt la
dériratRm. Cesf raremeat par des préfixes qoe les
dérivés sont formés. Tous ceux qui ont pour base le
Tcrbe s'obtiennent au moyen de suffixes. AîfWftTon
dérire des vingt-quatre fottnes principales dû verbe,
par la simple adjoncticm de particules, le nombres pro-
digieux de trois cent dix-neuf termes différent», dimt
potrrtant la plirpart n'ont que tmis à quatre syllabas.
Une seule forme atteint le nombre de sept syllabes.
Remarquons toutefois qu'une différence phonétique
des particules adjointes existe seulement dans lee vingt-
quatre formes principales du verbe, tandis que àtts
les dérivés les mêmes particules reviennent sans cesse.
La grammaire proprement dite est égakirient basée
sur remploi des particules sans offrir que de faiJDtes
traces d'inflexions. Ainsi des propositions ou des post-
propositions pour exprimer les cas ; des circonlocutions
pour désigner les degrés de comparaison. Comiiffe dans
presque toutes les langues, les pronoms personnels
ont, en partie, des radicaux divers au singulier el au
pluriel; d'ailleurs ils sont tout aussi inflexiMes ^eles
noms et les adjectîfe. Toutefois le qurcfré a ïeprérogalif
sur tant d'aurtres idiomes de posséder u» pronowi reiaitif.
Quant au verbe^ d'accord avec le përe HimeMz,
Bf . Brasseur revendique au qdcbé no» pas seutement
des auxiliaires, maïs mêtâe te verfce sufesta»tif estpri-
waaX, Vhre. D« reate^ cet avantage se retrouve dans
phiBÎiensr^ avères lafogue» ée 1/ Amérîqiiey et la ba^e ea,
qOy kan^ à laquelle se joinU nx\ èsm te^qm^eké, se ren-
(188)
contre également ailleurs ; par exemple, dans le kechna,
Totomi, le dacotah, etc. Reste à savoir si ces verbes
substantifs ne sont pas réductibles à de simples racines
de pronoms, ce qui me parait être applicable aux
idiomes précités.
Bien que les formes verbales soient dans le quiche
d'une richesse surprenante et qu'on y distingue des
verbes actifs, passifs, absolus, neutres, etc., tout le mé-
canisme de la conjugaison repose néanmoins sur l'emploi
des pronoms personnels ou possessifs (1) séparés du
verbe et exprimant le nombre et la personne. Les
temps, les modes et les voix s'obtiennent par l'emploi
exclusif de particules qyi, chose remarquable, pré-
cèdent dans la formation des temps les pronoms per-
sonnels. Aucune trace d'une conjugaison transitive
telle qu'elle existe dans les langues de l'Amérique sep-
tentrionale et même dans quelques-unes de l'Asie et de
l'Afrique.
Au résumé, malgré sa richesse de pure apparence,
le quiche ne possède qu'une seule conjugaison, on
plutôt il n'en a pas du tout, du moins comparative-
ment aux langues synthétiques. Aussi n'y ai-je rencontré
qu'un seul verbe irrégulier {oh ou ho^ aller) qui méritât
ce nom, et encore celui-ci ne diffère au fond des autres
que par la jonction du pronom à la suite du verbe,
tandis qu'il précède les réguliers.
Quant aux autres parties du discours, rien de mar-
quant, fid ce n'est dans le système de numération qui,
(1) Ce trait, joint à bien d^autrei, nous amène à conclare que dam
le qnichë, aioii que dans iMaucoiip d'antres langues, le verbe est, du
moins en partie, traité comme sobstantif.
(189)
par sa complication, forme un contraste frappant avec
les moyens si simples qai servent à satisfaire aux
exigences de la grammaire. Tout d'abord, de un à vingt,
la numération est décimale ; en partant du terme indi-
qué, elle repose sur le système vicésimal et par la mul-
tiplication et par la soustraction. Toutefois les unités
vicésimales sont loin d'avoir la même base. En effet,
pour exprimer vingt, on dit un homme, et pourqua«
rante deux hommes; tandis ique pour soixante on
substitue la triple mesure de vingt grains de cacao et
ainsi de suite jusqu'à cent. Arrivés à deux cents, nous
rencontrons une unité quarantenaire, tmik (une touffe
d'herbe), qui multiplié avec cinq (o), constitue le
nombre précité. Ensuite go (AOO) signiGe toute une
charge de cacao équivalente aux produits d'un cacao-
tier, tandis que 8000 est rendu par le terme qui désigne
un sac de cacao contenant 8000 amandes. Tous les
chiffres placés entre les multiples de 20, 100, 200, iOO,
800, 8000, sont formés par la soustraction.
Ce système lourd et peu conséquent, du moins dans
ses combinaisons, suffit d'une part pour prouver son
origine sur les lieux où nous le rencontrons, tandis
que de l'autre, par exemple, appliqué à la science
astronomique il me parait réfuter nettement tout ce
qu'on a avancé sur l'emprunt de la chronologie que
les Américains du Centre auraient fait aux nations de
la haute Asie.
Maintenant que nous avons esquissé rapidement les
trûts fondamentaux de la langue guatimaltëque, rap-
pelons les caractères généraux des langues américaines
du nord, et d'abord leur tendance à la spécification
( 140 )
jusque da»s les moindres détails « comme, par exemple,
la distinction des objets animés et inanimés, les termes
spéciaux soit pour les productions du règne végétal et
animal^ soit pour les actions dont le verbe exprime les
nuances les plus minutieuses, les pluriels inclusifs et
exclusifs ; la diversité des racines pronominales suivant
leur emploi ou comme simples ou comme régimes, les
termes de parenté variant selon la personne qui
partei etc. Ajoutons-y pour ce qui concerne le système
grammatical, le pronom possessif inséparable des
parties du corps et des termes de parenté, les com-
posés de toute sorte formés par l'agglutination com-
binée avec rellipse, les conjugaisons transitives et
enfin la contraction d'une phrase entière dans un seul
mot, — et notks aurons des termes suffisants de com-
paraison avec le quiche qui ne possède presque aucun
de ces caractères. Toutefois encore dans cet idiome la
nature américaine se fait jour» mais ce n'est que dans
les traits secondaires comme^ par exemple, dans la pho-
nologie (1) , dans la multiplicité des formes du pluriel
qui diffèrent pour les noms, les adjectifs et même pour
les participes^ dans la grande facilité de substituer
Vune à l'aisitre les parties^ du discours sans pourtant
toucher à la racine, dans le système de numération,
dans les termes qni expriment l'acte de manger et qui
diffèrent selon l'objet^ dans le \\xxe (superflu) des
formes dérivées du verbe, et il y existe enfin une seule
eft faiUe tra^ de distinction entre l'animé et l'inanimé
(l)'Le ^ftotiéflîteg' Aiïërietfi% o#re (FaUlfurs ûoiï-BétA^nnAil^ d^s
éSÊéfetict» éoûfAûMÊ^9f Aé» déaf eontrMAB frappanti, s^HùO' les
( iH )
dans les deux jHurtlcules exprimant le mouvement vers
nn objet ( — uq Qipa).
^Dsi pour ce qui concerne le caractère de spécifl*
cation inhérent aux idiomes américains, les vestiges
n'en manquent guère au quiche. Mads quant à la forme
poly synthétique, nous sommes à nous demander si le
quiche y peut prétendre le moins du monde? Bon
mécanisme grammatical est, en tout cas, plutôt ana-
lytique que synthétique, et rien n'y dénonce le carac-.
tère holophrastique des idiomes du nord dont quelques-
uns du midi participent en plus ou moins faible
proportion. Faisons remarquer enfin que, d'ailleurs,
tous les traits représentés dans ce résumé comme amé-
ricains en ce qui concerne le quiche, se rencontrent
également hors de F Amérique, mais répartis d'une
manière plus ou moins différente.
Au résumé, nous voici en face de toute une classe
de langues parlées dans l'Amérique centrale dont le
caractère nous fournit la preuve irrécusable que les
notions sur les langues du gfand continent, notions
devenues proverbiales, sont à réformer, — sort com-
mun de tant d'hypothèses énoncées avec trop de préci-
pitation. Ce résultat dérivant principalement de l'étude
approfondie des idiomes précités dont fait preuve l'ou-
vrage de M. Brasseuri nous tenons à lui en exprimer
toute notre reconnaissance. Je regrette tout aussi sin-
cèrement qu'il y ait dans le travail linguistique du
savant auteur une partie qui me paraît bien équivoque ;
car, hélas I ce sont toujours les montagnes les plus
élevées qui projettent leur ombre au plus loin. Je veux
parler de la tentative faite par M. Brasseur de consta-
( 142 )
t^ dans le vocabulaire et la grammaire quichée des
analogies avec les langues ariennes, principaleoient
avec les germaniques et notamment avec le Scandinave,
le danois et le flamand. Il est permis de douter que
ces rapprochements basés sur une simple bomophonie
de termes plus ou moins nette reçoivent les suffrages
de la science linguistique moderne. Pour asseoir bien de
pareilles comparaisons, il faut avant tout établir la
généalogie des radicaux et des formes, et ce qui était
encore permis à des savants aussi célèbres que Klap-
rotfa, n'est plus acceptée de nos jours. Toutefois les
mérites de M. Brasseur sont tellement réels et émi-
uents, que ces observations ne pourront nullement
lui donner ombrage» g
La sQpQnde partie de To^vragge sous nos yeux contient
le drame Rabinal-Achi dont le texte est en quiche et
la traduction en langue française. Déjà l'existence
d'une pareille , production littéraire chez un peuple
américain excite notre intérêt. Rappelons que le Pérou
et probablement le Mexique possèdent des ouvrages
du même genre, et qu'en général les germes de l'art
dramatique se rencontrent chez presque toutes les
peuplades, même jusqu'aux Australiens et aux Hot-
tentots.
Le drame quiche ne nous parait pas mériter ce nom,
du moins dans le sens que lui attribuent nos nations
civilisées, car l'action y manque, la forme en est plu-
tôt celle du simple récitatif, et des répétitions trop
surabondantes finissent par fatiguer le lecteur. Toute-
fois, le fond du caractère américain y est assez nette-
ment dessiné : en effet, en ce qui concerne le vaincu,
( 148 )
rîntrépiâité devant les tourments et la fierté poussée
jusqu'à rinsolence en face de la mort; de la part du
vainqueur, la générosité chevaleresque sans qu'elle im*
plique pourtant le pardon. La teinte mélancolique et
les regrets amers d'un bonheur perdu si marquant dans
les ëpanchements poétiques du fils du Nord, paraissent
avoir peu de prise sur l'âme de l'Américain du Centre,
du moins à Tépoque où ce drame fut composé. D'ail-
leurs, là comme au nord, l'avenir entre pour peu dans
le jeu des passions et, dans les combinaisons qui en
résultent, et le terme espoir dans le sens élevé que hii
assignent les Ariens et les Sémites, parait laire défaut
jusqu'au vocabulaire des races américaines.
Messieurs, permettez-moi de rappeler en un mot
les services éminents rendus par M. l'abbé Brasseur (de
Bourbourg) à la connaissance de l'Amérique centrale.
Certes, ses recherches historiques, ses publications de
documents indigènes et leur vulgarisation par des tra-
ductions fidèles équivalent à des révélations. Enfin,
pour ce qui concerne le sujet dont j'eus l'honneur de
vous entretenir, qui mieux que lui, qui a puisé à la
source vivante, pouvait lever le coin du voile qui, à
bien des points, enveloppe encore les idiomes améri-
cains ? En efiet, des ouvrages pareils marqueront dans
la science à tout jamais I
Pruner-Bey.
{ihh)
IVoavelles et «•mmriinlJGiatloiiff.
. *'- • ' .. ..1 .'■.." ''^ r . I
NOTE .
SUR LA POPULATION DE LUE DE CUBA,
B' APRÈS LE lUSGSNSEMKNT Of f IGIEL
FAIT EN 1861.
GûiniiluiiioatioD «dressée à la Société de géographie
'^i^mmmtmmm .
'i '.^
dépft0«»9i|ieif:Qc»^eBl»lr'Ççit»lfitQrig9tal);.4^or
minations adoptées ^tMWiW& V^H^' ^A^Hy qn'uAe
nouvelle disposition du gouvernement a changé en
deux seules dénominations : le département Occidental
et le département Oriental.
La capitale. ^ premier est la HayajQe qui Test de
toute nie ; Ig^^apitale.du second .est Santie^Oide Cuba
ou simplemefli Cuba. - - ' >
Chacun de tei départements est subdivisé etl dis-
tricts ou juridictions civiles.
Le département Occidental renferme vingt-trois dis-
tricts, avec une superficie de .2739 lieues carrées et
une population de 1 132 010 habitants ; le département
Oriental huit districts seulement, renfenûantl24â lieues
carrées et 2Qh &20 habitants, .
( 145 )
Totaux pour toute l'Ile : SI districts, S988 lieueti
carrées et 1 S96 iSO habitants.
Voici maintenant comment se trouve répartie la po-
pulation générale de l'Ile d'après les races :
Race blanche 793 384 iodividoi.
Race de oooleur libre, en comprenant
17 000 Asiatiqaes on Chinois 225 843 indÎTidni.
Émancipés on noirs débarqués des na-
vires négriers saisis par rantorité et
libérés 6650 —
EsclaYcs des deux sexes 370 553 —
Total de la race de couleur, libre et esclaTe. 603 046 iodiTidus.
L'île est aussi partagée en deux diocèses : un arche-
vêché à Cuba , et un évêché dont le siège est à la
Havane.
Voici maintenant, par ordre alphabétique, la liste,
avec la population en 1861, de tous les chefs-lieux qui
ont donné leur nom aux 31 districts.
Département Occidental.
fiahia Honda 604 habitants.
Bejucal 3 752
Cardenas 12 910
Cieafuegos 10 338
Colon 1 593
Guanabacoa 16 402
Guanijay 3 989
Gulnes 5 538
Hayane 196 847
Jaroco 1 273
Matanzas 36 102
Puerto-Principe. ... 30 685
^■■«•■w
 remporter 320 083 habit.
VI. AOUT. A. 10
( 146 )
Report 320 033 habitants.
>4el-*Rio «..• , Z^$
NneTÎtas « « , ^ • t S48
RemeiUos •«•••••«.« 6818
Sagua-la-GraDde • • • . 9 682
San AntODÎo • 5 224
Saa Crtetttbal eùà
Santa-Maria del RosariO ; . . . . 3 ^29
Satitiago i .. . ^^M
Santi-Espiritas i 12 833
Trinidad 14 463
Yilla-Clara 10 511
Total pour le départ. Occidental. 392 628 habitants.
Département Oriental.
Baracoa 2 876 habitants.
Bayamo 7 411
€aba é 36 752
Gnanténamo..».. l 881
Holguifl « 5 203
Jiguani 1 392
Manzanillo 5 643
Las Tanas • 2 017
Total pour le départ. Oriental. 62 975 habitants.
Les deux départements réunis donnent, pour la po-
pulation des 31 villes et bourgs de Tîle, A55 603 habi*
tants de tontes classes.
Les prmcipaux ports ouverts au commerce étranger
sont aujourd'hui :
La Havane, le plus important de toute Tlle; Ma-
tanzas, Cardênas, Sagila-lâ-Grandej port de Villa-
Clara, appelée également Santa-Clara; Caïbarim^
port de Remedios ; Nuevitasp à 19 lieues de Puerto-
\
^
\
(447 y
Briorîpe, ter la oôte nardi Jibarai port de la petite
viUe de Ho^in; BaracMi Gumèiénamo^ CiUm, Manr*
zanilh, Ccmida; à une liew de la ville de Trimdadg
Jmgm^ port de Gienfoégos, Tua des plus beaux du
globe; en&ft le ifeo 5tiUMi» à une distance de 7 Ueues de
Santî-Espkitus, s^veo un chemin de fer« J)'aiUeurs la
plupart des lilles iiit6rieurea saut a^ieurd'Iluî reliéea
à leur poFt par d<»( chemine de fw»
i n éM mm
NOTÉ LUE PAR Bff. ANTOINE d'ABBADIE.
4
Le conseU de k Société rojale ^géggraplûque d'An*'
gleterre, qui parait se regarder comme juge de la
question des sources du Nil, a fait imprimer une circu**
laîre sans date, mais demandant des réponses pour
le 1*' octobre prochain, et qui nous a été commnmquée
dans la séapce du iO juin dernier. Cette cîrculaâre
invite les géographes, et peutrôtre aussi les voyageurs,
à envoyer à Londres, pour être repuèiiéeSi les conclu*
sinus ou les b]^pQthàses (^ih aw^ient ^^ fait ç^q*
naître au poMiOi
Comme je me suis longuement occupé de la déoeu*
verte des sources du Nil, soit en dirigeant vers ce but
■
mes onze années de voyages en Afrique, soit en ^u-
disait^ iifV»itieiiap^y le» reJ^ns deadiveravo^^ag^urs,
je orois^ pouvoir tne periaettre ieî quelques réâeaûoua
sur un aussi grand^sujet. /
Sanâ accepter ni récuser tea voyageurs et géographes
( 1*8 )
anglais comme juges uniques en cette matière, je ne.
puis m'empëcher de faire remarquer qu'ils font une sorte .
de pétition de principe en traduisant, comme ils le font,
habituellement, par Nil Blanc l'appellation arabe Bahr
el Abyad» qui signifie fleuve Blanc* Môme les géogra-
phes français se servent quelquefois, mais bien plus^
rarement, du terme Nil Blanc^qui me paraît vicieux,
car il est toujours préférable ^ou d'employer le nom
indigène ou de le traduire exactement.
Mais une ccmsid^ation plus grave dominft^oute
cette question. Dans la science» lorsqu'on emploie un
terme, il est quelquefois indispensable de bien (Jéfinir
le sens qu'on lui donne* . Sans œtte précaution, les
significations différentes qu'on attribue à' un inème mot
peuvent bien n'être pas les mêmes pour l'auteur et le
lectetir; C'est ce (jûi est amVé pour le mot sour ce. > 3* en
ai recuei^i plusieuré défimtiœots, et,ià ma pri^i elles
oiit ^é piubllées il fa quelques années; daâ»s un
ouvrage didactique^ par rérudifc pffbfesseuçîM^r w)n
Klôden, de Berlin (i). Jeleûite;de juémuûiire, mais je' crois
merappderque, dand Féoflmi^ration dës.diveiises rai-
sons qui font pcéféFeffl un i^u^tà îin autre,Het pour
lui attribuer k^itreëysQluâifodeteonràié^ieau principal,
le savant géo^rajifae aUfimasdia cmiia da^ parler de
l'usagev ' ;r's '• /'..-•/'_ -^ ]:.../;• i.. .'.
« Quem penes^ arbitrium'ei^, et Jus, et notmà foqàetidi:'»
C'est, en effet, parle conaàitement général, et malgré
des objections théoriques admises pac tous lesgéo-
(1) Handhuch der physichm Géographie. 1859rp. 374.
( l&O)
graphes, qu'on a préféré le haut Mississipi au cours
plus important du Missouri. 11 serait aisé de citer des
cas analogues dans F Inde et ailleurs, et même eu
France* En cette matière, on peut dire qu'il est sage
de s'en tenir.au consentement universel et de l'accepter
ppur règle, surtout quand on s'y conforme aussi ^
Topinion des voisins indigènes^
A ce titre, il faudrait anigardeir le fleuve Bleu comme
un affluent plus< important que le fleuve ftlanc. les
eaux du premic^'^cBit plus pures et phis bienfEÔsantes
que ceUes du second. C'est pari^eite r^son sans doute
que KaytumvL'^ bâti sur ]ame' du fleuve Bleu et
que lesihafaitaiits féBSïïVmA exçlttsivemeiki'à ce dernier
l'honneur de porter.aussi le nom de Nil.
Maisqiiitton8anmoai€|nties<cOBsidéra;tions fondées
sur l'usa^y et tâchons de porter dans la géographie
cette habitude de >définitiobs exactes qui a imprimé un
bel essor de progi*ès au autres sciences naturelles.
Parmi le^ dir ou: douze Garaotères l[u'bn a mis en avant
pour distinguer Fafiluent : ^riiicipal dfuuB rivière, les
esprit^ les plus sérieoxpvâibreiit le voluiqe relatif des
eaux , et > regardent comiàe la rivière psâ exeëllénce
celle qui en a le plus; Un savaid français. M; Linant-
Bey, s'est chargé il y a plus de vingt ans de résoudre
pratîquepaent cette question en ce qui regarde le Nil,
et j'ai provoqué la publication de ses mesures. Elles
font voir que. si le fkuve Blau a: moins . d'eau que le
fleuve Blanc pend^^nt lai saison sèche, il en a beau-
coup plus durant les hautes eaux du Nil. Or ce roi
des fleuves africains doit, toute son importance à ses
crues. Sans elles le Nil ne serait qu'un canal de drai*
(160)
nage inutile dans les déserts stériles de cette Egypte
que ses inondations rendent, au contraire, Tun des
pays les plus fertiles du globe.
La préférence dictée par la comparaison des débits
des deux rivières qui se joignent près Kisartum est ainsi
eonforme à Farrdt séculaire des voisins indigènes, et il
me semble nécessaire de regarderie fleuve Bleu comme
étant le vrai Nil. C'est l'opinion du savant M. Cooley,
avec lequel il faut toujours compter eu matière de
géographie, et de Peel {Ntthian désert, 1852, p. 66-
917) qui l'appuie sur des mesures précises faites au
confluent de ces deux fleuves. La constance dans
l'époque des crues telles qu'on les observe en Egypte»
montre d'ailleurs que les pluies qui les alimentent ne
peuvent tomber que par exception dans lliémisphère
austral*
. '
(161 )
Iketem de 1» S««lété.
EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DBS SÉAlfCES.
Séance du 8 juillet 1868,
Le secrétaire général donne lecture du procès-verbal
de la précédente 3éance.
A ce 3ujet, diverses observatioas sont présentées par
MM. de Qaatrefages, Malte-Brun, d'Abbadie» de La
j&oquette et Vivien de Saint-Martin, eur les moyens
d'obtenir un procès*verbal présentant eiacteraent le
résumé des discussions engagées pendant la séance.
Divers moyens sont proposés, tels qoe la pnésenee
d'ua sténograpbe à cbaqqe séance, la eommunication
du procès-verbal après sa rédactiw à chapon des
membres ayant pris part aa^ diseuesîoDs, la rédaction
même par ces membres de noteei pour insertion «i
procès-verbal. Aucun de ces moyens ne présentant de
solution sati^ûûsaQte, M. le Président conclut en invi-
tant le secrétaire adjoint à prendre le plus de notes
possibles, afin de compléter de son mieux celles du
secrétaire général* Après ci^ observations, le procès*
verbal est ^4opté.
Le secrétaire général donne lecture de la correspon«-
dance.
(152 )
Son E^c. H. le mini^Wde la mannie annonce renvoi
de deux excalJiplftireiS^ d'une potLçp de M. le général
Faidherbe ^ur .ïavejftir du Sahara ejdu. Sguda».
M, n^^^^ cJd^xiAÎm ^ <^tç& .italien,
en mission à Paris, offre à la Société un eçi^ij^aire des
épreuyesi p^ptograpJ|ique^ de^ jçivé* ur^guH^çR. dressés
jpar les oi5(^içr§ d,^,çql:p^.^'é,1ift1^',lnaiv4ta^fy^ qud-
'(jves ipa^sfi^^ .4^^. AJlpP» dW* .1*, réçettt^Ufnitation
(rw(;o;4^)J^5ii^'.;,,,,. ...,...-.jij î^//'*. ^ -^ - . .- -.
..r î*^ ^cpnd roi de ;§i^p»L re^rjje jja ,§0(h<^j d§ son
f^dmîs^io^. a^,nol«br^ 4e,,3fs.jj^i:)9te?a#{ Q^^.an^once le
prochain envoi d'unQ.i}Ql)^çtJ9i*^^Ypajg^%it©Btçriques
Il est donné connai^ivpf^ d'i^ynÇ; lettre; 0e faire part
de^^la^ïnprjÇ c^e.^ljf,^:!^ courte de
jj^eluz^^^^p^^ , . /i, , .V A, ..
/.,M; Malte-3^ui| cofloflc^unig^ laquelle
M. Besobrsu^off. uQUvea^ii ^ecrét^ire d^la Sçfiiété géogra-
pnique de Russie, lui annonce la publication par cette
!^9!^:^m pouvePç,<^rtft,de>Sibéçi^, élaborée
aveçlepl^s,graDd,^^Qp,^.çt qui est^ destinée à modifier
bien dés idées sur le relief de la Sibérie orientale. Il
annonce éç^^jçjjifjeift J^jBnvoiiiula,!^i^té de géographie
aé. Paris. du premier wlume de l'puvrage de M. Radde
^ur son .e^J(pratio^,ep^Sjb^^ cet ouvrage, imprimé
en langue àllen^apd^ gt ^ec.luxe, ^ura trois. volumes.
* \ Le secrétaire gép^l lit la l|ste des ouvrages oflerts.
.\' M. de La.feoqufttte dépose sur le bureau, au nom de
ir *r or '•♦•il ** w
M. 'Godard de^^anouay,, ^rési^nt de la Société pouf
1 instruction élén^en^^, ui|e noti,ce nécrologique sur
la vie et lès^ travaux de M. Jomard,
( 16« )
Le Blême membre (biî hommage, au nom du colonel
Franîciseo Ceolfo, de* dix feuîHeé faisant partie d'un
Atlas de PÉspàgne en cours fie publication. Ces cartes
présentent &tr^ létite inarges' des détails statistiques
intéressants. '' ' ^
M, Éli'Éjéë fièclns 'ôlTré/dèlà part de M.'Joanne, la
àBXÈnëmepiiilié^iiGiÀétèa^^^ historique du
DàUphthéi^immi^ii^'Àh frblfe' cârtiés et' huit profils
de montagnes. Ayant lui-même coopéré & la rédaction.
decè#ôwràjgè,^M.^Rèèlàè fourôit' quelques explica-
tions àttï'-lefe pàj^ïîfe qtii îùi^ paraissent présenter un
intérêt gÔÔgra^hF(î[tfe pîu* spécial' m ^ y : ^ • r
Sur sa demande il sera rendu compte du nouvel iti-
néraire. — '' Renvoi à M. Maùnoir. ' " *
Ml A'. d'AbBadîji&'ttiïVe son troisième fascicule de la
Triangulation de la haute 'Ethiopie. Cette troisième
partie^'^st^ontftîÈte 'dé' cartes, '^armi lesquelles on doit
citer les cartes telatiVes à Pînarya et aux frontières du
Des remerclments's6nt adressés aux donateurs pré-
sents à la séance'ôu serolit transmis' par lettre à ceux
qui sont absents. '^ -' ' ' '' ^ ' ■''■ '
Il est proéédèà'radthissioti'des nouveaux ine^res
présentés 'dafâ^ftt^èéânce'prëcédëritëV 'sont admis :
MM. léf)" GasaMài'dePHéraUlè; et Jâ^es 'de Rothschild,
M. Malte-Brun antfoûce que la Société est rentrée en
possession deis papieft de M. lëï)' Peney, qui lui ont
été remis paiflafamilte de ftï.'Jbmafd; il pense qu'il
y a urgence à publier ceux de ces i)apiers et les extraits
dû journal de voyi^è'qui ont triïît aux dernières excur-
sioijs de M. le D' Peney, parmi lesquelles il s'en trouve
( 154 )
une qui a conduit le voyageur jusqu'au deli des CJtta*
ractes de Makédo» à plus d*uû degré au sud de Gondo-
koro, c'est-à-dire vers le 3"" 30' de latitude N. Umet
également sous les yeux de rassemblée une esquisse
4e carte dressée par lui d'après les tracés de M, Peney.
Cette carte sera insérée au cahier de juillet avec }çs
notes que M. Malte-Brun jugera convenable d'y joindre.
M. A. d' Abbadie lit une note sur la circulaire rédigée
' par la Société géographique de Londres k Toccasiop
de la découverte récente des sources du Nil par tes
capitaines Speke et Grant.
Une discussion s'élève à ce sujet sur la question de
savoir lequel du Nil Blanc ou du Nil Bleu est le vr^i
Nil; MM. d'Abbadie^ Vivien de Saint-Martin e$ d'Ave-
zaCy qui y prennent part, après avoir exposé les divers
motifs sur lesquels repose leur opipion, concluent ^
dire que l'appellation de Nil n'a été donnée que par
extension au fleuve Blanc.
M. Maunoir lit une note rédigée par Sf » J« Haast, prési-
dent d'une nouvelle Société scientifique de la Nouvelle-
Zélande, désignée sous le nom de Société philosophique
de Ganterbury.
M. A. d'Abbadie fait un rapport verbal sur deux
lettres de M. Thomassy contenant quelques indications
svr le déplacement des courants et les différentes
salures de la mer; le rapporteur conclut qu'avant 4f
publier ces lettres, 4'^îU6urs fort bien rédigées, il
serait préférable d'attendre le i^etour de leur auteur.
M. Elisée Reclus, chargé de rendre compte d'un
manuscrit écrit par un chanoine et oQert à la Société
par M. de Gastelnau, fait connaître verbalement que
(16S )
66 travul, n'aymt que peu de vileiir, ne çcwDporte pas
de rapport
H. deQuatTofage» ealrelient la Soeîété des rapporta
ayant existé aotre l'Asie et rAméri(}ne a?ant Ghri»^
tophe Colomb. UdoBoeàce sujet lecture des tradkionf
des Natchea^ recueil&s par M. Lepage du Prat et
iesérées daaoïs aoa Hisi9m\dii ia Lomsieme^L il, rela*:
ûh à k ^enue sur la oôte ooqidentale de T Amàriqae»
dans les premiëfes années du XYm^ siëole^ d'élrangersr
qui paraissent être des Asiatiques sortis probabtemen&
d'une des lies du Japon. — UL Vivien de Saint^Martiin
pmise qu'il s'egiraitpli^t dés ftusaes sihérieasi
IL MaUtt-Bcun lit ua extrait (des notaalaissëes
W Peney sur lea NiafiMKiaiii Makaraka.
La séance est levée i dSx lnQUces et denûe.
Sléame du 17 fuiikt 186tv
PRÉSIDENCE DE M. DE QUATREFAGBS.
Le procès -^eiiial de la denuAre séanee est lu. et
adopté. ' ' ' . 4
Le secrétaire général dt«ine li^etam de la eorres-
pondance. \ • ».*=...•» ^ . . > »
Le général fflondel^ directeiii: dà DépM ée la guerire« '
adresse à la Sodété^ > pout * oejhpiéler satoUecfioa, [mr
cinq feuilles qui eoipposent la W liwfcison de la calKe
de France au l/80â00^. ^ 3)es remerdments emt
adressés au donateur;
( 156 )
M. E. Simon , chaîné d'une mission s^ricole en
Chinej fait part de la mort de M. iSiebiorg, si^en offi-
ciel; de la, ms^riae, néerlandaise. Il annonce en même
temps sou départ jf^ ]f§ proymp^a^pccid^entales de la
Chine et,l^mro^,d& dctcuments s^r^ç^s^^ excusions.
1^. ilo^ ,^ à ètré
admis au nopàre ^e^ ijjijBisbre& de la f^ppiété* LajCom-
nussion centrale àécià^mf^]i^l^ègle^pvft seaifa envoyé
^^n^Sj^/^'^^k^^^^^^^ conditions
d'adunâi^,^,. ■KVl:.nriî(,?vi: è '■m v4; ^^ q
<**?. .%H^^ ^^^^ çflppiwif^ti^n ver-
baie d*bne lettre de M. Lejean d^éj^,^ ':^^ f^trier,
'^fSli^p^.B^f^-oÇtî?^-^'? 9.^r^^ Wtrait de la
Le m^me membre communique éga|^^];)^^vv]j|/9;lettre
Renvoi au Bulletir^^^ .^j, ^,ar/o'KT d r.v^ V :- ,
Enfin M. i^ch^,Ç^^
Paris de M. Petrus Trûong Vinh Ky, directeur du col-
lège des interprètes et interprète de la légation an-
namite.
Le secrétaire général dOllUe' Rëfûrè de la liste des
ouvrages offerts.
M. de Quatrefages présente les 3* et h^ livraisons de
X Exploration archéologique de Id Galatie et de la
Bithynie^ publiée par MM. G. Perrot, Ed. Guillaume
et J. Delbet, sous les auspices du ministère d'État.
M. de La Roquette communique une carte de
MM. Speke et Grant sur leur dernière ^^exploration
dans l'Afrique orientale. Une réduction aux'deux tiers
( 157 )
en sera ultérieurement publiée au Bulletin par les soins
de M. Malte-Brun.
M. Elisée Reclus dEèpose dur le'bureàu ù^'b^ocliure
de M. Dubousset, intitulée : Études sûr les poputd^
tions de la Perse et pays limitrophes. ' V . ' ■
M. Malte-BrUn offre, de là part dé M. Wli'^Éari(|),
une brochure' ànir le vingt-ciuqtnème knnivé'rsau*e* dç
la Société de Berlin, et uu tàbfeatf iiidiqtikût' les 'crue? '
des différents flettVëà^aerAfrîmi^.^^ .l.iîu.. n ^ i
Le même membre cbmmuniciue une épreuve gravée,,
de l'esquisse destinée à accompagner les notes' ^u
îy Peney ; il lit eûàûîte Tintroduction qu'il a'prépfurép
pour cette puMScafefOlrf.^ ^
Le secrétaire génératl donne ' lecf liré d^ùn dés rap-^
ports de M. Pruner-Bey sur la Grammaire à^e ta tângùé ^
qmchée^ par M. Tabbé Brasseur (dé Boùrbourg)*/— *
RenvW au BttlfehH: " , ,. ,
M. Vivien dé Saint-Mairtinxoihmùnîque une uQÙce
de M. Poussel sur la province de Catamàrià,
La àôancè est levée "à dii Hëtires et deiiiié! ' " ^ V ^ !
^ J, c, .- . • .- r:rH4ii '♦îr- -;^L» oyj-
jj ^
t f"
Oi.
(m)
OUVRAGES OFFERTS k LA SOCIÉTit
«
SÉANCES h'jLOtt 1868.
**««aa«a**iaM«*w«4w>-<«>W*>M
Goiyra diplomaUco porloguez eQatendo osactoB e relaçôes poUticaa e
diplom«tica» de Portugal com as diversas potencias do Énando desde
oseeulo xvraté os nossot dits pubKcado de ordem dt academia
Mal daa soieoeiaa. d« UsbM, pèr Lui^ AvgMte RetelU da SIlTa.
Tomo I, UatK>a 1862. 1 Tol. in-4.
ÀKSiAiiiw iOTAiB «sa. sGuuiCfia DB Luwm'
ASIE,
Lenéaa da lodia por Gaspar Correa. Tomo IIT, parte i. Éisboa 1862.
•i tôt. Ai ' ktAtémë aotjrt.c Mes sciâiiceb DB-LfsBOimE.
' ê * ■ *
AFRIQUE.
Recherches sar TorlgiDe de TaDcienne race égyptienne, par M. le D'
Praner-Bey. Paris 1861. 1 broch. în-8. M. le D' Prdneb-Bet»
OUVRAGES GÉNÉRAUX. — MÉLANGES*
Coup d'oeil historique sur la projection des cartes de géographie, par
M. d'Avezac. Paria 1863. 1 broch. in-8. M. d'Avezag.
L'antica chiesa di santanna in Gerusalemme proprietà délia Fraacia
sotto Napoleone III. Ulustrazione storica del P. Alessandro Rassi.
M. 0. Gerusalemme 1863. 1 broch. in-8. — Annales du commis-
" sariàt général de la terre, sainte à Paris, 1863; par Fr. Fulgence
RigooD» fhindscain. 1 yoK in*8. M. Fr. Fulgence Rigihw.
( 169 )
MÉMOIRES DES ACia)ËMI£S ET SQGIfiTfiS SiVAMTES^
UBGOEKLS rtmODlQOBS.
MiUheikiHddii d'Aàg. Petermano, 1863, n9* 6 et 7. Juin el iiiillet«
N* 6. Du lac Ouronmia au lac de Vân; eitraiU du loaroal da
t^ (X« Blau (carte). — A. ScMafli^ Esquisse de la condition poU«
tique et territoriale des proTinces riyeraines du golfe Persique. —
UexpédiliaB de I8€ft ta Spilikerg. Otaefutioiis taagnétfqnes. —
luTesiisatioiis de J. Haoit dani let Âlpetf de li Nontelle'MAidé.
— Lettre de Tk. Kma^Xbadè dcfile d'el^Obed, capiUte du ttordo-'
fjMi, à la di4« dt mÊHiëû iM»i -«^Umonrcd. Td^ dMmêi
par soa donestivii» muitnmU '**•' U éMtttérU» de» sMMef dâ
Nil |Nir leseapilAiftes Sfk$ «i Gram. •^AontiBi. lfMifelf*'(»rié
de lltalieà l'^heitai de 3 7«0 0«9«» yar i4 é Fêt&mam. -^ D* ITMd,
Les roebes MétantieaiMB. ^ D« ioièMe, Les fies OlflMtâiia dàntf
TArchlpel. — Exploration (k li vallée delà Bourera, dans le tiassîn
de rAmoùr, par if. Schmidt, — Voyage du D' Radioff dans TAltaï
en 1861. — La colonie anglaise éë Stickeen. — Publications géo«
graphiques.
)<o 7, pr pkOèppi, BxcursiofD au bains et au nouveau vokan de
Chillan, Chili (carte). — Sireekôr, Notices sur le bassin supérieur
dtt Zab-Ala, et routiers de Yân à Kotour. — Traits caractéristiques
de Terre-Neuve. — À, BasHan^ Sur les rivières du âirma. — No-
tices géographiques. Répartition des troupes régulières de la Porte
dans le pachalik de Bagdad. — Les Sept Étoiles^ près de Chao-
}âog* — Le chemin de fer de Tisthme de Kraû. — Population de
Sierra Leone, 1660. — Les Donallà du Cameroun. — Le cours infé-
rieur de la rivière Bnrdekeen, Qneensland. — Quelques mots sur
les ttes Ghioeha. •<— La mortafité^dans les divei'scs i^arVies des États*
Unis. -^ Rectification pour les déterminations géographiques de la
Novara. — Les colonies françaises en l^&O. — La carte des sources
do Nil dé Speke (carte). — Voyage de M. de fieuglinet du clocteur
SteiMaet) deKharfonm au lac Rek.—^ Publications géographiques.
Zeitschrift fUr allgemeine Erdkunde. N<>" ^19, 1^0; mai Juin.
N"* 119* C. Bolle, La distribution des fougères d^ns les (Iqs Ca-
naries. — E, HUbner^ Études sur l*ancieoae géographie de !*£«•
( 160 )
p8gil6. — MeMcke, Troisième Toyage de J. Mac Doaall Stoart i
traven l'Australie centrale, en 1862. — Extrait d*one lettre de
M. le baron C. deDeckentxk D' H. Barth. — Mélanges. W. Konert
Notices sar l'itinéraire de Kiakhta à Péking k travers le Gobi (carte).
— Notices statistiques sur les colonies anglaises, rinde exceptée, en
1860.
N<* 120. G. Aoien, La tombe des patriarches à Hébron. —
H, BarihfSm la découverte d'un bras du Nil sortant du lacOuké-
révé, par le capit. Speke, et sur Tethnographie de cette région. —
Bfélanges. Terre-Neuve. — Lettre de M. de GiiUohy chargé d'affaires
de Prusse près des Ëtats de la Plata. — Courte notice sur les raines
de la ville phénicienne d'Amrit. — Les sources thermales de rem-
pire d'Autriche. — Culture de la vigne en Californie. — Littéra-
ture géographique. De Bamm, Voyage dans le N. E. de l'Afrique.
— Société de géographie de Berlin. Mai.
Revista trmenscU dolnstituto Matortoo geographico e etnographico do
BrasU. f . XXIII, 1860. 1 vol. in-8.
Z>. J. G. de MagoUhaeSj Os indigenas do Brasil perante a historia.
— J. C. Fernandes Pinheiro^ Brasil hollaodez. — Braz daCosta
Rubim, Memoria sobre os limites da provincia doEspirito Santo. —
Sobre a existencia da preciosas minas de ferro e d'um rio sobter-
raneo na provincia da Sergype. — Relatorio do vice-rei do Brasil
Luiz de Yasconcellos ao sen successor o conde da Resende. — Tra-
ducçao do cap. u da Vida politica de M. 6. Canniug, composta pelo
A. Grandvilli Stappletton. — visconde de Sepetiba. — F. FeUc.
de Fonseca, Relaçao do que aconteceo ao demarcadores portuguexes
e castelhanos no certao das terras da colonia. — Roteiro corogra-
phico da viagem que se costuma fazer da cidade do Belem do Para
a Ville Bella do Mato Grosso, tirado do diario aslronomico que ao
rio Madeira fizeram os officiaes Engenheiros no a. de 1781. —
A, Lad. Monteiro Baena, Memoria sobre o transitodo Igarape-Miri,
e a necessidade de um canal. — J. J. Machado d^Oliveiray Recor-
daçoes historicas que se prendem especial mente a' campanha de
1827, na guerre travada entre o Brasil e a republica Argentina
sobre a questào da proV. Cisplatina.
( I6l )
ProceedingSùfthe royal geographical Society ofLofidon, Vol. VII, n* 3,
March-may.
Explorations from Adélaïde acro^s the cootioent of Australia, bj
/. Mac Doudll Stuart, — Exploration of the interior of Auçtralia,
by B. Landsborough, — Explorations in the interior of Aiistralia,
by M. Mac Kinlay» — Exploration from Kurrachi to Gwadur, along
the Mekran coast, by F. Goîdsmid, ^ On the harbour of Sedas-
hagar, by D. Macpharfon, — » ftobisbcflr stiM-^nf^ed to bé a bay,
by If. F^HaU, — Afiét tb Red tint MÛ' the 8«^tchewan, by
D' J. Rae. — Exptorat^D of the Elephaiit liloHtitain,' West Afirica,
by F. Bvrion, --r NanSatîVe oî a= jditraey toôdé;^ttie capital df the
Ijebo comitry, jan. 1862, by'eKj^tiAMlM^fdlc^*^ tnivels In Wes-
tern Afrîca, by TF. WûitooOéHtaâiIttu A^ Officiai communibatioàs on
new coloaf of Opoeenaliod, AiiBtcÉlia(>«ie/' - .
Proceedings nf the amerîcan geographical and statistical Society of
IVcw-rorfc. 1862-1863. €ah. 1 à 3.' * ''
N^ 2. J. Banvard, On the flow oi the Mississipi riyer. , .
N<^ 3. ^ F. Hal^ On some Arctic discoyeries, fful;.th^ reaj^ains o
frobisher's expédition. — J. Banvard, On the se^ of Qalitee. —
Ai iJws/inèrt, Western equatorial Africa. — /. P. Thqmp$09^ Cpoo
ihe présent coudition and prospects of the Suez Canal. , ,
Boletime annaes do cor^lfiQ^ ^ltramax'ji^^.\i\^^fifi^,,^? ^91,,.9f|^ro
1862. NM03,(iez, , .. ■ , ..,„.^r.- . '. . .m ..j ^\ .■•...'.'.
N^ \OZ,Auçi. (jia Sylva^ Qhservaçocis^çobrç ^^.t^Qpa^.-do ,^af^|)fze.
ProceedingsoftheroyalSiHMy,^'^^f^\'¥ébt!-Éièth, ' - ' ''
A. J. ^2<ts, Ôn^ sliDt>le fortD!Ula-anit^ra«(vètt1 rlilé A^i^lt^Ia-
iiogbe(igl^b»ioiiietrfeally withodt^logaritinft,' '^ ' ' :l>
Schriften der Kœnigl. Physikalisch-OEcotiomischen GesellschafL zu
Kœniasberg, 3« année 1862. 1" et 2° parties, in-4**. '.
lytïacft. Description de deux anciens crânes trouvés près de
Deutsch Eylau. " ...
Nouvelles, 4nn^ des Vftyo^es, Juillet,^ .^^^ .,j ., , , .... ^ ^
l: Australie int^riçwe. Exploratiçn» ^ t v.oyfige|f I^^Uj^^r^ le «Cftn-
linent australien, de 1860 à,1^62t,, par ^, A. Çharl6s Çrr,c^ : LGonp
d'œil sur les colonies australienne^, t- H. Sç.çond yoyagc de Stui^rt,
VI. AOUT. 5. 11
( 4^2 )
1861. — m. Exploration de Barke, en 1861. — Sur le Theda
Ochèma et les monts Camerons, pw Alexis Perrey : Relation d'ane
ascension aux monts Gamerons (Afrique occidentale) « par le capi-
taine Richard Burton. — Reconnaissance du Theôn Ochèma. —
Grande carte topographique militaire des Pays-Bas. Nouvelles feuilles
publiées. Son état d^avancement; par M. V, A, Malto^Bruné —
Séance extraordinaire de la Société royale géographique de Londres.
Réception des capitaines Speke et Grant. Une exploration seieDti-
fique espagnole. — Prochain départ de M. Du Chaillu pour TAfrique
équatoriale. — Travaux de la Société de géographie et de statis-
tique de Mexico, en 1862. — Carte de TAustralie et itinéraires des
voyageurs de 1840 à 1862, d'après Robiquet et A. Petermann; par
M. V. A. Malte-Brun.
Le Tour du monde. N"*" 176 à 189.
NO" 176-177. Ninive, par M. Vivien de Saint-Martin.
N^^ 178-180. Voyages STir les frontières russo -chinoises et dans
les steppes de TAsie centrale, par Th. W, Atkinson. 1848-1854.
N° 181. Voyage dans la Sibérie orientale, notes extraites de la
correspondance d^une artiste (mademoiselle Lisa Cristiani). 1849-
1853.
N» 182. Voyagea Terre-Neuve, par M. le comte de Gobineau.
1860.
N<>' 183-184. Une excursion au canal de Suez, par M. P. Mer-
ruau. 1861. — Revue géographique. 1863, 1^' semestre, par
M. Vivien de Saint-Martin,
N** 185. Voyage au Malabar, par M. le contre-amiral Fieuriat
de Langle* 185d.
N**" 186-187. Voyage dans le Harz, par M. A. Carnot, 1862,
N"* 188. Visite aux grottes de Mammouth, dans le Rentucky
(États-Unis), par M. Poussielgue. 1859.
N<> 189. Voyage de Tocéan Pacifique à Tocéan Atlantique à tra-
yers l'Amérique du Sud, par M. Paul Marcoy, 1846-60.
Revue maritime et coloniale. Juin, juillet, août.
Juin, Général Faidherbey L'avenir du Sahara et du Soudan (carte).
— Les colonies françaises (suite). Mayotte, etc., (carte). — Capit.
Bourgois^ Réfutation du système des vents de M. Maury {suite)* —
(168 )
Aperçns divers sar la pèche cAtière aux États-Unis. — Législatioa
de la marine marchande en Angleterre (suite), — Voyage du navire
de guerre anglais VInvesligator sur le bas Niger, etc.
Juillet. Capit. Azan^ La culture du coton au Sénégal. — Les
eolonies françaises (suite). Sénégal et dépendances (carte). — Notes
sur le Cambodge. — Capit. BourgoiSf Réfutation du système des
y uni» de M. Maury (suite).
Août. État actuel de Ja marine militaire et de la marine mar-
chande de la Bussie. — L'artillerie navale et les navires cuirassés
aux États-Unis. — ^e royaume de Cambodge. — Les colonies fran-
çaises (suite). SéqégiK — Révolution de Madagascar.
Revue du monde colonial. Mai, juin et juillet*
Mai et juin. Le percement de Tisthme de Darien, par M. Jules
de Lamarque. — Cuba en 1860, par M. ÉmUe Cardon. — Télégra-
phie transméditerranéenne, par M. W, de Fonvielle,
Juillet, L*isthme de Suez, par U. A, Noirot, — Les États-Unis
d'Amérique, par M. MelvU-Bloncourt. — Le percement de Tisthme
ëe Darien (suite et pi), par M. Jules de Lamarque. -h Note sur Toi^-
ganisation militaire, administrative et territoriale des trois pro-
vinces de la Cocbiachine française, par M. Henri Binêteau, — La
Hollande et ses colonies (siiita), par M. Émiie Cardon,
Annales hydrographiques, 1863, 1*' et 2* trimestres.
i^' trimestre. Routier de lacdte nord d'Espagne (suite), trad. par
M. La Gras. Capit. S. Bourgois, Renseignements nautiques recueillis
à bord du Duperré et de la Forte, pendant un yoyage en Chine. —
Observations sur la rade d'Alexandrie. — Capit. Leferf de La Motte,
Remarques sur la navigation du golfe du Mexique et de rtle de Cuba.
— C. de Coatpont, lieutenant de vaisseau, Renseignements sur la
navigation du Paraguay. — Renseignements sur la mer Rouge,
trad. de l'anglais par le capit. Lapierre. — A, J, Loftut, Route de
Sincapour à Saïgon. — Capit. Pagel, Rapport sur la navigation de
VEylau, de la Vera-Cruz h Toulon.
2« trimestre. Routier de la côte N. d'Espagne (suite), — L. Bris,
Renseignements sur les canaux de la côte de Patagonie. — Capit.
Pradin, Renseignements sur quelques points de l'océan Pacifique.
— P. Heath, Côte est de TAustralie. Renseignements sur la rivière
( 164 )
Pioneer. — A. Polack, Mer de Chine. Observations sar la route de
Test. — L. Pagelf Formule générale pour trouver la latitude et la
longitude par les hauteurs hors du méridien. — Afouchax, longi-
tudes chronométriques des principaux points de la côte du Brésil,
rapportés au premier méridien de Rio Janeiro. -^ Les bouches du
Mississipi, trad. de Tallemand de Kohi.
BtAUelin de la Société d'anthropologie. Sept, à déc. 1862; janvier à
mars, avril à juin 1863. trois fascicules in-8.
Sept. -déc,. iS62, Mutal^ Note sur les crânes chinois. — Chavêe,
Sur les origines étrusques. — Daily , Sur les origines américaines.
— Berty Sur les hommes à queue. — Hayward, Notes anthropo-
logiques sur TAmérique anglaise. — Hallégueny Sur Tethnologie de
la Bretagne. — Broca, Sur les projections de la tète. — Ant. de
Lacerday Sur les Indiens Patachos du Brésil. — D' Armandj Sur
les diverses races humaines. — De Quatrefages^ Sur le camp de
César de Cambo (Basses-Pyrénées). — Broca, Sur les caractères du
crâne des Basques. — Boudin^ Influence de Tâge relatif des parents
sur le sexe des enfants. — Morpain, sur les tombes celtiques de
FAIsace.
Janv.-mars 1863. Dukousset^ Sur les tumuli de la Perse. —
Pruner-Bey, Les Basques sont-ils dolîcho ou brachycéphales ? —
Broca, Sur les crânes basques. — Pruner^Bey^ lostructi'ons anthro
pologiques pour le Chili. — Bonnaforkty Notice sur les trois chefs
touareg qui sont venus à Paris. — Sur la couleur de la peau. —
Jouvencelj Note historique sur les Touareg.
Mari à mai, A. Duval, Note sur le Gabon. — Sur Faction des
milieux. — Pruner-Bey, De la chevelure comme caractéristique des
races humaines, d*après des recherches microscopiques. — L, Le-
guay. Notes sur des antiquités celtiques. — Broca, Sur un crâne
trouvé dans un vallum romain. — Jouvencely Sur la physionomie
comparée des races. — Bertillon, De la méthode en anthropologie.
— Sur la mâchoire d'Abbeville. — Simonot, Sur Torigine des peu-
ples du Sénégal français.
Mémoires de la Société d'anthropologie, T. V\ 4® fascicule.
Priiûev-Bey^ Recherches sur l'origine de Tancienne race é^yp?
( 1(55 )
tienne. — N. Périer, Sor Tethnogénie égyptienne. — Boudiny Du
croisement des familles, des races et des espèces.
Mémoires de la Société d^ agriculture y commerce, sciences et arts de la
Marne. Année 1862. Châlons-sur-Marne (1863), 1 vol. in-8.
Bulletin de la Société industrielle d'Angers et du département de Jtfotne-
et'Loire. 1862. 1 vol. in-8.
Mémoires de la Société d* agriculture, des sciences, arts et belleS'-lettres
du département de VAiibe. 2^ série, t. XIII, 3* et 4'^ trimestres de
1862. Troyes. 1863, ln-8, l""^ et 2« trimestres.
BuUetin de la Société centrale d*agricuUure et d'acclimatation àe Nice
et des Alpes-Maritimes, Octobre à décembre 1862, Janvier à mars»
avril à juin 1863.
Société académique des Hautes-Pyrénées, Bulletin. 5^ et 6* années,
1857-58, 185S>59. 4 cah. in-8.
Années 1858-59, n° 1. I. Lejosne, Mémoire sur Torigine des
Basques.
1859-60. I. DewUe, Études historiques sur Tarbes. — Couaraxe
de Loa^ Les chants du Béarn et de la Bigorre, ou introduction à
rélude de la langue vulgaire et de sa littérature. — L'abbé Berrens^
De rétat moral et physique de la population des Hantes-Pyrénées.
— Rapport sur les réponses faites au Questionnaire archéologique.
^ Lejosne, Épigraphie des Hantes*Pyrénées.
Questionnaire archéologique pour le département des Hautes- Pyrénées,
Tarbes, 1858. In-8.
Règlementde la Société académique des Hautes'Pyrénées,TaiTbts, 1858.
In-8.
BuUetin de la Société des sciences historiques et naturelles de V Yonne,
T. IVl. 1862, Z^ trimestre, Auxerre, 1862. 1 vol. in-8'>.
L Desmaisons, Notice historique sur le pont de Joigny. -*
A. Chérest, Étude historique sur Yézelay.
Journal asiatique. Mars-avril, mai-juin.
Mai, Reinaud, Relations politiques et commerciales de Tempire
romain avec FAsie orientale pendant les cinq premiers siècles de
l'ère chrétienne.
( 166 )
Reinaud, Relation de Tempire romain avec rAsie orientale (/!»).
— Wœpcke, Sur les chiffres indiens (fin),
Bâvue orientale et américaine. N° 43 .
Mobsein-Jchan, Un pèlerinage à la Mecque. — Éléments de la grap-
maire othomi ; trad. de Tespagnol. — Umery, L'inscription funé-
raire de Tong-Konng, en antiques caractères chinois.
Revue de VOrient^ de V Algérie et des colonies. Mai 1862 à juin 1863.
10 cahiers in -8.
JtfaH862. FoucauXj Le Faucon et le Pigeon, légende brabma-
nique. — PaïUhier, Le pays de Tanduc et les descendants du prêtre
Jean. — Delarue, Voyage au Monténégro.
Juin. Delarue, Voyage au Monténégro (suite). — E, Desjardins,
Exploration archéologique de TÉgypte par M. A. Mariette. —
?i LangUm, La congrégation Mékhitariste de Venise. — Relation
d*an voyage [fait k Paris et en France à la fin du xv^ siècle, par
ll^r^yrop, éyèqae arménien d'Ezenga.
Juillet. Prud*homme, Constitution nationale des Arméniens. —
Mavidah Le Sénégal, son état présent et ^on ayenir, —? Ch. de Ga-
tmsj jOQrPal d*un voyage en Orient.
Août* Mavidal^ Le Sénégal, 9tc. (suite). — « Prud'homme^ Consti-
tution des Arméniens, etc. (sui^e). — De Gatines, Voyage en Orient,
(jfuite)*
Sept. -octobre. L. Dtpat, commerce de la Grèce. — A. GaUtzmy
La question bulgare, — H, Delarue, Voyage au Monténégro (suite),
— Mavidal, Le Sénégal (suite). — V. Langlois, Sur Torigine et la
culture des lettres en Arménie. — Pauthier, Cérémonial de la cour
de Khonbilalkhân. — Tauxier, Études sur les mouvements des po-
pulations berbères antérieures à Tislamisme.
Novembre-décembre. Vivien de Saint-Martin^ Sur les Blérayes.—
Mavidal, Le Sénégal (suite). — Ubiciniy La Servie en 1862. — Les
animaui, extrait de Touvrage arabe intitulé : Cadeau des frères de
la Pureté ; traduit de Thindoustani par M. Garcin de Tassy. —
Basile PefromtcA, Notice historique sur le Monténégro. — J.VinsoHf
Notes sur les rois du Pàndi ou Maduré. — Ch. d'Orely^ Les Touareg.
Janvier 1863. Mavidal, Le Sénégal (suUe), — Garcin de Tassy ^
Les animaux (suite). — Nicolas, Quatrains de Kbayam.
( 167 )
Février-mars. P. Mounicou, Mythologie jat)onaifte. — ùarcin de
Tassy^ Les animaai (suite), -^ Y» Langlois, Chronogfaphle d'Hé-
thoam. — Mavidalt Le Séotfgal (^ti). «— À < â^àvfU^ Poésie serbe.
— Tombeaux déeoaferka àBabylone* — A. d^ÀvrU, Les Bulgares
noDunû.
Àvril-maié Corène Calfa^ A^hagU, toi d'Arménie. •*- Annales
chinoises de la dynastie Min. — Oareên de Tassy , Les animaux
(suite), — V, Langlois, Les Journaux chez les Arméniens.
Juin, Le Vénéxuéla. «^ Arschag U, rot d* Arménie (suite). — Les
animaux (suite). — Mademoiselle Cl. Béder^ La féttime dans Ttnde.
— Annales chinoises de la dynastie Min (suOe), — Histoire d^Ar-
ménie^ par le yartabed Arisdaguès de Lasdiverd, trad. et acconipa-
gnée de notes par M. E. Prud'homme.
BmUetin de la Société géologique* ATril à juin.
huUetin de la Société impériale.zoologique d* acclimatation. Avril, Juin.
Annuaire de la Société météorologique de France. Avril-juin.
Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences^ t. LYI,
n»« 16 à 26; t. LVII, n*»*! à 7; 20 avril-i7 août.
N<> 18. Note de M. d'Âbhadie accompagnant la présentation des
calculs manuscrite relatifs k sa géodésie d'une portion de la haute
Ethiopie.
N° 1 du t. LYII. Rapport sur plusieurs mémoires de M. Pessis
relatifs à la structure orographique et à la constitution géologique
de l'Amérique du Sud, et en particulier des Andes du Chili. Rap-
porteur, M. Sain,e-Claire Deville.
N« 2. Grimaux de Cauœ, Du climat, et en particulier des lieux
de Venise.
Journal des savants. Février, mars, avril, mai, juin.
Février. Bogdan Chmielnicki, par N. Kostomarof (2* article de
M. Mérimée). — Barthélémy Saint -Hilairef Dessins et peintures
bouddhiques offerts à l'Institut par M. Hodgson. — Le guide des
égarés de Maïmonide, etc. (3^ article de M. Frank). —Fragmenta
historicorum gnecorum, etc. (3* article de M. Egger).
Mars. Théâtre complet de T^rence, trad. en teré pat M. le'mat-
quis deBelloy (article de M. Naudet),-^ Bogdan Cmielniclii (l"^ ar-
ticle de M. Mérimée), — Dessins et peintures bouddhiques» etc.
( 108 )
(2* article de M. Barthélémy Saint-Hilaire), ^ BMioihecà^^itam
grœcoram et latiDoram, edidit Dindorfius (article de M. Hase).
Avril. The life of Mahomet, by W. Muir (!«' art. de M. Barthé-
lemff Saint'Hilaire). — Clinique chirurgicale, par M. Maisonneuve
(article de M. Flowrms), — Le Guide des égarés, trad. de Maïmo-
nide par M. Muuk (i'' art. de U.Franck). — P. Abœlardi opéra, etc.
(2^ article de M. Levêque.) — Éphèse et le temple de Diane, par
M. E. Falkener (i^^ art. de M. Beulé).
• Mai. Flourens, De quelques travaux d'histoire naturelle récem-
ment couronnés par TAcadémie des sciences. — Bogdan Ghmiel-
nicki (4® art. de M. Mérimée). — Enniane poesis reliqui» (3* et
dernier art. de M. Patin), — Pétri Abselardi opéra (3® et dernier
art. de M. Levêque).
Juin» Voyage archéologique dans la Régence de Tunis, par
M. Guérin (2® art. de M. Hase). — Les mosaïques chrétiennes de
Home, par M. Barbet de Jouy {3^ art. par M. Vitet). — Éphèse et le
temple de Diane, par E. Falkener (2*^ art. par M. Seule).
Annales du commerce extérieur. N^» 1461 à 1468, 1469 à 1476,
1177 à 1483. Mars, avril, mai.
N<> 1466. Cochinchine. Renseignements sur le climat et les res-
sources du pays.
N*> 1469. Traité d*amitiéetde commerce entre la France et Ma-
dagascar, du 12 septembre 1862.
Annales de la propagation de la foi, N*»» 207 à 209. Mars, mai,
juillet.
Lettrés des Seycfaelles, — de la Sénégambie, — des États-Unis,
— de la Corée, — du Japon, — du Tong-king.
Journal des missions évangéliques. Avril, mai, juin.
Lettres de l'Afrique australe; — de Chine; — du pays birman;
— de rinde; — de Madagascar; — d'Abyssinie; — de la Séné-
gambie ; — de ^Amérique anglaise.
La Correspondance littéraire. Février, mars, avril, mai, juin et juillet.
Vlslhiftie de Suez^ journal de Vunion des deux mers, N^» 157 à 168.
!•' janvier-l*"^ juillet 1863.
BULLETIN
D£ LA
SOCIETE DE GÉOGRAPHIE.
SEPTEMBRE ET OCTOBRE 1863.
Mémoires, Motices, etc.
DES RAPPORTS
ENTRE
U GÉOGRAPHIE ET L'ÉCONOMIE POLITIQUE (1),
DISCOURS LU A LA SOCH&TÉ DE GÉOGRAPHIE DE PARIS,
DANS SA SÉANCE PUBLIQUE DU i" MAI 1863|
PAR M. JULES DUYAL,
Secrétaire de la Société pour Tannée 1862-1863.
« Tout ce qui fait naître des variétés quelconques de
forme en un point quelconque de la surface terrestre,
que ce soit une chaîne de montagnes, un plateau, un
g;rand lac, une steppe verdoyante, que ce soit même
un désert, bordé, comme un rivage, d'une lisière de
forêts , tout accident du sol, en un mot, imprime uji
cachet particulier à Tétat social du peuple qui l'habite. >
(Humboldt, Cosmott t. I, trad. de Paye.)
Messieurs,
La géographie et réconomie politique sont deux
sciences unies par d'iûtimes rapports naturels, toutes
(1) Une partie sealement du discours suivant a pu être lu6 en
séance publique; nous le rétablissons ici dans son entier.
TI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 1« 12
( 170 )
deux trop délaissées en France par la faveur publique,
toutes deux dignes de prendre rang parmi les plus
utiles. Un des meilleurs moyens d'obtenir pour elles
cette sympathie de Topiniony ne serait-il pas de doubler
leurs forces en les associant? Les deux sciences étu-
dient avec le même soin, quoique avec des méthodes
et des vues différentes, le globe, ses produits, ses habi-
tants, les rapports des zones et des climats, les œuvres
du travail humain, les sociétés politiques : en se com-
muniquant leurs observations, eUos s'agrandiraient et
se compléteraient sans se confondre. A ceux qui mé-
connaîtraient la fécondité de ses recherches, la géogra-
phie révélerait les précieuses informations qu'elle pos-
sède sur la puissance productive des divers pays ; de
son côté, l'économie politique, en étendant ses regards
aux diverses contrées de la terre, embrasserait dans ses
théories l'infinie variété des faits économiques, dont
elle néglige aujourd'hui un trop grand nombre, par la
contemplation exclusive des sociétés européennes.
Cette voie que j'indique dans la science inépuisable
des rapports de la terre et de l'homme, si elle est peu
frayée, n'est cependant pas nouvellement ouverte. Sur
les traces d'Hippocrate dans l'antiquité, de Bodin et
de Bacon dans les temps modernes, Montesquieu es-
saya, au xvm' siècle, de fixer les principes et les
règles de la réciproque influence de l'homme et du
milieu où il vit, dans ses fameux chapitres sur les
climats, dont l'esprit plus rigoureusement scientifique
de notre époque n'a guère respecté que l'idée générale ;
Buffon éclaira le même sujet des splendeurs de son
imagination et de son style. Quelques années plus tard,
(171)
IHii^ot ébaucha, dans le m6me esprit, un programme
de géographie politique, dont Tamplenr de vues étonne
aujourd'hui encore. Cabanis et tous les philosophes de
Véoole sensualiste s'attachèrent à la doctrine de M(m«
tesquieu, en l'exagérant même dans ses applications»
mais en la rapportant à l'homme physique et moral
plutôt qu'aux conditions économiques des sociétés.
C'est en Allemagne surtout, et au xix* siècle, que
l'alliance entre la géographie et l'économie politique a
été scellée; citons seulement deux grands noms :
Alexandre de Humboldt et Cari Ritter.
De DOS jours, l'utilité de ce rapprochement est de
nouveau appréciée en France ; elle est affirmée par
quelques économistes (1); elle point chez plusieurs
géographes. Un des plus éminents parmi eux, dont
vous venez d'entendre la voix (M. Vivien de Saint-
Hartin), a écrit récemment dans un livre destiné à
populariser la géographie (2) :
« Il y a entre la terre et l'homme des rapports qui
iofluent tout à la fois sur le développement des indi-
vidus et sur le rOle des sociétés; la géographie, em-
brassant du même regard l'homme et la nature, doit
connaître ces rapports et en déterminer les éléments. »
Je partage entièrement cette conviction et j'y obéis
(1) M. Hippolyte Passy, Mémoire sur Us oéuses qui ont (nfiné sur
la inarche de la civilisation dans les diverses contrées du globe {Mé-'
moires de V Académie dfis sciences morales et politiques ^ t. V); et article
GuKAT dans le Dictionnaire d* économie politique de GuillaamJQ;
M. Baudrillart, en ses Éludes de philosophie morale et d'économie po-
^ue, etc.
(3) Année géographique, lêSS, p. 4«
(172)
en edsayant d'esquisser^ âan& un premier chapiM^
quelques aperçus de la solidarité des faits ëconomiqaes
et des faits géographiques, et d'appliqner ces vues,
dans un second chapitre, à la solution rapide de quel-
ques-unes des questions qui occupent nos contempo-
rains. Dans ces aperçus, je laisse entièrement de côté
le développement des individus sous le rapport phy-
sique ou moral, cette étude appartenant à des sciences
particulières ; je me bornerai aux faits assez généraux
pour rentrer dans le cadre de l'économie politique ou
sociale, deux qualifications que, pour l'objet de ce dis*
cours, je puis confondre sans inconvénient.
CHAPITRE PREMIER.
RAPPORTS NATURELS ENTRE LES FAITS GÉOGRAPHIQUES
ET LES FAITS ÉCONOMIQUES.
Ces rapports s'observent, sur quelque trait tant soit
peu caractéristique de la surface du globe que l'atten-
tion se porte, sur les terres comme sur les mers, au
voisinage du pôle comme sous l'équateur, en Orient
comme en Occident : un rapide examen de chacun de
ces traits l'établira.
§ 1. — Les Continents.
La division du globe terrestre en deux continents a
exercé sur les destinées éconpmiques du genre humain
(178)
l'iùfltience la plus décisive. Que sous Tacâon des causes
qui ont formé notre planète, elle eût été agglomérée
en une masse continue, au lieu d'être partagée en deux
grandes sections séparées par le vaste Océan, la vie
des sociétés humaines eût été très-différente de ce
qu'elle est devenue, au point de vue du commerce non
moins que de la politique. Tous ces grands courants
d'échange qui, depuis quatre siècles seulement, ont
rapproché l'ancien et le nouveau monde, eussent com-
mencé quarante siècles plus tôt. Les colonies euro*
péennes, au lieu de se concentrer aux bords de la Mé-
diterranée, et les colonies asiatiques au bord de l'océan
Indien, se fussent disséminées sur d'autres terres et
sous d'autres climats qui auraient versé leur contin-
gent de produits dans la circulation générale. On peut
dire que jusqu'à la grande découverte de Christophe
Colomb, l'Amérique n'a pas existé pour l'humanité,
dont l'existence subissait ime sorte de mutilation : en
loi restituant un organe essentiel, cette découverte l'a
dotée d'une plénitude de forces et d'un équilibre d'acti-
vité qui jusqu'alors lui manquaient.
La direction même des continents a exercé une
influence propre : « Combien, dit Humboldt, la tem-
pérature actuelle de la terre, l'agriculture, la civilisar
tien même auraient été différentes, si les axes de l'an-
cien et du nouveau monde avaient reçu une même
direction. (1) »
La grande distance qui sépare les deux moitiés in-*
égales de la planète, après avoir été pendant une si
(t) CosmoSf 1. 1, p. 345 et saiv.
(174)
longue période un obstaele absolu à leurs mutuelles
commuuicatioûs, est au contraire devenue, dès que le
génie de Thoaune a pu la franchir, une source de tra^
vail et une cause de puissance. Source de travûl, par
la navigation, la première de toutes les industries pour
la difficulté vaincue et la fécondité des efforts ; cause de
puissance pour les nations qui se sont aventurées sur
l'Atlantique avec le plus d'audace et de succès : tour à
tour le Portugal, l'Espagne, l'Angleterre, la Hollande,
la France, ont engagé sur cette arène liquide le combat
de leurs passions et de leurs intérêts; elles lui ont dft
leur plus haute prospérité. Et si l'Angleterre a con^
serve, mieux que ses rivales, les longues et lucratives
faveurs de la fortune, elle le doit surtout ii l'indomp-
table persévérance de ses colons poursuivant l'Amé^
rique, et de ses marins Pilonnant l'Atlantique, devenu
bientôt aussi la voie maritime vers l'Orient asiatique
et l'Océanie. Les efforts combinés de ses marins et de
ses colons lui ont valu quelquefois le monopole, depuis
longtemps la prépondérance sur les mers, qui est le
pivot de sa suprématie commerciale et de son grand
rôle politique. La division de la terre en continents et
en mers lui a ménagé cette haute destinée, de concert
avec d'autres conditions que nous aurons à indiquer,
Franchie et amoindrie par la navigation» la distance
eotre les deux continents s'est révélée de nos jour?
comme un obstacle invaincu, pour un mode de com-
munication plus rapide que le vent et la vapeur, pour
l'électricité. L'échec du câble sous-marin, vainement jeté
en 1858 entre l'Irlande et Terre-Neuve, n'a pas jusqu'à
présent été réparé, car on est encore à des projets pour
( 476 )
la ligne à établir entre le nord de TEnropeet le Groen-
land, comme pour celle qui prendrait appui sur les lies
africaines, dans la eone équatoriale. Dans ce simple
fait brut, une distance d'environ 700 lieues sous mer,
se condensent tant de difficultés, que l'esprit d'entre-
prise aime mieux se retourner vers TOrient par une
double voie, Tune au ncvd, qui traverse la Sibérie,
l'autre au sud, s'inflécbissant vers l'Inde et l'Indo*
Gbine, pour remonter à l'est vers la Chine et le Japon,
et atteindre, par le double cordon des lies Kouriles et
des îles Aléoutiennes, et même par le détroit de Beh-
ring, le littoral de l'Amérique. Le jour où les deux
continents échangeront leurs signes écrits en quelques
heures, quel progrès dans le perfectionnement de la
sociabilité humaine I
Considérés dans leur masse et leur volume, les deux
continents présentent une très-grande disproportion :
l'Amérique ne dépasse guère, sous ce double rapport,
la moitié de l'ancien monde, même en ne tenant pas
compte de TOcéanie, où il est permis de voir les som-
mets émergents d'un troisième continent. Y a-t^îl
quelque lien entre ce fait purement physique et cet
autre, principalement physiologique, qui montre dans
le nouveau monde la vie animale et la vie végétale
traipérées en quelque sorte, dans les formes et dans les
forces f les végétaux plus prompts à se désorganiser
sous la hache du défricheur, les animaux plus petits
et plus faibles, les indigènes mêmes (Peaux-Rouges)
d'une organisation moins virile que les fortes races de
l'Europe? Qu'il y ait quelque intime corrélation entre
le volume d'un continent et l'intensité de ses forces
(176)
plastiques, on le conçoit, on l'entrevoit ; mais des W'
vestigations approfondies seraient nécessaires pour
élever ce soupçon à la hauteur d'une hypothèse plau-
sible, et surtout d'une vérité certaine.
D'autres considérations naissent de l'examen des
contours des continents et du plan de leurs surfaces ;
mais comme elles s'appliquent avec plus de précision
aux diverses parties du monde entre lesquelles on a
coutume de diviser le globe , pour la commodité du
discours nous les rapporterons à ce titre.
S 2. — Les Parties du monde.
Les cinq parties du monde aujourd'hui admises de-
vraient être portées à six, en distinguant l'une de
l'autre l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud,
réunies par un isthme plus étroit que celui qui joint
l'Afrique et l'Asie.
En chacune d'elles la surface, qui est le premier des
caractères géographiques, a des propriétés écono-
miques révélées par l'histoire. Lasurface est-elle plane,
ouverte, se prolongeant sans barrière jusqu'aux lom-'
tains horizons, les familles humaines s'y mouvront avec
aisance : au lieu de se grouper, elles se disperseront ;
niarchant à l'aventure, elles émigreront facilement de
région en région, se constituant plutôt en peuplades
errantes qu'en peuples fixes. Chez elles, la vie nomade
l'emportera sur la vie sédentaire, à moins qu'il ne sur-
vienne des causes directement contraires ; les nationa-
lités aux fermes contours seront difficiles à organiser.
Propices à l'expansion, les vastes espaces le seront
(177)
aussi à l'invasioD si quelque richesse locale tente l'es-
prit de conquête. Aucune frontière naturelle ne bar-
rera le passage aux envahisseurs. La cohésion, qui
manquera pour le travail et F existence commune, man-
quera aussi pour la résistance ; mais le vainqueur sera
plus maître des lieux que des hommes qui fuiront de-
vant lui.
Le retard en sociabilité qui résultera de ce défaut
de consistance et de centralisation, annulera les avan-
tages naturels qui naîtraient de la facilité des commu-
nications. A défaut de bonnes routes, que i)eut seul
exécuter un peuple civilisé, les échanges seront lents,
coûteux, opérés à l'aide de longues caravanes et de
lourds chariots, instruments de l'industrie rudimen-
taire des transports. Veut-on un jour, à l'instar des
peuples voisins^ raccourcir ces immenses étendues par
des voies solides et des chemins de fer, la dépense
effraye, car elle est proportionnelle à l'étendue du pays,
et le revenu probable n'encourage pas, car il se mesure
au bien-être et à la densité des populations.
A ces traits, on reconnaît les vastes plateaux de l' Asie
centrale et septentrionale» et les plaines de la Syrie
prolongées en Arabie, et les solitudes sahariennes,
et toutes les localités favorables au parcours nomade
des tribus et à leurs migrations. Ces traits conviennent
à la Russie d'Europe et d'Asie, montant si lentement
de la barbarie à la civilisation, tant elle est affÎEdblie
par l'immensité même de ses territoires non peuplés
et mal cultivés; ils s'appliquent à la Pologne, dont
l'héroïque infortune lutte contre le vague de ses fron-
tières indécises et mobiles; ils s'appliquent à l'Europe
( 178 )
orientale totit entière, inférieure en poissanee, en ri-
chesse, en civilisation à l'Earope occidentale» au relief
si accentué, aux contours si découpés. Ils s'appliquent
même à la région centrale de l'Europe, où les vastes et
uniformes étendues qui se déroulent depuis les plainea
interposées entre la mer Caspienne et les monts Ourals
jusqu'à l'Océan, ont longtemps retardé la fixation des
races slaves et germaniques, sans cesse traversées,
déplacées et renouvelées par les courants des migrai
tiens asiatiques (1).
« Les articulations nombreuses, dit Humboldt, la
forme richement accidentée d'un continent , exercent
une grande influence sur les arts et la civilisation des
peuples qui l'occupent (2). C'est, de conçut avec le
climat, qui en dérive même partiellement, la cause qui
a le plus aidé, après le génie naturel de la race blanche,
à la suprématie de l'Eutx^pe, et qui en a fiait la tète de
l'humanité, quoiqu'elle soit une partie relativement
petite du globe, comme la tète du corps humain est
moindre de volume que le tronc et les extrémités^ mais
supérieurement organisée. Bien que l'esprit commande
à la matière, la {ùrce à la forme, la qualité à la quan-
tité, et que dans l'humanité, comme dans l'homme, il
soit vrai de dire :
cependant, ici et là, des organes bien trempés, bien
(1) Voyez le lavaot mémoire de M, Migoet : Cammont Vttnoidtm»
Germanie est entrée dans la société civilisée de V Europe occidentale et
lui a servi de barrière contre les invasions du Nord ( Mémoires de
V Académie des sciences morales et politiquesj t. UI).
(2) CosmoSy t. I, p. 340.
( *'• )
coordonnés, sont de précieux instruments pour la puis»
sance de Tesprit» et l'Europe, par le bel agencement
de ses terres et de ses mers, de ses montagnes et de
ses plaines, de ses fleuves et de ses valléesi favorise
admirablement l'essor des races humaines qu'une tor^
tune propice y a conduites.
En soumettant à une observation plus précise les
contours des régions terrestres, nous allons y saisir de
plus près le lien intime de la géographie et de Téco*
nomie politique.
g S. ^^ Les CaïUaurs.
Qu'il s'agisse des coniinents, des parties du mondet
ou des cmtrées moins étendues, le contour exerce
une influence manifeste sur la destinée des habitants ;
suivant qu'il est entier ou échancré, anguleux ou ar-
rondi, suivant la proportion respective de ces divers
traita, les efiets économiques et politiques sont eux-
mêmes très-*divers.
Une terre au contour entier, continu, sans écban--
crure, lors même qu'il se déploie en longues sinuosi-*
tes, est difficile à aborder, difficile à quitter, faute
d'abri pour les navires. Une , terre ainsi limitée est
fermée à la féconde pénétration du commerce et de la
civilisation exiérieure. Ses peuplades autochtones
doivent faire à elles seules leur éducation , œuvre
toujours difficile et incertaine, qui avorte très-sou-
vent.
Tel est le sort de l'Afrique, et Tune des principales
causes de son retard en progrès social. Au nord, elle
< 480 )
n*est accessible que. par quelques points, sans large et
facile ouverture vers l'intérieur , à l'exception d'Alexan-
drie, où aboutit toute la région du Nil. Sur Fimmense
côte occidentale, trois àquatre grands fleuves, le Sénégal,
la Gambie, le Niger, le Congo ; sur la côte occidentale,
un seul d'une importance pareille, le Zambëze ; voilà
pour un contour de plus de 20 000 kilomètres (1)!
Encore Tembouchure de la plupart est-elle défendue
par une barre et des bancs qui en rendent l'entrée
périlleuse. Sur le littoral tont entier de Test, du sud
et de r ouest, la nature a refusé un seul de ces vastes
ports, abrités et profonds, dont elle a doté les autres
parties du monde : où la civilisation en a besoin, comme
à Alger et au Gap, elle a dû en faire presque tous les
frais. Même avec de tels ports, l'Afrique aurait sans
doute opposé encore à la curiosité bumaine les ardeurs
de son climat ; on peut néanmoins assurer qu'une péri-
phérie plus accidentée eût grandement avancé la civi-
lisation qui a pu s'ébaucher à peine dans les rares sta-
tions du littoral. L'intérieur du pays, plus rapproché
du rivage par des coupures plus profondes, et entraîné
dans la sphère d'attraction des grands ports, eût livré
au commerce des produits qui se perdent faute de
débouchés, et dont la vente eût réveillé au sein des
populations abandonnées à la nature brute, les besoins
d'une sociabilité plus raffinée, et avec eux le goût du
(1) Je préviens une fois pour toutes que les nombres géographiques
cités dans ce travail sont empruntés au teite dont M. Onésime Reclus
a accompagné V Allas sphérdidal de M. Garnier; ils m'ont paru d'une
exactitude suffisante pour Tobjet de ce travail, malgré quelques erreurs
faciles à relever» et dont la typographie est en partie cause.
{ «1 )
travail agricole et industriel. Rendus par rechange plus
intelligents, plus avisés, plus laborieux, les noirs au-
raient été moins aisément réduits en esclavage par une
minorité de forts et d'habiles; représentant un cs^itid
productif de richesse, ils n'eussent pas été livrés à vil
prix à l'odieuse exploitation de la traite ; valant et coû-
tant davantage, ils n'auraient pu être exportés qu'çn
moindre quantité.
A un degré moins prononcé, ce manqiie d'échan-
crures profondes et nombreuses se retrouve dans la
côte sud-ouest de l'Asie (péninsule arabique), entre
Aden et Mascate, qui se voit par là privée de tout
rôle maritime et commercial ; sur la côte occidentale de
l'Australie, où languit isolée la colonie de la Rivière
des Cygnes. L'Amérique du Sud, sur son double rivage
oriental et occidental, présente aussi un profil moins
découpé que l'Amérique du Nord, et ce caractère n'a
pas été sans action sur son infériorité politique et éco-
nomique relativement à sa sœur septentrionale.
Dans celle-ci, au contraire, depuis le Saint-Laurent
jusqu'au bord méridional du golfe du Mexique, et
même sur le bord opposé, le long de la Californie,
bien qu'à un moindre degré, quelle admirable variété
de dentelures qui ouvrent des refuges aux navires, des
asiles aux émigrants, et pénètrent dans l'intérieur par
le canal tout creusé de nombreuses rivières ! En met*
tant à profit ces dons de la nature pour fonder des
établissements qui sont devenus de Qorissantes colonies,
et bientôt une puissanteconfédération— jusqu'au jour
où la guerre civile Ta déchirée, — les colons du nouveau
monde ont i*ecommencé l'histoire de l'ancien» telle.
( 182)
qu'elle se dérooia, avec une incoaipàrable splendeur »
autour de la Méditerranée et sur lé rivage oriental de
l'Atlantique (Grèce, Italie^ Ibéiie, France, Scandinavie»
Bretagne), possédant une multitude de golfes» de baies,
de rades^ de ports, trop célèbres pour que je les
nomme, qui devinrent, dès une haute antiquité, dès
foyers de commerce et de colonisation, et ont, pour la
plupart, maintenu et développé, à travers les siècles,
leur lustre premier* < Dans la Méditerranée, dit encore
Humboldt, dont j'aime à invoquer le témoignage , la
disposition physique des côtes influe sur la marche des
événements, sur la direction des voyages et sur les
vicissitudes de la suprématie maritime. )>
Aux antipodes de l'Europe, c'est sur la partie la
plus accidentée de l'Australie et des grandes fles qui
l'entonrent, que ce sont q>ontanément fondées, par
l'initiative des éâiigrants, des villes déjà célèbres t
Sydney, Melbourne, Adélaïde, Hobart-town, Aukland«
On peut donc accepter, comme une loi générale
confirmée par l'histoire, que la disposition physique
des côtes des continents influe sur la direction et le
succès des voyages d'exploration, sur le choix des éta*
blissements, sur les relations extérieures, sur la con«
dition des sociétés. L'énergie de cette loi se mesure au
rapport mathématique des lignes de côte à l'étendue
superficielle, qui a été calculé comme suit :
Europe . . . • é • . 1 kitom . de côCe pour 2S9 Ictlom . car. de luperfleie.
Nord-'Amérique. 1 — 407 —
Australie l — 534 —
Sud-Amérique.. 1 — 689 —
Ade < - 763 -
Afki<|oe.e 4 — 4^W -^
( iss )
Ce ample tebleati du rapport oôtier traduit, en un
langage lumineux, l'aptitude comparative des grandes
parties du monde à la oivilisation. Il éclaire toute
rbÎBtoire.
Sur le pourtour des continents se rencontrent des
traits de configuration terrestre» dignes par leur
fonction économique d'une analyse spéciale : ce sont
les isthmes, les caps* les péninsules.
S A« -^ Les lsthme$.
Les isthmes jouent un double rôle : ils unissent les
terres, ils séparent les mers; d'où Ton peut induire
que, dans les âges où dominent les communications
par terre, les isthmes seront envisagés comme utiles ;
tandis que dans les âges où dominent les communica-
tions par mer, on sentira le besoin de les couper par
des canaux qw des chemins de fer qui continuent la
route maritime»
Les plus rapides aperçus justifient cette théorie.
L'isthme de Suez ouvrit l'Asie aux armées de Ramsès,
de Bonaparte, de MéhémeirAli, et il ouvrit l'Egypte
aux émigrations asiatiques, aux invasions des Perses,
des Grecs conduits par Alexandre, des Arabes, des
Turcs* Au moyen âge, l'isthme de Suez servit le cou-
rant commercial qui s'établit, à travers l'Egypte,
entre l'Orient et l'Occident, et procura l'opulence aux
villes d'Italie. Aujourd'hui cet isthme, qui condamne
la navigation à faire le tour de l'Afrique par le cap de
Bonne-Espérance pour passer d'Europe en Asie et en
Océanie, et réciproquement, nous importune comme un
( 184 )
obstacle avec lequel il faut en finir. Nous 'en finirons»
n'en doutez pas. Le jour où la mer Rouge et la Médi-
terranée confondront leurs eaux sillonnées par des
milliers de navires, quel changement dans la condi-
tion politique et économique du genre humain I Sur les
bords du canal de Suez, l'Orient et l'Occident, le Sep-
tentrion et le Midi, mêlant leurs peuples, leurs races,
leurs langues, leurs costumes, leur culte, leurs mœurs ;
les distances entre les villes de l'ancien monde réduites
de moitié ; l'Asie extrême, l'Afrique orientale, l'Océanie
occidentale, entraînées dans le courant des affaires
européennes ; toutes les cités maritimes, assises sur les
bords de la Méditerranée et de la mer Noire, renaissant
à leur antique splendeur et décuplant leur commerce ;
toutes ces merveilles, la coupure d'un isthme par un
canal les aura accomplies.
Le percement de l'isthme de Panama et de Tehuao-
tepec, en évitant aux navires qui, d'Europe, se rendent
dans le Pacifique, l'immense détour du cap Hom,
exercerait une influence considérable, sinon aussi déci-
sive, sur la direction des routes maritimes et commer-
ciales. Dès aujourd'hui, la circulation établie d'un bord
à l'autre par un chemin de fer, montre comment les
isthmes s'aplanissent devant la volonté de l'homme.
C'est la Californie qui a recueilli, dans l'afQuence des
chercheurs d'or et dans l'exportation de ce métal en
Europe, le principal bénéfice de ce progrès local dans
la viabilité du globe : prélude de communications plus
complètes qui s'établiront par le lac de Nicaragua, si
les isthmes montueux de l'Amérique centrale opposent
trop de résistance.
(185)
Un autre isthme qui, en Europe, appelle une pareille
réforme, est celui de Gorinthe, dont l'ouverture per*
mettrait aux navires d'éviter la traversée toujours pé-
nible et souvent dangereuse de l'archipel grec. Le
percement de l'isthme de Tenaiiserim, qui ferme la
presqu'île de Malacca, aurait, en Asie, des consé-
quences économiques non moins importantes.
§ 5. — Les Caps.
La fonction des caps, conmie celle des isthmes, se
tourne tour à tour en utilité et en dommage. Par leur
avancement en mer, et lorsque les roches dures qui
forment leur charpente sont associées à des roches
plus friables que sapent et démolissent les eau'x, ils dé-
terminent des enfoncements et des érosions de rivage
éminemment favorables à la sécurité de la navigation ;
mais se projetant en travers des vents et des courants,
ils provoquent ces remous violents qui font un peu de
tout promontoire, comme du plus fameux de tous, un
cap des tempêtes. Dans les ténèbres de la nuit, leurs
bases, prolongées sous les flots, sont de redoutables
écueils jusqu'à ce que leurs sommets, couronnés de
phares , éclairent au loin la route des navigateurs.
Un caractère général, dont l'effet sur l'industrie
humaine mérite d'être observé, c'est la forme pyrami-
dale et conique, avec prolongement dans le sens du
méridien, de la plupart des grandes terres, l'Afrique,
l'Amérique, les deux presqu'îles de l'Inde. Gomme les
sociétés humaines répandues d'abord dans la zone
tempérée, tendaient à commumcjner suivant Taxe de
VI. SEPTEMBBE ET OCTOBRE* 2. 13
186)
l'ancien continent, d'Occident en Orient, leurs navires
furent amenés, pour tourner les obstacles, à pousser
fort avant dans le sud, dans les profondeurs inconnaes
de rhémisphère méridional. C'est en longeant, d'es-
cale en escale, la cMe occidentale d'Afrique, que le
Portugal a préparé la gloire de Vasco de Gama, dou-
blant enfin le cap de l'Afrique australe ; et c'est pour
atteindre les Moluques que Magellan, de son côté,
doubla le cap Horn et s'aventura dans l'océan Pacifique.
§ 6. — Les Presqu'îles ou Péninsules,
Ne sufiSt-il pas de nommer la Grèce, l'Italie, l'Es-
pagne, pour faire entrevoir le rôle des terres de toutes
parts entourées par la mer, sauf d'un seul côté? Ce
caractère dit leur destinée : vocation maritime, indé-
pendance politique, isolement ou faible communication
avec les voisins, suivant que la ligne de contact est
plane ou montueuse ; en tout cas, personnalité forte--
ment dessinée.
En Asie, l'Arabie forme une péninsule non moins
célèbre que celles de l'Occident, car elle fut le berceau
de l'islamisme et le point de départ de 3es apôtres
guerriers s' élançant à la conquête du monde. Cet élan
soudain et violent ne fut pas le fruit improvisé du
génie audacieux de Mahomtet, livré à la force de ses
seules inspirations : le prophète put féconder de sa
parole des germes préeustants, et qui devaient leur
formation première aux conditions géogr^Lpbiqu^s de
l'Arabie. Comprise entre les golfes Arabique et Per-
flique^ entre l'fiuphrate et la mer iniérieure qm bai^
( 187 )
goait la SyriCt voisine de TÉgypte, de l'Europe» de h
Perse, placée sur h route de Tlnde, elle avait de tout
temps pro0té, pour s» politique et 9on commerce, des
privilèges de sa position iqt^r||lédi4ir6, Pendant de
longs siècles, T Arabie avait a<;cuqiulé| en langage
économique, un capital de connaissances, de popula-
tions, de relation3, qiie la parole enflatamée de Maho-
met et l'ambition d^ ses disciples firent servir à l'asspr
jettissedi^t d'une partie considérable du monde.
S 7. — Les Mers.
Les fonctions économiques de la mer, considérée
dans ses traitai les plus généraux, ne soqt pas moins
importantes que celles de la terre* Elle sépare les
sociétés rudimentaires ; elle unit les sociétés avancées.
Le sauvage sur sa pirogue se livre à un court et ti^^iida
cabotage ; sur ses vaisseaun dç commerce ou de guerre,
le civilisé parcourt le monde : la mer lui est la route
la plus facile pour l'exploration du globe. Grâce à cette
propriété si favorable à la civilisation, la mer Rouge
portait les Phéniisiens vers les terres de l'encens, de la
myrrhe, du baume et de l'or ; la Méditerranée apparaît,
dès les premiers âges historiques, comme le berceau
des peuples de l'Occident, le centre de leur politique
et de leur commerce* D'une étendue médiocre, et ré-
duite encore par la multitude d'Ues dont elle est parr
semée, livrée à des vents et à des courants qw ji^vent
utiliser les pilotes, entourée de terres accessibles, sur»
tout le long de son rivage septentrional, où«ellepér
Qètre au cœur des terres par des écfaancrures m^ljti-
( *»8 )
pliées, la Méditerranée devient dès l'antiquité la mobile
arène de la paix et de la guerre, où se dispute le sort
des républiques et des empires. Au moyen âge, elle
s'ouvre aux croisades qui révèlent, l'un à l'autre, face
à face, deux mondes qui s'ignorent, opposés, ennemis,
celui de l'Évangile et celui du Coran. Depuis trois
siècles dépossédée du premier rang, elle reprend de
nos jours, sous l'haleine de la vapeur, son rôle provi-
dentiel de grande route de l'Occident vers l'Onent, et
rachetant par Tintensité du travail l'inégalité des di-
mensions, elle entend faire contre-poids, dans la ba-
lance du commerce, à l'océan Atlantique.
Quant à celui-ci, après avoir été, pendant une longue
suite de siècles, le mare tenebrosum^ épouvantail des
navigateurs d'Europe par la nuit profonde dont l'ima-
gination populaire l'entourait et par les spectres dont
elle le peuplait, il est devenu à son tour la mer lumi-
neuse, la mer civilisée. Puisse-t-il, mieux que par le
passé, mériter le beau nom d'océan Pacifique, réservé
jusqu'à ce jour à une mer plus éloignée de nos querelles!
Les noces du doge de Venise et de l'Adriatique sont
le poétique symbole de la féconde alliance de l'huma-
nité avec toute mer, d'où naissent, comme nous l'avons
déjà indiqué, les villes maritimes au fond des havres,
au sein des rades, au bord des golfes. Dans ces nids
abrités, la barbarie cache ses pirates ; tandis que les so-
ciétés régulières y établissent leurs sécheries de pêche,
leurs entrepôts de commerce, leurs stations de refuge,
de réparation, de ravitaillement, leurs bains de santé
ou de plaisir, quelquefois leurs capitales politiques !
Aussi voit-^on le sort de certaines localités dépendre
(18Ô)
de la proximité ou de Féloignement de la mer, dont le
niveau s'élève ou s'abaisse^ tantôt subitement et tantôt
lentement, d'une manière chronique : Aigues-Mortes,
pour ne citer qu'un exemple de ce divorce.
Ces oscillations ont amené des déluges dont les
sociétés humaines n'ont pas été moins bouleversées
que la nature. Chassés de leurs demeures inondées, les
peuples ont émigré de leur pays natal et sont devenus
colons sur la terre étrangère. L'antiquité a conservé
des traces profondes et répétées de ces changements
de condition, et, en des temps bien rapprochés de nous,
d'infortunées populations Scandinaves ont été en-
glouties par les débordements de la mer, franchissant
le cercle fatal auquel on la suppose, bien inexacte-
ment, enchaînée.
Le fond de la mer était depuis longtemps étranger
aux destinées humaines, lorsque la télégraphie élec-
trique nous a appris qu'il faut compter avec lui. Sui-
vant sa profondeur, suivant qu'il est uni ou hérissé de
rochers, les câbles sous-marins sont faciles ou difficiles
à poser^ ils se conservent ou se rompent. Telle mon-
tagne cachée sous les flots et tel abîme insondable
grèvent lourdement les budgets des États, ruinent les
compagnies, empêchent ou renchérissent les communi-
cations des peuples.
Sous un aspect plus saisissant, les forces vivantes
qui agissent dans le sein des mers avaient depuis
longtemps révélé les lois qui subordonnent l'homme
aux nappes liquides qui l'entourent. Il est des îles dans
l'océan Pacifique qui doivent leur existence au travail
des myriades de madrépores et de coraux dont les édi-
(100)
fices , accumulés par une iticakulable associatioD
d'efforts microscopiques^ ont à la longue formé des
hatts-fonds qui, exhaussés jusqu'au niveau de la mer,
se sont recouverts de végétaux et peuplés d'animaux,
paritli lesquels Thomme est bientôt venu prendre place.
Suivant quelques décimètres d'épaisseur de plus ou de
ttiôinsf le banc de corail reste un écueil ou devient uoe
bàbltatlon humaine. De nos jours encore et sous nos
yciU3t , le patient labeur des zoophytes entoure les îles
déjà formées d'un cordon de récifs favorables ou con-
traires à la navigation, Suivant qu'ils sont entrecoupés
dé passes ou dressés en muraille continue : simple
détail géographique d'où peut dépendre l'avortement
ou le Succès d*une fondation colonialei
§ 8. — Les Détroits.
Parmi les traits spéciaux de l'aspect des mers, les
détroits Ont une fonction de premier ordre « l'inverse
de celle des isthmes.
Pour les marins, ils sont une aide^ un obstacle, un
périls suivant les lieux et la direction des itinéraires^
Au point de vue militaire, ils donnent une grande
valeur stratégique aux terres latérales, quand elles
peuvent en maîtriser le passage. La politique de paix
eti reconnaît si bien le prix, qu'elle a interdit l'entrée
du Bosphore aux navires de guerre, et qu'elle recom-
mande la neutralité des détroits et leur libre parcours
par les seuls navires de commerce, comme une condi-
tion essentielle de l'accord entre les nations. Le rachat
du péage du Sund aux mains du Danemark est une
< 191 )
application de ce principe. Rétréci ou élargi^ sous les
nom de canal ou de manche^ tout détroit exerce sur
les pays riverains une action analogue à celle du Sund,
de Gibraltar, de Bab-eKMandeb, et pour devenir inôf-
fensif , doit être dégagé de tout tribut et de toute
menace*
8 9. — Les Iles.
IjBs lies représentent l'union la plus intime des
terres et des mers, et cette étroite connexité géogra-
phique les prédispose» mieux qu'aucune autre terre, à
l'essor de toutes leurs forces productives. Le rapport
des côtes à la surface y est plus grand que sur les con-
tinents et les parties compactes du monde, ce qui
accroît la chance d'une plus riche dotation en baies et
eu golfes.
Dès l'enfance, le spectacle quotidien des vagues
agitées familiarise l'œil et le cœur avec des périls que
l'habitude de la pèche apprend bientôt à braver ; la
pêche elle-même devient rapidement cabotage pour
vendre le poisson, navigation au long cours pour
échanger les produits locaux contre les marchandises
exotiques. Le voisinage du continent a d' abord appelé des
hommes dans l'île par la curiosité ; le profit les y retient.
Dans la fréquentation des pays lointains, les insulaires
acquièrent, avec l'habileté nautique, des connaissances
sur les terres et les mers qu'ils emploient à leur profit.
La vie d'aventures hardies développe les aptitudes ma-
ritimes qui font le matelot, et les aptitudes commer-
ciales qui font le marchand. Matelot et marchand.
( 192 )
activité et richesse» n'est-ce pas eh quatre mots le por-
trait de beaucoup d'insulaires? Mentionnons seulement
les Grecs de la mer Egée, les Anglo-Saxons des Iles
Britanniques, les Malais des lies de la Sonde, enfin les
Japonais, dont l'archipel reproduit, avec de si remar-
quables analogies, sur les flancs de l'Asie, le groupe de
la Grande-Bretagne et de l'Irlande sur les flancs de
l'Europe.
Dans les habitudes d'une libre et fiëre existence, la
personnalité grandit, pour peu que la race et le climat
lui viennent en aide ; l'homme se sentant fort par sa
propre valeur, prend conscience de son droit comme
de sa puissance ; il s'attache d'un amour, exclusif jus-
qu'à l'égoïsme, à sa patrie isolée, dont il s'applique à
asseoir l'indépendance sur la marine. A la difiTérence
de l'habitant de terre ferme, l'insulaire n'a pas à diviser-
ses eflbrts entre des tendances diverses et quelquefois
opposées ; sa voie lui est toute tracée : la mer, qui est
son milieu, est l'instrument de sa richesse, le gage de
sa sécurité , son champ de commerce et de bataille.
Aussi l'économie sociale des nations insulaires est-elle
d'une simplicité et d'une fermeté de plan qui manquent
aux nations continentales, partagées entre plusieurs
tendances et indemnisées par d'autres avantages.
La fortune des îles que nous avons nommées indique
l'avenir réservé à celles que, à raison de leur éloigne-
ment, la civilisation n'a pas encore visitées, ou n'a
qu' effleurées de son souffle. Ce sera un jour le tour de
l'Australie, bien qu'elle soit grande comme un conti-
nent ; ce sera le tour de Madagascar, où la France, sans
abandonner ses droits diplomatiques, préfère une ami-
( 103 )
cale initiatioû à l'emploi de la force (1) ; ce seront toutes
ces multitudes d'Iles et d'îlots disséminés dans l'océan
Pacifique ; enfin les colonies des Antilles lorsque, mises
en possession d'une autonomie plus complète, elles
uniront aux profits de l'agriculture ceux de l'industrie,
du commerce et de la navigation.
Il est des lies que leur position sur la route des na-
vires prédestine au rôle d'étapes ou échelles maritimes,
de stations de voyage, de dépôts de charbons ou de
vivres : précieux avantage pour leur prospérité maté-
rielle. Dans la Méditerranée, la Sardaigne, la Sicile,
Malte et Syra ; dans l'océan Indien, Maurice et Geylan ;
dans l'Atlantique, les Açores, Madère, les Canaries, les
lies du cap Vert, doivent beaucoup de leurs bénéfices à
l'hospitalité qu'y trouvent les navires allant et venant à
•travers l'immensité des mers, comme dans des hôtelle-
ries ouvertes aux nations. Sans leur situation sous une
trop froide latitude, les îles Feroê et l'Islande, qui, dès
le IX® siècle, facilitèrent aux Normands l'accès du Groên-
land, auraient attiré un courant d'excursions qui eût
révélé l'Amérique au monde six cents ans plus tôt ; mais
il paraît que, vers le xiii'* siècle, les glaces avançant au
sud interrompirent les communications, et ce simple
accident météorologique donna un autre cours aux
recherches de l'esprit humain, y compris celui de Chris*
tophe Colomb qui visita l'Islande, en février 1477, et
ignora le succès des expéditions antérieures exécutées
dans la direction de l'ouest.
On ajustement comparé les îles à des ponts jetés
(1) Ces lignes étaient écrites avant Thorrible attentat qui a privé
de la vie le roi Radama et une trentaine de ses principaux soutiens.
( 4M )
eotre les terres : grâce à elles, les navigateurs font le
tour du globe, recevant en tous lieux l'assistance dont
ils ont besoin, et y déposant en retour la semence des
idées, des instruments, des progrès d'une civilisation
avancée. Lorsque la vapeur et l'électricité auront enve-
loppé le globe tout entier d'un réseau plus complet de
communications, alors se dessinera la fonction aujour-
d'hui méconnue de certaines îles. Entre l'Australie et
la côte occidentale de l'Amérique, la Nouvelle-Calé-
donie, les îles Fidji, Taïti, les Marquises, deviendront
les escales des paquebots de l'océan Pacifique. Alors
se révélera l'utilité des Kouriles et des îles Aléou-
tiennes, qui seront jalonnées de poteaux télégraphiques
unissant à r Amérique l'Asie et tout l'ancien continent.
Enfin il est une classe d'îles, réduites parfois à de
petits îlots ou des rochers, qui touchent presque la
terre, ou même se soudent à elle» et tirent de ce carac-
tère amphibie une étpnnante virtualité, Tyr, Venise,
Bombay, Singapore, Hong-Kong, New-York, on peut
même y ajouter, quoique tenant de plus près à la terre,
Cadix et Alger, sont de célèbres exemples de ces posi-
tions singulières prédestinées au commerce ou à la
piraterie, suivant les temps et les lieux.
§ 10. — Les Montagnes^ Vallées^ Plaines,
En passant des grands traits généraux de la physio-
nomie des terres et des mers aux caractères topogra-
phiques, nous avons à interroger le rôle économique
des montagnes, des vallées, des plaines.
On sait l'influence que les montagnes exercent sur
i
f 106 )
les climats, en attirant les vapeurs d'eau qui, autour
de leurs sommets et le long de leurs flancs, s'assem*
blent en nuages, se condensent en brouillards et en
brumes, se consolident en neiges et en glaciers, cou-
lent en sources, en rivières et en fleuves : par ces elfets
physiques, les montagnes agissent d'une première ma*
niëre sur la condition de leurs habitants ; mais nous
rattacherons cette action à celle des eaux dont elle
dérive plus directement.
Par leur soi escarpé, entrecoupé de ravins et de
rochers, ^généralement peu fertile, baignant dans une
âpre atmosphère, privé de communications, les mon-
tagnes imposent aux populations que le sort y a con-
duites des habitudes simples et sobres, un travail rude,
une existence pauvre. A ces mâles épreuves, le corps
et l'âme se trempent ; la force morale s'allie à la force
physique , l'individualité se marque vigoureusement.
Indépendant, fier, isolée quelque peu sauvage, le mon-
tagnard campe avec amour sur les sommets solitaires
et abrupts qui le protègent contre l'ennemi. Dans ces
retraites, la foi s'attache forcément aux traditions ; la
sociabilité s'empreint d'un cachet particulier. La diffi-
culté des relations personnelles, les vastes étendues
nécessaires à l'existence y dispersent les demeures ou
ne les groupent qu'en hameaux ; les communes s'éten->
dent et se morcellent au lieu de s'agglomérer ; la cen-
tralisation et les grands États y sont à peu près impos-
sibles ; tout pousse, au contraire, au clan, à la tribu,
à la confédération républicaine.
L'économie rurale des montagnes, caractérisée par
les forêts et les pâturages, conseille l'émigration à une
( 196 )
partie de la population, à qui l'hiver interdit les occu-
pations extérieures de la vie pastorale et forestière ;
pendant l'été, au contraire, la fraîcheur des herbages
invite à la transhumance, sorte d'immigration en
altitude, des troupeaux qui ont passé l'hiver dans les
plaines que brûle le soleil de la canicule. Souvent
aussi le chômage prolongé pousse les montagnards à
inventer ou adopter, là surtout où le bois abonde, quel-
ques petites industries locales qui les aident à passer
les mauvais jours.
Ce tableau sommaire est celui de tous les massifs
montagneux, en Grèce comme en Ecosse, dans les
Pyrénées comme dans les Alpes, dans les Karpathes
comme dans le Caucase. Les Kabyles de l'Afrique, les
paysans de l'Auvergne et de la Savoie se ressemblent
par beaucoup de points; et les hautes chaînes des
monts de l'Inde et de la Chine offrent un refuge aux
rebelles indigènes, comme jadis l'Atlas aux vaincus
africains et les Asturies aux compagnons de Pelage.
Par ces forteresses orographiques, qui se doublent de
barrières morales, les lignes de montagnes forment,
après la mer, la frontière la plus naturelle entre les
États. Ceux à qui manque une pareille protection dé-
pensent une partie de leurs forces, tantôt à satisfaire
leur ambition envahissante, tantôt à se défendre contre
celle de leurs voisins.
Sous des latitudes ou des hauteurs trop froides ppur
le travail, les sols violemment accidentés peuvent en-
core servir aux plaisirs et aux profits des hommes. Les
Highlands d'Ecosse sont précieux à l'aristocratie an-
glaise comme pays de chasse au renard ; et les mon-
(IW)
tâgnes de la Suisse avec leurs glaciers ne sont pas la
moins lucrative des richesses, par l'attrait de curiosité
et de santé qu'elles exercent sur les étrangers.
Quand les accidents du sol s'amoindrissent, les effets
aussi s'adoucissent. Les collines et les coteaux, pour peu
que le ciel soit clément et le terrain fertile, se couvrent
de demeures riantes, de plantations, de vignobles, de
cultures faciles et fructueuses, qui attachent les popula-
tions au sol et les invitent à multiplier avec confiance.
Les vallées participent aux mêmes avantages.
En s'élargissant, les vallées deviennent des plaines
qui offrent aux sociétés humaines le théâtre le plus
favorable aux luttes destructives de la guerre, comme
à la féconde activité de la paix. Presque toutes les
grandes batailles se sont données en des plaines qui
permettent seules les évolutions de nombreuses troupes;
aux montagnes est réservée la guerre de guérillas :
aussi les provinces qui se développent en surfaces
planes, dans toute l'Europe, sont-elles dévolues, dans
tous les plans de campagne, aux manœuvres de la stra-
tégie. Cette condition, défavorable à leur prospérité
économique, est généralement rachetée par divers
avantages : les grandes agglomérations y trouvent une
assiette commode à leurs exigences; la viabilité y
ouvre plus librement ses chemins. Aussi la civilisation
délaisse-t-elle de plus en plus les montagnes, qu'elle
restitue aux forêts et aux pâturages, pour descendre
dans les plaines et les larges vallées, avec les routes,
les chemins de fer, les paquebots, avec les villes et les
fleuves.
La juxtaposition, à des distances convenables, des
( 498 )
plaines, des vallées, des coteanx et collines, des mon-
tagnes, constitue un système d'articulations naturelles,
dont le jeu facile contribue puissamment à la prospé-
rité d'une région. Alors les influences météorologiques
très-diverses diversifient les produits végétaux, avec
des différences de cultures, de besoins et de ressources,
suivant les latitudes et les expositions : de là des
échanges très-multipliés. C'est T heureuse condition de
l'ouest et du sud de l'Europe.
§ 11. — Les Fleuves^ les Rivières^ les Lacs.
Le rapport entre la civilisation et les fleuves fat
constaté dès la plus haute antiquité. La Mésopotamie,
baignée par le Tigre et l'Euphrate, l'Ethiopie et une
branche du Nil , dans l'Asie orientale les grands fleuves
de l'Inde et de la Chine, furent les berceaux des pre-
mières sociétés florissantes de la race blanche et de la
race jaune. Le temps n'a fait que confirmer cette loi
naturelle. De nos jours, il n'est gaère de grand fleuve,
sauf dans les pays encore inhabités, qui ne soit devenu
l'axe liquide d'une région industrielle ou agricole, en
même temps qu'un grand courant commercial (Tamise,
Rhin, Danube, Rhône, Seine, Elbe...). Il n'est guère
de grande ville, de capitale surtout, que n'avoisine
quelque puissante voie liquide, force pour les transports
et les mouvements, aliment pour la boisson.
L'histoire raconte et explique ces rapports.
Aux premiers âges, les tribus nomades s'étendent
sur les rives couvertes d'herbages, où les troupeaux
trouvent à s'abreuver, et la vie pastorale y dirige ses
( 100 )
migrations et asseoit sed mobiles campements, qui se
rapprochent ou s'éloignent du courant, suivant les sai-
sons et les débordements. Bientôt l'agriculture prend
possession d'un sol généralement composé de fertiles
aliuvions, la pèche trouve dans le poisson un aliment;
les populations deviennent sédentaires : une phase
nouvelle des sociétés commence, et elle se développe
en raison du milieu favorable ou contraire. Quelquefois
le fleuve, par la périodicité régulière de ses crues et
le limon fertile de ses eaux, impose ses lois aux cou-
tumes humaines ; exi réglant la vie agricole, il gouverne
la vie sociale tout entière : c'est le Nil, père de TÉgypte.
Sur le bord des fleuves et des rivières, le commerce
établit ses escales et ses comptoirs, premier germe des
foires les plus célèbres et de certaines colonies. Beau-
Caire, Francfort, Leipzig, Nijni-Novogorod, sont dans
cette condition. Le flot se chargeant des marchandises
d'aller et de retour, le transport fluvial prend nais-
«aoce ; »i la profondeur des eaux le permet, la naviga-
tion iQtérieore succédera, et avec elle les péages,
source de revenus pour les villes et les États, onéreux
Qt importuns pour ceux qui les payent. La franchise
des fleuves, complétant celle des mers et donnant aux
traités de commerce toute leur efficacité, est un des
vœux des économistes auquel les géographes doivent
s'associer, eux qui apprécient dans ces puissantes voies
naturelle une des meilleures routes pour pénétrer dans
Imtériepr des continents.
Le cours des fleuves se recommande à l'économie
politique sous un double rapport : les irrigations et la
force motrio^. Ce que créent de richesses les dérivax-
( 200 )
tlons de cours d^eau, les agriculteurs ne se lassent de
le redire en citant la Lombardie, l'Andalousie, leRoas-
sillon, vingt autres contrées ; ce que la mer engloutit
d'eaux et de limons qui, surtout dans les climats secs
et chauds, pourraient se convertir en trésors, est incal-
culable : un réseau général d'irrigations fluviales accroî-
trait dans des proportions colossales la fortune pu-
blique, nous ne devons ici que l'indiquer. Quant aux
chutes d'eau, ou plutôt les pouvoirs d'eau^ comme
disent plus heureusement les Anglais, leurs services
sont recherchés par l'industrie comme les moins coûteux
de tous : elles facilitent surtout l'installation primitive
des sociétés par la scierie qui débite le bois du défriche-
ment, par le moulin à eau qui réduit le grain en farine.
L'embouchure des fleuves est, comme tout leur cours,
en relation directe avec l'ordre économique des sociétés.
L'accès en est-il empêché par la violence de la barre,
par des hauts-fonds, par des rochers ? la navigation et
le commerce en soufiriront. L'accumulation séculaire
des alluvions est-elle assez abondante pour exhausser
le lit et créer des deltas? alors des terres d'une exubé-
rante fécondité seront livrées à la culture, en même
temps que se creuseront, des deux côtés des deltas se
prolongeant en mer, des baies et des rades. Aux
bouches des fleuves et sur leur parcours, les eaux, en
débordant, s'extravasent-elles en nappes stagnantes ? les
fièvres intermittentes, la fièvre jaune, ailleurs le choléra,
accuseront et puniront la négligence que met l'homme
à purifier son domaine de ces influences délétères.
Les lacs participent à ces diverses propriétés des
fleuves et des rivières. Gomme eux, ils portent les na-*
( m )
vires chargés de marchandises et facilitent les commU'^
nications; ils sont peuplés de poissons, aliment des
riverains 5 ils rafraîchissent l'atmosphère i^^ embellis-
sent le paysage , et entrent, par ces divt;*^ services,
dans l'économie des peuples, moins pourtant que les
fleuves, parce que, privés en général d'issue, ils ne
sont pas comme ceux-ci des voies qui circulent à tra-
vers des pays éloignés, ni des courants qui irriguent.
Dans l'intérieur de l'Afrique, où le sel manque, les
lacs salés sont des nœuds importants du réseau des
communications et du commerce. Les caravanes s'y
rendent du plus loin pour en extraire et emporter un
condiment plus nécessaire que l'or aux indigènes ; les
puits, qui communiquent avec les nappes souterraines,
sortes de lacs cachés, marquent les étapes de leur
route à travers le désert .
Rapprochons des lacs les marais et nappes d'eau
extravasées, qui engendrent les maladies, la fièvre, la
malaria chronique, raréfient les habitants et les cul-
tures, font la vie pauvre, chéiive, nomade, et pèsent
sur les budgets par l'accroissement des frais de médi'>
cation et par une mortalité supérieure à la moyenne.
C'est ainsi que, sous tous les climats, le système
hydrographique d*un pays est l'un des principaux élé-
ments, et peut-être le premier, de l'activité produc-
tive des populations.
§ 12. — Les Forêts.
Les forêts approchent de ce degré d'importance.
Dans leurs profondeurs, les sauvages trouvent des
VI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 8. 1&
( 202 )
fruits et des baies comestibles, du bois pour leurs
flèches, leurs arcs, leurs canots, des fibres pour leurs
bamacs; dans les clairières, ils sèment quelques
graines, ébauche d'une agriculture naissante. Les
peuples pasteurs, incapables d'exploiter les forêts, les
détruisent par Fincendie pour étendre les pacages, ra-
jeunir les branchages que broutent leurs troupeaux,
chasser les bêtes féroces. Aux colons civilisés, les pays
couverts de forêts offrent, malgré le défrichement et
Vabattis nécessaires, des avantages bien supérieurs aux
inconvénients. La construction facile, rapide et peu
coûteuse des maisons de bois, affranchit les émigrants
de la servitude des ouvriers d'industrie (maçons, char-
pentiers, menuisiers, etc.) qui pèse sur eux en tous
pays non boisé : c'est une des causes de supériorité
du Canada sur T Algérie. Du même coup de hache qui
débarrasse un champ, le colon se procure le bois de
chauffage et de construction, et bientôt après le charbon
pu la, potasse, produits de son industrie qui lui four-
nissent sans retard le premier argent. La sit«<ition éco-
nomique du pays tout entier se ressent bien vite de
cette libéralité de la nature qui était jadis le partage
de toute l'Europe et en a facilité la colonisation, et qui
survit encore en Norvège, en Russie, dans les Alpes et
dans les contrées plus lointaines qui fournissent à
l'Europe, outre les bois de marine, les bois d'ébénis-
terie et de teinture (ébène, campêche, acajou, santal
et cent autres). Il est enfin quelques arbres d'une uti-
lité exceptionnelle, comme Tolivier, le dattier, le bam-
bou, le cocotier, divers autres palmiers, qui impriment
ua caf^çtèJTÇ partic;ulier aux b^it^âcis, à l'induatrie.
( SOS )
et en quelque sorte à Texistence tout entière des peu*
pies qui les possèdent, comme à l'aspect du pays lui-
même.
Le plaisir de la chasse, et c'est un titre à notre re-
connaissance, a mieux conservé les forêts qu'aucune
vue de sagesse intelligente. Grâce à la passion des sei-
gneurs et des rois pour les exercices de la grande vé-
nerie, ils ont protégé les forêts qui abritaient les daims
et les cerfs, et c'est à leur égoïste prévoyance que doi-
vent leur bon état la plupart des grands et beaux
massifs qui survivent encore dans les pays civilisés d' Eu-
rope, et jusqu'aux portes des capitales. Mais en se pre-
nant de zèle pour les plantations par des motifs d'uti-
lité et d'agrément, la civilisation ne répare qu'une
faible partie des dommages qu'elle cause en maints
endroits par les déboisements.
Rédciites à une étendue modérée, les forêts con-
courent, par leurs propriétés hygrométriques, à la ré-
gularité des sources liquides et des météores atmosphé-
riques, dont nous aurons bientôt à signaler l'influence
sur les sociétés humaines. En proportion excessive, les
forêts entretiennent une froidure malsaine, les maré-
cages, les climatares humides, aussi funestes à l'agri-
culture qu'à la santé publique. En proportion insuffi-
sante, elles favorisent une sécheresse fatale aux cultures
et aux herbages ; et les pluies tombant par averses ora-
geuses, ne trouvent plus d'obstacles, roulent en tor-
rents ou débordent en inondations. Grâce à ce rôle
complexe, tantôt utile ou nuisible, suivant les cas,
les forêts, jadis consacrées aux dieux et ombrageant les
temples, ont mérité de devenir en tout pays une
( 204 )
branche de l'administration publique; et par elle, dé-
boisements et reboisements ont trouvé place dans les
codes et les budgets.
Le diminutif de la forêt est la broussaille ou maki^
fourré, jungle, qui a aussi son rôle dans l'économie rurale
d'un pays. Pour se couvrir de récoltes, elle doit être
défrichée, et le défrichement exige un emploi de forces
physiques et morales qui en font le privilège de bras
vigoureux et de volontés fortes, dont le succès est
grandement aidé par des capitaux et des machines. De
ce rude travail qui rompt la glèbe, auquel l'esprit reli-
gieux s'associa dans une partie de l'Europe, le roturier
a tiré son nom, titre d'honneur pour la majorité des
nations, si l'étymologie en était plus connue : ruptu-
rariuSj le défricheur. Après avoir recueilli le bois, la
potasse, les cendres, le charbon, il trouve dans la fer-
tilité de ses terres une récompense des travaux.
§ 13. — Les Steppes.
La végétation simplement herbacée ou frutescente,
couvrant de vastes étendues, constitue la steppe (1),
qui, suivant les lieux et les végétaux, s'appelle aussi
savane, pampa, prairie^ llanojande^ bruyère : nouvel
aspect de la superficie des terres qui a des corrélations
intimes avec les sociétés humaines. Tantôt sèche et
sablonneuse, tantôt parsemée de flaques d'eau et de
marécages, la steppe détermine la vie nomade et pas-
torale qui conduit les troupeaux de proche en proche,
(I) Od dit aussi le steppe, d*après rAcadémie.
( 205 )
d'un pâturage brouté, desséché ou bruIé, à un autre
qui soit encore frais et iutact , sans demander à l'homme
aucun soin, à la société aucun progrès, pas même l'art
de couper du foin pour Tapprovisionnement du bétail.
C'est le vagabondage en commun, périodique suivant
le cours des saisons, et circonscrit d'ordinaire à une
étendue déterminée. La mobilité des troupeaux et la
succession des pacages imposent la mobilité de la de-
meure ; le berger nomade ne peut habiter que sous la
tente. De toute antiquité, les hordes parcourent les
immenses et froides steppes de la zone centrale et
septentrionale du continent asiatique, incapables de
se condenser en une compacte population, de se grouper
en villes; stimulées par la soif et une vague ambition,
elles débordent au sud-est sur la Chine, au sud vers
l'Inde, à l'ouest vers la Moscovie et la mer Caspienne ,
portant vers l'Europe leurs yeux avides et leurs pas
errants. Dans ces sociétés aux limites indécises, l'occu-
pation du sol est une possession temporaire et utile«
exempte de cet amour de la terre, fruit du travail, qui
suggère le désir d'une propriété pleine et entière. Le
pillage des voisins ou vol extérieur, inspiré par le
besoin, passe dans les habitudes et la conscience. La
richesse, qui est purement mobilière, comprend, outre
la tente et les bestiaux, les femmes, les bijoux, les
vêtements. La vie à cheval ou à chameau, la chasse au
lévrier et au faucon, entretiennent le goût de l'indé-
pendance et des aventures. L'existence est simple jus-
qu'à la pauvreté, mais libre ; le nomade rejette, comme
des chaînes, la maison et la ville. Si les longs loisirs
se joignent à une douce sérénité du ciel, les âmes d'élite
ses besoins. Le commerce s'est approprié le chameau,
que la nature avait admirablement doué pour être le
navire du désert, et grâce à lui de longues caravanes
ont pu traverser la mer de sable. La protection des
caravanes amies» le pillage des autres, ont procuré aux
habitants du désert les revenus que leur refuse le tra-
vail. La douane s'est installée au désert, sous la forme
qu'i'^diquait la nature du transit, et elle s'y accom-
mode d'un prélèvement en nature, volontaire ou con-
traint, substitué à Targent.
Quel que soit le gain obtenu par cette intervention,
il ne fournit pas les vivres que le Saharien doit de-
mander surtout au lait des chamelles, réduites elles-
mêmes à brouter des herbes rares et des buissons secs*
L'existence tout entière s'en ressent. Sobre, maigre,
nerveux, agile, trop disséminé dans l'espace pour con-
stituer des corps compactes de sociétés, le Saharien,
comme l'ancien Scythe, comme le moderne Turcoman
ou le Tartare, forme des confédérations aux limites peu
précises, et des alliances extérieures qu'il resserre vo-
lontiers par des mariages multiples échelonnés sur les
principaux points de sa route. Les puits» ainsi que
nous l'avons dit, creusés dans le sable, marquent les
étapes des voyages et deviennent le rendez-vous des
marchands, qui se transmettent, par un accord tacite»
le soin de les protéger contre l'invasion des sables.
Le désert encadre l'oasis qui verdoie splendidement,
même sous un ciel de feu. Nul autre détail sur le globe
ne montre mieux le lien intime des hommes et des
lieux, de la force sociale et de la forme géographique.
Au milieu de ces affreuses solitudes où s'est réfugié
( aw >
rbomïue libre refoulé par Tinvasion, poursuivi par
Tennemi» qu'une source soit découverte, qui coule tant
soit peu abondante, aussitôt la tribu fixe ses tentes
alentour pour cultiver les grains et les légumes, pour y
planter des arbres fruitiers, que les eaux vivifient.
Bientôt la tente est remplacée par la maison de terre
ou de pierre ; avec elle la vie sédentaire succède à la
vie errante, le travail à T oisiveté, la culture intensive
au parcours pastoral, l'aisance aux privations. Riante
comme un jardin et un verger, abritée comme une
cachette, l'oasis devient le magasin de dépôt, l'entrepôt
commercial, le marché des vivres des peuplades res-
tées nomades. Un voyageur croirait voir deux races,
comme deux sociétés opposées : un simple filet d'eau
a opéré cette transformation. Ce phénomène s'observe,
aussi bien qu'en Afrique, en Arabie, en Perse, dans
toute l'étendue de l'immense zone de sables qui prend
en travers l'ancien continent, depuis l'extrémité occi-*
* dentale de l'Afrique jusqu'au voisinage des confins
orientaux de l'Asie, sur 132 degrés de longitude, avec
une largeur variable. Sous la fécondation des eaux
jaillissantes, l'Algérie voit tous les ans naître des oasis,
bientôt après peuplées et cultivées par des nomades,
heureux de se fixer au sol et d'y planter des dattiers,
dont le produit est tel, que chaque pied supporte aisé-
ment un impôt de 30 centimes, plus que ne fait une
lieue de steppe ou de désert. Les charmes et les profits
de ces séjours délicieux attirent même les Européens
que Ton a vus, en 1863, prendre part aux enchères
d'une oasis mise en vente, et en porter le prix, con-
curremment avec les indigènes, à 3000 francs l'hectare.
< «10 )
Le Touât, les pays de Gbadamès et de R'at,le
Fezzàn, sont des oasis dans le grand désert, comme,
pins à Torient , Atigilah et Syouafa ; T Egypte tout
entière n'est qu^une longue et étroite oasis créée parle
Nil entré le désert dé Libye et ceux d'Arabie et de
Syrie, qui se prolongent à traVffl^ la Perse et l'Afgha-
nistan, le Turkestan et le Tbibet jusqu'à la Mongolie,
où ils prennent le nom de désert de Gobi. Partout, sur
cette immense bande de terre d* une stérilité désolante,
on voit des ôtlltivatetirs groupés autour d'un puits»
â*une source, d'un mince cours d'eau, veillant sans
cesse contre les pasteurs et les chasseurs, à qui la sté^
rlllté du désert fait du pillage une condition d'exis^'
tence. Lutte plus difficile encore et plus continue» ils
ont à combattre les sablés que le vent accumule autour
de leurs cultut^s et de leurs demeures* Malheur aux
populations imprudentes qui se distraient de ce soin t
Peu à peu les sables empiètent, débordent ; ils enseve-
lissent la demeure des hommes. Un Jour Palmyre»
Niâive, Babylone, Ecbâtane, dorment de l'éternel som-
meil des ruines. Des sociétés déjà civilisées et séden-
taires ont par là reculé vers la barbarie. La borde s'est
reformée. Depuis les temps historiqqes, TÉgypte a été
diminuée d'étendue latérale par le progrès de l'ensa-
blement, et sans d'incessantes précautions, elle serait
englodtie à son tour. C'est une des raisons majeures
qui font du travail forcé l'une des lois fondamentales de
l'Egypte, et cette loi trodve un second appui dans le Nil,
dont les eaux entraînent un limon qui, mêlé au sable, le
fertilise et le fixe : non retenues, elles ravageraient tout.
Quand des rivières traversent le désert, des villes
(211 )
peuvent y naître, parce que l'eau et la chaleur assu-
rent, en fertilisant les terres, l'abondance des vivres;
tandis que les steppes, couvertes d'herbages plus pro-
pices à l'élève du bétail, prolongent la dispersion des
familles et des tribus. C'est ce qui explique comment
l'Arabie, malgré l'aridité générale de son sol, doit aux
montagnes qui la traversent et aux sources qui en dé-
rivent, de posséder plus de villes que la steppe des
Kirghis tout entière, avec ses âOOOOO tentes (1).
§ 15, — Les Bancs sans-marins.
En passant du domaine des terres dans celui des
mers, nous avons à signaler, dans certains bancs
formés par des amas de matières hétérogènes, de re-
marquables propriétés économiques. A ne parler que
du plus important, le banc de Terre-Neuve, quelle
action n'exerce-t-il pas depuis quatre siècles sur la
marine, le commerce, la consommation des peuples !
Après avoir mis les pécheurs sur la voie de l'Amérique
du Nord, il a provoqué des guerres, inspiré des traités,
créé dans des îles presque inhabitables dès pêcheries
florissantes, développé l'industrie, le génie et la puis*
sance maritimes. Ce banc inscrit dans nos budgets
annuels des primes aux armateurs, assure aux matelots
des salaires, et fournit aux deux mondes un excellent
aliment à bon marché, l'humble et populaire morue.
(1) Humboldt, Cosmos^ U, 251.
( 212 )
§ 16« — Les Courants maf*ùis.
La fonction économique des courants maritimes est
des plus manifestes, à la fois très-intense et très-géné-
rale. Les courants maîtrisèrent la marche des navires
primitifs et firent découvrir, sans intention de recher-
ches, les terres inconnues. Ils sont toujours de puissants
auxiliaires ou obstacles pour la navigation ; et c'est en
accélérant ou retardant la marche des bâtiments, suivant
qu'ils sont connus ou ignorés, qu'ils influent sur la con-
dition des peuples. Des effets de ce genre peuvent
atteindre des proportions surprenantes. C'est ainsi que
le lieutenant Maury, de l'observatoire de Washington,
a accru, de quantités presque incroyables, la richesse
des nations en découvrant les lois de la géographie
caractérisée principalement par la direction, l'intensité,
la température des courants. L'économie due à l'usage
de ses cartes était évaluée, en 185A, à 2 250 000 dol-
lars pour le seul commerce d'exportation des États-
Unis. Grâce à lui, la traversée de Washington à l'équa-
teur a été abrégée de dix jours ; celle de Californie a
été réduite de 185 jours à 135. Tous les peuples re-
cueillent de cette découverte leur part de bénéfice.
Entre l'Angleterre et l'Australie, la traversée moyenne,
qui était de 125 jours à l'aller et autant pour le retour,
n'est plus que de 97 jours pour aller et 63 pour re-
venir : 160 jours au lieu de 250. Avec une épargne de
90 jours de temps, quelle épargne de frais d'arme-
ment, de risques, d'assurances, de travail, de salaires
et de capitaux !
( 213 )
Le plus célèbre de tous ces courants, le Gulf-Stream^
non-seulement exerce une action bien connue sur les
températures des régions de rAmérique et de T Europe
qu'il avoisine, mais il étend son influence à la politique
générale. Tant que les marins n'en connurent pas bien
la nature et les mouvements, ils furent contrariés dans
leur navigation vers les ports de la Nouvelle-Angleterre,
Boston, New- York, et les ports du Sud bénéficièrent
du coarant qui leur amenait les navires; Gharleston,
qui est le plus rapproché du Gulf-Stream^ devint un
des entrepôts de la route. Dès que les lois de la navi-
gation dans ce fleuve d'eau chaude furent connues, la
traversée d'Europe aux colonies du Nord fut abrégée
de moitié, tandis que celle aux ports du Sud restait à
peu près la même. Les premières devinrent accessibles
l'hiver comme l'été ; au lieu d'être une étape presque
obligée de la route, Gharleston ne fut qu'un port exté-
rieur et écarté (1) ; la suprématie commerciale et éco-
nomique de New-York fut assurée, et la prépondérance
du Nord renforcée.
§ 17. — Les Climats^ la Température,
En nous élevant par la pensée de la terre et des eaux
dans l'atmosphère, nous avons à étudier divers phéno-
mènes dont l'action, tantôt isolée, tantôt combinée, se
fait sentir à tous les êtres organisés, aux végétaux et
aux animaux, aussi bien qu'aux hommes ; ce qui en fait
autant d'agents de la condition économique des so-
(1) Manry, Géographie physique d$t men^
( 2ià )
ciétés. Leur ensemble constitue le climat des diverses
localités, et la température en est le principal élément.
En déterminant les végétaux et les animaux propres
à chaque région, la température détermine du même
coup les cultures et les aliments, qui, à leur tour,
règlent le régime du travail et les habitudes. Par cette
solidarité de rapports, la division populaire du globe
en zones torride, tempérée et glaciale, entre lesquelles
il conviendrait peut-être d'intercaler deux zones inter-
médiaires, la, froide (0° à + 10° de température moyenne)
et la chaude (20° à 25°), révèle à première vue Tune
des harmonies fondamentales de la nature avec les
sociétés humaines.
Dans la zone glaciale du nord, la seule habitable
( — 0° de température moyenne), le froid extrême ra-
bougrit les arbres, qui finissent par disparaître entière-
ment ; les mousses et les lichens, seuls végétaux qui
résistent, ne peuvent nourrir que le renne; faute de
chaleur qui mûrisse les fruits de la terre, Fagriculture
est impossible , et l'industrie, quoiqu'elle ait à sa dis-
position des minéraux et quelques bois, se réduit à là
pêche, à la chasse, au transport sur traîneaux tirés par
des chiens; le commerce est borné aux fourrures et
pelleteries, à la graisse et à l'huile des poissons.
L'homme se creuse des tannières ou s'abrite sous des
huttes demi-souterraines; les familles vivent à l'état
sauvage, plus isolées par le froid que rapprochées par
le besoin, et croupissent dans une incurable misère qui
leur enlève même la force morale nécessaire pour
émigrer de ces affreuses solitudes.
La zone froide (0° à + 10° de température moyenne)
(216)
se montre beaucoup plu9 propre aux arbresi et permet
une agriculture à herbages et racines^ complétée par
quelques céréales, quelques légumes, quelques plantes
textiles bien rustiques. Son cadre est réduit par la
nécessité de réserver beaucoup de bois pour le chauf-
fage, par le peu de journées de travail, par les faibles
rendements des récoltes. C'est assez néanmoins pour
que, dans les endroits les plus fertiles et les mieux
exposés , la vie sédentaire avec ses divers agréments
succède aux misères de la zone glaciale.
Les zones tempérées (-f- 1 0* à + 20' de température
moyenne) réunissent les conditions les plus favorables
au travail humain. Les herbages et les arbres, les ce*
réaies, les légumes, les racines, les fruits, la vigne»
s'y succèdent dansw la plus agréable variété. L'alter*
nance bien marquée des saisons ramenant le froid et le
chaud par intermittences régulières, habitue les mé"*
nages à la prévoyance et à l'épargne, sans imposer
d'effort excessif. Les impressions de l'atmosphère sont
rudes en hiver mais toniques, et douces dans les
autres saisons sans être énervantes. Bien dotées par
la nature et enrichies par leur propre labeur, les so-
ciétés des zones tempérées s'élèvent aux arts, aux
sciences, à la politique, à tous les attributs de la civi-
lisation. Tant de privilèges font de ces régions bénies
an objet de convoitise pour les habitants des zones
froides, que l'on a vos de tout temps, dans notre hémi-
sphère, se précipiter vers le sud. On constate qu'à
mesure que les zones tempérées se réehauiTent en
avançant vers Téquateur, l'indolence apparaît : le lazza^*
rone de Naples, l'Arabe d'Aigrie.
( 206 )
86 portent à la contemplation des astres, à l'observation
de la nature, aux méditations pieuses : la science et la
religion se concentrent autour des puits et des sources,
stations de ralliement pour l'étude et la prière comme
pour le commerce. Sous des cieux voilés par les nuages
et les brumes, la même tendance religieuse se mani-
feste ; mais les fantômes et les dieux y prennent un
aspect mélancolique ou terrible, comme l'impression
qui naît du paysage.
Lorsque les tribus, primitivement nomades au hasard,
se sont mutuellement limitées dans des espaces plus
circonscrits, elles conservent longtemps l'usage de la
tente et la mobilité de leurs stations. Cette coutume,
qui s'observe dans nne grande partie de l'Algérie et
correspond à tout un système d'existence, tient à des
causes matérielles et à des causes sociales. Quand les
territoires à cultiver sont insalubres, les indigènes n'y
descendent que pour les semailles et les moissons, et
passent sur les hauteurs avoisinan tes le reste de l'année :
la tente senle se prête à une telle alternance de cam-
pements. A défaut de fumier qu'on ne sait pas amasser,
le parcage du bétail autour ou à l'intérieur du douar
fertilise tour à tour les diverses parties du territoire. La
jachère^ dont ne peut se passer une agriculture rudi-
mentaire, déplace d'année en année les labours et les
récoltes : de grands espaces lui sont nécessaires pour
nourrir une petite population. Trop peu industrieux
pour dominer ces influences, l'Arabe trouve plus de
facilités dans l'existence mobile que l'habitude remplit
d'attraits. A ces raisons économiques, d'autres s'allient:
le défaut de sécurité politique, l'absence de propriété
( 207 )
privée. Menacé par la cupidité oppressive de ses chefà,
il donne à sa fortune la forme qui lui permet de la mieui
soustraire à leur confiscation, et il ne s'attache pas à
un sol dont il n'a pas la libre disposition.
§ 14. — Les Déserts^ les Oasis.
Les déserts sont des steppes réduites au demîetdegi'é
de productivité, c[ui n'est pourtant pas la stérilité ab-
solue; même dans celui qui passe justement pour le
type du genre, le Sahara africain, il y a, sauf quelc[ues
larges traînées de dunes purement sablonneuses, une
courte végétation, nourrissant quelques animaux sau-
vages ou domestiques, et une population humaine qui
vague avec ses troupeaux au travers des solitudes. Au<
points où se dressent des montagnes d'une certaine élé-
vation, comme le djebel Hoggar, il pleut, des sources
coulent et rafraîchissent des arbres et des prairies : la vie
nomade s'y combine avec un germe de vie sédentaire.
De l'aridité des déserts, due aux sables qui les con-
stituent, dérive leur fonction économique, malfaisante
dans son essence. Plus que les mers, plus que les mon-
tagnes, les déserts séparent les familles humaines.
L'agriculture des zones voisines en subit l'influence.
Du sein des plages ardentes comme des fournaises,
s'élèvent des vents qui brûlent au loin les jeunes
pousses des arbres et dessèchent les récoltes sur pied :
de là s'élancent aussi des nuées de sauterelles dévas-
tatrices écloses au soleil des tropiques. Mais comme
nulle part, sauf auprès du pôle, l'homme n'est vaincu
par la nature, le désert lui-même a dû se prêter à servir
(2p8)
ses besoins. Le commerce s* est approprié le chameau,
que la uature avait admirablement doué pour être le
navire du désert, et grâce à lui de longues caravanes
ont pu traverser la mer de sable. La protection des
caravanes amies, le pillage des autres, ont procuré aux
habitants du désert les revenus que leur refuse le tra-
vail, La douane s'est installée au désert, sous la forme
qu'i'^diquait la nature du transit, et elle s'y accom-
mode d'un prélèvement en nature, volontaire ou con-
traint, substitué à l'argent.
Quel que soit le gain obtenu par cette intervention,
il ne fournit pas les vivres que le Saharien doit de-
mander surtout au lait des chamelles, réduites elles-
mêmes à brouter des herbes rares et des buissons secs.
L'existence tout entière s'en ressent Sobre, maigre,
nerveux, agile, trop disséminé dans l'espace pour con-
stituer des corps compactes de sociétés, le Saharien,
comme l'ancien Scythe, comme le moderne Turcoman
ou le Tartare, forme des confédérations aux limites peu
précises, et des alliances extérieures qu'il resserre vo-
lontiers par des mariages multiples échelonnés sur les
principaux points de sa route. Les puits, ainsi que
nous l'avons dit, creusés dans le sable, marquent les
étapes des voyages et deviennent le rendez-vous des
marchands, qui se transmettent, par un accord tacite,
le soin de les protéger contre l'invasion des sables.
Le désert encadre l'oasis qui verdoie splendidement,
même sous un ciel de feu. Nul autre détail sur le globe
ne montre mieux le lien intime des hommes et des
lieux, de la force sociale et de la forme géographique.
Au milieu de ces affreuses solitudes où s'est réfugié
( aw >
rhomïne libre refoulé par l'invasion, poursuivi par
rennemi» qu'une source soit découverte, qui coule tant
soit peu abondante, aussitôt la tribu fixe ses tentes
alentour pour cultiver les grains et les légumes, pour y
planter des arbres fruitiers » que les eaux vivifient.
Bientôt la tente est remplacée par la maison de terre
ou de pierre ; avec elle la vie sédentaire succède à la
vie errante, le travail à l'oisiveté, la culture intensive
au parcours pastoral, l'aisance aux privations. Riante
comme uu jardin et un verger, abritée comme une
cachette, l'oasis devient le magasin de dépôt, l'entrepôt
commercial, le marché des vivres des peuplades res-
tées nomades. Un voyageur croirait voir deux races,
comme deux sociétés opposées : un simple filet d'eau
a opéré cette transformation. Ce phénomène s'observe^
aussi bien qu'en Afrique, en Arabie, en Perse, dans
toute l'étendue de l'immense zone de sables qui prend
en travers l'ancien continent, depuis l'extrémité occi-
dentale de l'Afrique jusqu'au voisinage des confins
orientaux de l'Asie, sur 132 degrés de longitude, avec
une largeur variable. Sous la fécondation des eaux
jaillissantes, l'Algérie voit tous lesans naître des oasis,
bientôt après peuplées et cultivées par des nomades,
heureux de se fixer au sol et d'y planter des dattiers,
dont le produit est tel, que chaque pied supporte aisé-
ment un impôt de 30 centimes, plus que ne fait une
lieue de steppe ou de désert. Les charmes et les profits
de ces séjours délicieux attirent même les Européens
que Ton a vus, en 1863, prendre part aux enchères
d'une oasis mise en vente, et en porter le prix, con-
curremment avec les indigènes, à 3000 francs l'hectare.
(tid )
Le Touftt, les pays de Ghadamès et de R'at, le
Fezzan, sont des oasis dans le grand désert, comme,
plus à Torieût , Atigilah et Syouah ; l'Egypte tout
entière n'est qu^une longue et étroite oasis créée par le
Nil entré le désert de Libye et ceux d'Arabie et de
Syrie, qui se prolongent à travers la Perse et l'Afgha*
nistan, le Turkestan et le Tbibet jusqu'à la Mongolie,
où ils prennent le nom de désert de Gobi« Partout, sur
cette immense bande de terre d* une stérilité désolante,
on voit des ôultivatetirs groupéd autour d'un puita,
d'une source, d'un mince cours d'eao, veillant saas
cesse contré les pasteurs et les chasseurs, à qui la sté'
rilité du désert fait du pillage une condition d'exîB*'
tence. Lutte plus difficile encore et plus continue^ ils
ont à combattre les sablés que le vent accumule autour
de leurs cultures et de leurs demeures. Malheur aux
populations imprudentes qui se distraient de ce soin 1
Peu à peu les sables empiètent, débordent ; ils enseve*
lissent la demeure des hommes. Un jour Palmyre,
Niâive, Babylone, Ecbatane, dorment de l'éternel som-
meil des ruines. Dés sociétés déjà civilisées et séden-
taires ont par là reculé vers la barbarie. La horde s'est
reformée. Depuis les temps historiques^ l'Egypte a été
diminuée d'étendue latérale par le progrès de l'ensa-
blement, et sans d'incessantes précautions, elle serait
engloutie à son tour. C'est une des raisons majeures
qui font du travail forcé l'une des lois fondamentales de
f Egypte, et cette loi trodve un second appui dans le Nil,
dont les eaux entraînent un limon qui, mêlé au sable, le
fertilise et le fixe : non retenues, elles ravageraient tout.
Quand des rivières traversent le désert, des villes
(211 )
peuvent y naître, parce que l'eau et la chaleur assu-
rent, en fertilisant les terres, l'abondance des vivres;
tandis que les steppes, couvertes d'herbages plus pro-
pices à l'élève du bétail, prolongent la dispersion des
familles et des Iribus. C'est ce qui explique comment
l'Arabie, malgré l'aridité générale de son sol, doit aux
montagnes qui la traversent et aux sources qui en dé-
rivent, de posséder plus de villes que la steppe des
Kirghis tout entière, avec ses 400 000 tentes (1).
g 15. — Les Bancs saus-marins.
En passant du domaine des terres dans celui des
mers, nous avons à signaler, dans certains bancs
formés par des amas de matières hétérogènes, de re-
marquables propriétés économiques. A ne parler que
du plus important, le banc de Terre-Neuve, quelle
action n'exerce-t-il pas depuis quatre siècles sur la
marine, le commerce, la consommation des peuples !
Après avoir mis les pêcheurs sur la voie de l'Amérique
du Nord, il a provoqué des guerres, inspiré des traités,
créé dans des îles presque inhabitables des pêcheries
florissantes, développé l'industrie, le génie et la puis-
sance maritimes. Ce banc inscrit dans nos budgets
annuels des primes aux armateurs, assure aux matelots
des salaires, et fournit aux deux mondes un excellent
aliment à bon marché, l'humble et populaire morue.
(1) Humboldt, Cosmos, U, 251.
( 212 )
§ 16« — Les Courants mariîis,
La fonction économique des courants maritimes est
des plus manifestes, à la fois très-intense et très-géné-
rale. Les courants maîtrisèrent la marche des navires
primitifs et firent découvrir, sans intention de recher-
ches, les terres inconnues. Ils sont toujours de puissants
auxiliaires ou obstacles pour la navigation ; et c'est en
accélérant ou retardant la marche des bâtiments, suivant
qu'ils sont connus ou ignorés, qu'ils influent sur la con-
dition des peuples. Des effets de ce genre peuvent
atteindre des proportions surprenantes. C'est ainsi que
le lieutenant Maury, de l'observatoire de Washington,
a accru, de quantités presque incroyables, la richesse
des nations en découvrant les lois de la géographie
caractérisée principalement par la direction, l'intensité,
la température des courants. L'économie due à l'usage
de ses cartes était évaluée, en 1854, à 2 250 000 dol-
lars pour le seul commerce d'exportation des États-
Dnis. Grâce à lui, la traversée de Washington à l'équa-
teur a été abrégée de dix jours ; celle de Californie a
été réduite de 185 jours à 135. Tous les peuples re-
cueillent de cette découverte leur part de bénéfice.
Entre l'Angleterre et l'Australie, la traversée moyenne,
qui était de 125 jours à l'aller et autant pour le retour,
n'est plus que de 97 jours pour aller et 63 pour re -
venir : 160 jours au lieu de 250. Avec une épargne de
90 jours de temps, quelle épargne de frais d'arme-
ment, de risques, d'assurances, de travail, de salaires
et de capitaux !
( 213 )
Le plus célèbre de tous ces courants, le Gtilf-Stream^
non-seulement exerce une action bien connue sur les
températures des régions de TAmérique et de l'Europe
qu'il avoisine, mais il étend son influence à la politique
générale. Tant que les marins n'en connurent pas bien
la nature et les mouvements, ils furent contrariés dans
leur navigation vers les ports de la Nouvelle- Angleterre,
Boston, New-York, et les ports du Sud bénéficièrent
du courant qui leur amenait les navires; Gharleston,
qui est le plus rapproché du GulfStream^ devint un
des entrepôts de la route. Dès que les lois de la navi-
gation dans ce fleuve d'eau chaude furent connues, la
traversée d'Europe aux colonies du Nord fut abrégée
de moitié, tandis que celle aux ports du Sud restait à
peu près la même. Les premières devinrent accessibles
l'hiver comme l'été ; au lieu d'être une étape presque
obligée de la route, Gharleston ne fut qu'un port exté-
rieur et écarté (1) ; la suprématie commerciale et éco-
nomique de New-York fut assurée, et la prépondérance
du Nord renforcée,
§ 17. — Les Climats^ la Température.
En nous élevant par la pensée de la terre et des eaux
dans l'atmosphère, nous avons à étudier divers phéno-
mènes dont l'action, tantôt isolée, tantôt combinée, se
fait sentir à tous les êtres organisés, aux végétaux et
aux animaux, aussi bien qu'aux hommes ; ce qui en fait
autant d'agents de la condition économique des so-
(1) Maary, Géographie phy$iqu9 des fn«r««
( Uà )
ciétés. Leur ensemble constitue le climat des diverses
localités, et la température en est le principal élément.
En déterminant les végétaux et les animaux propres
à chaque région, la température détermine du même
coup les cultures et les aliments, qui, à leur tour,
règlent le régime du travail et les habitudes. Par cette
solidarité de rapports, la division populaire du globe
en zones torride, tempérée et glaciale, entre lesquelles
il conviendrait peut-être d'intercaler deux zones inter-
médiaires, la, froide (0° à +10"" de température moyenne)
et la chaude (20* à 25**), révèle à première vue Tune
des harmonies fondamentales de la nature avec les
sociétés humaines.
Dans la zone glaciale du nord, la seule habitable
( — 0** de température moyenne), le froid extrême ra-
bougrit les arbres, qui finissent par disparaître entière-
ment ; les mousses et les lichens, seuls végétaux qui
résistent, ne peuvent nourrir que le renne ; faute de
chaleur qui mûrisse les fruits de la terre, Tagriculture
est impossible , et l'industrie, quoiqu'elle ait à sa dis-
position des minéraux et quelques bois, se réduit à là
pêche, à la chasse, au transport sur traîneaux tirés par
des chiens; le commerce est borné aux fourrures et
pelleteries, à la graisse et à Thuile des poissons.
L'homme se creuse des tannières ou s'abrite sous des
huttes demi-souterraines; les famiUes vivent à l'état
sauvage, plus isolées par le froid que rapprochées par
le besoin, et croupissent dans une incurable misère qui
leur enlève même la force morale nécessaire pour
émigrer de ces affreuses solitudes.
La zone froide (0° à + 10** de température moyenne)
(116)
se montre beaucoup plus propre aux arbres» et permet
une agriculture à herbages et raciuest complétée par
quelques céréales, quelques légumes, quelques plantes
textiles bien rustiques. Son cadre est réduit par la
nécessité de réserver beaucoup de bois pour le chauf-
fage, par le peu de journées de travail, par les faibles
rendements des récoltes. C'est assez néanmoins pour
que, dans les endroits les plus fertiles et les mieux
exposés , la vie sédentaire avec ses divers agréments
succède aux misères de la zone glaciale.
Les zones tempérées (+ iO** à + 20* de température
moyenne) réunissent les conditions les plus favorables
au travail humain. Les herbages et les arbres, les cé«
réaies, les légumes, les racines, les fruits, la vigne»
s*y succèdent dans, la plus agréable variété. L'alter-
nance bien marquée des saisons ramenant le froid et te
chaud par intermittences régulières, habitue les mé-
nages à la prévoyance et à l'épai^ne, sans imposer
d'effort excessif. Les impressions de Tatmosphère sont
rudes en hiver mais toniques, et douces dans les
autres saisons sans être énervantes. Bien dotées par
la nature et enrichies par leur propre labeur, les so*
ciétés des zones tempérées s'élèvent aux arts, aux
sciences, à la politique, à tous les attributs de la civi-
lisation. Tant de privilèges font de ces régions bénies
an objet de convoitise pour les habitants des zones
froides, que Ton a vos de tout temps, dans notre hémi-
sphère, se précipiter vers le sud. On constate qu'à
mesure que les zones tempérées se réchauffent eu
ayançant vers Téquateur, l'indolence apparaît : le lazza^
rone de Naples, l'Arabe d'Algérie.
(216)
Les zones chaudes (20'' à 25'') reproduisent les
mêmes avantages, avec une exubérance de sève végé-
tale et animale qui satisfait les besoins moyennant peu
de travail. Par une disposition générale chez tous ses
habitants, ils inclinent à la paresse en proportion même
de ce que la nature a fait pour eux, et cette disposition
se montre avec toute sa franchise dans la zone torride
(26** à 28" de température moyenne). Ici les aliments
abondent ou s'obtiennent par le plus léger effort.
La chaleur dispense des vêtements et réduit T instinct
de la pudeur à sa plus simple expression, et quelque-
fois même Tanéantit en entier. L'habitation peut se
borner à une hutte de feuillage et de branchages.
Amollies encore plus que les corps par cette libéralité
de la nature, les âmes languissent,, indolentes dans la
liberté, ou subissent l'esclavage sans révolte. Dans ces
embryons de société qui sont incapables de s'élever
seuls à la civilisation , faute d'industrie et de pré-
voyance, d'affreuses disettes sévissent pour peu qu'un
accident emporte les vivres ou que la population dé-
passe les subsistances. De là cette abominable coutume
que la zone torride connaît presque seule, du canniba-
lisme, qui remplace par la chair de l'homme la nourri-
ture qui manque. Puisque la facilité de vivre sans
travail restreint la production dans la zone torride,
l'intervention fraternelle des sociétés supérieures doit
raffiner les besoins matériels, susciter les besoins mo-
raux, mettre en jeu des ressorts qui donnent au travail
quelque attrait. C'est faute d'avoir employé de tels mo-
biles que le régime colonial s'était constitué sur l'escla-
vage ou travail forcé qu'une partie de la confédération
(217)
américaine défend avec des sophismes qui sont un
scandale.
Dans Taperçu qui précède des rapports naturels
entre la température et l'économie productive des so-
ciétés, nous avons marché des pôles vers Féquateur.
Pareille correspondance se renouvelle dans la série des
altitudes. Sur l'échelle des hauteurs inégales qui for-
naent lesmonU^nes, de leur base au sommet, les races
et les sociétés humaines se montrent diverses comme
les climats» comme les produits végétaux. Du Mexique
au Chili, la chaîne des Andes présente le spectacle de
ces contrastes. Sur le littoral et dans les plaines basses,
les débris de la race indigène ou les noirs qui l'ont
remplacée, les uns et les autres invulnérables au climat ;
à mi-hauteur les métis; tandis que, sur les cimes et les
plateaux élevés , anx indigènes et aux métis s'entre-
mêlent les blancs, ou créoles ou natifs d^Europe, qui
retrouvent dans la zone intertropicale, au pied de pics
couronnés de neiges éternelles, à plusieurs milliers de
mètres d'élévation, le climat d'Europe. Les sociétés
qui possèdent ces variétés de populations et de pro-
duits favorables aux échanges, avanceraient rapidement
vers une haute civilisation, si elles n'avaient d'autres
obstacles à vaincre ; entre autres les difficultés des
communications et d'ordinaire Téloignement de la mer.
La température s' élevant du pôle à l'équateur, tandis
que les lignes isothermes vont de l'est à l'ouest, cette
loi naturelle a pour conséquence de multiplier davan-
tage la diversité des produits, et par suite les échanges,
dans le sens des méridiens que dans celui des paral-
lèles : considération qui peut trouver sa place dans les
VI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. A. 15
• ( 248 )
queslioos de viabilité , de traités de commerce et d«
colonisation.
§ iS.—Les Vents.
Gomme agents de chaleur et de froid, et comme
forces motrices, les vents interviennent dans T économie
des sociétés humaines. De tout temps leur souffle
poussa les navigateurs vers les hautes mers et les terres
inconnues ; et lorsque leur direction, avec toutes ses
variations, eut été bien observée, ils devinrent les puis-
sants auxiliaires de la navigation et du commerce.
Éole ne déchaîna pas seulement d'aveugles tempêtes :
il enfla d'une haleine intelligente les voiles qui ne tar-
dèrent guère à compléter et remplacer les rames. Les
moussons de Tocéan Indien, connues peut-être des
Hébreux et des Phéniciens, certainement des Arabes,
rapprochèrent l'Afrique orientale de TArabie, du golfe
Persique, de Tlnde et de Ceylan. Sans les moussons,
un iman n*eût pas songé à soumettre à la même auto-
rité le pays de Mascate, en Asie , et celui de Zanzibar,
en Afrique, séparés par plus de 600 lieues que les vents
favorables font parcourir en quelques jours. C'est pro-
bablement la mousson du nord-est qui a conduit à
Madagascar la tribu malaise des Hovas laquelle s'y est
rendue maîtresse du pouvoir-; c'est elle encore qui
conduit les banians de l'Inde dans toutes les stations
de l'Afrique orientale, dont ils sont les principaux
marchands et les seuls banquiers, et c'est la mousson
du sud-ouest qui les rapatrie.
DansVocéan Atlantique, les vents alises, qui soufflent
(210)
de Test à Touest, eussent fait de bonne heure décou-
vrir r Amérique, si elle eût été moins éloignée; ils ont
poussé les pêcheurs basques vers les eaux du Gulf--
Stream^ qui les ont entraînés vers Terre-Neuve ; quand
le nouveau monde a été enfin découvert, ces courants
atmosphériques, portant rapidement d'Afrique en Amé-
rique, ont singulièrement aidé, par la facilité des tra-
versées, les traitants d'esclaves.
A terre, les vents influent sur l'agriculture, dont ils
favorisent ou contrarient les récoltes, suivant les cas ;
sur l'industrie, dont ils meuvent les moulins, l'un des
premiers instruments qui aient allégé la servitude de
la femme et servi à épuiser les eaux stagnantes et sou-
terraines. Leur action donne une valeur à des loca-
lités qui n'ont d'autre mérite que d'être situées en des
lieux découverts et au bord de la mer, et soumises aux
brises alternatives de jour et de nuit. Mais, sans entrer
dans des détails, contentons^nous de signaler les con-
séquences économiques du système général de circu-
lation aérienne. Sous la zone torride, les couches d'air
échauffées s'élèvent dans le haut de ratmosphère et
sont remplacées par des couches d'air plus froid venues
de la mer ambiante ou des pôles. Celles-ci, par leur
déplacement progressif du nord au sud dans notre
hémisphère, établissent un courant d'air froid, allant du
pôle vers l'équateur, qui refroidit la température dans
la moitié nord de l'Europe et la rend glaciale dans la
Russie entière, car toute cette immense zone est ouverte
sur le pôle boréal sans aucune barrière transversale
de chaînes montagneuses. Agriculture impossible ou
médiocre^ industrie difficile, population rare, commu-
( 220 )
nications coûteuses, puissance économique et politique
faible relativement à l'étendue ; telles sont, dans une
certaine mesure, les conséquences d'une disposition
géographique qui livre une vaste contrée à l'action
prédominante sans correctif des vents polaires.
Les vents sahariens exercent une influence tout autre
en Afrique, la partie du monde la plus exposée aux
feux du soleil, dont le grand désert redouble l'ardeur.
Le simoun dessèche les herbes et condamne les popu-
lations à la vie nomade, parce qu'il leur faut changer
de pâturages pour nourrir leurs troupeaux de mou-
tons, de chèvres, de chameaux. Ses tourbillons enseve-
lissent dans uu linceul de sable les caravanes surprises,
ou, comblant les puits, changent les routes commer-
ciales du désert. S' avançant sur la lisière du nord et
changeant de nom, le sirocco enflamme l'air, dessèche
les arbres, les récoltes, les poumons des animaux : il
est un des fléaux de la Berbérie. Quand il franchit la
Méditerranée, son influence est tantôt funeste aux mois-
sons qu'il brûle, tantôt favorable aux cultures. Le plus
souvent il est agréable et même utile , par la tiédeur
que lui ont donnée les eaux fraîches de la Méditerranée.
Sous le nomde fâhn (peut-être le favonius des Latins),
il favorise en Suisse la fonte des neiges et des bords
des glaciers, et rend possible l'agriculture en des
temps et des lieux où elle serait impossible sans cette
aide bienfaisante. Il n'est pas rare que l'Autriche et le
midi de l'Europe orientale ressentent de même le
souffle des vents chauds d'Afrique et quelquefois
d'Arabie.
L'industrie humaine a su tirer parti de ces pro-
( 221)
priétés desséchantes en recueillant la gomme qui dé-
coule des arbres dont les vents sahariens fendent
récorce. L'harmattan est le vent né sur la lisière mé-
ridionale du Sahara, à qui l'on doit la gomme des aca-
cias qui poussent entre le désert et le fleuve du Sénégal.
Elle est d'autant meilleure et abondante que le souffle
a été plus brûlant ; et comme la température se ressent
du voisinage du Sahara, cette circonstance, fâcheuse à
tant d'autres égards, assure à la gomme du Sénégal la
supériorité sur toutes les similaires récoltées plus loin
du désert.
§ 19. — Les Eaux du ciel, les Pluies^ Neiges^
Rosées^ Grêles,
Sous ces diverses formes, l'eau distribuée dans
l'atmosphère exerce sur le sort matériel des sociétés des
influences de tout temps remarquées. La vapeur d'eau
se congèle-t-elle en neiges éternelles et en glaciers, elle
alimente les fleuves, les rivières, les lacs, dont nous
avons montré le lien intime avec les conditions de
l'agriculture et de l'industrie. Les régions qui manquent
de ces hauts réservoirs ont rarement un système hydro-
graphique suffisant aux besoins : c'est le défaut de
l'Afrique, où les neiges permanentes ne s'observent
que sur un petit nombre de points, sans former nulle
part de vastes plaines de glace. La vapeur d'eau se
résout-elle en neige, non pas permanente, mais consis-
tante pendant quelques mois seulement, elle couvre
les semailles confiées au sol d'un manteau qui les ré-
chauffe, et dont la fonte, aux tièdes rayons du prin-
( 222 )
temps, pénètre les terres d'une humidité favorable à la
végétation, et renouvelle les sources dans les profon-
deurs du sol. L'eau coule-t-elle en pluies, la terre ra-
fraîchie en devient d'autant plus fertile que la tempé-
rature est plus chaude, jusqu'à la mesure où elle serait
excessive et produirait l'inondation : par là prennent
place dans nos règlements civils toute une suite de
dispositions sur la propriété et l'usage des eaux, ainsi
que les opérations si importantes, au point de vue éco-
nomique, de l'irrigation, du drainage, de l'endigue-
ment des torrents et des rivières. Enfin les eaux du
ciel, en s'infiltrant sous terre, y forment des nappes
invisibles que la sonde découvre et fait jaillir en puits
artésiens, précieuse ressource pour la consommation
domestique, industrielle, agricole. Dans les contrées,
telles que la plupart des plateaux calcaires, où les
roches sont superposées à plat, au lieu de se creuser en
cuvettes, les eaux, s' écoulant par les issues de leur
pourtour, produisent des sources, des chutes, des cas-
cades, dont les propriétés alimentaires, motrices et
fertilisantes, déterminent l'emplacement des villages
et des usines, et deviennent le principal élément de la
prospérité. Presque partout, du reste, la populatioa a' est
rapprochée des cours d'eau pour assurer la boisson
des hommes et des animaux, et il est une multitude
de villes qui doivent leur existence à une source abon^
dante. Quand les sources possèdent des propriétés mé-
dicinales, dues à la dissolution de certaines substances
ou à une haute température, elles provoquent, à titre
d'eaux minérales et thermales, la création d'établisse*-
ments sanitaires qui deviennent souvent de riches
( 223 )
cités, et toujours répandent beaucoup d'argent et
d'animation dans le pays qui en est doté. La simple
fraîcheur des eaux donne de nos jours, grâce à la faveur
dont jouît Thydrothérapie, une valeur commerciale à
des sources et à des courants privés de toute autre
utilité. Nous avons dit le rôle que jouent les puits dans
les déserts et comment de simples filets d'eau font
nattre une oasis. Mentionnons enfin la rosée , comme
devenant par le rouissage une auxiliaire de la méca-
nique et de la chimie.
Considérées dans leurs rapports avec les zones ter-
restres, les pluies sont un des principes constituants
des climats. Variables en quantité et en intensité, ré-
parties à peu près sur toute Tannée par périodes inter-
mittentes, elles caractérisent les zones tempérées;
continues et régulières pendant presque toute Tannée,
elles caractérisent la zone équatoriale et torride. Entre
ces deux termes, se place toute une série de transi-
tions, dont la plus remarquable est la division de
Tannée en deux périodes semestrielles marquées par
la chute ou Tabsence des pluies, Thivernage et Testî-
vage. Non-seulement les travaux agricoles, mais les
mœurs, les lois, les institutions, la santé publique, Tar^
chitecture, se ressentent du système régnant des pluies.
Au-dessus des déserts qui avoisinent le tropique
d'Afrique en Asie, sur toute la largeur de Tancien con-
tinent, il ne pleut pas, parce que les sables brûlants
enflamment Tair ambiant, ce qui empêche la vapeur
d'eau de se condenser en pluie et en rosée. La
stérilité du fonds géologique, se combinant avec une
chaleur violente, écarte le seul remède qu'elle puisse
( 224 )
avoir, rimbibition de Teau pluviale : condamné à une
incurable sécheresse, le désert devient ainsi étemel, à
moins de recourir à l'irrigation artificielle. Un phéno-
mène analogue s'observe, avec les mêmes effets, autour
des montagnes pelées des pays chauds que le déboi-
sement a privées de toute végétation : aucune vapeur
d'eau ne peut se condenser autour de ces sommets
échauffés ; aucune source ne coule de leurs flancs et à
leurs pieds.
Dans les pays méridionaux (nous parlons pour l'hé-
misphère septentrional) où la sécheresse, sans être
permanente, est fréquente, elle entraine des pratiques
agricoles et des combinaisons économiques particu-
lières. Elle fait préférer aux récoltes annuelles, trop
chanceuses, les cultures arborescentes et les vignobles ;
elle écarte le fermage qui suppose une régularité
annuelle des produits, et recommande le métayage qui
répartit également les risques entre le propriétaire et
le cultivateur.
Les sécheresses accidentelles, comme la surabon-
dance des pluies ou des brouillards, en détruisant les
récoltes, entraînent des pertes et des misères qui
appellent des dégrèvements d'impôts et des secours.
Les grêles, qui causent les mêmes dommages et
réclament les mêmes indemnités, pénètrent aussi, par
les assurances, au cœur de la sphère économique. Les
localités particulièrement exposées à leurs ravages par
leur condition topographique, ce que l'expérience ne
tarde pas à apprendre, trouvent difficilement à se faire
assurer. L'assurance mutuelle y remplace presque tou-
jours Tassurance à prime fixe, et l'une comme l'autre
( 226 )
élèvent la prime à payer proportionnellement an
risque (1).
§ 20. — La Lumière.
Les propriétés économiques de la lumière sont moins
macifestes : ce n'est pas que, par les divisions du jour
et de la nuit, elle n'influe sur toutes nos habitudes
sociales ; par la proportion relative d'heures éclairées
et de ténèbres, elle est de la plus haute considération
pour l'économie domestique et pour l'édilité ; par sa
distribution inégale suivant les climats, elle détermine
la consistance variable des tissus organiques et favorise
certains êtres de préférence aux autres ^ la coloration
diverse des races humaines dépend sans doute aussi,
en quelque chose, des rayons lumineux. Mais ces
actions rentrent plutôt dans l'ordre physique et phy-
siologique. Son action la plus directe sur les sociétés
humaines paraît être dans l'avantage qu'elle assure à
certaines contrées par la transparence de l'air et la
sérénité du ciel ; encore l'état hygrométrique de l'atmos-
phère entre-t-il pour moitié dans ces facilités. C'est
en effet sous les climats en même temps secs et inondés
de la lumière du soleil pendant le jour, de la lune et
des étoiles pendant les nuits tièdes, que l'astronomie
a pris naissance, en Chaldée, en Syrie, en Egypte; et
la connaissance des astres a réglé l'agriculture, dirigé
la navigation, inspiré le culte. De cette contemplation
(1) Si nous voalions sortir da cercle purement géographique, nous
terminerions ce paragraphe par la vapeur d*eau, dont le grand rôle
dans IMndustrie contemporaine n*a besoin que d*étre indiqué.
( SS« )
du ciel an centre d'horizons sans fin, il est résulté aussi
cette élévation naturelle des âmes vers Dieu et cette
aspiration à Tinfini, qui ont prédisposé la race sémi-
tique, campée en Syrie et en Arabie, à la fondatioD
des trois grandes religions de Thumanité dans TOcci-
dent : le judaïsme, le christianisme, Tislamisme.
Ce privilège des belles nuits rayonnantes et limpides,
propres aux régions subtropicales et chaudes, y appelle
les observatoires de la civilisation, qui, sous les brumeux
climats du Norà, ne fonctionnent que par intervalles;
et ces établissements de la science sont toujours le
prélude de quelques bénéfices économiques, ne fût-ce
que par l'étude approfondie du climat local, dont la
connaissance importe tant à F agriculture.
§ 21. — Le Magnétisme terrestre.
Plus certaine et plus matérielle est l'action des cou-
rants magnétiques : il suffit de nommer la boussole
pour en résumer d'un trait les incalculables bienfaits;
à elle doivent leurs premiers progrès la navigation et
la géodésie. Tune et l'autre si essentielles dans l'éco*
nomie des sociétés. Mais il reste à découvrir quels
rapports existent entre la direction et Tintensité des
courants magnétiques, d'une part, et les produits orga-
niques ou les richesses minérales distribués sur le
globe, et dont le feroxydulé-magnétique est un exemple.
Outre les exploitations industrielles que l'aimant dé-
termine, y a- t-il d'autres rapports entre le magnétisme
terrestre et l'état des sociétés humaines? C'est une
question encore entourée d'un profond mystère.
(M7)
g 22. — V Électricité.
Les services les plus éminents de rélectricité se ré*
sument aussi en un mot : le télégraphe électrique.
Sous le louable aiguillon de Témulation internationale
qui se traduit en profits directs, tous les pays civilisés
se jalonnent de poteaux de bois unis par des fils mé-
talliques, avec une ardeur qui promet à notre siècle
rétablissement d'un réseau universel de communica-
tions intellectuelles presque instantanées : image exacte
du réseau nerveux qui distribue la sensibilité et le
mouvement aux animaux. Quand il sera plus avancé,
l'unité du genre humain passera du domaine des
croyances et des théories dans celui des faits, et l'unité
géographique du globe se fortifiera de l'unité écono-
mique, conciliée avec une extrême variété de produits.
C'est ici le lieu de rappeler que la foudre a provoqué
le génie humain à découvrir le paratonnerre et à con-
stituer les assurances contre le feu du ciel, qui en ont
enfanté beaucoup d'autres, gages de sécurité pour les
assurés , instrument de fortune pour de nombreuses
compagnies.
% 28. — Les Tempêtes.
Le procédé financier des assurances était né, long-
temps auparavant, comme aussi le contrat à la grosse»
des risques que courent les navires, et où l'électricité
joue un grand rôle. Tempêtes, ouragans, raz de
marée, cyclones, typhons, trombes; sous des noms
( 228 )
divers, ces désordres violents de la mer et de Tatmos-
phëre causent des désastres pareils ; ils engloutissent
les navires ou les brisent contre les rivages. Ces dan<
gers, l'assurance maritime les calcule, les taxe et les
rachète, le contrat à la grosse les brave. La réparation
est moins facile sur la terre qui ressent le contre-coup
de ces accidents par la destruction des récoltes, par le
renversement des arbres et des maisons, par le boule-
vei*sement des travaux publics. Malheur aux régions
placées sur le trajet habituel de ces terribles météores,
qui ont pour la plupart, entre autres les cyclones et les
typhons, leur aire normale ! elles inscrivent pour long-
temps dans leurs annales, en souvenirs de deuil et de
dépenses extraordinaires, les années marquées par ces
néfastes épisodes. L'île ou la terre voisine, qui peut
offrir un refuge aux navires désemparés, acquiert la
prépondérance sur celle à qui manque un port, et qui
voit les assurances de sa navigation atteindre à un taux
écrasant, ou même les navires intimidés s'éloigner de
ses rives. Ce sont l'île de France et Bourbon , dont la
valeur respective fut mieux appréciée en 1815 des
diplomates anglais, versés dans la géographie écono-
mique, que des Français qui l'ignoraient.
Sous la menace toujours imminente de ces fléaux
qui semblent indomptables, le génie humain ne s'est pas
découragé : il a étudié les mouvements des cyclones,
il en a découvert les lois dans leurs divers parages, et
sauvé par là bien des personnes, bien des richesses;
la science a même, par une heureuse hardiesse, fait
servir la force du tourbillon à une plus rapide transla-
tion des navires dans la direction de sa route.
( 229 )
§ 24. — Les Volcans.
Les volcans montrent sons d'autres aspects les puis-
sances destructives de la nature et leurs effets écpno*
miques. Sous les laves et les cendres disparaissent les
cités avec leurs habitants , les fermes, les routes, les
plantations, les récoltes : capitaux et revenus pour tou-
jours détruits et qui ne poarrout être reconstitués que
par le travail séculaire des générations, coûteux renou-
vellement d'une œuvre déjà faite. L'archéologie seule
donne quelque valeur aux ruines. Par la terreur que
répandent les volcans, les régions avoisinantes restent
en partie incultes et inhabitées, à moins que leurs éjec-
tions n'aient produit une fertilité exceptionnelle qui
fait braver le péril.
S 25. — Les Tremblements de terre.
Le danger est moins saisissant avec les tremblements
de terre, parce qu'il frappe la mémoire plutôt que les
yeux et qu'il est d'ailleurs plus soudain et plus court;
et néanmoins il peut entraîner d'immenses catastrophes.
Depuis Balbeck jusqu'à Lisbonne (1), l'histoire est rem-
plie de ces malheurs qui ont englouti tant de villes et
enseveli les populations sous leurs décombres, boule-
versé quelquefois le sol d'un pays. L'obstruction d'un
port, une source tarie, peuvent atteindre dans son prin-
cipe la fortune d'une cité.
(1) Et Manille, depuis la lecture de ce roémoire,
( 2S0 )
Quelquefois même le tremblement de terre a des
conséquences politiques : à la suite d'une catastrophe
de ce genre vers la fin du XYiif siècle, la ville dOran
fut abandonnée aux Arabes par les Espagnols, fatigués
d'une occupation sans sécurité.
De nos jours, tout pays menacé de fréquents trem-
blements de terre est exposé à se voir fermer tout crédit
hypothécaire sur ses maisons ou à payer le risque par
le taux de l'intérêt, à moins qu'il n'adopte un système
d'architecture propre à atténuer le contre-coup die ces
commotions : même avec cette précaution, les accidents
de ce genre resteront toujours en dehors des assurances.
La stabilité d'une grande partie des établissements
humains repose sur la rareté des tremblements de terre,
et c'est pourquoi l'économie politique , personnifiée
dans l'édilité des villes, en doit tenir grand compte.
§ 26. — Les Minéraux.
Après avoir parcouru les milieux liquides, solides
et gazeux au sein desquels se développent les sociétés
humaines, et qui sont le domaine propre de la géogra-
• phie, nous allons jeter un coup d'œil rapide sur les
grandes catégories de produits qui composent la ma-
tière du globe terrestre, et que la science géographique
enregistre suivant leur distribution, la science écono-
mique suivant leur emploi , sans les étudier spéciale-
' ment : ce sont les minéraux, les végétaux, les animaux.
Les matières minérales s'offrent à l'exploitation
humaine sous deux formes principales : tantôt mêlées
à une couche plus ou moins épaisse de terre végétale,
( «84 )
elles sont le sujet de Tagricultare ; tantôt réduites à
elles-mêmes, elles sont Tobjet de Tindustrie : sous ces
deux formes elles ont les rapports les plus intimes avec
la condition économique des sociétés*
a. EmidoiB afriool6B.
Les roches qui constituent la charpente osseuse du
globe possèdent, tant par leur composition propre que
par leur décomposition et leur mélange, des propriétés
qui établissent entre les diverses contrées géogra-
phiques» des différences notables et dans la nature des
cultures et dans le rendement des récoltes. Ici la terre
fertile récompense libéralement le travail de l'homme ,
ailleurs il use ses forces pour le plus maigre résultat :
de là des pays naturellement appelés à la richesse ;
d'autres naturellement condamnés à la pauvreté. Cette
fertilité dépend de la proportion des éléments chi-
miques et physiques, suivant des lois que nous n'avons
pas à étudier ici ; les applications économiques nous
importent seules.
La fertilité du sol, assurant des récoltes régulières
et abondantes, nourrit et enrichit une population vi-
goureuse et nombreuse, élève de confortables demeures,
multiplie les villages, suscite et enrichit des villes,
assure la puissance politique des États. A moins que
les lois ne s'y opposent, en de tels pays la propriété
tendra à se morceler entre les familles, dont chacune
se prendra d'amour pour une terre qui récompense
généreusement ses peines; et comme les petites et
moyennes fortunes sont toujours plus nombreuses que
( 282 )
les grandes, les petites et moyennes propriétés ou cul-
tures deviendront la règle dominante.
Ces effets, quelque probables qu'ils soient, peuvent
être neutralisés par le climat, qui, comme nous Favons
vu, invite à Tindolence sous les tropiques, parce que
la nature y dispense trop Thomme d'un travail soutenu.
La stérilité du sol aboutit à des résultats différents :
populations chétives, rares, disséminées en de rares
chaumières et de pauvres hameaux, villes distantes
l'une de l'autre, faible puissance des arts, des sciences,
de l'administration. Néanmoins, ici encore, le génie
natif de la race et un milieu qui excite au travail et loi
ouvre les voies du commerce et de l'industrie, peuvent
faire contre-poids à l'action naturelle du sol : témoin
l'Attique dans l'antiquité.
La composition géologique du sol agit directement
sur le système des cultures. Dans les terrains calcaires,
où le sol a peu de profondeur, les eaux, «massées dans
des excavations souterraines ou arrêtées par des
couches d'argile, ne sourdent qu'en de rares fissures,
au pourtour des plateaux et au fond des vallées ; la
culture extensive des céréales y trouve son théâtre
naturel; les herbes, courtes mais savoureuses, y con-
viennent à l'élève du mouton. Ces terrains deviennent
des pays de grandes fermes, où de gros villages sont
échelonnés de loin en loin pour les foires, les marchés,
le commerce de détail et les industries rurales : pen-
dant l'été, la sécheresse prescrit la transhumance des
troupeaux, si l'on se trouve au voisinage des hautes
montagnes.
Moins fertiles, les pays granitiques et schisteux
( 53à )
poussent aussi à la culture extensive, mais avec d'autres
caractères : par la multiplicité des sources, éparses à
de petites distances, par la fraîcheur qu'elles commu-
niquent aux herbages, ces terrains portent au régime
pastoral et à la culture des fourrages ; les habitations
sont disséminées, mais ne constituent que de petites et
moyennes fermes et de faibles hameaux, parce qu'elles
sont entourées d'une médiocre étendue de terrains cul-
tivables; la prédominance des pacages invite à la com-
mune dépaissance. pour laquelle dévastes terrains sont
réservés : trop pauvres pour suffire à leurs besoins admi-
nistratifs, les communes sont réduites à Tétat de sec-
tions communales, revendiquant toutefois la propriété
de leurs communaux.
Enfin les terrains qui sont à la fois fertiles, meubles
et profonds, appellent la culture intensive, qui peut
enfouir utilement beaucoup de travail sur un étroit
espace; tels sont, entre autres, les pays alluvionnaires.
Pour peu que les autres circonstances en favorisent le
* développement, les gros bourgs et les villes ne tardent
guère à y former les centres d'une banlieue agricole
et horticole riche et bien cultivée (1).
Un autre classement de terrains correspond à d'au-
tres attributs agricoles, et notamment à la production
du bétail. Les terrains primitifs et de transition sont
(1) a Ea France, c'est la compositioD argileuse des couches végé-
tales qui a donné à la Bric, à la Beauce, au Vexin, leurs grandes fermes
à blé; comme c'est leur légèreté et leur prorondrur qui ont donné h
la Flandre française ses petites et moyennes fermes. » (Hippolyte
^my , Rapport sur les systèmes de culture, et examen de leurinfiuence
*«r Véconomie sociale.)
VI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 6. 16
( 234 )
plqs propices à là multiplication du cheval et du ban]{,
les terrains secondaires et tertiaires & l'élevage de ces
dpim^ux : de là, toujours en tenant compte des climats,
UD6 division en deux branches de l'industrie et du
qoïpmerce ?ootechniques qui réagit sur toute V agri-
culture (1).
Le genre des cultures, suivant que le déterminent le
climat, le sol et les débouchés, exerce également sa
part d'influences. Les pâturages isolent les populations;
les céi:éales les dispersent à travers champs ; les vi-
gnobles les groupent en villages; les cultures dites
commerciales et industrielles les rapprochent en petites
fermes contiguës ; les jardins, les vergers, les rattachent
aux villes voisines qui embellissent et enrichissent la
campagne environnante,* si stérile qu'elle soit, à Taide
d'énormes capitaux et engrais. .
D'après ces rapprochements, la vue d'un pays à vol
d'oiseau ou son étude à l'aide d'une carte détaillée,
peut faire pressentir de quels faits géographiques dé-
rivent la condition économique de ses habitants, et leur
répartition sur le sol, et réciproquement.
h. Emplois industriels.
Rien n'est plus connu que l'application des produits
minéraux du sol aux besoins de l'industrie humaine,
et c'est pourquoi il nous suffira de rapides indications.
L'économie politique, groupant ces; matières à son
point de vue propre, classe les métaux d'abord en deux
(1) Voyez Magne, De V influence des terrains sur la division de Viri'
dustrie zootechnique et sur la production des animaux.
( 285 )
catégories : les métaux précieux et les métaux com-
muns, les uns et les autres d'une utilité extrême, quoi-
que bien difiérente.
Par leurs propriétés physiques et chimiques, qui
presque de tout temps et eu tout pays les ont fait
adopter pour monnaie ou instrument d'échange, Tor
et l'argent furent, dès la plus haute antiquité, les
amorces primitives du commerce ; ils abondaient alors
dans l'ancien continent comme aujourd'hui dans le
nouveau. Leur recherche et leur ti'afic imprimèrent le
premier mouvement d* émigration, de navigation et de
colonisation, d'où naquirent la civilisation florissante de
Tyr, de Cai'thage, de Marseille, et la connaissance
d'une partie de plus en plus éteudue du monde. Les
poètes maudirent la soif de Tor {auri sacra fame$)^
mais les économistes la bénirent.
Le même sentiment, relevé cependant par des aspi-
rations religieuses, couduisit en Amérique Christophe
Colomb, ses compagnons et ses imitateurs. Du xv"" au
xvm* siècle, les mines d'or et d'argent du Pérou et du
Mexique corrompirent les métropoles par les facilités
données au luxe sans travail et à l'oisiveté des grands,
en même temps qu elles changèrent les fortunes par la
baisse générale des valeurs. Eu notre temps, les pays
aurifères, tels qiie la Californie et l'Australie, ont
exercé la même attraction sans produire les mêmes
dommages, parce que les lingots exportés ont été rapi»
dément entraînés dans le courant d'une circulation
productive. Au meurtrier travail des mines a succédé
un état social, très-désordonné sans doute et plein M
confusion à l'origine, mais qui est devenu, par Vmtofu^
\
( 2S6 )
de la raison combinée avec la force, une société à peu
près homogène et régulière.
A faire intervenir les causes finales, on admettrait
volontiers que la profusion de For sur le globe a pour
objet de procurer l'exploration, le peuplement et la
culture des lieux qui, sans cet attrait, resteraient in-
connus, inhabités et incultes. Uor et l'argent bruts
sont des aimants qui attirent Thomme ; monnayés, ils
représentent pour lui la richesse par excellence, la
puissance, le plaisir.
Parmi les métaux communs, le fer est devenu d'un
usage si universel, que Ton peut mesurer le degré de
civilisation d'un peuple à la quantité de ce métal qu'il
emploie. Le cuivre, le plomb , en de moindres propor-
tions l'étain, le zinc, l'antimoine, le manganèse, con-
courent par d'autres propriétés à satisfaire ses besoins.
Ce que les mines de métaux ont procuré de travail,
payé de salaires, accumulé de capitaux, fondé d'usines
dans les régions que la.nature en a dotées, nous n'es-
sayerons même pas de l'indiquer : la métallurgie, avec
tous les arts qui s'y rattachent, forme la moitié de
l'économie des peuples. Elle crée une classe particulière
d'ouvriers qui vivent d'une vie exceptionnelle dans les
profondeurs de la terre, et appelle toujours une légis-
lation spéciale, dont le premier principe, chez la plu-
part des nations civilisées, est que les mines sont une
propriété régalienne réservée à l'État.
Parmi les minéraux non métalliques, les pierres
précieuses, le diamant en tête, exercent sur l'humanité
une fascination égale à celle de l'or et de l'argent ; mais
bornées à une fonction d'ornement, elles voient leur
( 287 )
importance sociale limitée par leurs emplois. Pour le
reste, nous nous bornerons à une simple énumération :
chacun connaît» pour leur rôle dans l'économie indus-
trielle et sociale, les combustibles minéraux (houille,
anthracite, lignite, tourbe), les marbres, les pierres à
bâtir, les pierres meulières, etc. , les ai^iles, pouzzo-
lanes, etc., les amendements minéraux (chaux, plâtre,
marne, etc.), le sel marin, l'alun, le salpêtre, etc.-, le
soufre, etc.
Toute localité qui possède ces richesses naturelles,
dans des conditions d'exploitation fructueuse, voit
bientôt naître de ce voisinage, en tout pays civilisé,
des mines, usines, ateliers, maisons, routes, des vil-
lages et des villes quelquefois.
C'est pourquoi la géographie, qui signale ces pro-
duits spontanés dans ses descriptions, met l'économie
industrielle sur la voie de lucratives applications.
Il est remarquable que la plupart des minéraux
semblent distribués un peu par tout le globe, sans
aucun rapport avec les longitudes et les latitudes :
lorsque sur un même point il s'en trouve réunis plu-
sieurs entre les plus utiles, la fortune de ce pays est
assurée. L'Angleterre doit la sienne, pour une grande
partie, à la possession simultanée de la houille, du fer
et du cuivre. La houille surtout, qui fournit la* chaleur
et le gaz, et indirectement la vapeur et le mouvement,
est devenue la richesse la plus enviée des nations indus-
trieuses. Découvrir la houille est la première et juste
ambition de tout chercheur de mines. Si la poésie
veut compléter la série de ses âges d'or, d'argent et
de fer, et l'archéologie la sienne (pierre, bronze et
( 238 )
fer), elles devront y Ajouter pour le nôtre Tàge delà
bouille^
^ 27. -'Les Végétaux.
La géographie constate un plan tout différent de la
distribution des végétaux. II en est quelques-uns de
cosmopolites, mais en très-petit nombre ; presque tous
sont cantonnés dans une aire plus ou moins étendue
dont le principal caractère se tire de la température ,
et ensuite du sol et de l'exposition. D'après cette loi,
•
le voyageur qui va du pôle à l'équateur voit se dérouler
devant lui^ de degré en degré, de nouveaux tableaut
de végétation, qui se reproduisent en sens opposé en
allant de Téquateur au pôle. Le spectacle d'une pareille
yariôté se représente à chaque étage qu'on monte en
s' élevant du niveau des mers au sommet des montagnes.
Au terme extrême du froid, on ne voit qu'une herbe
courte et d'aspect monotone ; au maximum de la cha«
leur, sous l'équateur, les végétaux accablent notre peti-
tesse parleur taille colossale de hauteur et de diamètre.
Entre ces extrêmes se placent de nombreuses séries
que la science botanique groupe par familles, et dont
l'industrie humaine interroge surtout les emplois utiles.
Terrains, contrées, zones, climats, jugés d'après leur
végétation, se montrent inégaux en richesse, et leur
aptitude à la civilisation dépend beaucoup de ce qu'ils
possèdent en ce genre ; mais il n en est aucun, sauf le
désert, qui n'ait reçu quelque don en surabondance ù
échanger avec ce qui lui manque. Du nord au midi et de
l'orient à l'occident, les contrastes se dessinent, d'autant
(
( 289 )
plus marqués que rélolgnement est plus grand, sans
toutefois que la distance cause autant de différenoes
que Tégalitéde température fait naître d'analogies.
Dans le groupe des plantes alimentaires, les zones
tempérées possèdent d'abord les céréales, dont le blé,
le seigle et l'orge, qui sont les plus nutritives, ser-
vent d'aliment à toutes les populations sous forme de
pain. En avançant vers les tropiques, c'est le malSy le
millet ou sorgho, le riz, le manioc enfin, qui prennent
ce rôle. Les animaux ont pour leur part l'avoine, l'orge*
Par une modification pareille en fait de liquides, la
bière, le cidre, le vin, l'arack ou jus de sucre, le jus
fermenté de XAgaoe et du palmier, se succèdent du
nord au sud. L'huile, à titre d'aliment gras^ change de
même : animale dans la zone glaciale, elle fait place
aux huiles végétales de colza, d'oeillette, de noyer,
dans le» climats froids; d'olive, sous les climats sub-
tropicaux ; d'arachide, de sésame et plusieurs autres,
sous les zones chaude et torride.
Le sucre appartient aux pays chauds par la canne,
aux pays froids par la betterave. Le café, le caoaci,
sont les privilèges des pays chauds; le thé s'accom-
Tûode d'une température plus modérée.
Nous n'essayerons pas même de rappeler les variétés
bien connues de fruits, de racines et de légumes diversi,
suivant les zones et les hémisphères.
Outre les plantes oléagineusss que nous avons
nommées, l'industrie utilise encore celles de lin et de
chanvre, originaires de nos contrées, et celles de ricin,
de toulouconna, d'illipé, de palme, de coco, et bien d'au-
tres que lui procure l'importation d'Afrique et d'Asie.
( 240 )
En fait de plantes tinctoriales, à la garance que
nous possédons, le commerce ajoute Tindigo d*Asie et
d'Amérique, Torseille et le henné d'Afrique, le roucou
de la Guyane, le cachou de Tlnde, le campêche du
golfe du Mexique, le safran et le su mac d'un peu partout.
Les plantes textiles surtout donnent lien à d'in-
nombrables échanges dont le coton d'Amérique est le
pivot, aujourd'hui ébranlé. L'Europe y contribue par
le lin et le chanvre, l'Inde par le jute, la Nouvelle-
Zélande par le phormium* Des végétaux moins souples
font des cordages, de la sparterie, du papier : Yalfa^
le dis y \% palmier nain^ produits du ciel africain et que
l'Espagne comprend sous le nom générique de sparte.
Les BOIS utiles ont aussi des représentants sous
toutes les latitudes. Nommons, parmi les plus résis-
tants, le chêne elle teck; parmi les plus élégants, le
thuya, l'acajou, le palissandre; parmi les plus utiles,
le bambou, le cocotier, les palmiers.
En fait d'ÉcoRCES, le liège n'a pas son pareil dans
le nouveau monde ; mais les écorces tinctoriales et
tannantes sont loin d'être ainsi limitées àun seul arbre.
A l'exception du tabac, qui est à peu près cosmopo-
lite, les plantes aromatiques et les épices sont le pri-
vilège de l'orient le plus chaud. Là viennent la vanille,
le girofle, le poivre, la cannelle, la muscade, etc. Il
est cependant à remarquer que les plantes odorantes
des pays tempéréwS, rose , jamin , géranium, myrte,
orangers et citronniers, etc., font des parfums et des
eaux de senteur très-agréables.
Des zones intertropicales viennent aussi les gommes
et les RÉSINES les plus appréciées de l'industrie : caout-
(241)
chouc, gutta-percha, gomme arabique, etc., et les
plantes médicinales aux propriétés les plus énergiques,
aloës, quinquina, salsepareille, etc. On sait le rôle
de l'opium en Chine et dans la Halaisie.
Ce rapide et incomplet aperçu du règne végétal au
point de vue économique, laisse entrevoir quelles
infinies ressources la géographie botanique montre à
l'agriculture, à l'industrie, à la marine, au commerce,
aux arts, à la médecine : il resterait à suivre ces ri-
chesses dans les mouvements et les transformations
propres à chaque pays , mais un tel travail dépasserait
le cadre de cette esquisse.
§ 28. — Les Animaux.
Au lieu de présenter à l'homme une résistance ou
une aide toute passives, comme les végétaux, les ani-
maux sont envers lui des ennemis et des victimes, ou
des auxiliaires et des serviteurs. Chaque région de la
terre a ses espèces particulières dans l'un et l'autre
genre, dont la destruction ou l'éducation constitue, en
tout pays, une des principales occupations des habitants.
Mais tandis que, avec le cours du temps, la chasse
devient un amusement plutôt qu'une nécessité ou une
spéculation pour les peuples civilisés, la pêche reste une
branche considérable de production : à la poursuite des
harengs, des maquereaux, des morues, des baleines, se
développe la marine, dont les établissements et les arme-
ments suivent les migrations du poisson (1); à elle
(1) n Le commerce du Nord a constamment suivi la direction que
loi tracèrent les bancs de harengs, en obéissant au changement
( 242 )
surtout profitent les courageuses explorations des
voyageurs géographes à travers les océans et au cœur
des régions polaires.
La présence en un pays d'animaux dangereux par
leur férocité on leurs ravages a fait imaginer, pour
s'en défendre ou les attaquer, des armes qui sont
devenues un instrument de sécurité, de bien-être, et
trop souvent d'agression contre les hommes. Le danger
a aiguisé l'intelligence, uni les efforts, développé la
sociabilité. Ce qui reste aujourd'hui d'animaux sau-
vages est plutôt poursuivi, sauf en quelques cas excep-
tionnels, pour ses dépouilles que pour le mal qu'il fait.
Tel est le cas pour le lion, le tigre, la panthère, recher-
chés pour leurs peaux; l'éléphant, l'hippopotame, le
rhinocéros, sont appréciés pour l'ivoire de leurs dents
et de leur corne; l'autruche pour ses plumes et ses
œufs; une multitude d'oiseaux aquatiques pour leur
plume et leur duvet , les tortues pour leur écaille. Les
zones glaciale et froide sont peuplées d'animaux aux
épaisses fourrures, dont la poursuite remplit la vie des
trapeurs à demi sauvages eux*mêmes : ce trafic donne
son cachet propre au commerce des régions boréales.
Les animaux domestiques sont moins cantonnés
dans des régions spéciales. Chevaux, bœufs, moutons,
chèvres, porcs, volailles, sont cosmopolites comme
l'homme ; l'éléphant seul n'est domestiqué qu'en Asie,
et le chameau à la fois en Asie et en Afrique. Ils ont
été partout de précieux auxiliaires des hommes, et là
imposé par la migration successive de ce riche produit de la mer. »
(Wolowski, Rapport sur le concours pour lepriœ Léon Faucher sur
VMitoire de la ligtte haméatique.)
(248 )
OÙ les principaux manquèrent, comme le cheval et la
bœuf en Amérique avant l'arrivée des Européens (tout
animal porteur manque encore aujourd'hui à Mada-
gascar), ce fut une cause de retard en civilisation, et la
source d'un sentiment de terreur et d'infériorité en
présence des cavaliers européens.
Le cosmopolitisme le plus complet est celui des
abeilles qui, sous des variétés de taille et de forme,
donnent de la cire et du miel à peu près sur tout le
globe ; tandis que la cochenille et le ver à soie sont
localisés dans les pays tropicaux et tempérés.
Dans les rangs inférieurs de l'animalité, l'industrie
demande des coraux et des éponges aux rochers sous-*
marins, des perles et de la nacre à certaines coquilles,
des cauris aux rivages d'Afrique et d'Asie, pour servir
de monnaie; du guano «aux îlots du littoral péruvien,
arabe, aMcain , des huîtres aux côtes de nos conti-^
nents : chaque coin du globe, sur terre et sur mer,
possède ainsi quelque don particulier qui le doue de
valeur. Malgré leur prix, ces spécialités locales sont
dépassées en importance par les produits animaux plus
communs, mais d'un emploi universel, tels que laines,
poils, cuirs, os et cornes, graisses et huiles, etc. Par
le surcroît de richesses que ces issues et sécrétions
ajoutent au travail et à la chair des animaux domes-
tiques, par le tribut quotidien que nous payent les
femelles de quelques-uns en lait et en œufs, le règne
animal fait équilibre au règne végétal, et tout pays qui
serait pauvre sous ce rapport s'en ressentirait directe-
ment dans l'ensemble de son économie domestique,
rurale et sociale. Il en est, au contraire, comme les
( Uk )
pampas de l'Amérique du Sud, que la richessse animale
semble dispenser de toute autre.
I
§ 29. — L'Homme. — Les Races humaines.
Au sommet du règne animal s'élève l'homme, divisé
entre plusieurs races qui ont avec les régions où elles
vivent de manifestes affinités. Avant de déborder sur
l'Amérique, la race blanche occupait exclusivement
l'ancien continent à l'ouest de l'Asie centrale; la race
jaune s'étend à l'est et au sud du même point de départ
et pénètre dans les îles de la Malaisie ; la race nègre
peuple toute l'Afrique à partir du Sahara; la race
rouge est confinée dans l'Amérique. Que le genre
humain dérive d'un seul foyer de création ou de plu-
sieurs, les harmonies les plus éclatantes rattachent
chacune de ses familles principales aux terres et aux
climats où elle s'est développée. Rechercher les causes,
les caractères, les limites de cette étendue, est du
domaine d'une science nouvelle, l'ethnographie; mais
pour nous en tenir aux points où elle s'embranche sur
la géographie et l'économie politique, nous nous borne-
rons à un petit nombre d'indications afférentes à notre
sujet.
La race blanche en Occident, la race jaune en Orient,
ont acquis une supériorité incontestable sur les races
noire et rouge dans tous les arts qui concourent à
l'économie matérielle des sociétés. A cet égard, on
pourrait qualifier les premières de races majeures, les
secondes de races mineures.
La race blanche et la race jaune exercent l'une et
( âi5 j
l'autre, avec les qualités qui leur sont propres, Tagrî-
culture et Findustrie, et même les progrès de la se-
conde dans cette direction paraissent avoir chronologi-
quement devancé les progrès de la première.
La race 'blanche, au contraire, a pris les devants
pour le commerce : douée d'instincts plus cosmopolites,
elle a exploré le globe, au lieu de se cantonner dans
son pays natal, inventé la navigation, fondé partout
des établissements, pratiqué des échanges, acquis par
cet esprit d'initiative et de progrès la richesse, la puis-
sance et la science, ce qui lui a valu la supériorité défi-
nitive dans les affaires de l'humanité.
L'échange est en effet le signe suprême de la socia-
bilité dans Tordre matériel. Certains animaux tra-
vaillent, l'homme seul échange et commerce. ^
Le travail et l'échange, tels sont les deux pôles de
l'activité humaine.
C'est en dressant Tinventaire complet de toutes les
forces naturelles à exploiter et des produits à échanger,
pays par pays, que la géographie rend de précieux
services à l'économie politique.
Au travail humain, elle signale les terres à habiter,
les mers à sonder, les forêts à abattre ou aménager,
les plantes et les animaux à élever ou à acclimater, les
forces motrices à utiliser, les richesses souterraines à
fouiller. Elle guide chaque race dans l'établissement de
ses colonies.
A l'échange humain, elle signale les infinies res-
sources qui résultent de la diversité de tous les éléments
terrestres et sociaux dont elle dresse l'inventaire (i) ;
(1) Voyez le tableau joint au procba'm numéro.
( 2A6 )
chaque objet n'est qu'un fragment de la nature insuffi-
sant aux besoins même les plus restreints, et doit se
compléter par d'autres fragments.
La nature a ménagé l'échange en tout et partout :
Entre les hémisphères septentrional et méridional,
oriental et occidental ;
Entre les mers, entre les terres; entre les mers et
les terres ; entre les bassins des fleuves , entre les ver-
sants ;
Entre les climats, entre les latitudes, les longitudes,
les altitudes ;
Entre le littoral et l'intérieur des continents ; ent^-e
les sols, entre les profondeurs et les surfaces 5
Entre les races, entre les diverses formes de sociétés,
entre les divers âges de civilisation , entre industries
différentes, même entre produits similaires de genre,
par des nuances d'espèces et de variétés.
La société, à son tour, a institué des règlements
divers d'échange entre les métropoles et les colonies,
entre les peuples unis par des traités, etc.
Dans cette alliance des forces humaines, la géogra-
phie indique les échanges, le commerce les exécute
et l'économie politique en découvre les lois.
Ce mouvement, qui couvre les terres et les mers
d'un réseau de courants commerciaux, s'opère à l'aide
de trois moyens d'action : les langues, pour stip'ilerles
conventions; les monnaies, poids et mesures, pour les
régler en signes matériels ; les routes, pour le transport
des produits échangeables ou échangés.
(247)
§ 30. — Les Langues. — Les Monnaies^ poids et
mesures. — Les Routes.
Sur ces trois points les notions géographiques se
rapprochent des notions économiques au point de se
confondre parfois.
Les vocabulaires des langues, suivant leur parenté
ou leur divergence, facilitent ou entravent les échanges.
Au cœur de l'Afrique, le long du Niger, les idiomes
varient tellement d'une peuplade à l'autre, qu'ils
opposent un sérieux obstacle au commerce indigène,
et surtout au commerce étranger.
Les monnaies ne diffèrent pas moins, soit qu'elles
consistent en une matière d'une utilité domestique,
comme les toiles bleues ou guinées de l'Inde ayant
cours au Sénégal ; soit en signes de convention, comme
les coquillages (cauries) en Afrique ; soit en une ma-
tière utile frappée d'une marque conventionnelle (es-
pèces métalliques). Plus confuse encore est la diversité
des poids et des mesures. Pour tous ces usages locaux,
la géographie guide le commerce.
Elle le guide encore plus pour les routes, dont la
direction et la sécurité forment, avec le prix des trans-
ports, des éléments si essentiels de l'économie maté-
rielle des nations. Toute voie de terre a ses caractères
propres qui dérivent de la constitution et du relief des
terrains, de l'étendue du parcours, des peuples qu'elle
dessert, du pays qu'elle traverse, des garanties ou
des risques qu'elle trouve, des péages qu'elle subit,
des communications qu'elle établit, des débouchés
{ 2/iB )
qu*elle ouvte, des termes où elle aboutit, des embran-
chements qui se greffent sur son axe. A considérer les
résultats, on peut dire des routes^ comme des terres, que
les unes sont stériles, que les autres sont fertiles. Les
voies de mer ont pareillement à compter avec les dis-
tances, les vents, les courants, les troubles atmosphé-
riques, les pirates, les étapes de la traversée. Suivant
Tétat de la nature ou des sociétés, les véhicules se
modifient comme les routes : tour à tour caravanes,
voitures, navires à voile, chemins de fer, paquebots.
En combinant ces divers moyens, les voyages et les
explorations géographiques révèlent au commerce ce
qu'il doit préférer, et l'instruisent sur l'avenir parles en-
seignements du passé. La route d'Occident en Orient par
terrie, à travers l'Egypte et la Syrie, enrichit les répu-
bliques italiennes, dont la fortune déclina rapidement
par la découverte du passage au sud du cap de Bonne-
Espérance, et renaîtra par l'ouverture du canal mari-
time de Suez. La route de terre entre la Chine et la
Russie, par Kiachta, établit entre la race jaune et la
race blanche des rapports, fondés principalement sur
le commerce du thé, un produit de luxe, qui rap-
proche l'Orient et l'Occident extrêmes. Les routes
sahariennes rallient le centre de l'Afrique aux villes de
l'Europe, qui peut-être préféreront bientôt, pour com-
muniquer avec le Soudan, les voies du Sénégal, du Niger
ou du Nil. Si l'Amérique etl'Océanie ne sont accessibles
que par mer, comme les pourtours des autres parties
du monde, des centaines d'itinéraires, plus longs ou
plus courts, plus sûrs ou plus menacés, s'offrent au
choix du navigateur, avec des conséquences écono-
( SA9 )
mîquês les plus diverses pour le navire, pour la mar-
chandise, pour les ports d'embarquement, d'escale et
de débarquement; et ce choix à faire, il appartient à la
géographie mieux qu'à toute autre science de l'éclairer.
§ 31. — Les Centres de population.
Nous signalons une dernière fusion des connais-
sances géographiques et des intérêts économiques dans
les centres de population, qui naissent d'ordinaire au
nœud des courants commerciaux, et sont comme les
ganglions du système de la viabilité. Les causes de
leur naissance, de leur développement, de leur déclin,
les effets proches ou lointains de leur rayonnement,
appartiennent à la fois aux deux sciences : à la géogra-
phie comme faits, à l'économie sociale comme lois. Ces
curieux et saillants phénomènes jettent à la surface du
globe une féconde animation, et rehaussent le drame
un peu vulgaire des besoins matériels qui s'y agitent
par le noble essor des arts et des sciences, sous la haute
direction de la politique et de la religion. Ne pouvant
en scruter aujourd'hui la profondeur, nous les nomme-
rons seulement dans l'ordre de leur développement
historique.
Au premier degré ce sont : des marchés éphémères,
des foires de peu de jours ; bientôt après des comp-
toirs durables, factoreries, bazars, escales suivant les
lieux , qui ne tardent pas à devenir des villages, des.
bourgades, des bourgs, d'une importance proportion-
nelle à l'intensité du trafic dont ces stations sont lo
siège.
VI. SEPTEMBRE ET OGTOBBfi« 6« 17
A I
( 260 )
A un degré supérieur, aux carrefours où s'entre-
croisent les routes multiples, aux rendez-vous préférés
des commerçants et des producteurs d'une vaste et
fertile circonscription, les bourgs deviennent des cités
florissantes, où les richesses s'entassent, et dont l'in-
fluence établit des coutumes ou obtient des privilèges
favorables à une prospérité toujours croissante.
La géographie les nomme et les décrit ; l'économie
politique les étudie, comme les plus instructifs théâtres
des progrès, des splendeurs, et trop souvent aussi des
misères matérielles et morales de l'humanité,
^J^La fin au prochain cahior,)
im^i'^mmmm^'
COUP D'OEIL
SUR LA RÉCENTE EXPLORATION DES CAPITAINES
SPEKE ET GRANT.
Nous avons annoncé dans le Bulle tiii de juin»
page 493, l'arrivée à Londres des capitaines Speke et
Grant, à la suite de leur grande exploration dans
l'Afrique orientale, de Zanzibar à Gondokoro, par le
grand lac Victoria Nyanza. Nous avons succinctement
fait connaître leur itinéraire, ainsi que les principaux
résultats qu'ils avaient obtenus. Cette mémorable expé-
dition est destinée à tenir une place importante dans
(261 )
l'histoire, déjà si riche, des découvertes géographiques
au XIX* siècle.
A leur arrivée à Londres, les heureux explorateurs
ont été accueillis avec enthousiasme par leurs conci-
toyens *, dans deux séances extraordinaires tenues en
leur honneur. Tune à la Société royale géographique
de Londres, l'autre à la Société ethnographique, ils ont
été invités à donner de nouveaux détails sur leur
voyage, et ils y ont captivé pendant plusieurs heures
l'attention d'un auditoire d'élite. Nous profiterons de
ce que nous avons appris de leurs allocutions pour com-
pléter ce que nous avons déjà dit de leur voyage. On
pourra d'ailleurs suivre leur itinéraire sur la petite
carte que nous donnons avec ce Bulletin^ elle est
extraite de la carte publiée par l'éditeur Edward Stan-
ford avec l'approbation de Speke (1).
On peut, d'après les caractères physiques généraux,
partager le pays parcouru par les voyageurs anglais
de la côte orientale d'Afrique à Gondokoro , principal
point de station des explorateurs qui ont jusqu'à présent
remonté le fleuve Blanc, en onze régions distinctes :
1° La contrée qui s'étend des bords de la mer des
Indes jusqu'aux premières montagnes qui longent la
côte, et que l'on appelle Uzaramo ;
2* Les montagnes et les hautes vallées qui bordent
le plateau intérieur, c'est-à-dire l'Uzagara;
3* Le pays plat et à moitié désert d'Ugogo;
4" Le pays fertile et onduleux d'Unyamoezî, dont les
(I) Cette carte a été «nie foos les jeu ëele Gemart i ii on centrale
^ aotre coBfrèceH. de la Boqnette, dai» la séaoce éi 17 Juillet
dernier.
( 2o2 )
pentes sonl boisées et les vallées riches en pâturages:
c'est une région en partie pastorale et en partie agricole ;
5° L'Uzinza, pays beaucoup plus sauvage et acci-
denté, non moins peuplé que le précédent et comme
lui propre à la vie pastorale et agricole ;
6° Le Karagweh (Karagouéh), pays montagneux sans
arbres, présentant d'immenses prairies et qui rappelle
les sites gracieux et les collines qui environnent le
lac de Grasmere, dans le Westmoreland ;
7° L'Uganda, qui offre l'apparence d'un fertile jardin
entrecoupé de vallons fangeux qui sont couverts de
fourrés impénétrables et de collines peu élevées : il y
pleut toute l'année ;
8° L'Unyoro, triste répétition de la précédente con-
trée : le pays est plat à l'exception de collines coniques,
il est couvert de forêts, de pâturages, de tristes marais ;
çà et là s'élèvent quelques plateaux ; la partie nord-
est que traversèrent les voyageurs leur parut relative-
ment peu peuplée ;
9° La contrée située entre l'Unyoro et la rivière Asua
offi'e alternativement à la vue des marais et des plaines ;
çà et là le granit perce le sol et forme des rochers qui
accidentent le pays ;
10'' Le pays depuis les bords de l'Asua jusqu au
voisinage de Gondokoro, y compris les districts habités
par les Mâdi et les Barry, présente de vastes plaines
ivrées à la culture et entrecoupées de collines assez
élevées ;
11° Enfin les environs de Gondokoro et les bords du
fleuve Blanc au-dessous de cette station, n'offrent
qu'une vaste plaine sans intérêt.
( 253 )
L'Uzaramo, qui s'étend entre la côte et TOzagara,
s'élève par une pente insensible jusqu'à environ 100 mè-
tres au-dessus du niveau de la mer. Untiersdel'Uza-
gara est cultivé, le reste offre l'apparence d'un parc
immense avec ses plaines, ses bois et ses allées,
où s'ébattent les antilopes ; on y trouve des sources
ferrugineuses. Ce pays, avec ses vertes vallées et ses
collines couvertes de gras pâturages, rappelait aux
Hottentots qui faisaient partie de l'expédition la l'égion
frontière du leur, où ils avaient combattu contre les
Cafres.
L'Ugogo est un plateau généralement désert jusqu'à
environ vingt journées de marche de l'est à l'ouest et
une altitude d'environ 1000 à 1200 mètres au-dessus
du niveau de la mer. Lorsque les pluies périodiques
ont été abondantes, il se couvre de pâturages et de
quelque verdure ; ses rares habitants y récoltent alors
le grain nécessaire à leur subsistance.
Vient ensuite la belle et fertile contrée de l'Unya-
moezi ou Terre de la Lune^ qui abonde en productions
et est bien arrosée. Ses collines et ses hauteurs se cou-
ronnent de roches escarpées entassées pittoresquement
les unes sur les autres ; ses belles vallées présentent
de riches pâturages pour le gros bétail, aussi y voit-on
des troupeanx de deux cents et de trois cents têtes. Dans
les forêts errent des zèbres et différentes variétés d'anti-
lopes. Les essences qui composent ces forêts sont très-
variées et leurs bois sont propres à divers usages ; le
capitaine Grant assigne à la flore de l'Unyaraoezi un rang
à part. La population se ressent de l'heureuse influence
de ce beau pays, ses procédés de culture lui parurent
{ 26â )
plus avancés que ceux des peuplades qui babitaiept les
coQtrées voisines.
Le Karagweb est un magnifique pays de montagnes
que baigne un beau lac, son climat pendant toute
l'année rappelle l'été en Angleterre ; ses sommets sont
nus et déserts, de telle sorte qu'ils se découpent nette-
ment au loin sur l'borizon; il n'y croit qu'une herbe
rare qui atteint quelquefois trois pieds de bauteur, ce
qui n'empécbepas d'y distinguer les légères et gra-
cieuses antilopes qui viennent y cbercber leur pâture.
Certaines parties du pays étaient tellement accidentées,
que les membres de réexpédition avait quelquefois peine
à trouver un sol asses uni pour y établir leur campe^
ment. En suivant les chemins ou, pour mieux dire, les
longs sentiers qui serpentaient dans les vallées ou con-
tournaient les hauteurs, on rencontrait fréquemment des
torrents d'eau douce et limpide. Les pâturages occupent
le fond de la vallée, c'est là que les habitants envoient
leurs troupeaux. La flore du Karagweb est à la fois riche
et 1res- intéressante à étudier; ses principales produc-
tions senties pois anglais, les haricots, la canne k sucre,
les bananes, les tomates, le tabac, etc, etc.
On ne saurait parler de l'Uganda qu'avec entbou*
siasme , c'est le véritable jardin de l'Afrique équato-
riale, toujours largement arrosé, Sa fertilité, qui est
d'ailleurs celle des régions tropicales, est merveilleuse!
il n'y a rien qui ne vienne, Les plus beaux arbres se ren*
contrent dans d'ombreuses vallées ; on voit d'immenses
étendues de champs plantés de bananiers, dont les
fruits sont la principale nourriture des habitants ; le
café y est prisr pour stimulant et la datte y croît i l'état
( 256 )
sauvage ; là encore on peut vérifier cette grande loi
naturelle de l'influence du sol sur Thabitant. Le peuple
de l'Uganda est à la fois fier et heureux de son pays^
malgré la cruauté et le despotisme de son roi ; un petit
jardin habilement cultivé y suffit à la nourriture de
toute une famille; chacun y ressent une sorte de fière
indépendance vis-à-vis des besoins matériels de l'exis-
tence, si difficiles à satisfaire dans d'autres contrées de
l'Afrique. Une particularité de ce pays, ce sont^lea
collines coniques qui le couvrent en grand nombre et
en font une sorte d'immense taupinière dont les som-
mets s'élèvent d'environ 100 mètres au-dessus du
niveau de la plaine. Les cours d'eau disparaissent sous
des fourrés épais ou sous le feuillage des arbres qui les
jalonnent. Sur la pente des collines s'élèvent les babi«
tations et les plantations ; leurs sommets sont couverts
d'herbes hautes de plus d'un mètre.
Au nord de l'Uganda s'étend TUnyoro , on y trouve
du bétail blanc et sans cornes broutant par centaines
de têtes dans de belles prairies. L'Unyoro présente
d'ailleurs un grand contraste avec l'Uganda : il est
d'une très-grande étendue; les voyageurs n'en fran«
chirent du reste que l'extrême frontière orientale.
Cette partie du pays était faiblement peuplée par des
nègres à l'intelligence bornée, niai vêtus et donnant
peu ou point de soins à la culture des bananes, se
contentant pour vivre de quelques graines et de quel-
ques patates. On ne voit guère de collines dans l'Unyoro,
le voyageur y traverse d'interminables forêts et des
herbages tellement hauts et touffus, qu'ils sufiisent sou*
vent pour y cacher l'éléphant. A peine y rencontie-t-on,
( 256 )
de loin en loin (6 à 10 kilomètres), dans une clairière,
quelque pauvre habitation entourée d'une maigre
culture où viennent des fèves et des patates. Avant
d'arriver à la résidence royale, on traverse un grand
plateau aride de 16 kilomètres de longueur dépourvu
d'arbres et couvert de marais, en un mot, rien de plus
triste que l'ensemble général de l'Dnyoro.
Les trois autres régions qui s'étendent entre rUnyoro
et Gondokoro, le pays des Kidi, des Mâdi, des Barry,
appartiennent à des peuples qui parlent un dialecte
différent de celui des noirs que l'on avait rencontrés
jusqu'alors, à ce point que les interprètes dont on avait
fait usage depuis la côte devinrent inutiles.
Le fleuve Blanc, qui traverse ce pays, rappelle les
rivières les plus sauvages de l'Ecosse ; les capitaines
Speke et Grant le franchirent, en canot, dans le voisi-
nage des grandes chutes de Karuma, mais ce ne fut
pas chose facile que de le faire traverser au bétail des*
tiné à l'approvisionnement de l'expédition. Accompa-
gnés d'une escorte de quarante noirs de l'Unyoro armés
de lances, les explorateurs traversèrent la forêt in-
habitée de Kidi, et, après sept jours de marche, ils
gagnèrent les habitations des Gani à travers des pla-
teaux arides et en suivant des sentiers dans lesquels
eux et leur suite disparaissaient au milieu d'herbes de
8 pieds de hauteur; bientôt après ils abordaient le
pays des Mâdi, et une marche de deux jours les con-
duisait au dépôt d'ivoire de De Bono ; ici le pays était
très-peuplé, les naturels portaient de village en village
le bagage et tous offrirent du lait et de la bière (meriça)
en abondance. Dans le pays des Barry, il n'en fut pas
( 257 )
ainsi; il fallut, jusqu'à Gondokoro, marcher eu troupe
serrée ; les capitaines Speke et Grant firent d'ailleurs
cette dernière partie de leur voyage avec les gens de
De Bono, qui transportaient 200 charges d'ivoire ; le
pays était du reste magnifique et leur offrit l'apparence
d'un parc anglais, mais une fois dans la plaine de Gon-
dokoro, ils n'eurent plus devant eux qu'un pays qui
leur parut afifreux à côté de ceux qu'ils avaient traversés
depuis Kazëh.
Dans ce long voyage, depuis Kazëh, les capitaines
Speke et Grant n'eurent pas à souffrir du manque de
vivres, c'est tout au plus si trois ou quatre fois il leur
fallut emporter des provisions pour plus de six journées ;
chaque jour apportait la quantité de vivres nécessaires.
Le pays est généralement bien peuplé, et tous ces
Qègres, depuis la côte jusqu'à Gondokoro, si l'on fait
abstraction du langage, des marques particulières i
chaque .tribu, des vêtements, paraissent taillés sur le
même patron et appartenir à la même race.
Des troupeaux d'éléphants, qui quelquefois comp-
taient de deux cents à trois cents têtes, des lions, diffé-
rentes espèces de léopards, des zèbres, des girafes, des
buffles et une grande variété d'antilopes, des lièvres,
des perdrix composent la faune de cette partie de
l'Afrique ; mais nos voyageurs n'eurent jamais l'occa-
sion de voir sous cette latitude des troupeaux d'anti-
lopes aussi nombreux que ceux que Livingstone signale
daos les plaines du Zambèse.
Dans les différents pays que traversèrent les voya-
geurs anglais, chaque chef de famille cultive le holcus,
des patates douces, des légumes, du blé indien et d'autres
( 258 )
productions des tropiques» mais la quantité seule néces-
saire aux besoins de la famille. Pour ces soins agricolesi
ils n'ont ni charrue ni bètes de somme ; aussitôt que la
pluie a détrempé le terrain, les nègres le grattent plutôt
qu'ils ne l'entament avec une espèce de houe touts
primitive; c'est généralement aux femmes que sont
dévolues ces occupations ; au contraire de ce qui se
fait dans d'autres contrées de l'Afrique, les hommes
de rUnyamoezi ont parmi leurs occupations celle de
moudre le grain, qui ailleurs est l'apanage des femmes.
Les Wahuma et une partie des Watusi mènent la
vie pastorale, ils se nourrissent principalement de lait,
ils se frottent le corps de beurre et se vêtissent de
peaux de vaches; rarement ils emploient les grains,
mais ils boivent, et souvent jusqu'à l'ivrasse, le vio
de bananes, ce qui les rend turbulents et querelleurs;
quelques<-uns d'entre eux sucent la viande, mais jamais
ils ne la mangent. Tous ces peuples font un grand usage
du tabac. Le roi des Wahuma juge tous les crimes et
délits qui se commettent dans son royaume, il ne sort
jamais qu'accompagné d'une troupe de musiciens ; leur
harmonie se mesure au bruit qu'ils font. Les llnyaonoe^i
sont bons chanteurs et encore meilleurs tireurs; ils
traversent une feuille désignée à la distance de 30 ou
AO mètres et envoient leurs flèches jusqu'à 1 50 mètres*
Les habitants du Karagwèb ont des arcs de 2 mètre?
environ garnis de nerf de bœuf pour corde ; ils sont
adroits archers et dès leur bas âge ils s'exercent à tirer
de petits oiseaux. On trouve du fer dans tout l'Unya-
moezi, et du cuivre depuis le sud de ce pays jusqu'au
lac de Tanganyika , le laiton ou cuivre jaune est apporté
r'
( 25i) )
de la côte ; ces trois métaux sont travaillés et étiré$
ensemble en colliers par les Waganda qui font app»*^
raltre chaque métal séparément, ce qui donne lieu à
des combinaisons d'ornements qui ne manquent pas
d'une certaine grftce. C'est dans les villages que s?
fabriquent les objets en fer ou en fonte, le métal est
mis en fusion à l'aide du charbon de bois et de quel*
ques soufflets mis en mouvement dans une direction
centrale par des enfants ; les ouvrages que produisent
ces fontes ne sont pas sans élégance. Le tissage parait
moins avancé, aussi les vêtements qui sont faits en
coton laissent-ils beaucoup à désirer ; les vêtements
d'écorce et de peau de daim leur sont préférés. Toute
la poterie employée dans ces pays est très-grossiére ,
elle est faite h la main ; la vannerie et la boissellerie sont
plus avancées, les paniers, les coupes de bois, les mor*
tiers, les tambours, les canots sont assez habilement
confectionnés! Enfin, dans rUnyamoen, on obtient une
espèce de sel noirâtre en brûlant certaines plantes;
d'antres le recueillent sur le sol même. Ce n'est que
dans rUnyoro que les voyageurs purent se procurer
du sel blanc.
Le capitaine Speke regarde le Nyonu comme le véri*
table réservoir du Nil. 11 est principalement alimenté
& l'ouest par la rivière Kitangulé, canal de déverse*
ment de plusieurs petits lacs situés dans le voisinage
et sur le versant oriental de la hante montagne de
M'fumbira, appartenant au groupe des monts de la
Lune et qui a plus de 3000 mètres d'élévation. Tels
sont le lac Luero White ou lac d'Urigi, situé sur les
confins de l'Urundi, qui parait avoir été anciennement
( 260 )
beaucoup plus étendu ; le lac Akenyard, dans TUrundi,
les lacs Lukurow, Ingerzi, Karagimé et le petit Winan-
dermere, car ces lacs sont bien loin d'approcher par
leur étendue de celle du Nyanza; cependant lorsque le
Ritangulé a successivement reçu toutes leurs eaux, il
offre un canal profond, d'une largeur d'environ 75mè-
tresy et dont les eaux courent avec une vitesse de 6 à
7 kilomètres à l'heure.
Ces lacs sont situés dans la région élevée que Speke
avait appelée montagnes de la Lune lors de son pre-
mier voyage ; ils sont alimentés par les pluies inter-
tropicales qui, pour cette zone voisine de l'équateur,
n'ont pas été moins de deux cent trente-huit jours
en 1862.
C'est de Mashondé, au nord de l'Uganda, que Speke
vit pour la première fois, dans cette seconde expédition,
le lac Nyanza. Plus au nord, le lac porte le nom de
Luerù White Lutà N'zige ou lac des sauterelles mortes^
parce que Ton raconte que des sauterelles tombèrent
toutes de fatigue et se noyèrent en essayant de tra-
verser ce lac. Les pêcheurs Waganda (de l'Uganda)
s'aventurent, vers le sud, sur le grand lac Nyanza jus-
qu'à l'île de Kéréwé, entrevue par Speke lors de son
premier voyage, et, vers le nord-est, au delà de la sortie
du grand fleuve, jusqu'à une espèce de canal qui,
disent-ils, les conduit dans un autre lac où ils vont
chercher du sel ; probablement dans des^iles. Speke
pense que ce nouveau lac pourrait bien être le lac salé
signalé par le D' Krapf sous le nom de Baringo^ un
peu au nord-ouest du Kénia.
Le lac Nyanza, ainsi que nous avons déjà eu occa-
( âéi )
sion de le dire, occupait autrefois une bien plus grande
étendue; on en peut juger par l'inspection de ses rives,
qui sontencore sillonnées par des déchirures à travers
lesquelles s'écoulent les dernières eaux des marécages
qui les couvrent. En remontant les bords du lac à partir
de Mashondé, on rencontre les petits cours d'eau de
Katonga, de Mworengo ou de Thafa, et le Luageri. Ces
deux derniers, au lieu de couler dans le lac, s'en échap-
pent au contraire pour aller porter une partie de leurs
eaux vers le nord; vont-elles rejoindre le canal prin-
cipal de déversement du lac, la branche mère du Nil,
comme le dit Speke, ou bien s'égarent-elles ailleurs?
C'est là une question importante qui a provoqué en
Angleterre, en France et en Allemagne, de graves
objections, car il semble inadmissible, en géographie
physique, qu'un lac ait plusieurs déversoirs voisins se
réunissant, non loin de leur sortie, en un seul; cepen-
dant le capitaine Speke n'a pas pu se tromper dans la
direction du cours de ces rivières de Mworango et
Luageri. Ce trait, propre à la géographie du continent
africain, viendrait-il s'ajouter à ceux qui distinguent
d'une manière si tranchée la condition physique de ce
continent ?
Plus à l'est, s'ouvre l'estuaire auquel Speke a atta-
ché le nom de canal Napoléon ; du fond de ce canal
s'échappent en franchissant une chaîne de rochers gra-
nitiques, d'où elles se précipitent d'une hauteur de
A mètres, les eaux du Nyanza, Cette chute, à laquelle
la reconnaissance de Speke a attaché le nom de l'ho-
norable comte de Ripon, qui présidait la Société géo-
graphique de Londres à l'époque de l'organisation de
( 262 )
rexpédition» donne naissance à une importante rivière,
à laquelle Speke a attribué le nom de Nil^ qui coTirt
torrentueusemeot entre deux lignes de collines cal*
caires, puis dans une plaine unie» où elle amortit la
vitesse de ses eaux de noanière i reprendre Tapparefice
d'un lac jusque dans rUnyoro, où elle reçoit, selon
Speke, les deux cours d'eau de Mworango et du Lua-
geri échappés du lac. Sur les confins du pays desCbopi,
elles fornuent de nouvelles chutes, celles de Karuiua,
que Miani croit devoir identifier avec celles de Meri de
sa relation , ces eaux redeviennent torrentueuses et,
changeant brusquement de direction, elles coulent en
faisant un grand détour vers l'ouest.
C'est en ce point que Speke et Grant quittèrent le
grand fleuve sorti du Nyanza pour continuer leur route
vers le nord et le retrouver, à 25 ou SO lieues pins loin,
sous le nom, pour nous familier, de fleuve Blanc.
Il est bien à regretter que les explorateurs anglais
n'aient pu continuer à suivre la rivière à partir des
chutes de Karuma. Nous saurions à quoi nous en tenir
sur la pente du terrain, sur ce petit lac Luta N'zigè et
sur son basdn , tandis que noas en sommes réduits aux
informations que les voyageurs purent recueillir des
indigènes; or nous savons combien elles sont vagues,
surtoutlorsqit'il s'agitdecours d'eau ou d'étendue d'eau.
C'est dans le pays des Mâdi, peuplade que nous ont
déjà nommée les explorateurs venus en remontant le
fleuve Blanc, que Speke et Grant disent avoir retrouvé
la rivière qu'ils avaient quittée aux chutes de Karuma :
elle coulait en cet endroit torrentueusement; cependant
elle était navigable à l'époque des hautes eaux. It» virent
r
( 263 )
le eonflueDt de la rivière Asua, probablement VAscia de
Miani, qui, selon les informations, s'échapperait du
lac jumeau (peut-être le Baringo?), situé au nord-est
du Nyanza.
C'est vers le S"" 35' de latitude nord et bien sur la rive
droite du fleuve (rive orientale), que Speke place le
tamarinier sur lequel M iani grava sou nom lors de son
expédition en 1860 ; ce serait aussi dans son voisinage
que se trouverait le village de Galuffi. Il y a loin de là
au 2'' degré de latitude nord que Miani prétend avoir
atteint dans son voyage de quinze jours de marche,
à raison de quatre & cinq heures de marche en
moyenne (1). Malheureusement pour M. Miani, M. le
Jy Peney et Andréa De Bono, dont les témoignages
sont importants, pensent qu'il n'a pas dépassé le
3* degré. Ajoutons que M, Miani ne marchait pas direc-
tement du nord au sud, et que par conséquent la lon«
(1) Noo» rappelons ritioéraire de Miani, qae nous troavons men-
lionne dans une lettre par lui adressée à sir Roderick I. Marcbison, à
propos d« la sttaation da fameox tamarinier, et reproduite dans VOs-
strvatora triestino do landi 17 août :
« Partendo da Condokoro nella direzioneS. E., e non di sud, per-
» oorsi i paesi detti : Gnonkif Bajw^ Diparian, Gnienciukj Ongos^
» Lori, Lagora, Orighi, Ghumaki, Mughi è Lahorè^ città di frontiera
»fra la iribù Bari e quella Accidi (non già Ukidi di Speke), il quai
9 popolo parl« una Itngaa affato diffcrentc dai Bari. Da Laborè sono
■ passato per Accidi (capitale) Madi, cbe distrussi nel ritorno, sola
9 città menziooata da Speke. Indi passai a Odiquà, sotto il quaie scorre
• il fiume Acioà cb' io scopersi (e non Asaa di Speke) air est del Nilo.
» Passato V Acioà (da me scoperto), bo veduto le imponenti cascate di
• Mûri (obegrioglesi battezzarono per Karuma) e di là, gionsi a Ga-
s laffi e ho già detto più volte cbe in questo paese la catena Gnir
( 264 )
gtieur de ses marches obliques (vers le sud-est) s*est
trouvée réduite en latitude. Nous conclurons avec le
voyageur vénitien, dont nous ne repoussons pas toutes
les informations, sans pour cela nous porter son garant,
que c'est encore à l'avenir qu'il appartient de constater
la véracité de ses allégations.
Laissant de côté le fleuve Bleu et ses affluents, qui
nous paraissent avoir des caractères hydrographiques
particuliers, nous dirons que nous pensons que c'est
vers le Saubat et le Bahr Djour qu'il serait utile de porter
désormais les recherches ; le débit du premier a été
trouvé aussi considérable que celui du fleuve Blanc et
l'on n'en a pourtant étudié qu'une des branches. Le Bahr
Djour mérite plus d'attention que le Bahr el Ghazal.
M. Lejean et les voyageurs qui ont étudié ce dernier n'y
voient guère que le canal de déversement du Bahr
Djour, de plusieurs autres rivières, et des lacs maréca-
» (lunga 150 miglia che gringlesi non vedere) è tagliata perpendioo-
» larmcnte, ed ivi ho veduto il Nilo che si chiama Meri scendero naTi-
n gabile dalPonest aU'est,
c Da Condokoro a Galaffi occupai 15 gioroi dl marda, altrettaDti
» per ritornare, e dieci di fermata. Per conseguenza ora cbiedo : na
» uomo che cammina da 4 à 5 ore al giorno ncllo spazio di i5 giorni,
» deve fare un solo grado? rnentre qd gioroo si camminô 8 ore e
» mezza ?
» lo dichiaro che lamia ripatazione subira le conseguenze, se non
» troveranno il mio nome inciso sopra il tronco d'an tamarîndo dirim-
» petto al fiame a Galuffl 2 grado latitude N. »
Voyez aux Nouvelles Annales des Voyages de septembre, la relation
de Texcursion de Miani. — Voyez notre Esquisse du fleuve Blanc
donnée au cahier des Annales de septembre 1861; toute la partie
située au sud du 4*' degré de latitude nord est la reproduction d6
la carte de M* Miani.
( %'o )
getix qui doivem leur importance à la liaison des pluies.
Le Bahr Djour est identifié par le D' Peney, dans son
cours supérieur au sud-ouest, avec le Gieï, Tltie! ouïe
Yiéh , de Bliani, de Petherick et de Poncet. Ce Yiéh
sortirait, selon le docteur français, du fleuve Blanc, en
amont de la cataracte de Makédo et du pic Gniri. —
M. Jules Poucet n'est pas de cet avis ; laissant le Bahr
Djour venir de plus loin vers l'ouest, il donne au bras
qui s'échappe du iNil au-dessus de la cataracte de Ma-
kédo et du pic Gniri, le nom de Bahr Djemit ; cette
rivière vient tomber dans le fleuve Blanc à travers des
marécages, vers le 7^ degré de latitude nord. Il la
représente comme navigable pendant la saison des
pluies et conseillerait de la remonter, de préférence
au fleuve Blanc, pour éviter les rapides et les cata-
ractes de Garbo et de Makédo.
On voit donc que la question des sources du Nil se
simplifie et se localise ; ce sera la gloire de Speke et de
son compagnon d'en avoir puissamment hâté la
solution.
Lors de son premier voyage, le capitaine Speke
avait trouvé que l'altitude des eaux du Nyanza ou lac
d'Ukeréwé était d'environ 1200 mètres au-dessus du
niveau de la mer; le D' Peney a trouvé que celle de
Gondokoro était de 630 mètres environ : la difiérence
est de 570 mètres, à répartir sur un cours de 6 degrés,
soit 125 lieues en ligne droite, mais qui, en tenant
compte des sinuosités, paraît approcher de 180 lieues;
cela donne donc une pente d'environ 3", 60 par lieue,
ce qui n'a rien d'exagéré, la pente des cataractes et
celle des rapides compensant les parties où, parfois, le
VI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 7» 18
( 266 )
fleuve, comme on Ta appris, coulait lentement avec
l'apparence d'un grand lac.
Nous attendons avec un vif intérêt de curiosité la
publication, qui ne saurait désormais tarder, de la
relation des capitaines Speke et Grant ; elle contribuera
certainement à beaucoup élucider la géographie de
l'Afrique orientale et du bassin du Nil supérieur.
Mais les sources du Nil sont-elles découvertes!
Nous ne le croyons pas. Les capitaines Speke et Grant,
et cela doit suffire à leur gloire, ont fait faire un graod
pas à la question en la circonscrivant et en détermi-
nant l'origine probable d'une des branches du fleuve
mystérieux. Cependant il reste encore bien à faire : il
faut étudier le système hydrographique qui, sur la rive
occidentale du Nyanza, détermine la rivière Ritangulé;
il faut comparer le débit de cette rivière à celui des
autres cours d'eau qui pourraient venir affluer dans le
Nyanza, par sa rive orientale, encore inconnue ; achever
l'entière reconnaissance du coude que fait vers l'ouest
le grand fleuve (le fleuve Blanc, le Nil, selon Speke)
sorti du lac Nyanza, au delà des chutes de Ranima ; et
explorer le lac Luta-N'zigé, indiqué seulement par
informations venues des nègres ? Il faut enfin recon-
naître le Baringo (?), VAsua, et surtout la région
située à l'ouest et au nord-ouest des monts Kénia et
Kilimandjaro, dont les pentes peuvent bien aussi,
comme tout porte à le croire, envoyer quelque branche
importante au fleuve Blanc ou au Nyanza.
V. A. Malte-Brun.
( 267 )
Analyses, Rapports, ete*
ESSAI
GRAMMAIRE DE LA LANGUE TAMACHEK*
RenrennaDt les priocipes du langage parlé p«r les Imoufhar* ou
Touareg, des conversations en tamachek\ des fac-similé d*écriture
en caractères tifioar\ et ane carte indiquant les parties de T Algérie
où la langue berbère est encore en usage, par M. A. Hanoteau, chef
de bataillon du génie, chevalier delà Légion d'honneur, commandant
supérieur (lu cercle de Drâ-el-raizan. — Paris, 1860. Inip. ioipér.
Messieurs ,
L'essai grainmatical sur la langue tamachek* iieut
être considéré comaie k complément de la Grammaire
kabyle dont M. Hanoteau enrichit déjà auparavant la
science. L'ouvrage sous nos yeux embrasse principale-
ment les dialectes des tribus habitant les pays d' Az*
guer et de Ahaggar (1), et c'est d'après leur dialecte
que le terme tamacheU est substitué à celui de tama^
cher' t. Notons que les Touareg prononcent aussi leur
propre nom d'une manière différente, selon les loca-
lités : lmouchar\ Imouhar\ Imajer'en^ Imazir'en^ ce
(!) Parmi les autres dialectes du tamachek', celqi dei Youlemeden
(Âttélemmides) ayant ^té mis eo lumière par M, (kirtb (voy, redit*
allem.), U reste k étudier celui des Kel-iiir,
( 268 )
qui tient à la permutation de certaines consonnes dont
Fauteur rend compte d^ns le courant de son ouvrage.
Les travaux modernes de la Commission scientifique
de l'Algérie, de M. le général Daumas, de M. Baith,
de M. J. Bouderba, de M. H. Duveyrier, etc., dont les
Bulletins de la Société ont rendu compte, me dispensent
d'entrer dans des développements étendus sur la posi-
tion géographique des Touareg. Dans la carte jointe à
son travail, M. Hanoteau indique le domaine de la
langue berbère, d'une part, pour ce qui concerne la
Kabylie (l), et, de l'autre, il assigne à celle des Touareg
spécialement les limites que voici : « A l'ouest, une
ligne courbe qui de Ouaregla se dirige vers Timbouctou
en passant par les oasis de Touat ; au sud, le cours du
Niger et les royaumes de Bornou et de Haoussa ; à
l'est, le Fezzan et le pays des Tebous ; et enfin au
nord, les régences de Tripoli, de Tunis et les posses-
sions françaises en Algérie. »
La liste des tribus d'Azguer et de Ahaggar se trouve
consignée dans la préface (p. xvi-xvm), où il y a pareil-
lement des détails fort intéressants sur l'état social des
Touareg. Je ne dois guère glisser sur un fait signalé
par l'auteur (p. xxi), c'est que le chameau et tout ce qui
s'y rapporte ont dans le tamachek' des termes qui ne
sont nullement empruntés à l'arabe. Il s'ensuit que les
Berbers possédaient cet animal avant leur contact avec
les Ismaélites.
(1) On y remarquera rimmense ëtendue de terrain que, dans les
temps historiques, Tarabe a gagné sur le berber. Notons également
que le phénicien et d*autres idiomes appartenant aux anciens conque-
rants de l'Afrique septentirionale ont complètement disparu.
( 269 )
Si le mélange avec Fidiome arabe a envahi le kabyle,
letamachek' est resté (relativement) pur (1), et il a son
système d'écriture propre (tifinar'), dont la ressem-
blance avec les caractères des anciennes inscriptions
appelées libyques (2) est mise hors de doute.
Ajoutons encore à ces notes préliminaires, que c'est
un nègre, Salem ag Mohammed, originaire de Tague-
lalt, dans le Haoussa, où l'on parle le tamachek' en
même temps q}\e la langue du pays, qui fournit d'abord
àM. Hanoteau les données principales pour composer
son Essai et pour recueillir grand nombre de récits et
de contes. Les doutes restés dans l'esprit de l'auteur
sur des points importants de la grammaire furent dis-
sipés plus tard par les Imouchar' arrivés à Laghouat,
surtout par le nommé Bedda ag Idda.
Grammaire.
Livre I, chap. i. — Bien que basé sur le même prin-
cipe, le système Récriture est, en tamachek', encore
plus imparfait que chez les Sémites. Les caractères se
tracent de droite à gauche ; aucun signe n'existe pour
différencier les voyelles. Même le redoublement des
(1) Notons toutefois que le dialecte des Yonlemeden est rempli de
termes arabes. M. Newmann remarque à cet égard que les Touareg en
ODt introduit d*un autre ordre que les Kabyles.
(2) Voyez M. A. Judas, dans la Rev. archéol.f VI, p. 157-178.
Ce savant retrouve dans le rapprochement de ces deux alphabets
non-seulement « un précieux anneau dans la chaîne des temps, »
mais il remonte, en les comparant avec Thimyarique et Téthiopien,
jusqu*à Torigine de Taucien alphabet libyque.
( 270 )
consonnes n'y est indiqué, pas pins que la dernière cod-
sonne d'un mot quand le suivant comsoence par la même.
Point d'interpoDction. Quoique la plupart des femmes
Touareg connaissent et pratiquent l'écriture, les Imou*>
char' eux-mèofies ont la plus grande difficulté de com-
prendre, par exemple, une lettre écrite par un troisième.
L'alphabet (tifinar') (1) se compose de vingt-quatre
lettres,y compris le point indiquant a, e, au^ selon le cas:
a, I, ou; b, ^ rf, ;, z, z\ r, $y g^ g\ /, /, m, «, A,
k\ r, cA, A, dh (^'), kh^ y.
On remarque dans cette liste que les dentales et les
sifflantes occupent une large place dans le cadre pho-
nétique, bien moins les gutturales, surtout compara-^
tivement à l'arabe (2),
Les mêmes permutations (3) s'observent en tama*
chek' et en kabyle, surtout entre les sons des mêmes
organes ou d'organes analogues, comme, par exemple,
entre 5, z, chy et entre rf, t, n, /, r (p. 14).
En somme, l'idiome berber possède des lois d'eù-
pbonie bien suivies et une abondance de voyelles. Bien
(1) M. Judas (p. 166-167) dérive ce mot de la racine éthiopienne
tfi (scrtpstO» et de l'affixe nag* (notre). Ainsi Tensemble signifierait
notre écriture,
(2) M. Hanoteau (p. 9) écarte le point signifiant a, i, ou et le kh^
qai, selon lui. n'appArtienqeQt pas à ralpbjibet primitif. De sorte
qu*il reste vingt-deax lettres tontes consonnes, comme en bébrea.
(3) Les permutations les plus fréquentes, du moins chez les Azguer
et les Abaggar, sont les suivantes :
chj h, z, j; '-ch : h; z : h\ — d : l^ n, r, par des motifs d'co-
phtnie; g : j; g : ou; W : r'; t-* suivi de t devient quelquefois »;
h est souvent introduit. Les sons voyelles se substituent Tun à Tautre
avec une grande facilité,
( 271 )
que les éléments phoniques s'y écartent peu des égyp-
tiens et des sémitiques, les langues berbères sont, en
général, plus adoucies que les dernières et un peu
moins monotones que Tégyptien. Toutefois, comme
dans celui-ci, les terminaisons en en y reviennent
souvent.
Livre lï, ch. i. Du nom (p. 15). — A part quelques
exceptions, le singulier des noms masculins commence
par a, i, ei, ou; le pluriel par L Les noms féminins
commencent par un t (1) au singulier et au pluriel, et
la plupart d'entre eux ont en outre un / à la fin.
Les signes du pluriel sont pour le masculin ou la
désinence en n ajouté à la racine, ou des changements
des voyelles initiales ou finales , ou enfin ces deux pro-
cédés combinés. Le pluriel du féminin se forme par la
terminaison en in. atin, ouin^ oua; quelquefois le ra-
dical reste sans désinence.
Les rapports du nom dans la phrase sont exprimés
par des prépositions, »u génitif par en ou ne^ préfixe
qui exprime aussi la possessioi) ou Tappartonance, au
datif par i (2) et à l'ablatif par s ou der (3) .
tes préfixes des noms a, i, ou n 'ipdiquapt pa§ un
(1) On voit que le berber, ainsi qae l'égyptien , le hottentot, les
langues sémitiques et ariennes, pnssède le système sexuel ; et il va sans
dire qae les voyelles initiales pour le masculin et let poor le féminin,
ne sont d'ordinaire que des articles réductible^, comme eu t^nt d'autres
langues, aux pronoms démonstratifs {oua, ta^ en tam^chek'}.
. (2) Ye chez les Youlmeden.
(3) Les moyens d'inflexion étant pour ainsi dire épuisés par )a
détermination des genres et des nombres, le berber a natqroUcment
dû recourir aux particules pour lier les idées.
( 272 )
objet concret, on recourt au démonstratif en y joignant
la particule n (du génitif) pour déterminer nettement
l'objet désigné (1),
Le diminutif des noms masculins se forme comme le
féminin de ces noms.
Suit une liste de noms propres d'hommes et de
femmes qui sont, en tout cas, plus entremêlés de
termes d'origine arabe que ne parait penser Fauteur.
Chap. II. — Les pronoms personnels ^ conmie sujets,
sont exprimés par des mots isolés , comme régimes,
par des affixes. Par une espèce d'inversion, ces pro-
noms régimes précèdent quelquefois leurs ag^ts.
PRONOMS SUJETS.
SiRG. 1. Nek, — 2. Kai^ kem (fëm.). — 3. Enta^ entai (fém).
PLUR. 1. Nekkenidh^ nehhmetidh (fém.).
2. Kaouenidhy kameiidh (rém).
3. Entenidh, ententidh (fém).
AFFIXES RÉGIMES.
D'un nom.
SniG. 1. t, m, in, hin, ni. Plui. 1. ner^, nener\
2. k.ennek;m^ennem{t.). 2. notiez, ennotien; enJ»-
met (f.) .
3. s, ennit; ennes. 3. nesen; nesenet (f.).
D'un verbe régime direct.
SiHG. 1. t. Plub. 1. ner\
2. fc, kai; kem, m (f.). 2. koun, ouen; kemet (f')«
3. t; tel (f.).l 3. ten; tenet (f.).
(1) Ceci produit au fond un véritable pléonasme, et nous verrou
plus tard que le berber trahit en toute occasion la tendance à cu-
muler les formes grammaticales.
( 273 )
D'un verbe régime indirect (1).
S«6, 1. f, fti. Plui. t. ner\ aner\ hawr\
2. ik, akf hàk; m, am, 2. aoun^ haoun; àkemei^
ham (f.). hakemet (f«).
3. SfOs^has. 3. asen^ hiuen ; oientt^ h(h
senet (f.).
Ponr ne pas noyer dans les détails cette petite
esquisse, je passe sous silence les pronoms démonstra*
tifSy possessifs f indéfinis et interrogatifs. Marquons
pourtant quelques particularités du berber en ce qui
concerne ces pronoms. Et d'abord le tamachek' forme
avec les démonstratifs qui occupent dans la phrase la
même place que chez les Sémites, les possessifs. Quand
les démonstratifs sont employés comme relatifs^ la
préposition les stàt , ce qui est absolument contraire à
l'esprit des langues sémitiques ; et enfin, bien qu'avec
le régime indirect il y sût le même pléonasme (2) comme
en arabe, le nominatif attire, en tamachek', le régime
indirect, qui se place chez les Sémites infailliblement
après le verbe.
Chap. m. De la qualification et des degrés de com-
paraison. — Comme chez les Kabyles, il n'existe, en
tamachek', point de formes spéciales pour les adjectifs
qui sont remplacés par les verbes d'état placés immé-
diatement après le nom à qualifier. Le comparatif et le
superlatif s'expriment principalement par des parti-
(1) Note, — On interpose, entre le régime indirect et son verbe»
quelquefois la préposition i da datif. — Les pronoms afQies régis par
une particule sont les mêmes que les précédents.
(2) Par eiemple : tameCta haa enntr' adtast « la femme laquelle à
elle )'ai dit de venir. »
( 274 )
cules ; le dernier, quand il est relatif, par le démons-
tratif placé devant le verbe qualitatif. .
Livre IlL — Le verbe n*a qu'une seule conjugaison
admettant un seul mode. On y exprime les différences
des deux nombres, de trois personnes ; le genre, pour
la deuxième personne du singulier, et au pluriel pour
la deuxième et la troisième personne (1).
Les modifications des temps s'obtiennent ou par des
préfixes (î2) ou par l'introduction du son a avant la
dernière articulation du mode unique, comme, par
exemple, pour former le présent actuel ou d'habitude,
qu'on emploie aussi pour la négation.
Les participes jouent un grand rôle dans le berber;
ils se terminent en n, et, contrairement au kabyle, ils
prennent, en tamackek' , les genres et les nombres.
Pour exprimer notre participe présent, on se sert du
présent actuel; pour le passé, du mode unique, auquel
on «joutQ la. particule préfixe (arf, ah^ r'a) pour former
(1) Voici le paradigme de la conjugaison :
l"pers. r*
S1NQ.J2® t c{ (masc. et fém.).
3e f ' » (masc).
( t » (fém.).
i'^pers. n »
^^ p ...... m (masc.)
3e ( » *^ (masc).
t » f t . , . 1 nt (fiéni.).
Ce mode unique nie paraU correspondre de tout point avec Taoriste
des Sémites.
(2) Pour les temps passés, il n'y a comme préfixe que kolad^ pour
le futur^ adf ha, r'a, selon la difîérence des dialectes.
( -'^à )
le paiticipe futur. Le participe s emploie an tamacbek'
où, en français, le verbe se trouve sous rinfluenced'un
pronom ou adjectif qualificatif ou interrogatif ; par
exemple : Thomme lequel ayant mangé.
Un des traits particuliers du tamachek' consiste en
ce que la négation our attire le n final du participe
(par exemple : ma illan, ma our nelli; c quoi étant,
quoi n'étant pas»), ainsi que les pronoms régimes
affixes du verbe, etc.
Enfin le radical du verbe serait, selon Tauteur, re-
présenté par l'impératif à la deuxième personne du
singulier (1). Le nombre des consonnes des radicaux
varie de un à six ; les plus nombreux sont ceux de trois
consonnes.
De môme que les langues sémitiques, le berberpos*
sôde une abondance de formes ou voix verbales, formées
par l'addition méthodique de certains sons pour donner
le sens transitif, passif, réciproque, ou pour désigner
la transition à un état, la fréquence, la persévérance
dans l'açtioi), etc. (2).
(1) J'ai quelques doutes à cet égard, car comment s'expliquer que
tUir* exprime Thabituel par làzer, si 1*0 formait partie de la racine?
Jecpois, ao contraire, que les voyelles initiales, dans la plupart des
impératifs, répondent eo tamachek* à 4m formes analogues «n arabe,
où celte voyelle u'appartieq^ guère au r9dical.
(2) Ces voix verbales s'obtiennent ou par des syllabes préfixes (s, <ou,
m, nm) ou par la suffixe r, ainsi que parTintroduction de a,ou^ avant
ia dernière articulation ; par l'addition à la fin de a, t, ou; par le redou-
blement de la seconde articulation, et enfin par la combinaison de
plusieurs de ces moyens; car encore ici le berber aime à envelopper la
racine de tout un cortège de satellites. Par exemple : essimmessuior-
^<igh^ «je te souviens. » (Newmaun dans Barth.)
( 276 )
La manière de rendre le passif est assez imparfaite
en tamachek' et la voix réfléchie nous rappelle de nou-
veau l'esprit sémitique ; car elle s'exprime par iman
(âme) , avec le pronom personnel afBxe.
Le verbe être (ili ) se conjugue comme tous les verbes,
mais pour exprimer une idée d'état, de position, de
condition, etc. , on emploie emous ou oumas. Il y a enfin
encore des termes a part pour désigner être dans, être
sur^ ce qui nous indique qu'en fait d'abstraction et
d'analyse le berber est resté au-dessous du sémite.
La possession se rend ou par ili (être), combiné
avec r'owr (chez), on par e/ ( posséder ).
C'est par le futur qu'on exprime l'impératif et le
subjonctif qui, de même que l'optatif, peut également
être rendu par le mode unique, tandis que notre infi-
nitif est remplacé par le futur, par le nom d'action,
de l'état, etc.
Ghap. II. — Pour compléter notre esquisse sur le
verbe tamachek', notons en6n qu'on en dérive des
noms d'actions, d'agent, de métier, d'habitude,
d'état, etc. (1).
Les particules adverbiales ne nous ayant offert
rien de saillant, jetons un coup d'oeil sur la numéra-
tion^ et remarquons avant tout que seulement les
nombres de un à quatre et le terme pour dix sont origi-
naux, tandis que de cinq à neuf ils sont empruntés ou
d'accord avec l'arabe. De plus, le berber compte par
dizaines. Mais, à côté de ce système proprement dé-
(1) 1** Noms d'aciions :o — ;a — a — ; a — ou; t 1; t—
— aout;t — —t. — 2° Noms d*agent, etc. : a — a^; am-^a^ ;
an — a — ; —
( â77 )
cimal, M. LètoufneUx découvrit dans les oasis du Souf )
dans le pays des Chambas et dans TOned-ghir, ded
traces d'un système quinaire dont l'existence fut pluA
tard constatée par M. Hanoteau, également chez les
Beni-Mozab (1).
Outre la grannuaire dopt je viens de tracer l'aperçu
rs^ide, le volume sous nos yeux contient (p. 132-280)
un recueil fort étendu de textes divers : fables*
maximes, contes, histoires, poésies et dialogues, en-
suite une notice sur la carte mentionnée plus haut, et
à la fin les noms des tribus berbères habitant Constan-
tine et Alger, réparties ainsi :
ConstantÎDe 49S 443
Alger 350 743
Oran. 5 973
Somme 855 159
A peu près le tiers du nombre total des habitants.
Conclusion.
D'accord avec M. Newmann, M. Hanoteau admet
avant tout l'étroite parenté entre le kabyle et le tama-
chek', qui, selon le premier auteur, sont des langues
sœurs différant entre elles à peu .près au même degré
que le portugais, l'espagnol et l'italien. De plus, notre
auteur s'exprime ainsi sur les rapports entre le berber
(1) Voyez M. Reinaud, Notices sur les dictionnaires géographiques
arabes et sur le système primiHfde la numération chez les peuples de
race berbère , Paris 1861 , et Bulletins de la Société d'anthropologie de
Paris, t. Il, p. 457.
( 278 )
«
et l'arabe (i ) : « La construction de la phrase est la
» même^ remploi dn verbe et des pronoms présente
D de grands rapports, et l'expression équivalente, qu'on
» chercherait souvent en vain dans nos langues^ s'offre
» à la pensée comme d'elle-même et pour ainsi dire
*) sans efforts. Le dialecte des Touareg, quoique très-
» dlffiêrent de l'arabe par le vocabulaire , est surtout
w remarquable à cet égard. »
Messieurs, peu de mots suffiront pour apprécier l'heu-
reuse acquisition que la science vient de faire par les
travaux de M. Hanoteau. En effet, l'idiome berber était
peu connu auparavant. La Grammaire kabyle ûeYetit
de Paradis (18/iâ) forme le premier jalon pour ces
études. Ensuite M. Newmann donna à Prichard un
Aperçu sur le verbe berber, et il coordonna plus tard
les matériaux recueillis sur le dialecte des Auélemmides
parM.Barth (voy.Tédit. allem.,p. 588-599). M.Slane,
de son côté, traita les pronoms berbers, etc. , dans
l'appendice à la traduction d'Ebn Khaldoun, et enfin
un Vocabulaire français-berber fut publié par une
commission scientifique à Alger.
Un coup d'œil comparatif jeté sur les travaux anté-
cédents et contemporains à l'ouvrage de M. Hanoteau
nous en fait connaître toute la valeur. En effet, tout est
fragmentaire chez les prédécesseurs ; notre auteur, par
contre, a donné une grammaire complète ; par son vaste
recueil de compositions littéraires, il met le lecteur en
état de puiser à sa véritable source la connaissance du
langage berber, et de confronter par suite les induc-
(I) Voyez Grammaire kabyle, p. xvi-iv!i*
( 279)
.tioûs qu'en a dérivées Fauteur lui-même; et nous ne
doutons guère que ses vues seront confirmées, car il
s'est limité à donner la morphologie du tamacbek' telle
qu'elle est, sans s'aventurer dans les sentiers obscurs
et épineux de la génésJogie des racines, des formes
grammaticales, etc. Ici presque tout reste à faire.
De plus, quand on considère les difficultés de toute
espèce et les moyens restreints dévolus à l'auteur pour
aller à leur rencontre, on reconnaît avec autant d'em-
pressement que M. Hanoteau a dû pour ainsi dire tout
créer par lui-même. Maintenant aux savants anato-
mistes du langage la tâche d'assigner au berber sa
place parmi les langues connues. Bien des lacunes
restent à combler sous ce rapport.
Toutefois, en nous appuyant sur les données déjà
connues, nous n'hésitons guère à nous prononcer d'une
manièi'e générale sur les rapports du berber avec les
autres langues. En effet, bien qu'il ne soit ni égyptien
ni sémitique de toute pièce, il prend sa large part aux
caractères de ces deux classes de langues ; bien que,
tlans la construction de la phrase, il suive sa marche
toute particulière, par exemple par la force attractive
et inversive qui est inhérente à la négation et à d'autres
particules, il n'emploie cependant au fond, pour éta-
blir ses formes grammaticales, que les moyens usités
dans les langues précitées. On dirait que, sous ce rap-
port, il y ait chez le Berber mariage du Sémite avec
le Copte^ Toutefois, les formatives homophones ne rem-
plissent pas chez l'un et l'autre toujours le même but.
Quant aux concordances du vocabulaire, faisons remar-
quer avant tout que nous ne possédons jusqu'à présent
^ I
( 280 )
que deà fragmeùts du berber et de Vàticien égyptieti*
De plus, abstraction faite de rinfluence arabe moderne,
le berber, tout en possédant un certain nombre de
radicaux identiques avec le copte, nous offre une abon-
dance de termes qui ne sont comparables ni au sémi-
tique ni à l'égyptien. N'oublions cependant pas qoe,
dans la comparaison du berber avec le dernier, il faut
tenir compte du milieu tout différent où se trouvaient
placées ces deux nations. L'une, massée et sédentaire,
fixa de bonne heure par récriture son langage; l'autre
ne forma de tout temps que de petits groupes isolés
par les accidents du terrain et menant en partie la vie
nomade. Ainsi, point de littérature d'une part, et de
l'autre abondance de termes qui se rapportent au jar-
dinage, à l'élève des troupeaux, etc. Néanmoins, les
termes [qui désignent l'être suprême, les degrés de
parenté, les besoins les plus urgents de la vie et les
fonctions qui s'y rapportent, ainsi que plusieurs pro-
noms et noms de numération, sont, en tamachek', les
mêmes que dans l'ancien égyptien. De plus, chez le
Berber, toute une série d'influences successives ont
laissé leurs traces dans le langage. Sans parler des
Arabes, on y découvre les vestiges des Carthaginois,
des Grecs, des Romains, etc. Ainsi le nombre des
synonymes pour exprimer /î/s, fille ^ etc., est surpre-
nant en tamachek' , et les noms des animaux sauvages
diffèrent d'une tribu à l'autre. En général, le berber
possède une grande puissance d'assimilation, et s'il
emprunte encore actuellement aux Arabes un certain
nombre de termes, il ne refuse pas, d'autre part, même
ceux qui lui viennent de la Nigritie, en leur imprimant
( 281 )
toutefois le cachet de son phonétisme et de sa gram-
maire.
La partie faite à ces éléments qui se sont peu à peu
accumulés dans le vocabulaire des langues berbères,
il faut, d'autre part, avouer qu'il y a trop de rapports
intimes entre elles avec l'égyptien et le sémitique, pour
ne pas reconnaître des liens de parenté à tous ces
idiomes, sans qu'on puisse jusqu'à présent préciser le
degré de cette affiliation. Rien encore ne fait entrevoir
à cet égard la netteté de concordance si remarquable
dans les langues ariennes. Comparativement à l'égyp-
tien qui, tout agglutinatif, ne touche presque jamais à
ses racines, le berber est éminemment une langue à
inflexions, soit pour les voyelles radicales, soit pour les
désinences. Si, enfin, les langues sémitiques ressem-
blent aux bustes d'airain par leur moule tout achevé,
le berber, comparable au visage de cire exposé aux
sables mouvants du désert, parait encore éloigné de
l'époque qui fixera ses traits d'une façon inaltérable,
du moins pour ce qui concerne sa phonologie.
Un dernier mot, messieurs. Si Ghampollion nous légua
la clef du sanctuaire de la plus haute antiquité, M. le
colonel Hanoteau nous révéla très-probablement l'an-
neau du chaînon mystérieux qui relie l'Afrique à l'Asie.
Serait-ce téméraire de voir du providentiel dans cet
admirable accord et dans l'alliance intime entre les
succès du génie guerrier et les aspirations de la science,
et cela précisément sur le sol africain ? Heureux, en
tout cas» le pays où Minerve tend sa main à Mars I
Pruner-bey.
VI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 8. 19
( 282 )
IVouvelleft et eomiiiunleatloiis»
UINSTiTUT PHILOSOPHIQUE DE GANTORBÉRY
A Là NOUYBIXE-EitAtlDB.
Notre siècle occupera dans l'histoire une place
élevée, n'y eût-il d'autres droits que ses généreux
efforts, ses cotiqiiètes brillantes et rapides dans lé
doniiaine de la science. Du jour où celle-ci, dégagée
des limbes de la superstition, put offrir à notre esprit
altéré de certitude des résultats satisfaisants, l'huma-
nité Intellectuelle se jeta avec ardeur dans la voie qui
lui était ouverte ; d'autre part, l'application ayant suivi
de près la théorie, les intérêts matériels trouvèrent
leur compte aux satisfactions de l'esprit : ainsi peut
s'expliquer l'immense progrès scientifique réalisé
depuis environ quatre-vingt-dix ans. Assurément cette
période est courte, si l'on envisage les transformations
auxquelles elle a suffi, et le mouvement n'est pas près
de s'arrêter. Ces dernières années ont vu se détacher
du tronc de la science de nouvelles branches actuelle-
ment en pleine végétation. Nul ne peut dire dès à pré-
sent les intéressantes découvertes, les bgénieuses
applications queTavenir réserve au développement de
l'humanité. Lequel de nous ne s* est parfois senti pris
d'un regret à l'idée qu'il lui faudrait quitter cette vie,
( 283 )
la veille peut<^être du jour où se produira une de oea
brillantes solutions, un de ces résultats surprenants
qui ouvrent à l'esprit de lumineux horizons et lui font
comme entrevoir le dernier mot des choses? Un sem*
blable regret part assurément de trop haut pour être
traité d'attachement aux joies de ce monde. Chaque
jour le rôle de la science dans l'économie des nations
acquiert plus d'importance ; c'est un signe des temps
que de voir, dans une colonie née d'hier, la Nouvelle^
Zélande, se constituer une association dont le but est
de donner de prime saut à l'élément scientifique l'ac-
tion qu'on en peut espérer ; tel est en effet le but que
M sont proposés les fondateurs de l'Institut philoso*
pbique dQ Cantorbéry & la Nouvelle-Zélande. Dans un
disQOur$ d'ouverture, remarquable à la fois par l'éléva-
tion des vues et par l'élégance de la forme, le docteur
Julius Haast, géologue de ]a province et président de
l'Institut philosophique, expose les premières mesures
à adopter pour assurer aux efforts communs l'unité de
direction qui doit les rendre efficaces ; il pose, relative-
ment a la colonie, un certain nouibre de problèmes dont
la solution se rattache aux plus hautes spéculations de
la science. L'orateur débute par le tableau de la solitude
en présence de laquelle se trouvèrent les premiers
colons à leur débarquement dans la province de Can-
îorbéry ; puis il nous montre l'activité de la vie civilisée
qui commence à se développer de toutes parts. Au
milieu des plaines cultivées s'élèvent de grandes fermes;
d'immenses troupeaux de moutons couvrent les pâtu-
rages, les navires arrivent et repartent chaque année
plu^ nombreux ; un chemin de fer se construit qui, fran-
( 28/1 )
chissant en tunnel la colline deMountPleasant, relieraati
port de Lyttelton, la ville de Christchurch, capitale de la
province; le télégraphe électrique fonctionne déjà dans
plusieurs directions ; la science aussi doit progresser et
apporter son noble concours à la poursuite des grandes
œuvres entreprises ou projetées pour la colonie. Plus
loin, M. JSaast rend un touchant hommage au souvenir
du botaniste André Sinclair lequel, âgé déjà, s'est noyé
dans un torrent en poursuivant avec une juvénile
ardeur des recherches pour lesquelles ne suffit pas
toujours la vigueur de Tesprit. L'orateur aborde enfin
ce qui est relatif au but de l'institution et aux moyens
par lesquels on doit chercher à l'atteindre. C'est d'abord
l'acclimatation des espèces végétales et animales qui
peuplent les zones tempérées. De nos jours, il n'est pas
besoin de faire ressortir combien ces vues sont pra-
tiques et quels résultats en peut espérer une colonie
dont un des caractères est la pauvreté en espèces ani^
males. Ajoutons que la ville d'Auckland possède depuis
quelques années déjà une Société d'acclimatation.
Le D^ Haast considère ensuite comme étant de pre-
mière nécessité la formation d'un musée de géologie,
d'un musée d'histoire naturelle et d'un laboratoire de
chimie ; puis la formation d'une bibliothèque qui s'en-
richira par l'échange des publications de l'Institut avec
les publications des différentes sociétés savantes du
globe. L'établissement d'un observatoire muni d'un
séismomètre et de tous les appareils nécessaires à étu-
dier l'atmosphère , à prévoir les tempêtes et à en
informer télégraphiquement les divers ports de la
colonie. M. J. Haast jette ensuite un regard sur les
( '^85 )
explorations et les travaux dont la Nouvelle-Zélande a
été l'objet depuis qu'elle est colonie de la Couronne
Britannique. Les principaux qu'il mentionne sont les
travaux du géologue Diflenbach, l'expédition améri-
caine sous le capitaine Wilks, l'ouvrage du révérend
Taylor, les explorations de divers géomètres, le Pilote
de la Nouvelle-Zélande, rédigé par l'amirauté anglaise,
la Flora Novœ-Zelandiœ du D' Hooker , les explora-
tions du D' Hochstetter, géologue attaché à l'expédi-
tion de la Novara ; enfin l'atlas géologique et topogra-
phique qui s'élabore en ce moment à Gotha sous la
direction du D' Aug. Petermann ; à quoi nous devons
ajouter que la bibliographie de la Nouvelle-Zélande se
compose actuellement de près de trois cents volumes
ou brochures dont la majeure partie sont indiqués à la
fin de l'ouvrage de Thomson sur ce pays.
Les explorations du D' Hochstetter ont mis sur la
voie d'anomalies géologiques dans le détail desquelles
nous n'avons pas à entrer ici. Nous devons également
passer sur la partie du discours où l'orateur, bien que
spécialement géologue, traite en homme versé dans
toutes les branches des sciences naturelles, la question
des faits acquis, des desiderata et des hypothèses
relatifs à la connaissance de la faune et de la flore
néo-zélandaise.
Nous nous bornerons à citer quelques-uns des pro-
blèmes les plus généraux sur lesquels le D'' Haast
attire l'attention des membres de l'Institut philoso-
phique. A. une époque géologiquement récente, la Nou-
velle-Zélande fut submergée sous une hauteur d'eau
qu'on peut évaluer à 5000 pieds. Quelle fut la cause
( 286 )
de cette fiubmersion? Le pbétiomène pout*m«-t41 se
reproduit'e dans l'avenir? Peut-être y Aurâit-il lieu
d'essayer d'appliquer ici la théorie d'Adhémiir sur
l'époque glaciale et sut* les déluged. Le soulèVemefit
s'esMl opéré en une fois ou par exhaussements sucoes^
sifs pendant la période post-pliocène 7 Lo D* Baftèt se
prononce en faveur de cette dernière hypothèse. A
quoi est due l'existence des immenses glaciers de la
Nouvelle-Zélande? quelle est la quantité de pluie et de
neige qui tombe sur les plaines et sur les montagnes?
quelle est la limite des neiges éternelles sur les diffé^
rents versants des Alpes néo-Hélandaidee? de qtielle
quantité avancent les glaciers principaux, et ce phéfio^*
mène se produit^il de la même façon que pour les
glaciers d'Europe? les Maoris ed artivant trouvé»
rent-ils la Nouvelle-Zélande déjà habitée» • • f Exprimons
ici le regret qu'aucune de ces questions ne se rappcNte
à l'anthropologie et à la philologie. On m doit pas
oublier que la race polynésienne s'en va. Dans un ce^
tain nombre d'années, ce sera une langue morte que
celle qui, avec des différences de dialectes il est vm^
se parle aujourd'hui depuis les lies Sandwich jusqu'au
groupe nouveau'zélandade. Gomme il arrive générale»
ment pour les pays éloignés du centre ou de l'axe
d'une émigration, la Nouvelle-Zélande aura sans doute
conservé presque sans altération le dialecte qu'y appor-
tèrent il y a quelque cinq cents ans les premiers émi*
grants malais. Négliger l'étude encore possible, et il
faut le dire, encore bien incomplète de ces questionsi
n'est-ce pas laisser tarir une source précieuse pour
l'histoire des origines et des évolutions de l'espèce
( 287 )
humaine? Si la rapide analyse qu'on vient d'entendre
n'a pas un cainfitèra purement géographique, c'est que
le discours même est conçu à d'autres points de vue.
Toutefois nous n'avons pfts voulu qu'il passât inaperçu.
Rien de ce qui touche à l'étude de la terre ne saurait
être indifférent à une Société géographique. L'Institut
philosophique de Cuntorbéry produira, n'en doutons
pas, des résultats qui contribueront à agrandir le champ
de nos connaissances, et si les commencements signi-
fient quelque chose quant à l'avenir des institutions,
le discours de M. Haast est un début qui promet. On
y sent un amour éclairé et profond pour la science» un
noble désir de la voir contribuer à élever les destinées
de l'humanité.
G. Maunoir.
>Mi-«^Mirfi»4M^
( 288 )
JLeteft de la (ieelété.
EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX D£5 SÉANCES.
Séance du 7 août 186S.
PRÉSIDENCE DE M. D*AVEZAC, VICE-PBBSIDENT.
Le procès -verbal de la dernière séance est lu et
adopté.
M. de Quatrefages écrit à la Commission centrale
que, forcé de s'absenter, il ne pourra présider la
séance. Il prie M. d'Avezac, vice-président, de vouloir
bien le remplacer.
M. Vallon, capitaine de frégate, et M. le duc d'Acqua-
viva remercient, par lettre, la Société de les avoir
admis au nombre de ses membres.
M. John Bigelow, consul des États-Unis, écrit à
M. le Président pour lui annoncer l'envoi fait à la
Société par le Département de la marine de l'État
qu'il représente, d'une série de cartes hydrogra-
phiques. Des remercîments seront adressés à M. Bige-
low pour qu'il les transmette à qui de droit.
M. le marquis de Turenne écrit à la Société qu'il
tient à sa disposition plusieurs instruments d'observa-
tion, parmi lesquels se trouve un baromètre de Gay-
Lussac, afin que la Société puisse en disposer ulté-
rieurement dans un but utile à la science. L'offre de
( 289 )
M. le marquis de Turenne est acceptée avec reconnais-
sance , et une lettre de remerclments lui sera adressée
par le secrétaire général.
H. Rohlfi Gérard, voyageur au Maroc et dans le
Sahara marocain, se propose d'entreprendre le grand
voyage de T Algérie au Sénégal en passant par Tom^
bouctou, pour lequel la Société a promis un prix. En
faisant part de son projet, M. Gérard demande à la So-
ciété de l'aider soit pécuniairement, soit par le don des
instruments nécessaires ; il lui sera répondu que les
ressources de la Société ne permettent pas de lui ve-
nir en aide d'une manière effective, comme il le désire,
mais qu'elle appuie volontiers moralement les voya-
geurs dont les efforts semblent devoir être utiles à la
science.
H. Genteur, secrétaire général au ministère de
l'instruction publique, annonce par lettre que M. le
Ministre met à la disposition de la Société les ouvrages
suivants : Les conférences de Loudun et le Cartulaire
de Redon. En accusant réception de cet envoi, on
demandera à M. le secrétaire général du Ministère de
l'instruction publique le don d'un exemplaire de la
Revue des Sociétés savantes.
M. Latino Goelho offre également plusieurs ouvrages
au nom de l'Académie royale des sciences de Lisbonne,
dont il est secrétaire général.
Des remerciments seront adressés à cette Académie.
M. de La Roquette donne lecture d'une lettre écrite
par M. Miani à sir RoderickMurchison, dans laquelle
ce voyageur proteste contre la découverte des sources
du Nil de MM. Speke et Grant. Une discussion, à laquelle
( 290 )
pfeutieât part MM. d'Avèzfto, de La Roc[uette, Malté-
Branéi Vivien de Saint^Martin^ ^'engage à ce sujet.
M. Vivien de Saint-Martin côntidue enauite la lecture
d^uii mémoire du D' PouMel sur l'État de Gatamarca,
appartenant à la République des Étate<«Unis de Ift
Platâ.
M. Roth de Beauval est présenté pour être admis
au nombre des membres de la Société par MMé Mftlte^
Bmu et Barbie du Bocage.
Le secrétaire général donne lecture de la liste déS
ouvragés oflTerls.
M. Malte-Brnu lit ensuite une notice snr la seconde
exploration du D' Alfred PôUey, dirigée jusqu'au delà
de la cataracte de Makédo.
La séance est levée à dix heures et demie.
Sullriii, Jr S,fUmhn - Ortobrr l»6:K
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( 291 )
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ
HÊAIVQB d'octobre 1808.
EUROPE.
Trafaro délie Alpilfh Baitlonnècbe e Modaoe. RélaiioiM dalla diteiione
tecDica alla direzione générale délie strade ferrate dello stato. To-
rlQo 1863. 1 Vol. in-i.
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goayernement de Perin, anoées 1â61 et 1862. Paris 1863. 2 brocb.
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AFRIQUE.
I^otice sur lés lies de Bomba et Plate, le golfe de Bomba et se§ eoYi*
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<Ée Touest de la Régence trlpotiutnd, par Bt. dbatles Edouard GU^s.
Marseille iS63. 1 btoeh. in-8. kl. CttAaLM ËboDA&b GtiTS.
L'tsthine de Snei, par li. À. Nolrot. Parll 1863. i broch. ln-8.
H. A. NoiAoT.
On récent discoTery in eastern Africa and ** the adTébtures ôf eàp-
tAIn Singlélon** (de Foe), by assistant Surgeon Birdwood. II. b.
honorary secretdry Boinbaf Branch Royal Asiatic S^odety. 1 feuille
in-8. 11. BiabtTbob.
AMÉRIQUE.
Guida générale d(Klla naVigazione p6t le coite àettentrionall cd orietl-
tali deirAinerica del Sud dal Rio délia Plata al Pafà, accompAgnata
dalli deseHzione de |>rinclpall gruppi di lladera, délié Caliarie,
délia Azore e del capo Verde, délie isole di Fernando Noroûha, délia
Triuità, del Penedo di San Pedro, et délie Rocche di Martino Vax,
per Eugénie Rodriguez, capitano di fregatà dellè niariba fiapoliti.
part. I et 11 ; accompagné d*un attas. 2 fol. in-i eti vol. fii-fol.
Napoli 1854-1857. M. Eùgkhio Rodhigcei.
Glossaria lid^uarum brasiliensium. Glossirios de diversas Hdgoas e
( 292 )
dialectos, que fallao oi indios no imperio do Brazil. Wortenamm-
luQg brasilianlscber sprachem, von D' Cari Friedr. Phil. voii Mar-
tius. Erlangea 1863. i vol. in-8. M. le D' Cabl Marhus.
Messages from the governors of Maryland and Pennsylvania, transmit-
ting the reports of tbe Joint commissioners and of lieut.-coi.
Grabam in relation to tbe intersection of the boaudary Unes of Ibe
States of Maryland Pensylvannia and Delaware, being a portion of
Mason and Diiou's Line witb a map. Seconde édition . Ctiicago
1862. 1 broch. m-8. M. le lieat.-col. Gkaham.
OUVRAGES GÉNÉRAUX. — MÉLANGES.
Discussion of tbe inagnetic and meteorological observations made at
tbe Girard collège observatory. Philadelphia in 1840 and 1845,
parts II, III, IV, vand vi; by A. D. Bacbe. Wasbington 1862.
2 brocb. in-4. M. A. D. Bachk.
Libros del saber de astronomica del rey D. Alfonso X de Castilla, copi-
lados, anotados y comentados por don Manuel Rico y Sinobas. Obra
publicada de real orden. Tomo I. Madrid 1863. 1 vol. gr. in-fol.
Positions géographiques et hauteurs absolues des principaux points des
feuilles parues dans les vingt-sii livraisons de la carte de France au
1/80000". 26 livraisons in-4. Dépôt de la guerre.
Discussion sur les eaux potables. Discours prononcés à TAcadémie im-
périale de médecine dans les séances du 20 janvier et du 17 mars
1863, par M. Robinet. Paris 1863. 1 broch. in-8. M. Robinet.
Preliminary report on theeigblh census 1860, by Jos. C. G. Kennedy.
Wasbington 1862. 1 vol. in-8. M. Jos. C. G. Kbnnedt.
Report of tbe superintendent of the Coast Survey sbowing tbe progress
of tbe survey during tbe year 1859-1860. Washington 1860-1861.
2 vol. in-8 avec appendix. Coast Sorvet.
Descrizione ed uso délia bussola vérificatrice eletiro-magnetica di Eu-
geuio Rodriguez. Napoli 1863. 1 broch. in-4.
M. EuGBNio Rodriguez.
Phares des cAtes des tles Britanniques. Corrigés en Juin 1863. —
Phares de la mer des Antilles et du golfe du Mexique. Corrigés en
juillet 1863; par M. A. Le Gras, capitaine de frégate. Paris 1863.
2 brocb. in-8. — Pbares des câtes occidentales d'Afiîque et des
( â9â )
ties ëparses de Tocéan Atlantique. Corrigés en août 1863; par
M, A. Le Gras. 1 broch. in-S. M. A. Le Gvas.
ATLAS ET CARTES.
Carte des concessions houillères de la proyince de Haioaut et de la
partie ouest de la province de Namur, de la province de Liège et
de la partie est de la province de Namur, dressées à Téchelle de
i/100 000^, par Ph. van der Maelen. Bruxelles, 2 feuilles. — Nou-
velle carte de la Belgique à réchcUe de 1/300 000*, contenant les
noms de toutes les communes du royaume, avec l'indication des
chemins de fer, routes, canaux, etc., i feuille. — Carte des che-
mins de fer de Belgique, mars 1863. 1 feuille. — Carte des voies
navigables de la Belgique. 1 feuille. — Cartes hydrographiques
routières et administralivcs du Brabaut, de la province de la
Flandre occidentale^ de la province de Limbourg, de la province de
Luxembourg, de la province de la Flandre orientale, de la province
de Narnur, de la province de Hainaut, de la province d*Anvers et
cl de la province de Liège, à Féchelle de 1/100 000^ 9 feuilles.
M. Ph. vân der Mablen.
Carte du théâtre de la guerre aux États-Unis. 1 feuille.
MÉMOIRES DES ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES,
RECUEILS PÉRIODIQUES.
Prœeedingsofthe royal geographical Society ofLondon. Vol. VII, n* 5*
Wallace, On the physical geography of the Malay archipelago.
— Sir Roderick Murchison^ On MM. Speke and Grant's récent dis-
coveries. — Fr. Gallon^ The climate of lake Nyanza, dedoced fhMn
the observations of capt. Speke and Grant.
Âddress ta the royal geographical Society ofLondorif delivered at the
anniversary meeting of the 25 may 1863, by sir Roderick J. Murchi-
sun, président.
Zweiler Jahreshericht des Vereins von Freunden der Erdkunde zu
Leipzig. 1862, in-8.
Rapport annuel. — 0. Delitsch, Le D' K. Vogel. — H. Lange,
L'expédition allemande dans l'Afrique intérieure, et les explora-
( 294 )
tioDS des Allemands ea Afrique. — H. Brandes^ ÉUides sur la géo-
graphie ancienne : I. Sur l*époqne de quelques géographes grecs.
II. Reniarquessur le Yoyage de découTertcs du Hannon. — W. SchuUz,
Sur Taptitude colonisatrice des Indiens de 1* Amérique du Sud.
Fragment d'un mémoire sur les Indiens. — J. Neig^tauer, Vile de
Sardaigot al U général dalla Marmora.
M^hedvngen d^Aug. Petermann.N° ê, août; n^ 9» septembre.
N* S. Mot. Wagner^ Esquisse physique et géographique de la
province de ChiHqut (Amérique centrale). — Le lac Eyre et son
bassin du cAté 8. 0.« 8oulh-Australia (carte). — Kéber, De Terreur
que Ton commet habituellement quand on eiprirae en chifflres ie
rapport de la superficie d'une contrée avec le développement de ses
cotes. -* KoTiCsa. Travaux géographiques récents en Russie. —
L*ancienne ville de Dodone en Albanie. — Colonisation des steppes
kalmoukes, dans le gouvernement d'Astrakhan. — Le cratère do
Bromo (Java). -^Nouvelles du troisième voyage du baron de Decken
dans l'Afrique orientale. — Végétation des montagnes Rocheuses.
— > Expédition espagnole dans TAmérique du Sud. — Expédition de
W. Cox dans les Andes chiliennes. — La position de Qondokoro.
— Voyage de M. de Heuglio du lac Rek à Boogo, dans le pays des
Dor» 23 mars-tO mai 1863. Mort du D' Steudner k Wau, le
10 avril. — Publications géographiques.
N° 9. Voyage de Th, Kotschy dans Tlle de Cypre et en Asie Mi-
neure. 4^ partie. L'Argée. — Voyage deM.Iej^an en Abyssinie,et
ses projatf ultérieurs. — Aperça des voyages en Afrique en cours
d'exécution ou projetés. — Notice sur les travaux de triangulatioa
des provinoes russes du Caucase en 1863, par le capit. SiébnUzki;
trad. du rusae. — Remarques sur la carte du Sahara central et du
territoire septentrional des Touareg, pour servir k l'aperçu des
explorations d'Henry Duveyrier, de 1859 à 1861 (avec une carte).
— Notices GioQaAPmQOES. F, Frisch, Sur les noms du renne et des
Lapons. — Nouvelles récentes du Caucase. — Le commerce du thé
de la Russie avec la Chine. — La colonie française de Cocbinchine.
— Voyage du D' Schlœfti k Madagascar. -- VelwUchia mtrabiUSf
L'arbre le plus étonnant de l'Afrique. — Deux expéditions dans
l'Australie occidentale. — La cartographie de la Nouvelle-Zélande.
f 205 )
<^Traniix du D' Btrendt dans lei protinees méridionalei da
Mexique. — Le porc-épic grimpeur da Mexique. — Nouveau giie-
meotde guano, et la limite oord du Chili. — Mièhry^ Sur les cou-
ditioQs météorologiquei des Alpes ceotralei. -^ Nouvelles réetutes
de M. de Beuglin. — Publications géographiques.
ZcUiCkrifi fur aUgmeine Brdkunâe. N<» 121-122, Juilletaoât.
7. G. Kohl^ Histoire des premiers temps de lé découverte et de
l'exploration du golfe du Mexique et des edtes qui Penvlroiinent
l^r les Cspagaoll, 1491-1 BI8« — Extraits d*ane lettre du D' Stei»dner
au ly Barth. — Lettre du D' Kerslm sur son ascension dit Kili-
mandjaro en compagnie de M* de Decken. <— - il. LMemant, Sur
quelques bomonymits géographiques du Brésil.
B^ragèn M de r«ai*£afid-eii VoUcmkmde van Nederlandich htdië
(Matériaux pour la connaissance des langues, dfs pays et des peuples
des Indes néerlandaises), Journal publié par rinstitut royal des
Indes néerl. Nouv. série, t. X, 3% 4% 5* et 6* cahiers in-S.
9* cah. Colwn Siumrt^ Encore quelques sources pour les langues,
la géographie et Tethnographie de nos possessions des Indes. —
Rtcuell de proverbes et d'adages javanais.
4^ cah. Proverbes javanais {suite)* -^ J . van Doren^ Les Iles
Keï« au N. Oi dw lies Arrou. — Inscriptions trouvées dans le dis-
trict védaaa de Ban^ar. résidence de Rembang (Java). ^ Anciens
documents de récriture javanaise.
5" cah. Relation des afibiresdu régent de Tiandjour en 1857. —
hËê deux premier^ sura( du Coran javanais* — J, Meinsma, Le fort
de Kartasoura en 1741, etc.
6« cah. Statuts, etc., promulgués par le gouverneur général Ant.
van Diemen,1642.
Mmorie deUa reaie Academa di Tormo. Série sec.» t, U. Torino,
1863 in-4.
Bisioria e Memorias da Àcademia real 4a$ scieneiaa de Lisboa^ Scien-
cias moraes, politicas e beilas-lettras. Nova série. T. II, part. 2.
Lisboa, 1863. In-4.
Boletme Annaes do Conseîho ultramarino, N® 102. Nov. 1862.
BuUettino nautico e geografico di Roma, dirctto da E. Fabri-Scarpel-
Uni. Roma, 1862. Vol. I. N<» 1-12. In-4.
i
( 296 )
M* 1. Balbiy Délie società geografiche in générale, edi una So-
cietà geograflca italiana. — Il porto di Pola.
N*^ 5. Il Caucaso. — La città di Pekino. -~ Il fiame Golfstrim.
N* 12.Salla derivazione del nome geografico Recoaro.
PhUotophiccd transactions ofthe royal Society ofLondon^ for the year
1862. Vol. GLU, parts 1-2. In-4.
ProceeâingsoftKe royal Society. M<> 56.
D'^ Otto Torellf Explorations in Spitzbergen, uodertaken by the
swedish expédition in 1861.
Aetnie du monde colonial. Août et septembre.
Août. Les États-Unis d* Amérique en 1863 (/In), par M. Mdoil"
Bloncowt. — L*Istbme de Suez {suite), par M. A, Noirot, — La
Hollande et ses colonies {suite), par M. Emile Cardon. — Bibliogra-
phie. — Chronique du monde colonial. — Chronique de l'Amérique
latine, par M. L. F. Clavairoz,
Septembre. LMsthme de Suez (suite), par M. A, Noirot. — Le
progrès en Tunisie, par M. ÉmUe Car4on. — Chronique de TAmé-
rique latine, par M. L. F. Clavairoa. — Carte de Tlsthme de Suez.
Revue maritime et coloniale. Septembre, octobre.
Septembre. Irminger, Notice sur les pèches du Danemark, des
lies Feroë, de Hslande et du Groenland. — La marine militaire de
rAutriche. — Les colonies françaises (sut(e). Côte-d*Or. Gabon
(carte). — Griffon du BeUa/y, Exploration du flenye Ogo-waï. —
L'immigration africaine aux Antilles. — Aubry-le^omte, Rensei-
gnements généraux sur la culture du coton. — Capit. Bourgois,
Réfutation du système des vents de M. Maury. — Cochinchine fran-
çaise. Expédition de Go-cong (carte).
Octobre. Laurens, Navigation et commerce du Tang-tse-kiang.—
Les colonies françaises (suite). Établissements français dans Tlode
(Plans). — Exploration du fleuve Ogo-waï (fin) (carte).
BULLETIN'
DE LA
SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE.
NOVEMBRE 1863.
■léiiftolres, Motices, etc.
NOTE SUR LES USAGES
DES
POPUUTIONS INDIGÈNES DE LA COCHINCHINE FRANÇAISE,
■ <■■ »IIM »• ^M »■ ■ 9
Les An-namites, ayant eu peu de contact avec les
autres nations, ont assez bien conservé la pureté de
leur race et les coutumes primitives.
Malgré le mélange des aborigènes avec les Chinois,
la ligne de démarcation est restée très-sensible entre
ces deux peuples, et Ton ne peut les confondre.
L'aspect des Cochinchinois se rapproche du type
malais,- et leurs mœurs sont presque semblables ; on
serait tenté de supposer qu une invasion de ces der-
niers aurait eu lieu dans le Nam-ki, à une époque plus
ou moins reculée.
VL NOVEMBRE. 1. 20
( 298 )
Les lettrés d' AÂ*nam ont connaissance d'une émigra-
tion malaise importante dans le Kambodje ; mais elle
n'a pas pénétré en Basse-Cochincbine.
De pauvres Annamites se sont mêlés aux Moïs
esclaves que le gouvernement indigène employait à là
garde du tombeau de Mgr Tévêque d' Adran ; il y a eu
aussi des croisements avec les tribus de Lao et les
Kambodjiens : ils n'ont qu'une faible importance.
Les Chinois ainsi que les Cochincbinois conservaient
autrefois leurs cheveux longs : ce n'est que depuis la
fondation de la dynastie desMinh^ que les habitants du
Céleste-Empire portent la queue.
Le premier usurpateur ayant fait paraître un décret
où il est dit : « perdre les cheveux ou la vie, » force
fut bien de se soumettre, malgré leur vive répugnance
et contre le précepte de Laô-quân, contenu dans les
annales chinoises, et qui est ainsi conçu : « C'est le
devoir d'un homme reconnaissant envers ses parents
de conserver autant que possible les cheveux et les
membres qu'il a reçus d'eux. » Ils obtinrent cependant
d'en conserver une partie.
Les An-namites surent toujours se soustraire à cet
usage, même dans le temps où ils étaient tributaires
de l'empire Chinois.
En se privant volontairement de toutes relations
extérieures, en restant livrés à leurs seules ressources»
les Cochincbinois s'imposèrent l'obligation de se passer
à peu près de tout, et sont loin d'être aussi industrieux
que leurs voisins.
N'ayant aucun débouché au dehors, ils ne s^atta**
chaient pas à produire au delà des besoins ordinaires*
( 299 )
La sente coltiire importante était celle du riz, qn'on ré-
colte partent en abondance, et surtout dans la province
deDinh-tuong (Mytbo), ainsi que dans l'arrondisse-
ment de Tan-hoa (province du Gia-dinh).
Le livre dn Roi dit : « Avant toute chose, parlons
de l'agriculture; Tagriculture est la première des
choses. » Ce précepte est excellent, mais peu suivi, et
l'agriculture est fort négligée.
La canne à sucre vient parfaitement dans la pro-
vince de Dong-naï (Bien-hoâ) ; mais elle est mal
cultivée ; les procédés d'extraction sont défectueux ;
on n'en retire qu'un sucre noir et détestable.
Le coton croît avec facilité, principalement dans les
environs de Phuoc-tuy (Baria) ; malgré l'extrême im-
portance de ce produit, on s'en occupe à peine.
L'élève du ver à soie offre de beaux résultats dans
la province de Gia-dinh (Saigon) ; cependant la quan-
tité de la production est insignifiante.
Le tabac, si on lui donnait une bonne préparation,
serait une branche de commerce très-lucrative; on
n'en cultive que pour la consommation.
Cela pourrait se résumer ainsi : peu de besoins et
peu de soins.
L'industrie des Européens changera tout cela; les
travailleurs indigènes ne manquent pas , il ne s'agît
que de les faire travailler; mais ce n'est point facile.
U faut certainement attribuer la misérable manière
de vivre des An-namites inférieurs, qui offre un con-
traste si choquant avec le luxe des chefs, à ce qu*ils
ont toujours été écrasés par les exactions des manda-
rins, ce qui a dû leur donner le désir de paraître très-
( 800 )
pauvres, afin d^échapper plus aisément à ToppressioD;
et comme cela favorise en outre leur penchant à la
paresse, ils ne se trouvaient pas trop malheureux.
Quelques-uns même regrettent le bon temps!...
Les mandarins, étant choisis exclusivement dans la
classe des lettrés, pesaient d'un bien grand poids sur
des populations grossières privées de tout moyen de
s'instruire, et cela malgré les sévères et minutieuses
dispositions du code an-namite.
Leur pouvoir était si bien établi et avait laissé des
racines tellement profondes, qu'on a vu, depuis notre
conquête , les habitants des provinces soumises acquitter
non-seulement l'impôt dû au gouvernement français,
mais encore payer un tribut aux agents de Tu-duc,
bien qu'ils ne fussent plus sous sa domination ; et il
est permis de supposer que ces sommes ne sont jamais
entrées dans le trésor duroid'An-nam.
Notre petit nombre a inspiré pendant quelque temps
aux indigènes la crainte de nous voir abandonner le
pays, comme cela avait eu lieu à Tourane en 1860, et
ils se seraient exposés à de terribles vengeances en
nous faisant un bon accueil.
Aujourd'hui cette frayeur n'existe plus, il est facile
de reconnaître qu'on a établi les bases d'une colonie
durable ; pourtant ils n'ont pas une idée bien claire de
notre puissance, tout en reconnaissant que nous leur
sommes supérieurs. N'étant pas initiés aux bienfaits
de la civilisation, ils comprennent difficilement les avan-
tages dont ils pourraient profiter sous l'administration
paternelle et éclairée de la France.
Puis il en coûte aux maudarins de renoncer à un
(301)
pouvoir absolu qui leur donnait d'énormes bénéfices,
en leur assurant l'impunité. Dépositaires des lois, ils
se gardaient bien de les apprendre au peuple et ne
manquaient jamais de prétextes pour le dépouiller.
Maintenant ils excitent constamment les habitants à se
révolter contre nous, et il est arrivé souvent que des
individus n'ayant jamais occupé que des emplois subal-
ternes sous l'ancien gouvernement an-namite profitent
de cette agitation, pour soulever une partie de la
population et à se mettre à sa tête. C'est ainsi que
le chef des rebelles de Tan-hoâ (Truong Dinh) s'était
nommé de son autorité Binh-tai-dai-tuong-quan ou
général en chef et pacificateur des Occidentaux.
Ce pacificateur, trop pacifique, s'est enfui à la vue
de nos troupes, en abandonnant les malheureux qui
avaient eu foi en ses paroles.
Sous un climat aussi chaud, sur une terre aussi fer-
tile, l'homme peut vivre sans travailler ; or, l'existence
sans le travail, c'est le paradis du pauvre dans tous les
pays du monde, et un instinct secret fait redouter aux
Ân-namites l'activité française ; ils sont attachés à leurs
coutumes, tout changement les effraye; ils étaient
misérables, mais ne manquaient pas de loisirs, et ils
pensent, avec raison, que notre administration viendra
déranger leur douce quiétude.
Les indigènes n'élèvent pas de bestiaux, ils n'ont
que des porcs et de la volaille et font peu de com-
merce; la culture du riz est pénible, il est vrai, cepen-
dant elle ne demande pas beaucoup de temps, et pen-
dant la plus grande partie de l'année, ils ne font rien
ou presque rien.
( >02 )
Cette longue oisiveté les dispose à un état d'agitation
presque continuel ; il ne faut que des arnoes k ces
hommes qui, depuis leur enfance, sont habitués à mar*
cher presque nus, à coucher sur une méchante natte,
et qui se contentent, pour toute nourri ure, d'une boa*
lette de riz cuit dans Teau et d'un peu de poisson séché
au soleil; ils n'ont qu'à étendre la main pour cueillir
des fruits savoureux ; en campagne, ils n'ont besoin ni
de bagages ni d'approvisionnements , partout où il se
trouvent, leur existence est assurée : la nature est là.
Non moins soumis que les Européens aux influences
délétères du climat, ils n'ont pour médecins que de
soi-disant sorciers, 'connaissant à peine les vertus de
quelques plantes; l'étude de l'anatomie est défendue
et regardée comme un sacrilège , les livres de médecine
sont de véritables grimoires sans aucune valeur scien-
tifique ; ils comptent sur les jours heureux pour obtenir
la guérison des maux , aussi les pauvres An-namites
meurent par centaines ; mais qu'importe ? rien ne les
retient à la vie; le sentiment de la famille, si puissant,
si vivace chez nous, est presque nul pour eux ; rarement
on voit un père caresser ses enfants ; la mère elle*mème
ne leur donne que les soins indispensables» sans em*
presaement et sans tendresse apparente ; on dit qu'ils
les aiment, c'est possible , mais cela ne pansitt pas t du
reste, Texcès de la misère endurcit l'âme (
Le mariage n'existe réellement qu'en principe, c'est
un lien sans force morale, un simple contrat de vente
et d'achat, une question de bufSes et de sapèques.
La femme est plutôt une esclave qu'une compagne,
elle est chargée des travaux les plus radies ; la UA an*-
( 808 )
namite permet, en ontre, l'entretien des concubines
dans le domicile conjugal , et règle même leurs rap»
ports avec la femme légitime.
L'indifférence |)araît être le fond du caractère de ce
peuple apatUqi^, qui n'a d'autre passion véritable que
le jeu; dès qu'un indigène possède quelques sapèques,
il s'empresse d'aller les perdre dans les tripots, ordi-
nairement tenus par les Chinois, et de s'enivrer d'eau-
de-vie de riz ou d'opium.
La femme, bien souvent, va jouer de son côté son
collier et ses bracelets d'argent ; cette funeste passion
met le comble à leur misère.
Lorsqu'on passe près des cases habitées par les An-
namites, on est suffoqué de l'odeur qu'elles exhalent;
et l'on reste surpris du dénûment de ces pauvres mé-
nages; il semble même impossible que des êtres
humains puissent vivre ainsi.
Une cabane basse et humide, construite en bambou
et en feuilles d'aréquiers ; pas un meuble, pas un mor*
cean de linge, rien 1 Dans un coin, une natte et quel-
ques poteries grossières, au milieu du sol, qui sert de
plancher» une mare d'eau verte et fétide où barbottent
des canards, des pourceaux et des enfants : c'est
affreux, cela fait peine à voir.
Quand la famille est réunie, l'homme est ordinaire-
ment accroupi près d'un petit feu de branches sèches»
et fume de l'opium dans une pipe de cuivre ; la femme
màehe son bétel et prépare silencieusement un maigre
repas , ce qui ne lui donne pas beaucoup de mal, car,
ainsi que le disait dernièrement un Chinois, en parlant
de leur manière de faire la cuisine : a Six heures feu.
( 304 )
six heures cuit > ; les Ân-namites font en effet très-peu
cuire les aliments , et ne sont pas difficiles sur le choix ;
ils mangent des animaux morts de maladie ou en état
de putréfaction avancée.
Le repas dure à peine quelques instants ; ils placent
leur nourriture à terre dans des bols qu'ils maintien-
nent avec les pieds, et se servent, comme les Chinois,
de petits bâtons pour la porter à leur bouche ; quand,
par hasard, ils ont une table, ils montent dessus : ils ont
un goût prononcé pour être perchés comme les singes.
La boisson ordinaire est le thé ; celui du pays est
médiocre et on le prépare mal.
La nuit venue et le feu étant éteint, la case n'ayant
pas de porte, on bouche l'ouverture avec un treillis de
bambous. Ces chétives demeures sont impuissantes
non-seulement pour garantir les habitants du vent et
de la pluie, mais encore pour les protéger contre les
attaques des bêtes féroces ; cela a donné lieu à la cou-
tume d'établir dans les villages des postes où chacun
monte la garde à son tour. Pendant toute la nuit, on
entend résonner le tam-tam des veilleurs et le bruit de
petits morceaux de bambou creux qu'ils frappent l'un
contre l'autre; ce tapage rend le voisinage des An-na-
mites fort désagréable.
Se trouvant sans cesse exposés à toutes les intem-
péries et à mille dangers, la guerre est presque leur
état normal; c'est ce qui explique la peine qu'on
éprouve à les réduire d'une façon définitive , malgré
l'impossibilité où ils sont de nous résister.
Un fait assez singulier, c'est que les An-namites, qui
tiennent très-peu aux agréments de la vie et ne font
( 305 )
aucmi effoit pour améliorer leur condition, attachent une
grande importance à être enterrés d'une manière confor-
table. Se procurer un cercueil est pour eux le comble de
la satisfaction et le but suprême de l'existence ; bien
peu peuvent se donner ce luxe, car cela coûte fort cher.
Lorsqu'un habitant d'un village meurt sans avoir
pu amasser la somme nécessaire à ses funérailles, les
voisins portent son cadavre sur un chemin fréquenté,
et l'exposent ainsi à ]a charité publique. Chaque pas-
sant jette quelques sapëques sur la natte où repose le
corps du défunt, et, quand la collecte est suffisante,
on procède à l'inhumation en déployant plus ou moins
d'apparat, selon l'importance de la recette.
Le respect pour les parents morts est extrême ; ces
démonstrations, tout à fait extérieures, tiennent plutôt
i la crainte d'être montrés au doigt qu'à l'expression
d'un sentiment intime. Le deuil se porte en blanc et
est très-rigoureux ; aux anniversaires, on fait de grands
repas qui durent plusieurs jours, et les indigènes par-
courent souvent de longues distances pour se trouver
à ces sacrifices.
Les marques de respect tiennent à une espèce de
discipline, et l'on ne saurait s'y soustraire sans s'exposer
au mépris public ; à la mort des proches, ils récitent
toute la nuit des lamentations très-lugubres en pous-
sant des gémissements épouvantables, mais ils ne ver*
sent pas une larme.
Pour les riches, on fait des convois magnifiques et
l'on dépense des sommes considérables en festins ; on
leur élève de*superbes tombeaux qui sont de véritables
monuments.
( S06 )
Sur la tombe des pauvres, on place simplement uoe
petite pyramide de pierres.
Un précepte an*namite dit : a Si vos parents sont
de ce monde, ne les abandonnée pas ; si vos parents
ne sont plus de ce monde, vivez auprès de leurs tombes
et de celles de leurs aïeux. » Aussi les indigènes redou-
tent beaucoup Texil.
Il est étonnant que ce peuple ne soit pas plus reli-
gieux» étant sans cesse entouré de sombres tableaux
qui lui rappellent la fragilité humaine, car Texistenoe
de rbomme n'est pas longue sous ce soleil ardent ; cette
atmosphère désorganisatrice use promptement les
sources de la vie.
A vingt ans, les Annamites sont encore presque
des enfants malingres et chétifs ; avant cinquante ans,
ce sont déjà des vieillards décrépits et sans force ; ils
ne font que passer, sur terre : en naissant, ils doivent
penser à l'éternité i
La France a entrepris une œuvre courageuse et
bienfaisante en apportant à ces populations déshéritées
les progrès de la civilisation ; le sacrifice du sang de
ses enfants ne sera pas perdu : elle aura fait non-
seulement une belle conquêta, mais encore une bonne
action»
Grâce au courage, à l'énergie déployés par le corps
expéditionnaire, et à l'activité d'une excellente admi-
nistration, une nation entière sera arrachée à l'abjeo-
tion et à la misère de l'état sauvage 1
Henkt Bineteâu.
(807)
DES RAPPORTS
U GÉOGRAPHIE ET L'ÉCONOMIE POLITIQUE
OISCODBS LU A LA SOCIÉTÉ DE GftOGKAPBIB DB PAlklS,
DANS SA SÉANCE PUBLIQUE DU 1^' Ukl 1863,
PAR M. JULES DUYAL,
StcréUire de la Société pour l*anDé« 1862-1863.
( Suite et fin, )
CHAPITRE II.
OfUGÀTIOU DIS OOnVAISSiNGES GâOGftAPHIQUIîS AUX
PROBLÈMES ÉCONOMIQUES.
Dans ce chapitre, nous chercherons moinsàparconrir
le cercle entier des applications qu'à indiquer quelques
exemples du concours utile que les connaissances géo-
graphiques peuvent apporter i la solution des pro-**
blêmes économiques.
§ 1. — La Méthode.
Le premier service de ce genre se rapporte é la mé-
thode. La science économique bien envisagée a pour
thé&tre l'univers, a dit justement Rossi, qui s'est
pomtafit montré infidèle à oe principe dans la question
( 308 )
de population, qu'il â restreinte au cadre des familles et
des nations particulières; cela veut dire qu'en toute
étude économique doit intervenir le milieu terrestre
dans son entier : il n'y a pas de solution exclusivement
locale. Les géographes sentent mieux que personne la
suprême sagesse de cette règle, car il est de l'essence
même de leur science de rattacher tous les détails au
globe terrestre. Il n'est pas de géographe qui ne porte
notre planète dans son esprit, qui ne manie et ne fasse
tourner avec plaisir la sphère sous ses doigts, qui
ne la contemple, résumée aussi fidèlement que possible,
dans les mappemondes. Sans renoncer à quelques pré«
dilectioris locales, il n'a garde de s'en tenir à l'étude
exclusive d'un continent, d'un royaume, d'une mer,
d'un peuple. Tontes les forces créatrices de la nature lui
inspirent de la sympathie, parce qu'il les voit toutes, à
l'exception d'une ou deux des plus terribles (volcans et
tremblements de terre), se plier au génie de l'homme
pour transformer leurs menaces en bienfaits. De l'oeil
et de la pensée, il suit les vents, les flots, les rayons de
lumière et la chaleur, les courants magnétiques et élec-
triques, d'un pôle à l'autre, de l'orient à l'occident, du
niveau des mers au sommet des monts. L'unité, au
sein de laquelle s'accordent tous les contrastes et se
révèlent tous les liens, malgré les distances et les appa-
rences, est donc le premier fondement de la géogra-
phie, et le sentiment de cette unité le premier signe
d'une vocation géographique.
Ce même sentiment est indispensable à l'économiste
voulant étudier les phénomènes économiques qui ont
aussi le globe pour réceptacle et l'humanité pour agent.
( â06)
Ejd vaiïi dèâ groupes humains sont épars sur toute Isk
surface de la planète ; aucun ne vit isolé ; une intime
solidarité les unit» fondée sur renchevètrement des
besoins et des ressources, sur le contre-coup des fléaux
atmosphériques, des calamités morbides, des conflits
guerriers, des crises industrielles et financières ; enfin
sur la mobilité cosmopolite de Thomme pouvant fuir
les lieux où il souiTre et atteindre ceux qui lui pro-
mettent un sort heureux. On chercherait donc en vain
une solution purement locale d'abcun problème écono-
mique; tout en attribuant à certaines causes et à cer-
tains remèdes une influence prépondérante, on doit
faire entrer dans les solutions, toujours comme milieux
ambiants et souvent comme éléments directs, le globe
et le genre humain, dans leur ensemble et dans leur
intime union.
§ 2. — ÎM, Population.
La population fournit un premier exemple de solu-
tions économiques fondées à tort sur des vues trop
étroites. Son accroissement numérique, après avoir été,
depuis r origine des sociétés, accueilli comme une béné-
diction de Dieu et une force pour les États, a été dé-
noncé par Malthus comme le plus menaçant des périls
pour l'humanité. 11 a poussé un cri d'alarme qui a re-
tenti comme un tocsin et sufii à lui faire une gloire. Je
vous fais grâce de ses recherches, de ses arguments et
de ses prédictions; je dirai seulement, pour rester
dans mon sujet, que si le célèbre professeur eût inter-
rogé la géographie, elle l'eût rassuré. Elle lui eût
X
s
( MO )
montré en effet, dans les cinq parties du monde, sans n
excepter l'Europe, de très-vastes régions peu ou point
cultivées, peu ou point habitées, où Malthns, mieux con«
seillé, aurait engagé les masses ouvrières à se porter,
avant de les inviter au célibat ou à la stérilité des
mariages. La population totale du globe est, en effet*
évaluée, au maximum, à 1 milliard 300 000 habitants,
tandis que sa surface, déduction faite des z(mes po*
laires, qui sont inhabitables, est calculée à 12 milliards
d'hectares. Ce rapport donne au plus 1 habitant par
12 hectares, un peu plus de 8 par kilomètre carré,
tandis que la France, pays de densité moyenne, compte
1 habitant par 1 hectare et demi, ou 67 par kilomètre
carré. Que le globe fût peuplé comme la France, il
compterait 8 fois sa population actuelle, soit 9 à
10 milliards d'habitants. Que l'on réduise ces nombres
de moitié et même davantage, pour faire la part des
déserts, quoiqu'ils ne soient ni absolument ni fatale-
ment dépeuplés, quelle place ne reste pas encore
pour le développement du genre humain, à la condi-
tion qu'il se répandra sur le globe et l'exploitera, au
lieu de s'entasser en fourmilières dans les villes I
S'inquiéterait-on des climats interdits à la raee
blanche par l'excès de chaleur I Sans parler des espaces
immenses qui lui restent encore accessibles, TaccrolB^
sèment de la race noire et de la race jaune peut tourner
à son profit, soit en multipliant par leur travail deséié*^
ments de commerce, soit en fournissant librement leurs
bras à Tintelligence et aux capitaux de l'Eurppe. La
zone torride est d'une exubérante fertilité, on efl a
souvent donné comme preuve la puissance nutritive
(511 )
du bananier i l'excédant de ses prodnits, mis aux mains
de Vindustrie européenne» créera un fonds de subsis-
tance et de valeurs dont la limite est assurément bien
loin de nous, comme celle des hommes qui pourront
s'en nourrir. Il faut, il est vrai, par l'éducation des
races inférieures, développer des germes latents ou
engourdis» dans Tbomme comme dans la nature des pays
tropicaux ; mais n'est-ce pas Tune de nos fonctions?
Au lieu de faire entrer l'univers, suivant le conseil
de Rossi, dans le cadre du problème économique, les
malthusiens circonscrivent la question par famille, par
cité, par État, comme si Ton était bloqué dans nne
ville assiégée ; nécessairement leurs conclusions por-
tent à faux : la question est générale et non locale.
S 3. — VÉmigrution.
En élargissant l'horizon, on se heurte aussitôt à l'émi-
gration, autre problème économique fort discuté. Dans
ce déplacement des populations, la plupart des écono-
mistes déplorent un appauvrissement de la société
qu'abandonnent les émigrants, et un exil misérable
pour ceux qui partenu La géographie, s' aidant quel-
que peu de l'histoire, dissipe bien vite ce préjugé.
Dans la présence générale des hommes sur la surface
presque entière de la terre, elle constate un effet uni-
versel d'émigration antérieure, témoignage évident des
aptitudes et des destinées du genre humain. De nos
jours même, en France» où l'on n'aime pas, dit»on, à
émigrer, qui n'a pas quelque peu émigré de son ber-
ceau natal ? Paris passe pour ne pas posséder un dixième
{ âl2 )
de ses familles établies depuis trois générations : dé
toutes parts ou entend des plaintes sur rémigration
qui dépeuple les campagnes !
Si rémigration appauvrissait les générations qui
r alimentent, les peuples les plus civilisés d'Europe
seraient ruinés, car ils y ont tous concouru. La pau-
vreté serait [particulièrement le lot de F Angleterre et
de l'Allemagne, du sein desquelles sont sortis et sor-
tent encore les plus abondants courants d'émigration.
Au contraire, la géographie statistique nous montre en
Angleterre les irrécusables témoignages d'une éclatan1«
prospérité ; et quant à l'Allemagne, sans atteindre la
même hauteur de richesse, elle devance de beaucoup
la Russie qui, en dehors des violences politiques, ignore
l'émigration. Toute l'Europe occidentale pratique l'émi-
gration : elle est riche. Toute l'Europe orientale s'en
abstient : elle est pauvre. Avant l'émigration, Tlrlande
mourait de faim; depuis l'émigration, son état s'est
notablement amélioré.
§ â. — La Colonisation.
En absolvant l'émigration, le géographe établit, par
de nombreux exemples, à quelles conditions elle réussit:
à la condition d'un choix intelligent des lieux où se ren-
dent les émigrants. Alors elle se fixe au sein d'États
déjà constitués, mais où la population ne sufSt pas à
l'exploitation des forces productives; ou bien elle crée
des colonies aptes à devenir des sociétés viables. Sur
cette nouvelle question tant controversée de la coloni-
sation, notre science rectifie par les faits les fausses
( 818 )
théories de la plupart des économistes en renom. Pen*
dant que ceux-ci, réduisant tout à une question de
recettes et de dépenses immédiates, dénoncent les
colonies comme de folles entreprises des métropoles,
les géographes comptent des milliers de villes prospères
qui sont ou furent des colonies. La Grèce, colonie asia-
tique ou égyptienne! La Sicile, l'Italie, colonies grec-
ques ! Carthage, colonie phénicienne ! Marseille, colonie
phocéenne! Une foule de cités de l'ancien monde,
colonies romaines! L'Amérique tout entière, avec ses
70 millions d'habitants, grande colonie de l'Europe!
Et l'Australie au sein .de l'océan Pacifique, l'Algérie
au nord de l'Afrique, le Cap au sud de ce continent,
quarante autres grands établissements distribués à
travers le monde, autant de colonies européennes! Quel
aspect prendrait la mappemonde , dégagée de tout ce
qui, depuis quatre siècles, a relevé ou relève encore
de quelque métropole ! La moitié de la carte redevien-
drait une page blanche, ou plutôt la carte tout entière
serait effacée, sauf un seul point, suivant les mono-
géoistes , et trente points au plus, suivant les polygé-
nistes ; puisque hors de ces berceaux primitifs, toute
l'histoire pacifique de l'humanité se confond avec la
colonisation du globe. A part les raisons politiques et
économiques, les colonies se justifient par la place
même qu'elles occupent sar le globe, et qui mesure
leur importance à leur étendue.
I La géographie montre en outre en quels emplace-
ments sur le globe les colonies sont le plus profitables
aux métropoles, et celles qui sont le plus propices à la
race blanche, et celles où doivent prédominer les races
yi. NOVEMBRE. 2. 21
( 314 )
colorées. EUe révèle la valeur de ce Canada, dédaigné
par Voltaire et ses contemporains qui n'y découvraieDt
que quelques arpens de neige, au lieu d'en apprécier
les terres fertiles, les eaux poissonneuses, les forêts
profondes, le climat rude, mais sain et fortifiant, les
grands lacs, les richesses minérales. Elle place au con-
traire à un rang inférieur la Guyane, au sol granitique,
au climat brûlant, où les ministres de Louis XV imagi-
naient trouver la compensation du Canada tristement
abandonné. Les établissements de la zone torride, quoi-
que pouvant être l'objet d'une exploitation fructueuse
(les colonies hollandaises de la Malaisie, par exemple),
favorisent moins la multiplication de la race blanche
que ceux des zones tempérées. Aussi la France a-t-elle
commis une faute irréparable en se laissant devancer
par l'Angleterre à la Nouvelle-Zélande dont un mar'm
français avait le premier pris possession; et l'Angle-
terre a fait acte de suprême habileté en livrant la Nou-
velle-Hollande au génie entreprenant de ses enfants.
Notre rivale ne se montre pas moins habile en s' appro-
priant les postes maritimes disséminés sur les grandes
routes du globe : du côté du massif continental, depais
Gibraltar jusqu'à Hong-Kong (Malte, Périm, Aden,
Ceylan, Singapure) ; et, par la longue route des océans,
d'un côté, Sainte-Hélène, le Cap, Maurice, les îles
Seychelles; de l'autre, Terre-Neuve, les Bermudas,
les Lucayes, les Antilles, les îles Falkland. Elle se
donne ainsi des citadelles, des vigies, des ports, des
stations navales, des hôtelleries sur toutes les grandes
routes du globe, des bases d'opération à portée de
toutes les tenues. La géographie constate les fonctions
(815)
eSy stratégiques et commerciales de ces acquisi-
tions que dédaigne l'économie politique. Ses avertisse-
ments ont été trop méconnus pai* les autres nations
colonisatrices. Hollande, Espagne, Portugal » qui se
«ont réduites presque en entier à des possessions inter**
Iropicalest quelquefois enfin» faut-il bien le dire, la part
leur a été faite par la guerre et la diplomatie, avec une
dureté trop jalouse pour ne pas laisser quelque irritation
et quelque désir de réintégration. Quant à la France,
après avoir perdu Terre-Neuve, l'Inde, le Canada et
Saint-Domingue, — la perle des colonies de l'ancien
légime, — après avoir vendu la Louisiane au prix plus
que modique de 80 millions, elle a sacrifié trop légère-
ment en 1815, par ignorance géographique, l'île qui
portait et honorait son nom. Mais elle a fait acte d'intel-
ligence en conquérant et s' annexantl' Algérie i^yatreote
ans, hier la Gochinchine, et se montre prévoyante aussi
en appréciant le rôle à venir de Madagascar, trop
longtemps délaissé par ignorance. La conquête de
l'Algérie a appris les services que peut rendre une
connaissance exacte des lieux, et les fautes quisecom-
iDettent quand on manque de bonnes cartes. L'expédi-
tion du Mexique a renouvelé les mômes enseignements.
La supériorité coloniale et commerciale de l'Angle-
terre est intimement liée à la diffusion générale des
notions géographiques. A la dernière exposition de
Londres» on admirait le nombre, la variété et la modi-
cité de prix des livres et des atlas, à l'usage des écoles
primaires (1). Initié dès l'enfance à la connaissance du
(1) «De toutes les braaches (Tinstractioii, dit M. i'Uispecteur gé-
néral Rapet ( Rapport du jury intemationtU tur VenmnMe d$ Vêopoti-
(M<J)
globe, de ses régions et de ses produits, tout Anglais est
préparé de bonne heure aux rôles de marin, de colon.
tkm deL(mdres en 1862, p. 45) la géographie était, sans contredit,
celle qni occupait la plas large place dans Texposition anglaise (sec-
tion de rédncation ), de même qu'elle en occupe dans les écoles one
incomparablement plos grande que celle que nons lui faisons en
France. A Toir seulement le nombre de cartes de toute espèce qui
figuraient au palais de Kensington, on pouvait deviner quelle large
part y est faite à cet enseignement. On y voyait des cartes murales
sans nombre, dans tous les genres, dans toutes les dimensions, etd'uDe
exécution généralement supérieure aux ni^tres. Les cartes anglaises,
on le reconnaît tout de suite, sont plus faites pour servir à rensei-
gnement que pour couvrir la nudité des murs d'une classe, comme
c'est trop souvent le cas chez nous. Elles sont aussi destinées
à être vues de plus près ; en conséquence, elles contiennent nu plus
grand nombre d'indications, et par là même répondent mieux aoi
besoins d*un peuple essentiellement voyageur et cosmopolite, dont
tons les membres peuvent avoir des intérêts ou des affaires qui les
rattachent aux différents points du globe.
» Malgré la meilleure eiécution de ces cartes, elles sont d*un prix
peu supérieur aux nôtres, ce qui est Tindice d'une production plas
grande et, par conséquent, d'un usage plus général. Par contre, if n'y
avait pas la même abondance de petites cartes et d'atlas à Tnsagedes
élèves, surtout pour ceux des écoles primaires ; on sent que \h encore
l'enfant étudie moins seul, et que la géographie s'enseigne en général
oralement et par la démonstration sur les cartes murales; cependant
les atlas à l'usage des élèves sont généralement d'une bonne exécution
et quelques-uns sont d'un prix très-peu élevé. Les globes sont égale*
ment très-nombreux et d'une nature très-variée; on voit qu'ils sont
aussi très-répandus dans les classes, bien que, tout en cherchant à en
varier la matière, on ne soit pas encore parvenu à les établir à on
prix aussi bas qu'on pourrait le désirer. » (Tome VI, p. 41.)
En passante l'Exposition française d'éducation, M. Rapet ajoale:
« Tandis que dans ce dernier pays (en Angleterre) on donne à 1<
géographie un temps qui s'explique par les raisons que nons ayons
( 817 )
àe voyageur, d'explorateur. Intelligente éducation que
toutes les nations, et la France particulièrement,
devraient donner à leurs enfants I
S 5. — Le Paupérisme, la Misère.
Les questions qui précèdent (population, émigra-
tion, colonisation) se confondent par plusieurs côtés
avec celle du paupérisme, que la géographie éclaire de
nouvelles lumières, en montrant la misère variable
dans ses causes et ses aspects, suivant les lieux. Elle
rectifie encore à cet égard les préjugés et répare les
oublis des économistes. Dans la stérilité du sol, dans
l'inclémence du ciel, dans l'absence de relations
sociales et de débouchés, elle constate les causes pre-
mières de la misère de tous les peuples qui vivent sous
la zone glaciale et dans les contrées les plus infor-
tunées des zones froides : l'homme, loin d'en être cause
par son imprévoyance ou ses fautes, s'y débat, au
contraire, avec la plus louable persévérance, contre la
nature qui l'accable. En des conditions meilleures par
le climat et la terre, l'entassement irréfléchi, et non
iDdiquées, mais qui peat-étre n*ea paraîtra pas moins exagéré, à peine
si ToD en donne dans nos écoles les notions les plus essentielles. La
différence de l'importance attachée à cet enseignement dans les deux
pays ressort de la senle Yue de leurs expositions et de la comparaison
des catalogues. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit à
Poccasion de Texposition anglaise, de la supériorité de leurs cartes
lur les nôtres ; on voit, par les cartes, qu*il s'agit chez eux d'un ensei-
goement très-populaire, tandis que, dans nos écoles, il semble Jouer le
rAle d'an parvenu qui n'est que toléré. » (Tome VI, p. 73.)
(818)
pas le nombre excessif, des populations engendre 11
misère, dans certains quartiers de la plupart des villf
et au cœur de tous les pays de grande manufacture
pour dissiper le mal, il y aurait à répartir les habt
t ants et les capitaux en proportion plus égale sur Ten^j
tière surface du sol, où ils se porteraient d'eux-mêmefll
et resteraient, sans les excitations artificielles de toui
genre (privilèges, faveurs, plaisirs, dotations) qui les
agglomèrent. Ailleurs c'est l'insalubrité des eaux, la fré-
quence des calamités atmosphériques et même l'infer*-
tilité du sol qui produisent les mêmes résultats. EnfiOi
dans les zones chaudes et torrides, si la misère maté*
rielle est atténuée par les libéralités de la nature, elle
est remplacée par une misère morale plus affligeante,
due aux guerres suscitées par la traite des esclaves,
aux instincts d'indolence, à une grossière ignorance.
Ces maux ne peuvent être combattus que par l'attrût
d'un travail lucratif, d'un commerce honnête et fruc-
tueux , d'une sociabilité qui récompense et honore l'acti-
vité. Éveiller cet attrait est le devoir de la civilisation»
Ces misères locales, où la nature a une si grande
part, ont pour eifet indirect de diminuer la consom-
mation des produits qui sont récoltés ou fabriqués
ailleurs : nouvel aspect de cette solidarité universelle
que nous signalons comme un des plus précieux ensei-
gnements de la géographie.
§ 6. — L'Esclavage.
Au sujet de l'esclavage, Véconooûe politique a soutenu
la bonne cause en plaidant la liberté d^ toutes ks races
(819)
humaiDes ; elle donnerait à ses déductions théoriques
plus d'autorité en invoquant les récits des voyageurs
consciencieux qui ont observé les peuplades noires au
cœur de l'Afrique, maîtresses d'elles-mêmes. S'ilscon**
statent chez toutes un peu d'indolence et beaucoup
d'ignorance, ils reconnaissent qu'elles se gouvernent
elles-mêmes, à peu près aussi sagement que le font
ailleurs les populations blanches ; assez souvent, il est
vrai, elles se laissent aller à des guerres de voisinage,
mais les nations civilisées échappent-elles mieux à ces
tentations? L'opinion du révérend Livingstone, que la
géographie honore comme un de ses héros (puissent-
elle ne jamais dire un de ses martyrs I), qui a vécu
{dnsieurs années parmi les noirs de l'Afrique australe,
leur distribuant les leçons de sagesse européenne en
retour de la protection qu'il leur demande, leur est
très-favorable. Les meilleurs, dit-il, entre les natu-
rels, sont ceux qui ont toujours été à l'abri du contact
des marchands d'esclaves, tandis que partout où ont
passé ces odieux trafiquants de chair humaine» les
familles sont divisées et les chefis réduisent leurs sujets
en captivité pour les vendre. D'autres géographes,
nos éminents confrères (1), ont montré la main et Far-
goDt des Européens dans les chasses d'hommes orga-
nisées au voisinage des oasis que baigne le haut Nil.
Contre ces témoignages se brisent les sophismes ou la
la prévention, qui prétendent découvrir l'esclavage au
fond des sociétés noires, en tout temps, en tout pays.
Si la zone torride se montre inhospitalière aux tra-
(i) Entre autres, M.GtiitlaumeLejean, aujourd'hui consul de France
à Mitiaouah.
( 820 )
vailleurs blancs, tandis que les noirs ne savent pas en
tirer parti, la nature enseigne par là que la culture géné-
rale du globe doit être le résultat d'efforts associés. Aux
blancs appartiennent l'initiative, la direction, l'apport
du capital et de la science, aux noirs l'exécution ; dans
les mulâtres issus de leur union, la double aptitude
se fond en une vigoureuse unité. Entre les uns et les
autres, c'est la liberté d'un contrat volontaire qui doit
faire la loi, et non la tyrannie du plus intelligent et du
plus riche imposant la servitude à l'ignorant et au
pauvre. Le cœur des noirs, spontanément porté i
l'amour, à l'admiration et au service des blancs, cimen-
tera cette volontaire hiérarchie, à la condition que les
blancs, de leur côté, l'adouciront par les sentiments
d'une généreuse quoique supérieure fraternité.
Ce libre accord se voit déjà sur la côte occidentale
d'Afrique où le trafic licite de l'arachide et de l'huile
de palme, en donnant une valeur au travail agricole des
serviteurs, fait à la traite des esclaves la plus efQcace
des concurrences. Sous la forme licite d'engagement
temporaire, cet accord s'observe encore dans les colo-
nies anglaises et françaises qu'avait d'abord inquiétées
et troublées l'abolition de l'esclavage. A l'aide des im-
migrants, la production se maintient, se développe
même. D'après ce début, si imparfait qu'il soit, l'Inde et
la Chine, l'Afrique également, s'annoncent comme des
pépinières d'hommes libres qui pourront, sous le ^aut
patronage des blancs, remplacer au besoin les esclaves,
sans qu'il y ait à craindre que le travail et l'espace
manquent à personne. Dans cette conclusion, fondée
sur la géographie, se résoudra tôt ou tard la guerre
(821)
civile des États-Unis, sujet d'étonnement et de deuil
pour là science économique qui, infidèle à ses propres
doctrines, se livrait à une admiration sans réserve d'un
pays souillé par l'esclavage.
g 7. — La Liberté des Échanges.
Dans cette lutte fratricide se trouve engagée aussi
ane question de tarifs qui préoccupe le monde entier
sous les noms de liberté des échanges ^protectioUy prohi-
bition^ traités de commerce. La géographie, consultée,
vote pour les solutions libérales. Elle les justifie par le
tableau que nous avons dressé des matières d'échange
qui font de tout pays le complément naturel des autres ;
de cette loi naît une division du travail entre les zones»
les régions, les nations, qui attribue à chacune, non pas
une spécialité, comme on le dit trop souvent, mais des
séries de spécialités, où chacune réussit mieux, ce qui
lui assure la supériorité dans le prix de revient et la
qualité du produit. C'est une sorte d'organisation,
méthodique quoique toute volontaire» du travail uni*
versel.
La libre circulation à travers le monde des produits
locaux, devenant des matières échangeables, est aussi
nécessaire que la libre circulation des autres élé-
ments de la planète, les vents, les flots, les fluides
magnétiques ou électriques, les hommes même et les
animaux. Ce libre mouvement est la condition pivotale
de la plénitude d'existence pour tous les êtres, y com-
pris les sociétés humaines : la politique ne peut lui faire
violence sans qu'il en résulte de grandes perturbations
( S22 )
dans l'équilibre général des fonctions économiques :
ici l'exubérance, là les privations ; partout encombre-
ment ou disette. C'est qu'en prenant appui sur la na-
ture pour la diriger, la greffer même, l'homme décaple
ses forces; en prétendant la refouler, il s'affaiblit et se
diminue.
Mais en fournissant à ces vérités doctrinales, qui
sont les plus solides leçons de l'économie politique,
l'autorité des faits observés sur la surface entière du
globe, la géographie enseigne à ne pas limiter la vir-
tualité productive de chaque pays à ce qu'il produit
spontanément ou avec peu de travail à un moment
donné de l'histoire. Elle constate» au contraire, dans
les peuples et les lieux, de multiples facultés en germe,
mais pouvant s'épanouir ; et, pour beaucoup de plantes
et d'animaux, des aptitudes d'acclimatation à utiliser.
Elle approuve donc les efforts intelligents pour déve-
lopper, au prix même de quelques sacrifices tempo*
raires, les propriétés latentes des races, des terrains,
des climats; par de nombreux exemples, elle autorise
l'agriculture et l'industrie à conquérir des richesses
qui sont le fruit des efforts humains plutôt que des
dons naturels, sans prétendre pour cela faire violence
AUX lois certaines de la nature. Et l'on sait quel utile
concours les explorateurs du globe, marins, voyageurs,
missionnaires, consuls, tous géographes par état, prê-
tent aux sociétés et aux jardins d'acclimatation. ^
La géographie, tout en justifiant la liberté des
échanges, n'en méconnaît pas les conditions. D'une
libre, facile et rapide viabilité, elle fait le gage de la
fNPOspérité générale . $ans la sécurité et la neutralité des
( 82S )
détroits, et des isthmes, sans un large développement,
au profit de tous, des voies ferrées et des paquebots,
les pays les plus faibles seraient absorbés par les plus
forts , et les produits importés seraient payés, non
plus avec les produits exportés, comme le veut la
théorie» mais avec le capital, ce qu'elle n'aperçoit pas«
Bientôt l'épargne, même le territoire lui*méme, passe-
raient aux mains des créanciers importateurs. Le géo-
graphe découvre çà et là, en Portugal, & Madère et
ailleurs, une partie du sol national aux mains de pro-
priétaires étrangers qui l'ont reçu pour prix de mar-
chandises vendues, et elle en donne avis à l'économie
politique pour qu'elle y veille,
§ 8. — La Crise eotùnnière.
Un dernier exemple, emprunté aux circonstances
actuelles, montrera l'intime alliance des deux sciences.
Pourquoi une terrible crise accable*t^lle depuis un
an l'industrie des cotons? Parce que la matière pre-
mière n'est plus fournie, en suffisante quantité, parles
États dissidents de la confédération américaine, qui en
étaient le principal et presque l'unique marché d'ap-
provisionnement. Cette crise aurait été certainement
prévenue, si les diverses régions du globe, où les géo-
graphes avaient constaté la production spontanée ou
facile du coton, eussent été cultivées. On s'avise enfin du
remède, mais avec précipitation et incohérence, pressé
que Von est par le besoin, et l'on fait moins bien que
m l'on ett mis le temps nécessaire. On se jette sur
VInde, l'Australie, le Sénégal, ta Guyane; on surexcite
( 32i)
l'Egypte : on pourrait recourir à près d'un tiers de la
terre habitable. Toute l'Afrique, la majeure partie de
rOcéanie, une moitié de l'Amérique, un tiers de
l'Asie, presque tout le rivage méditerranéen de l'Eu-
rope, se prêtent à la culture de ce textile, auquel on
peut en as'^ocier beaucoup d'autres dont la nature s'est
montrée prodigue.
Mais les races indigènes ne sortiront nulle part de
leur torpeur et de leur ignorance sans une initiation
extérieure : c'est à l'industrie civilisée à la donner.
Les mêmes conseils et les mêmes remèdes s'appli-
quent aux autres productions et fabrications sujettes
à des déficits : les céréales, les légumes, les fruits, les
soies, les tabacs, les teintures, etc. Plus que jamais est
vrai le mot du fabuliste :
< Travaillez, prenez de la peine;
C*est le Tonds qui manque le moins. »
Mais cela s'entend du travail réparti sur la surface de la
planète, et non pas concentré et accumulé à outrance
sur quelques points, avec le vide à Tentour : celui-ci
fait les crises et l'autre les prévient ou les guérit.
Conclusion.
Des considérations qui précèdent ressort, avec l'auto-
rité des faits, la démonstration de l'utilité de la géogra-
phie pour l'étude de l'économie politique ; on a pu aussi
entrevoir, par quelques perspectives que je n'ai pas
voulu développer, son application à la politique ; je
nommerai seulement la question des nationalités. A
L
( 826 )
titre de connaissance matérielle et sociale des lieux,
elle mériterait donc d'occuper dans l'éducation, dans
les bibliothèques, dans la presse, dans les cours
publics, plus de place qu'il ne lui en est donné. Elle
n'est qu'estimée, tandis qu'elle devrait être populaire.
Ses leçons enseigneraient à l'industrie re*^ploi utile
et aux lois le respect des grandes harmonies du monde.
Harmonies d'autant plus précieuses, ajouterai-je avec
confiance, que de la solidarité entre tons les éléments de
la terre découlent, comme une consolante conséquence,
le devoir et l'intérêt de la paix entre les nations. Sous
toutes les latitudes, les continents, les mers, les îles,
les zones, les climats, sont complémentaires les uns
des autres, et toute perturbation sur un point a son
contre-coup ailleurs. Ces hautes vérités, nulle classe
d'esprits n'est mieux disposée à les comprendre que
les géographes, initiés par leurs études journalières à
l'ordre matériel de la planète, symbole de l'ordre moral
qui peut et doit y régner. L'économie politique ne peut
que s'enrichir en les recevant de leurs mains comme
les bases solides de ses propres théories, car pour elle,
comme pour la géographie, l'observation et la statis-
tique sont les instruments autorisés de recherches
étendues et précises.
Que ces sciences se donnent donc la main, dlrai-je
en finissant, comme en débutant, au lieu de marcher
séparément, presque étrangères l'une à l'autre!
( 820 )
NOTICE
SOI
LE ROYAUME DE KHMER OU DE KAMBODJE (1).
Craignant de ne pouvoir donner de vive voix des
renseignements sur le Kambodje, mon départ devant
être très-prochain, j'ai Thonneur d'offrir à ]a Société
une petite notice sur ce vaste territoire, que j'ai long-
temps parcouru.
Le Kambodje (en kambodjien, Khmer^ ou» en anna-
mite, Cao-mên) offre un spectacle intéressant des jeux
de la fortune (qui stare nescit).
Ce royaume était, au temps de sa splendeur, un État
puissant; il s'étendait depuis le 100* jusqu'au 106*
degré de longitude E. et de 8" 50' à 14° 50' de lati-
tude N. Cette florissante contrée est maintenant en
décadence ; cependant elle est fertile et fort riche en
bois, riz, coton, gomme-gutte, etc. Il s'y fait un impor-
tant commerce d'ivoire, de cornes de rhinocéros, de
peaux de buffle, etc.
(1) L*autear de cette notice, M. Pétrus TrOong-yinh-ky, est Tio-
terprète de la dépatation aDDamite qui a visité la France en octobre
et novembre 1863. Jeune encore, mais d^jà profondément instruit,
et connaissant plusieurs langues de TEurope, ainsi que la plupart des
principales langues de TAsie orientale, il montre par cet article que
le français lui est aussi familier que son idiome maternel.
( 827 )
L'abondance des productions rend la vie très-facile,
et les habitants s'endorment dans la mollesse; il faut
encore ajouter à ce malheureux état de choses Tinacti-
yité des souver^ns, qui, étant uniquement préoccupés
de leurs plaisirs, ne songent pas à accroître ni même
à maintenir la prospérité de ce pays.
Peu à peu envahi et en quelque sorte rongé par le
royaume de Siam, ainsi que par l'empire d'An-nam,
dont il est maintenant tributaire, le Kambodje louvoie
difficilement entre ces deux écueils, craignant toujours
de se briser sur l'un ou sur l'autre.
Ce pays, qui a été jadis le théâtre de tant de scènes
glorieuses, a beaucoup d'analogie avec l'Egypte : il est
arrosé par un fleuve immense, branche du célèbre
Mè-kong, qui forme dans sa partie supérieure un grand
lac, ou plutôt une mer d'eau douce. On y voit une foule
d'oiseaux pêcheurs guetter du haut des airs les pois-
sons imprudents qui se jouent au milieu des flots. On
trouve dans ce royaume aquatique des bancs de pois-
sons à huile et de crocodiles, qui permettent à peine
d'enfoncer la rame .
Il y a constamment sur ce lac (avant et après l'inon-
dation) des barques qui rasent agréablement la sur-
face de l'eau.
Les immenses forêts qui l'entourent sont, comme
dans tout le restant du Kambodje, peuplées de tigres^
d'éléphants, de rhinocéros, de buffles sauvages, de
cerfs, de sangliers, etc.
Le débordement du fleuve inonde, chaque année, la
vallée pendant trois mois, d'août à novembre. A cette
époque, les communications ne peuvent se faire qu'en
^ I
( 328 )
bateau ; lès arbres des forêts sont couverts d'eau
jusqu'à la cime. On croirait alors que ce pays n'est
plus qu'une mer très-calme. Les eaux s'écoulent
par un courant rapide et impétueux^ auquel rien ne
résiste.
Il est très-probable que cette inondation périodique
est causée par les grandes pluies qui tombent sar les
montagnes de Laos, en formant des torrents.
Un jour, à Campot, vers la fin de la saison des
pluies, le torrent du Compunh-xoài se déversa dans la
rivière de Campot, dont l'eau est ordinairement salée,
et la rendit tout à fait douce ; les poissons, surpris de
ce brusque changement, devinrent malades, et les habi-
tants purent en recueillir d'énormes quantités, rien
qu'avec des paniers.
A Battambâng, situé au delà du lac, se trouvent de
belles pagodes ; les principales sont celles de Votek,
de Basset et de Banove, dont les ruines offrent encore
un curieux aspect.
Banone, temple de Bouddha, est placé sur un petit
monticule, au bord de la rivière. Il y a des grottes
très-remarquables dans l'intérieur de cette colline.
A Angcor, on voit une pagode monumentale dont la
forme est entièrement carrée. Chaque angle supporte
une tour couverte par un dôme ; une cinquième tour,
très-élevée et placée au milieu, domine tout l'édifice ;
de grandes galeries décorées de belles sculptures réu-
nissent les cinq tours. Avant d'y entrer, se trouve une
chaussée de pierre défendue par deux lions de fantaisie.
En avançant, on rencontre un étang, baignoire ordi-
naire des buffles ; de là on passe sous des galeries d'une
(829)
forme quadrangulaire et couvertes de sculptures, pour
arriver à la fameuse pagode.
On voit dans ces pagodes des statues gigantesques
de Bouddha et de diverses divinités ; les unes ont des
oreilles de 60 centimètres de longueur» d'autres ont
plusieurs mains. Il y en a qui sont taillées dans le roc
et d'un seul morceau.
Il y a plus loin des ruines immenses qui sont, à ce
qu'on prétend, les vestiges de l'ancien palais des rois
du Kambodje. Les murs sont entièrement sculptés;
ces sujets représentent des hommes tirant de l'arc, des
combats d'éléphants, etc.
Maintenant la résidence royale est à Odông ; elle est
placée près des ruines d'une ancienne citadelle, et elle
est entourée de trois murs : le premier est en bois dans
le genre des palissades annamites, mais recouvert en
dedans d'une couche de terre d'environ 50 centimètres
d'épaisseur ; la deuxième enceinte est également en
bois ; mais la troisième, qui renferme toutes les mai-
sons du roi, est construite en briques.
Le costume du roi est très-simple; il se compose
d'un langouti de soie noué autour des reins et qu'il
laisse tomber jusqu'à ses pieds; sa taille est entourée
d'une ceinture d'or. Le haut du corps est découvert, et
il ne porte rien sur la tête (ainsi que je l'ai vu lorsque
j'ai été présenté au roi Duông, père de celui qui règne
actuellement).
Dans l'intérieur du palais, il n'y a que des femmes
(c'est l'habitude des peuples orientaux ) . Quand le roi
sort, il est constamment entouré d'un cortège com-
posé de ses femmes, qui portent comme lui lé lan^
VI. NOVEMBRE. 8. 22
( SBO)
gouti» nutifl [elles y ajoutent une écharpe qui pasae
de droite à gauche et leur voile la gorge. Les unes
tiennent le pilon de bétel et des cigares préparés avec
la feuille du bananier, d'autres des vases pour les
parfumSf etc.
Les Kambodjiens sont grands, forts, bien faits et
bien membres. Leur teint est plus foncé que celui des
Annamites. Us ont ordinairement les cheveux coupés
courts, et ceux qui sont nobles, riches ou d'un rang
élevé, en laissent une partie à l'occiput comme les
Siamois, ce qui forme un toupet très-redressé. Ils ont
pour pantalon un langouti, de soie ou de coton, qu ib
nouent au-dessus des reins, et ils le relèvent et l'atta-
chent par derrière. Sur le reste du corps, ils sont
ordinairement découverts; mais quelquefois on met
une écharpe avec négligence sur cette partie, comme
les Indiens; quelquefois ils ont une petite veste à bou-
tons d'or et de cuivre, souvent d'étoife de coton. Les
femmes ont pour vêtement un langouti qu'elles laissent
toujours tomber comme un jupon ; le haut du corps
est couvert d'une tunique sans boutons comme une
chemise de femme d'Europe. Quand elles sont encore
demoiselles, elles conservent tous leurs cheveux longs,
mais elles les coupent dès qu'elles sont mariées. Pour
pendants d'oreilles, elles ont deux morceaux soit
d'ivoire^ soit de bois simplement polis, dont le diamètre
est de 2 centimètres ; ce qui fait que leurs oreilles soQt
très^prolongées. Elles ne portent pas habituellement de
bijoux.
Les Kambodjiens sont très-religieux , je ne dis pas
fanatiques comme les mahométans, mais c'est un peuple
( »M )
4*iine croyance ^assi forte et d'un attachement ançsi
.pronopcé pour leur Sommonocudom (Bouddha) que
.celui des musulmans pour leur culte. Ils sont supersti-
.tiçux; leurs livres religieux sont en pâli ou sanscrit,
amsi que leurs prières, que les bonzes récitent sans
y rien comprendre. Avec leur arak (démon), ils se
croient toût-puissants. l'ai souvent entendu dire que
les Kambodjiens cachent leurs trésors dans la terre
en les confiant au démon ; ils sont sûrs de ne jamais
les perdre , parce que celui qui les enlèvera sera puni
par un pouvoir spirituel, et il ne pourra les emporter,
ayant les jambes paralysées. Le seul moyen de s'en
retirer, c'est de s'en aller sans rien prendre. Ils
disent aussi qu'ils exercent, par le prestige magique,
un vengeance terrible. Vous offensez gravement un
de ces gens-là, il ne vous dit rien ; mais il vous fera,
sans que vous l'aperceviez, croître un arbre, ou un
morceau de bois, ou un bateau dans votre ventre.
Ces objets diaboliquement introduits grandiront pro-
portionnellement avec le temps, et vous finirez par
mourir.
Leur cuisine est simple. Ils n'ont d'autre fourchette
que leur main. Ils mangent beaucoup de bohok, qui
est du poisson conservé. Ils laissent leurs poissons
pourrir, se gâter tout à fait et devenir pleins de vers ;
ils le pilent, ils y mettent du sel et je ne sais quelle
drogue qui donne une odeur affreuse (comme chez
quelques tribus de Mois, qui mangent les vers nés sur
leur gibier).
Je borne ici cette courte notice sur ce pays si inté-
ressant et si varié» mais dont la puissance s'affaiblit
< 532 )
chaque jour ; rien n'est permanent et ne reste dans le
même état sur la planète que nous habitons. Si nous
remontons vers les siècles passés^ nous verrons que les
quatre plus anciens empires ont échoué chacun à leur
tour. Ce sont les vicissitudes qui régnent sur ce monde.
PéTRUS Tat>ONG«VINH*KT*
( 933 )
Analyses, Rapports, ete.
RAPPORT
SOI
LA POLYGLOTTA AFRICANA
Oft A COMPÂRAXtrE TOGABULART OPNEARLY THREE HUNOREO
W0RD6 AND PHRASES IN VORE THAN
ONE BUNDRED DISTINCT AFRIGAN LANGUA6ES
BT THE RET. S. W. KOELLE
Vteionary of Uie Ckmdk Miasionary Socioty.
U)NDON f854. Fol.
Messieurs,
Le titre de l'ouvrage sous nos yeux suffit à lui secd
pour en comprendre rimportance et l'originalité. Il en
ressort de plus la nécessité de nous limiter à des indi*
cations générales en ce qui concerne son contenu.
C'est à Sierra Leone, que M. Koelle trouva l'occa-
sion de composer en six mois de temps ce vocabulaire^
le plus étendu qui existe pour l'Afrique, ou que nous
considérions le nombre des langues qu'il renferme, ou
qne nous envisagions l'espace sur lequel elles sont
disséminées. Ce fait est déjà toute une révélation sur
l'état actuel de l'Afrique. Car si Tauteur eut la facilité
de se rencontrer dans une seule province bordant
l'Atlantiqiiei avec des individus appartenant à plus de
deux cents peuplades différentes, on se demande par
quel hasard ces hommes se trouvent réunis sur la côte ?
C'est par le fléau de l'esclavage. Gonséquemment le
zélé missionnaire de. la science obtint d'esclaves déli-
vrés qui avaient été amenés à l^ierra Leone de toute
part, les renseignements pour composer son ouvrage sur
Aeê langues dont on ignorait, en partie. Jusqu'au nom.
*La carte jointe au vocabulaire est dressée par M. Pe-
termann. Elle donne une idée approximative sur la po-
sition géographique des langues parlées en Afrique,
jusqu'à 25 degrés au nord et au midi de l'équa-
teur. Un coup d'ceU y fait apercevoir que celles pla-
cées au nord du golfe de Bénin et autour du Tsâd,
ainsi que celles suivant le cours dii Niger, offrent les
groupes les plus resserrés, tandis que, à l'exception
de la côte,, l'est n'y est représenté qu'en faible pro-
portion.
L'auteur est trop au courant de la linguistique gêné-
l'aie ; il a trbp apptt)fbndi l'étude dé plusieurs ïàngttes
istfricaines, comme en font preuve les gnttnmaires et
les documents littéraires qu'il a publiés sur le Kanoufi
et le Vei, pour se dissimuler totit ce qu'il peut y avoir
d* ambigu et même parfois d'erfunô dans son travidl.
De plus» ce serait un pU^ hasard si te langage tel qn'dn
jpéut l'obtenir de U bouche d'un seul individu o&hât
nettement tbu^ léis carubtères inhérents à sou idiome
national. De sorte que, quand on considère les sourcei
où a dû puiser M. Kt^elle; quand on réfléchît à ce qitô
ses rapporteurs étaient souvent des individus peu io*
telligents, et pour la plupart sans iAsttisvôtiDtt, m
( 3S5 )
tiendra compte de l'aveu que les détails peuvent, pour
quelques-unes des langues, manquer d'exactitude.
Quant à la valeur scientifique des vocabulaires et des
données qu'on peut y constater pour en établir l'affi-
liation des langues, Fauteur confesse franchement qu'il
est indispensable de recourir à la grammaire en même
temps. Le nombre des mots comparés étant d'ailleurs
restreint, il admet également qu'entre deux langues
qui s'accordent à cet égard dans son vocabulaire, il en
peut ressortir une apparence de parenté plus étroite
qu'elle ne serait si l'on possédait le dictionnaire com-^
plet de ces langues.
Les mots choisis pour la comparaison sont d'abord
les termes de numération jusqu'à vingt, puis les termes
de parenté et ceux qui désignent la position sociale.
Suivent les parties du corps bien détaillées, quelques
noms de maladies, les termes se rapportai\t aux habi«
tations , aux ustensiles , aux armes et aux idées reli-
gieuses. Viennent ensuite les noms des éléments, des
substances alimentaires et des minéraux, quelques tei*-
mes relatifs à l'industrie, aux produits du règne végétal
et animal; puis une liste d'adjectifs et de verbes à la
première personne, et enfin quelques petites phrases
comme, par exemple : je mange du riz, je bois de
teau, je coupe un arbre ^ je bats un enfant^ etc.
Avant de procéder à l'examen de la partie purement
linguistique de l'ouvrage, je tiens à remarquer qu'on
trouve mêlées au texte des notes nombreuses concer-
nant la position géographique (*) des langues, et à la fin
(*) La position de ces localités est en partie déterminée par lés re-
êhêrches des voyagedrs.
( 336 )
même quelques itinéraires. Bien que ces données géo->
graphiques fournies par les nègres qui comptent les dis-
tances par journées de marche, et se dirigent d'après
le lever et le coucher du soleil, n'aient aucune préten*
tion à l'exactitude exigée par la science rigoureuse,
elles peuvent néanmoins, jusqu'à plus ample informé,
servir comme premier jalon, et, en tout cas, d'indice
de ce que nous ignorons.
'Il en est de même des notes ethnographiques où,
dans la bouche du nègre, les hommes à queue ne man*
quent guère, où les cannibales sont fort répandus, etc.
Quant aux races d'une taille diminutive qui d'ordinaire
BOUS sont dépeintes comme chasseurs, leur existence
est confirmée par d'autres témoignages Ç); seulement
nous ignorons encore si, à la proximité de l'éqnateur,
ce sont des nègres ou des Bochismans.
• Examen linguistique.
Les moyens graphiques employés par M. Koelle pour
rendre les sons tels qu'il les entendit prononcer à vive
voix, sont pour toutes les langues les suivants :
Consonnes :
b, bS é, f, 6, h, h, k, 1, m, n, n-, p, pS r, r, s, s, t, t, v, w, y, t.
• • • •
Doubles consonnes :
ds, dzy ts.
Voyelles ;
a, à, e, e, é, i, o, u.
■ •
Diphthongu^s :
a\, au, ei, oi, ou, ou, ui (**)•
(*) V. Ladîsl. Magyar, dans la Revue Géograph. de Petermann,
(**) b', p' « /; rares ; h» e/i en allemand j n« = njf nasal } f»
(387)
On voit^ par ce qui précède, que les éléments pho*
niques s'écartent, en général, peu de nos langues mo«
demes. Toutes les positions principales que prend le
tuyau de la voix pour articuler y sont représentées ;
msds il faut avouer tout de même que, pour plus de
cent langues différentes, ce cadre n'est pas étendu. Il
est, à cet égard, presque certain qu'à l'oreille exercée
de M» Koelle n'aient pu échapper que des nuances à
peu près imperceptibles, et il va sans dire que les sons
signalés sont distribués entre les diverses langues en
proportion fort inégale. Ce qui caractérise d'ailleurs
les idiomes nigritiques, ce n'est pas autant le nombre
des éléments phoniques que la prédominance de quel*
ques-uns d'entre eux, et surtout leur combinaison»
Sous le premier rapport, on observe aisément, dans
les vocabulaires, que ces langues n'admettent pas Tac*
cumulation excessive des voyelles si commune, par
exemple, au polynésien. Le nègre préfère, pour la for«
mation de la syllabe radicale, la jonction d'une con*
sonne à la voyelle. Une seule consonne lui sufiSt d'or-
dinaire également pour séparer les syllabes, et s'il
cumule néanmoins au milieu des mots plusieurs con-
sonnes, alors ce sont les mêmes combinaisons que celles
rham en arabe ; s ^ eh en français ; t » M en anglais ; ds ssa deh
• • •
(par exemple : ehureh en anglab) ; e;« a en anglais (affeeU,) ; o—a
en anglab (alL) ; è et o prononcés de la poitrine (par exemple ; à
•Bornon).
11 faut 7 ajouter la nasalisation des Toyelles désignée par ' au-
dessus de la yoyelle.
Toutes les autres lettres se prononecnl comme ordinairement an
anglaii.
( SS8 )
qu'il emploie comme initiales. En effet, c'est au com-
mencement des mots que le nègre fait ses plus granda
efforts d^articulation, et c'est par laque son phonétismo
prend un cachet tout particulier (*).
La plupart des langues n'admettent que des voyelles
dans la désinence des mots; toutefois il y en a ausal
dont les mots se terminent en consonnes. Parmi ces
dernières, les labiales sont les plus répandues ; suivent,
par ordre de fréquence, les demi-voyelles ou liquides
avec la nasale, et ensuite les dentales ; l'usage des gut*
turales est plus limité. Ainsi, dans les langues nigii-^'
tiques, la partie palatale postérieure et pharyngienne
du tuyau phonique est bien moins active que celle qui
est bordée par les lèvres et les dents, dont le dévelop*
pement exagéré, ainsi que celui de la langue, est uD
caractère de race. De plus, la grande inclinaison de son
Voile du palais explique la facilité avec laquelle le nègre
passe à la nasalisation et à des combinaisons telles
que gb.
En somme, à part les extravagances de phonétisins
que nous venons de signaler, les langues nigntiqaes
visent avant tout à l'euphonie, à la mollesse, à l'écho
des voyelles et à tout ce qui facilite en même temps le
jeu des organes : le nègre ne prend pas trop de peine
pour différencier phonétiquement l'expression de sa
pensée.
« *
(*) Voici les combinabons initiales les plus usitées : mb, «y, «0
4mffy mf^ pfi nd» iU,n$,M, w, nls, ndt, ng ; II, ni, mZ, Plm mres
sont les suivantes % hm, mk, hly pr, kr, La coBibinaîsoti de f é et
*rea«osire anei iréq^ÊÊmmuA% mm pJi» «'«ppartienftqtt'è ^Mslqnes-
unes dçs langues nigritiques,
( S80 )
Quant à la forme des radicaux, H ressort des docu-
meuts sous nos yeux que la plupart des langues parais-
sent en avoir à deux et même à plusieurs syllabes, et
que, conséquemmeut, les radicaux et les langues mono-
syllabiques (*) constituent la minorité parmi les idio-
mes de la Nigritie.
* 4 m
Classification des langues cF après huts vocabulaifeSé
Dans les remarques préliminaires, M. Roelle indique
les caractères qui ont motivé sa classification, et il cite
les individus qui lui ont fourni les renseignements lin-
guistiques, géographiques et ethnologiques. Les onzeg
classes de langues établies par l'auteur sont les sui->
vantes :
:!• — <>Un<HiU ATUJiTiQVu PD N. 0.) CQrociéméês comme ceUes as ;
V Afrique méridionnle par des inflexions initiales*
A. Groupes Fulup et Filham ou Filhol.
B. Groupe. Bola, Sarar> Pepel.
C. Groupe, Biafada, Padsada.
D. Groupe, Baga, Timne, Bulom, Mampua (Sberbro}«
II. — LiMCDES DU N. 0. DU HAUT SOUDAN, OU famille
des langues Manienga,
Masdenga (avec plusiears subdivisions), Bambara, Eonot Vei,
Soso» Teue, Gbandi, Lftudôro, Meude, Gbesd, Toma, Mauo, Gio«
•• •••• ••
in. — Langues de la haute Guinée ou de la côte moyenne,
parlées sur les côiêi de poévre^ d'ivoire^ d'or, d'esclaves,
A. Langues Kru on lié JJksHsk,
Déwoi- (De), Kra (Kru), Kl«bro (GreU)» Gbo (GM).
(*) Il est important à remarquer <|Ue «fans pluiiean it cm ltii|;uéft
qui sont à notre connaissance, Pintonalion fonctionne de la même
\b\\é que dauÀ le bottentot, caractère que ces langues partait atec
les idiomes de PIndo-Chhie.
( 340 )
B. langu$ du Dahomêif,
Adampe, Aofue, Hwida, Dohome (Popo)» Mahi, Oga«
C. Langue Aku-I gala.
Aku avec plusieurs subdivbions, parmi lesquelles le Toruba.
Igala.
IV. — LlHGUKS DU N. E. DU HAUT SoUDAN.
A. Mose (Gurmake, Phula, Bemba), Dselaa*a, Garen% Gurma.
B. Lei^, Kanre, Kiamba (Dsamba).
G. Koama» Bagbalan'.
D. Rasm, Tula«
V. — Langues du delta du Nigki.
A« Ibo ayec cinq subdivbions.
B. Sobo, Egbele, Bini, Thewe, Oloma.
G* OkuloDaa, Udso.
VI. — Langues du Niger-Dsadda, ou geoupb Mupk.
Nupe (Nup'e, Tagba), Kupa, Musu', Goali, Basa (Akandsa), Bbe
CAgalati, Anupe]» Opanda (Egbira)f Egbira-Hinuu
VU. — Langues de l'Afrique centrale.
A* Langue du Dtade (*)•
Buduma» Bornu (Ranuri, liuniot Ngurut Kanem).
B. Pika (Fika), Karekare* Bode avec plusieurs subdiyisions*
• •
IV Partie.
Langues de V Afrique méridionale caractérisées
par des infleodons initiales.
VIII. — Langue atak .
A* Ekamtuluftt» Udom, Blbofon (Bofon), £afeii«
B. Basa» Kamuku (Dsinda), Kendsi» etfi.
• • •
G. Dsuku (Kurorofiu Koaoai Apa).
(*) Gomparer la collection de Tocabulaires» etc., dontlf»Birdi
^ienl de publier le premier Tolqme. Gotha» IMSK»
— — 1
(841)
IX. — Largos hoko.
A. Isrwu» Diwala, Onungo, Bayon*, Kom (Bakum), Bagba, Bain,
Mom (Bamoin), Ngoalt, Momenya, Papiah, Param.
B. NgoteB'f MdoD, NhakmM, Seke,
X, — Languis kokgo hgola, parléet dâtii les etmtrées de Kongo
etd^Angotat ainsi que plus à l'intérieur,
A. Kabenda, Himbûma, MusenUndu, Mbamba, Ranyika, Ntere
(Nteke), Mutsaya.
B. fiabuma, Bumbete, Kasands, Nyombe, Sunde.
• • • •
G. Ngola (Aneola), Pangela (Bengaela)i Lubalo (*)|Bunda (Loanda)»
Kambttiida), Songo, Kisama.
XI. — LASGUBf DU S. E.
Huiitu, Kirimao» Maravi, Meto, MataUn, Nyambao.
XU« — Langues non classées et isolées.
Ces langues n'ont montré, quant à leurs vocabulai-
res, aucune aflSnité ni entre elles, ni avec les précé-
dentes. Toutefois, quand nos connsdssances sur la phi-
lologie africaine auront encore progressé, beaucoup de
ces idiomes seront probablement reconnus comme
membres de familles plus ou moins étendues; quel-
ques-uns en resteront peut-être isolés pour toujours.
A* Langues atlantiquei de VOu. non classées.
a. Wolof (Yolof), fiidsogo (Bidsoro), Gadsaga (tribu des Scrc-
hule), Gora ; — à inflexions finales.
5. Banyun, Nalu, Bolan, Limba, Landoma; - à inflexions ini-
tiales) •
E Languee du haut Sintdan^ non classées.
Asante (Asante), Barba, Boko.
(*) Comparer dans Petermano les vocabulaircf reciieiUia par
U. Ladisia» MAqi*'''
(M2)
G* tanguê$ d9 VÀfHqu$ centrale non classées.
Kandin, Tumbuktu, Bagermi, Housa (*) (en deux dialectes), Pulo
(langae des Fulbe, Pulabî en quatre dialectes).
D. Langueê du delta du Niger non classées.
Yala (01a).
£é XoM^tiM mériéionakê mm classées*
Anan' (Ralaba), Dsarawa (Njam-njam)» KorOi Ham (Dsahan,
Fttham), Akurakiira, Okam, Tasgua, Nki, Kambali, Aleg«t
Penin, Bute, Murundo, Undaza, Ndob (Burukem), Nkele,
Konguan, Mbarike, Tiwi (Mbidsi, GMou), Boritsu* (Afiteq:),
Xfiidu» lifut, Mbe, Nso (Banso).
• • • .
F. Dialectes arabêi parlée en Afrique.
a. WadaL 6. Adirar. e. Beran.
•
Ainsi voilà, abstraction faite de quelques subdivi-
sions et dialectes, en chiffresTonds, cent soixante lan-
gues dont M. Koelle a recueilli les vocabulaires; et
puisque nous possédons également les grammaires de
' plusieurs idiomes appartenant à presque toutes^ les
classes précitées, la philologie africaine déposera soiis
peu ses langeSé
Pour donner une faible idée du pbonétisnie nîgri-
' tique dans ses formes concrëtes« bien plus que pour
démontrer ce qu'il y existe, à cet égard, de sem-
blable (**), et inversement, j'ajoute à cet aperçu sqç-
* cinct une liste comparative des termes qui désignent,
dans les langues précédentes, Yeau^ h père ^ le pronom
' de Ici première personne et l'action de manger.
1.— Eau : ma, mi, mmi, man (3) {***), mant, men, mtn, am, aam,
(*) Comparer M. Barth, l. e,
(**) Voy. plus haut la réserve de M. Kœlle sur ce rapport
^ (***} lies èhtfifres placés entre guâlemets indiquent k nonbi^e de«
laogaes dans lesquelles le terme 7 joint est honoplume»
( 543 )
la (2), ame (O)» amei» ama(3), omi (13), omo» mel (2), mieç, muai,
meya, mema, mla(2), mmale, mmeli (2), miogi, mandei mantSi mire»
miurog» mangu, moni» mani, mundu, momel (2), mambea, mambiai
mendan, medib (2), menya (3j, menyi» madiba, maneb, minib, ma-
dewa, maliwa» meduku, mati, maza (2), mazea, mazi (2), moa'z,
mesi) ma'sit madsa (3), mantseï mandsa, mandse, mendsivt mpfam»
*
ampiet, damum. — Total .* 93.
Na (2), ni (5), nua (4), nuo, nyo (2), enyi (3), nim, DyUm (2),
' namum* anab, ndiyam (4}, ndoh. ~ Total : 27.
Béni, bemum» vede, unwoD» ovawa. — Total : 5.
: Dae, dai (6), daei, dsape» nd$a (2;, ndsi, pdsab» ndsib, ndsob,
• • • • • . . •
amdM (2), edsi; zi, ezi, ezi« nzi, nsi, asii siUn, insuo.-^ Total : 2S.
Gi (4), gio> ngi (2), ngia, en^, anîngo, angai, ogolum, kom. nke,
nki, okoale^ ekn* ^ Total : 17*
1, youe, yenyi, ayib f2), ya, yi (2), yige, hari. -- Total : 10.
Le, lam, lam (2), lien, laa (3), alap, nUngu (2). --Total ; 11.
Cette liste exige à peine un commentaire; car si
nous admettons les permutations entre n et m, entre
les sifflantes et ds^ et enfin le passage des gutturales g
et k par la demi*voyelle y en ds^ nous réduisons les
radicaux qui désignent Teau presque à deux^ une
naso-labiale et une gutturale ; reste la demi*voyelle ou
Kquide /.
2. — Père: Ba (6), baba (27), babe, babi; bai. bo, buo, bam.
bawft (§). wawa. aba, uba, owa, mba (2), pa^ pai> papa (4), papai,
paba. bapa, pua, ap«) fa (S), fiifa, fieife (2), «fa, fare« fûnya> paietu*
~To4al:74.
Da (3), de (2), nda (3), dada, ada (6), eda (3). ida, ade, oda, ta (5),
Ut4 (17), tate, tada (2)> ata (3)* nta (3)» ita (2), eta (3), ete, te, taya.
• • • • . •
t#ta (2), ate (2), ato, eto, t^te» tetoi tita, tite, titii tatau» atate, atatn,
atioUi. tatetu, tatok, tuodo* — Total : 78.
Dsa, adse, daie (2), itse, idsi»6. — Asin, i*nflei iao «=3. -—
• *•> •• •,>
ToUl:».
( ihh )
K«, ÏM, nkO| kia, ki«, lus, kere, kere, gère, kike, agU. — Ta*
•• • ••••• •••
tal:ll.
Nan, na» nna (4), ena, nyema* nyira (â) « 10. — Aro, rera, tere»
- 3. — Total : 13.
Faisant remarquer que n et r permutent dans quel*
ques langues, et rappelant ce que nous venons d'expo-
ser par rapport aux autres lettres radicales comprises
dans cette liste, quatre consonnes concourent originai*
rement à former le terme de père.
3. — Le pronom personnel j$ détaché de la phrase je mange:
Ma (17), m% me (34)» me. mi (6), mo, mo (14), mea (2}, mla, man (3),
min, ma» aman, mbe, mbada» mbara (4)* — Total : 80.
N* (23), n*, na (13), n-a(3), ne (tf), ni (6), ina(2), an, in, on,
nda (2), nzi. - Total : 59.
A (2), i (4), ai, ya (3), yi, u, wu (2), o (ira). - Total : 15*
Ge^ gi> *— ki (suffixe)* nga (2), ngo, ngu. — Total : 7.
Da» nde, nda (2), ndu (2) » 6. - Tsa, ndsi (2) » 3. — ToUl : 9.
En nous rapportant à ce qui précède, notons seule-
ment que les voyelles et les diphthongues isolées de la
troisième série doivent probablement leur état actuel à
raffaiblissement d'une racine primitive contenant une
consonne, phénomène qui s'observe également dans
d'autres idiomes. «
4. — .. mange. De (5), de-, nde (2), di (13), didi (4), dide, dia (%
diri, edia, ndidie* mada, dini, dehala, daka» do, don*e, donsi, dora, i
• • •
du (3) — 43. — Ta, tag, tna, tina, to, ton, teri, tan*sa. -• 8. -
ToUltSl.
Dsa (2), dsi (20), d8e(10), dse,;d80 (2), dso (2), dsu (2), dsue, dsyil,
• • • ••• •• « «c
dsil, dsir, dsim, dsima (2i, dsin (2), sin, dsabi, dsemo, dsewi, dsifi
•••• • •• • «••
dseni, dseho, dsampe = 86. — Ze, zie, tsin (2), udsa, ntsa, tsaoaii
- 7. — ToUl : ^.
Ya (2), yi, yaki, nya, — Total : 5.
( 8&5)
Ga (2), nga, gi (3), gâte, gede, ngoa. Ke, eki ekiu» kudi» kaln»
kine» kini (4), kino, kore, mokoli. — Total : 22.
Le (4), li (6j, lia (3), leira, lin, liwe. - 17. — Re (6), ri, dere (2),
diere, nerem, Dera, maro. » 13. — Total : 30.
Mba, mbe (2), mbai (2), woni, bu» buriif bande (2s buskiot —
Total: 11.
Ajoutons aux notes précédentes que / et r se substi*
tuent dans presque toutes les classes de langues.
Les limites assignées à cette esquisse m'empëçbent
de m'étendre sur les concordances soit fortuites, soit
fondamentales de ces racines avec celles des langues
ariennes, sémitiques, touraniennes, berbère, égyp-
tienne, etc.
Messieurs 1 je sens trop bien que je ne me suis que
très-imparfaitement acquitté de la tâche dont vous m'a-
vez honoré pour ne pas en appeler à toute votre indul-
gence ; et je suis tout aussi convaincu que mes éloges
resteraient bien au-dessous du mérite éminent que s'est
acquis M. Koelle par son travail en ce qui concerne
d'abord la philologie africaine, et ensuite l'ethnologie
et la géographie de ce vaste continent, pour y insister
auprès de juges plus compétents que moi»
Toutefois, je ne puis quitter mon sujet sans vous
soumettre une dernière remarque. A juger d'après les
données signalées, une grande ressemblance^ du moins
dans la phonologie, parait être l'apanage des langues
nigritiques, tandis qu'en Amérique la discordance
forme la règle. Il n'en est pas ainsi du système gram-
matical* Sous ce rapport, le nègre, tout en ne dépassant
guère certaines limites, tout en se limitant souvent à
VI. NOVEMBRE, à. 23
( 848 )
de simples ébauches, comparativement aux autres
groupes cle langues, nous offre d'autre part assez de
variétés^ et je dirais même que là où il se platt dans la
multiplicité des formes grammaticales , il fait praure
de son penchant pour les excès.
D' Pruneb-Bet.
21 avril 1863.
(W)
A^Usê d« là SMIétéi
EXTRAITS DES PROCÈfl^VERBAOX DK8 BtAMGBS.
Séance du ^6 octobre iSôS.
En l^absence de M. de O^^trefages, président de la
Commission centrale, la séance de rentrée de la Société a
lieu sous la présidence de M. d'Avezac, vice-président.
Le procèâ-verbal de la dernière séance est lu et
adopté. A ce sujet toutefois, et sur Tobservation pré-
sentée par M. î)eloche, que là Ëevue des sociétés sa^
vantes n*est pas comprise dans les dons faits à la So-
ciété par le ministère de l'Instruction publique, il est
décidé qu^on demandera ce recueil en accusant récep*
tion des ouvrages offerts par ce département. En ce qui
concerne les instruments de précision, dont Tenvoî par
M. le marquiâ de ïurenne est annoncé audit procès-
verbal, ils ont été remis à la Société pendant les va-,
cances : ils sont examinés séance tenante par M. le
capitaine dô frégate Vallon, et reconnus en parfait état
et établis dans des conditions qui permettent d'en es-
pérer un très-bon service.
Le secrétaire général donne lecture de la correa-
pondance. . .
(8Â8 >
U. Guillaume Lejean, vice-consul de France à Mas-
saoua, dans une lettre datée de Debra-Tabor le i mal
dernier, paye un tribut de regrets à la mémoire de
M. Jomard. D'autres nouvelles de ce voyageur, parve-
nues à M. Gharton et que semblent aggraver des ren-
seignements recueillis par M. Malte-Brun, font naître
de sérieuses inquiétudes sur la prolongation indéfinie
de la situation pénible où il se trouve à la cour de roi
Théodore en Abyssinie. M. Ed. Gharton pense qu'une
démarche oflScielle de la Société de géographie auprès
du ministre des affaires étrangères serait opportune,
comme témoignage du très-vif intérêt qu'elle prend au
sort de l'un de ses membres, et de son désir d'apprendre
ce que la sollicitude du gouvernement a déjà fait pour
obtenir la liberté de G. Lejean. 11 est décidé que le b urean
de la Gommission centrale, auquel M. Gharton est prié
de s'adjoindre, adressera pour cet objet, dansle pluabref
délai, une demande d'audience à M. Drouyn de Lhuys.
Le Dépôt de la guerre fait envoi des vingt-six cahiers
des coordonnées destinés à accompagner les. vingt-six
livraisons de la carte de France, au —^ que la Société
a déjà reçues : des remerclments seront spécialement
adressés à ce sujet à M. le Ministre de la guerre.
M. Vander Maelen, directeur de l'établissement géo-
graphique de Bruxelles» offre à la Société une série de
cartes routières, hypsométriques et hydrographiques
des diverses provinces belges ; une carte générale de la
Belgique ; une carte des concessions houillières ; une
carte des chemins de fer et une carte des voies navi*
gables du même royaume : une lettre de remercituent
sera adressée aii donateur»
M. Garcia y Cobast géographe mexicaint remercie U
Société de son admission comme membre.
&I. Charles Ed. Guys adresse un exemplaire d'une
brochure qu'il vient de publier, intitulée: Notice sur
les lies de Bomba et Plate^ le golfe de Bomba et se$
environs , avec la relation d'un voyage sur les côtes
orientales et occidentales de la régence tripolitaine.
M.FulgenceRignon, commissaire général de la terre
sainte, en France, demande à la Société de vouloir bien
mettre, à titre gratuit, à la disposition de la bibliothè*
que qu'il fonde en ce moment au siège du commissa-
riat à Paris, un exemplaire de la géographie de l'Edrisi.
Cette demande est prise en considération et renvoyée à
la section de comptabilité.
H. Roman y Paz Soldan adresse au président de la
Commission centrale, une lettre et un mémoire ayant
pour objet de combattre sur divers points les apprécia-
tions critiques contenues dans un rapport fait à la So-
ciété concernant l'ouvrage de M. Raimondi sur la pro-
vince péruvienne de Loreto.
Cette réclamation est immédiatement communiquée
à M. Ernest Desjardins, auteur du rapport, qui déclare
maintenir au fond ses conclusions, appuyées en fait sur
un examen aussi complet que possible de documents
officiels recueillis en dehors de la publication de M. Rai-
mondi ; mais il s'empresserait volontiers de modifier,
s'il y avait lieu, les points de détail sur lesquels la ré-
clamation de l'auteur paraîtrait légitime. La Commis-
ûon centrale, après avoir entendu les observations de
plusieurs de ses membres, et en particulier celles de
HM. Elisée Reclus et Vivien de Saint-Martin, décide
(tfd)
qnll sera fait, du mémoire envoyé par M. Roman y Paz
Soldan, un ^extrait réduit à Texposé précis des pointa
sur lesquels il est élevé quelque contestation^ et qu'à la
suite de cet* extrait, dont la préparation demeure con-
fiée à M. Elisée Reclus, le rapporteur inscrira les ré-
ponses que lui dictera le désir de concilier l'Indépen-
dance de ses convictions avec les égards affectueux et
courtois que se plaisent à conserver entre eux tous les
membres de la Société de géographie.
La Commission centrale se réserve de décider ulté-
rieurement, après mûr examen, si ces pièces seront im-
primées au Bulletin.
Le secrétaire général lit la liste des ouvrages offerte
à la Société.
H. de la Roquette offre, de la part de M. Baruffl^ un
travail sur le percement des Alpes, Intitulé : Traforo
délie Alpi ira Bardonnèche e Modane.
Le même membre dépose également sur le bureau,
de la part de M. Manuel Rico y Siuobas, un exemplaire
du premier volume des œuvres astronomiques du roi
Alphonse le Savant, publiées par le gouvernement espa-
gnol sous ce titre : Libros del saber de astranomia del
ReiD.AlfonsoXde Castilla : un volume grand in-folio,
orné de planches en fac-similé du manuscrit original.
M. Elisée Reclus offre une carte du théâtre de la
guerre des États-Unis.
M. Adolphe Noirot fait hommage d'un travail qu'il
tient de publier sur l'isthme de Suez. M. Maunoir est prié
de vouloir bien en rendre compte. Des remerciments
sont adressés aux donateurs présents, et des lettres di
remerciment seront adressées aux donateurs absents.
( 351 )
Ch. Xavier Roth, présenté à la précédente séanct
par M1M. Malte-Brun et Barbie du Bocage» est admi3
comine membre de la Société.
M. Trancis Muir, géographe anglais, est présenté
à titre de membre donateur par UM. Malte-Brun et
d'Avezac.
M« Richard Gortambert présente à laSociété M. Petrus
Truong Vinh Ky, interprète de la légation annamite.
Le président adresse quelques paroles de bienvenue h ce
savant étranger, et obtient de lui la promesse de com-
xnuuications ultérieures sur la Gochinchine, sa patrie.
M. Buisson met sous les yeux de la Société une cart^
ethnographique des peuples de la Russie d'Europe et
de TAutriche, qu'il a récemment dressée et qui est ac-
compagnée d'une notice sur la distribution actuelle des
peuples qui habitent ces pays.
La séance est levée à dix heures et demie.
Séance du 6 novembre 1868»
•BlI^iDElifiE W n* PS QPATREFAOlSft»
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et
adopté.
A l'ouverture de la séance, M. le président annonce
la présence de M. Francis Galton» Tun des anciens
lauréats de la Société et membre du conseil de la Société
royale géographique de Londres. Après cette présenta-
tion, M. Francis Galton est prié de vouloir bien prendre
place au bureau.
L
( 852 )
M. le docteur Friedmann écrit à la Société, pour laii
offrir un ouvrage qu'il vient de publier sous le titre de :|
Niederlandisch'Ost und Westindien. 11 signale à l'at-i
tention de MM. les membres le chapitre de son travail
dans lequel il traite plus particulièrement des maladies.
qui sévissent dans les pays tropicaux. M. le docteur
Friedmann offre également un mémoire intitulé r Gra-^
phische Darstellung der jahrlichen Temperatur eines
ortes durch geschlossene Curven*
M. Malte-Brun, à propos du dépôt sur le bureau fait
à la séance précédente, de la part de M. Henri Lauge, k
du compte rendu des travaux de l'Association géogra^ j
phique de Leipzig, demande que le Bulletm soit envoyé i
à cette société en échange de ses publications. Cette {}.
proposition est adoptée.
Le même membre a reçu de M. Julius Haast, géolo- «t
gue de la province de Canterbury (Nouvelle-Zélande), j
une carte de cette province que ce savant Ta chargé
d'offrir à la Société.
M. Malte-Brun a, en outre, le regret d'annoncer à la
Société qu'il a reçu de MM. Henri Barth et Aug. Peter-
mann, la nouvelle de là mort de M. de Beurmann. Ce
voyageur aurait été assassiné sur les frontières du Wa-
day, et ce malheur devrait être imputé au souverain
même de ce pays.
M. de la Roquette a annoncé, dans la séance de la
Commission centrale du 19 juin 1863, la perte qu elle
venait de faire de M. Pierre-André Munch, l'un de ses
plus honorables correspondants. 11 croit devoir prévenir
aujourd'hui la Commission centrale,que, d'après le désir
que lui ont témoigné les compatriotes de U, Munch, il
( SS3 )
i propose de consacrer, pour être lue à la prochaine
Vance générale, une notice sur la vie et les travaux de
et illustre Norvégien, connu par d'importants travaux
orrbistoire, la géographie, la philologie et l'économie
politique, et que la voix presque unanime de ses conci*
oyens a proclamé Y historien national de la Norvège.
Né à Christiania le 15 décembre 1810, il est mort le
25 mai dernier (1863), âgé seulement de cinquante*
deux ans, à Rome, où il s'occupait, depuis 1857, à faire,
dans les archives du Vatican, ouvertes avec la plus
extrême bienveillance à tous ceux qui désirent les con-
sulter, des recherches pour l'histoire ancienne de la
Scandinavie ; il ne laisse qu'un seul fils.
I M. de la Roquette demande qu'on continue à adresser
à celui-ci, comme un hommage rendu au souvenu* de
son père, jusqu'à la fin de l'année courante, les numéros
] du Bulletin dont l'envoi a été suspendu depuis qu'on a
appris la mort de l'homme si distingué auquel il doit
le jour. La proposition est adoptée.
M. d'Avezac, en rappelant à la Société la mort de
deux de ses membres correspondants, M. l'amiral
Washington et M. le général Albert de la Marmora,
demande que des notices sur ces deux savants regrettés
soient lues à la prochaine séance générale. La Société,
comprenant l'urgence de sa proposition, le prie de
vouloir bien se charger de ce travail. •
H. E.Gortambert annonce la mort de M. F. A. Garnier,
membre de la Commission centrale et auteur du grand
Atlas sphéroïdal, récemment publié. M. le président
déclare, au nom de la Commission centrale, qu'il s'as«
socle aux regrets que doit causer la perte de M. F. A.
( 85& )
Gamier, qui avait été Tun des membres les plus assidus
de nos séances.
M. de Quatrefages a reçu de M. Wînwood Reade,
une lettre dans laquelle ce voyageur parle de son ex-
ploration récente de la côte occidentale de TAfrique.
11 a visité tous les établissements européens de cette
région et déclare que ceux des Portugais y sont en dé-
cadence, ceux des Anglais stationnaires, et ceux des
Français en voie de progrès. Il pense que le meilleur
moyen d'introduire la civilisation en Afrique serait la
création d'écoles pour les jeunes indigènes. M. Jules
Duval répond, à ce sujet, que plusieurs établissements
de ce genre existent déjà au Sénégal. Il cite particu-
lièrement l'école des fils de chefs et d'interprètes for-
mée à Saint-Louis. Le nombre des élèves vient d'y être
porté par M. le gouverneur Faidherbe de vingt à trente.
Il existe aussi à Dakkar une école indigène dirigée par
des prêtres.
Le secrétaire général donne lecture de la liste des
ouvrages offerts.
M. Malte-Brun dépose sur le bureau une carte de
l'Angleterre dressée par M. Edmond Blache, vice-consul
de France à Bâle, sur laquelle sont relatés tous les phares
et feux des ports des côtes des îles Britanniques. H dé-
pose également une carte manuscrite de la basse Co-
chinchine, due à M. Bineteau, où sont marquées toutes
les nouvelles divisions administratives de ce pays. Cette
carte sera gravée pour le Bulletin.
M. Malte-Brun est également chargé de remettre i
là Société un mémoire de M. Mouchez, capitaine de
frégate, sur les longitudes chronométriques des princi-
( 555 )
paux points de la côte du Brésil rapportées au méridien
de Rio-Jançiro« et un mémoire, en danois, de M* A. F.
Mehren, sur la Syrie et la Palestine d'après les géo*
graphes arabes du moyen âge.
M. de Grammont, capitaine au àh* de ligne, récem-
ment arrivé de Gochinchine, offre à la Société un ou-
vrage intitulé : Onze mois de sous-préfecture dans la
basse Cochifichine. MM. Maunoir et .£• Gortambert
sont priés de faire un rapport sur ee travail.
H. Francis Muir, géographe anglais, présenté à la
dernière séance par MM. Malte-Brun et d'Avezac, est
admis comme membre donateur.
M. de Grammont et M. Aug. Guinnard sont pré-
sentés pour faire partie de la Société, le premier, par
MM. Gortambert et Maunoir; le second, par MM. Lucien
Dubois et Malte-Brun.
La seconde séance générale de la Société est fixée au
18 décembre prochain.
Le banquet annuel de la Société aura lieu le lende-
main 19, MA). iJÊdouard Gbarton et Jean-Jacq^uç3 Du-
l)OChQt eu sont nommés commissaires.
M. R. Gortambert lit à la Société un mémoire sur Iç
Cambodge, rédigé par M. Petrus Truong Yinb Ky, iuter-
prètii d^ Tamba^ida aQuamita. M, te Prôâid^at félicite
l'auteur, présent à la séance. Ge dernier donne, en outre,
de vive voix d'intéres^çints détails sur le Cambodge.
M« Maunoir donne lecture de son rapport sur V itiné-
raire du Dauphiné de M. Joanne.
La séance est levée à dix heures et demie.
( 850 )
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ
SÉANCE DE NOVEMBRE 1863.
EUROPE.
Dictionnaire géographique de la Ruisie, publié par la Société impériale
géographique de Russie. Tome I. Saint-Pétersbourg, 1863,
SOGIÉTÂ IMPéRULB GÉOGRAPHIQUE DE ROSSII.
La Toscane, album pittoresque et archéologique, publié d'après les
dessins recueillis sous la direction de S. E. le prince Anatole Demi*
doff en 1852, par André Durand. 4* et 5* livraisons, grand in*
folio. Paris, 1862. S. E. ls prince Anatole Dehdovf,
ASIE.
Onze mois de sous préfecture en basse Cochincbine, contenant en outre
une notice sur la langue cochinchinoise, des phrases usuelles fran-
çaises-annamites, des notes nombreuses et des pièces justificatiref ,
avec une grande carte de la basse Cochincbine, par M. Lucien de
GrammoDt, capitaine au 44* de ligne. Napoléon-Vendéé, 1863.
M. Lucien de Grahiont.
Iteisen im Sûden von Ost-Sibirien in den jahren 1855-1859 incl. Im
auftrage der kaiserlichen geographischen Gesellschaft ausgefohrt
von Gustav Radde. Band I. Die Saugethierfauna. Saint-Pétersbouigi
1862, 1 vol. in-4. M. Gustave Radde.
Niederlandisch-Ost und Westindien. Ihre neueste Gestaltnng in geo*
graphischer, statistiscber und culturhistorischer Hinsicht, mit be-
sonderer Darstellung der klimatischen und lanitatischen Verhait-
nisse, von Dr. S. Friedmann. Milnchen 1860. 1 vol. in-8.
M. LE D' Friedmaru*
Syiienog Palestina, atudie ofter en Arabîsk Geograpb fra Slutringeo of
( S57 )
del 13 de og Begyndelien of det f 4de Aariiiindrede med en Indled-
ning, of A. F. Mehrea. KJbbeahavn. 1862. 1 broch. îq-8.
M. A. F, Mehbbn*
Meteorologische Resallale aiu Indien und Hochasien, von Hermann r.
Schlagîntweit. 1 brochure in-8. If. Hekhànii ScBucniTwnT.
f}ber die mitUere Temperatnr des Jabres und der Jahreszeiten and
den allgmeinen Charakter der Isothermen in Indien und Hocbaiien,
¥on Hermann von Scblagintweit. 1 broch. in-8.
M. Hkuujin Sghlaguitwbit, .
AMÉRIQUE.
Derrotero de la costa del Perù, por Aurelio Garcia y Garcia. Lima,
1863. 1 vol. in-8. M. Aubelio Gaicu T Garcia.
Longitudes cbronométriques des principaux points de la côte du Bré-
sil, rapportées au premier méridien de Rio- Janeiro, par M. Mou-
chez^ capitaine de frégate. Paris, 1863. brochure in-8.
M. MOUCBBZ.
OUVRAGES GÉNÉRAUX, MÉLANGES.
Collection de documents inédits sur Thistoire de France, publiés par
les soins du Ministre de rinstruction publique. — Mémoires mili-
taires relatifs à la succession d'Espagne sous Louis XIV, extraits de
U correspondance de la cour et des généraux, rédigés au DépAt de
la guerre, de 1763 h 1788, sous la direction du lieutenant général
de Vault, mort en 1790. Tomes IX, X et XI. Paris, 1855, 1859 et
1862. 3 vol. in-4 avec atlas. — Négociations, lettres et pièces rela-
tives à la conférence de Loudun, publiées par M. Bouchitté. Paris,
1862. 1 vol. in-4. — Lettres, instructions diplomatiques et papiers
d'État du cardinal de Richelieu, recueillis et publiés par M. Avenel.
Tome y, 1635-1637. Paris, 1863. 1 vol. in-4. — Cartulaire de.
Tabbaye de Redon, en Bretagne, publié par M. Aurélien de Cour-
son. Paris, 1863. 1 vol. in-4. -^ Li livres dou tresoj, par Brunetto.
Latini, publié pour la première fois, diaprés les manuscrits de Ja
bibliothèque impériale, de la bibliothèque de PArsenal et plusieurs
manuscrits des départements et de Tétranger, par P. Chabaille.
Paris, 1863. I vol. in-4. MimsTÈai db l'Imstructioii pobuqob.
( S&8 )
Délia vita e dette opère del conte Alberto Ferretto délia Marmora, per
Giorgio Briano. Toriao, 1863. broch. gr. in-S. M. Baboffi.
Du Scalenradçhen (Revolviog scale, mofette métrique), voaHermaaD
?on Schlagintweit. 1 feuille in-S. M. HfiEHÀNif Schlagihtweit.
Graphiscbe Dantelliing dei ]âhrlicbe& Tempefator eioes «riés dtifcli
geschlossene Garyeo, yod D' S. FriedmaoD. Wien, 1863. i feailla
iD-4. M. LE Di* S. FaiBDiiAinf.
ATliAS BT CARTES.
Gâfli étÊ (XMifi dti fléllTé Blanc et de la région des sources da Nil, arec
l'itinéraire et les découvertes des capitaines Speke et Grant, par
V. A. Malte-Brun. Paris, 1863. 1 feuille. M. Y. A. Malte-Bbiin .
Carte générale de TAustralie, avec l'indication de ses différentes colo-
nies et les itinéraires des principaux explorateurs qui Pont parcourue
de 1840 à 1863, par M. V. A. Malte Brun. Paris, 1863. i feuille.
M. V. A. Malts-Brun.
Map of tbe province of Canterbury , New Zeatand shewing ihe pastu-
rage runs compiled from officiai surveys, under autority of the pro-
Tincial governmeot ènd from récent elploraiiona, by D' Aaast, pro-
vincial geologist, Ganterbury, et D^ Hector, provincial geologist
otago by J. S. Browing survey office. 1 feuille. M. le D' Haast.
Carte des Iles Britanniques, comprenant les phares, feux flottants,
ports, rades et les stations des gardes-c^tes» publiée en 1862* Paris,
1 feuille. M. Edmond Blachi.
MÉMOIRES DES ACADÉMIES Et SOCIÉTÉS SAVANTES,
feËCUElLS PÉRIODIQUES.
Jfamotrs of the american Academy of Arti and Sciences. New aeriea*
Vol. 8, part. 2. Cambridge and Boston* 1863» in-4.
Piroc^edinys of the Ânièrkuti Âcademy of Arts ànd Sciences. Vol. 5,
fenilles 49 à 58 ; vol. 6, feuilles 1 h 10.
Boilon Journal ofNatural history. Vol. 7, n*** 2 et 3. Bostotl, 1861,
1862, ill-8.
Prœeedings of the American Geographtcal and Statisticaî Society of
New-York. 1862-1863, Vol. 1, Q<> 4, io-8.
( 869 )
A. P. Stevms. On the past aod future Upograpbjof tha Ooited
States, based upon the graduai rise and dépression of the surface
tbrough âges (Map.). — W, H, Thomson, Tbe physique of différent
nationaiities, as ascertaioed bj iuspection of governoient recruits.
— J. Smith Homans, Oo the production of gold and silver tbreug-
heul tbe world, especîallj in the new territories of tbe United
8tates.
7*Ae Transactions ofthe Àcademy of Science of Saint^louis, VoK 2«
N* 1. Saint-Louis, 1863, in-8.
C, C. Parry, Ascent of Pike^s Peak. — 6. Engelmann. Altituda
ef Pike*s Peak and otber points in Colorado territory.
throceedinjg ofthe Ameriean Philosophical Sociily, Jant. 1863.
Boletin dô ïa Sociedad mexicana de geografia y estadistica. t. 10,
{n° 1). Mexico, 1863, in-4.
Ù^Pranc, D\az (tovarruhias. Dictanien sobre cl cstablccimiento
de observatorios mcteorologicos, y circular del suprcmo gobierno.
— laetrucciones para hacer lai obserraciones meteorologicas* —
Bîografiâ del sgr^ lie» Don José a Escudero. — Sobre el terremoto
l)uedestruyo parte de Cindad Colima, 1818. — -Apuntei relativos
à las fuentes brotantés o poios artesianos. **- Estado de Chiapas.
Genso gedéril, 1862.
the transactions ofthe Bombay Geographical Society^ from June 1860
to december 1862. Vol. 16. Bombay, 1863, in-8.
Proceeding, — Lieutenant Dodd, Particulars concerning tbe tlunii
ef Kutcb and the country on its southern margin. — Dn même, Mé-
morandum on tbe Eastern portiou of tCutcb, caited Wagur. —
C. R, Markham. À short account of the peruvian foresi ot Cara-
vaya, vbence the quinine-yelding cinchona plants are proeured
for introduction înto India. — G. T. RoUnson, Kotes upon tbe
hydrography and gèograpfay ot Ja^àn. "^ Lé grand Jacàh. Journal
•f a trip toSind from Kutcb, 1852. — Af. Penguelîey. Remarks on
a portion of tbe east. coast of Arabia. — W, Whish. Memoir on
Bahreyn (Plan). — D. Inverariiy. Report on the late overflood of
the Indus (Map.)« — - 1^ grand Jacob > Journal of a tour througb
Kutcb, 1851 •«-•£• Heycoch. Tbe Mosaie tceount of tbe passage of
\
( 800 )
tha liraelitei ont of Egypt, sapported bj the geographical conl
ration of the Gonntry surroandiag; the guif of Suez. — Capt. Bt
ker, Accoant of a visit to Moses' Wells. — GommaDder A. Frcisi
Memoranda and extracta of varions soarces relative to the river Jal
East Africa. — L, Pelly, Upon the Comoro islands. — J, Lai
Ontline or the country between Kurrachee and Gwadel. — T.
binson. Notes on Japan. — T, Fergusson. An accouot of a cjcU
experienced at Bombay. Nov. 1862,
Jout^nal of Ihe Franklin instilute, octobre 1863*
ZcUschrlft fur alîgemeinc Erdkunde. N^ 124, octobre.
Lettres de M. de Beurmann an docteur Barth, suivies de remai
qnes de M. Barth et dn professeur Ehrenberg. — Journal d'un voyaj
qai coupe obliquement Tintérieur de la Turquie d* Europe, 1 86i
par le docteur Barth (avec une carte). — Tremblement de terre
Tunis le 1/1 septembre 1863. — Wolfers, Quelques remarques si
le dernier hiver.
ZeUschrift der deutschen Morgenlûndischen Geseîlschaf t. T. y 11^ n? 3-4*
H, Broekhaus, La transcription de Talphabet arabe. — Lautk,
Le Grand-Prètre et surintendant des bâtiments Bokenkhons, coa*j
temporain de Moïse, dans le Musée royal de Munich. — Slaehelm*
Les localités des guerres de David. — £. Meier. Sur les inscriptioiM
nabathéennes. — C. Flor, Sur les inscriptions étrusques de la Ca«
rinthie. —0. Blau. De l'albanais comme instrument d'explication
des inscriptions lyciennes. — DelUzsch. Sur les substances de cou-
leur rouge employées dans les anciens manuscrits. -* <SchZecA^a«
Wssehrd, Notes sur TOrient. — Pius lingerie* Études de littéra-
ture syriaque. •— E, Rœdiger, Notes paléographiques^ — Notices,
coRtESPORDAMCBS BT vÉLANGES. A. BasUan, Quclqucs mots sur la lit*
térature des Birmans. ~ Nœldeke, Sur les inscriptions nabathéennes.
Morit%. Wickerhawer. Sur le mot pazend. — Notes bibliographi-
ques.
}
/^
El
AMÉRIQUE.
PRODUITS
VÉGÉTAUX.
aalaiBODB et fumal-
poli
cuclialoLa
yH"
monnalea
orféirerle
sslais^na
1. — Imprimerie île Ë. Mjutlns'
-Lgjr .
A*t«K, '-«*°* ^^lôss
)
BULLETIN
DE LA
SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE.
DÉCEMBRE 1863.
Iléittolrei, Motlees^ ete.
j^:'-'
ALLOCUTION DE M. REINAUD
MEMBRE DE l'iNSTITOT, l'DM DBS yUCE-PRÉSIDERTS,
PWftSIDBNT DE L* ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 4 8^ DÉCEMBRE 4 863.
Messieurs,
Vous vous réunissez de temps eq.^^inps pour res-
serrer les liens de la confraternité, et afin d'avoir l'oc-
casion de faire part au public et au monde scientifique
en général, des fruits de votre expérience et de vos
constants efforts. C'est dans les assemblées de ce genre
que se fit naguère entendre la voix autorisée des Malte-
Brun père, des Walckenaer et des Jomard.
Votre Société compte déjà quarante-deux ans d'exis-
tence. C'est à son exemple que prirent successivement
naissance les Sociétés de géographie de Londres, de
Berlin, de Saint-Pétersbourg, etc.; chacune d'elles
jouit de certains avantages particuliers ; mais toutes
VI.D£G£MBRE« 1. 2i
( 862 )
n'ont qu'une seule et même pensée, le progrès de la
géographie.
Qu'est-ce que la géographie ? A s'en tenir au sens
littéral du mot, la géographie est la description de la
terre, y compris la mer qui la baigne et les îles qu'elle
renferme. La description du globe que nous habitons
est par elle-même un sujet très-vaste : ce n'est qu'après
plusieurs milliers d'années d'essai que l'homme est par-
venu à en faire le tour ; à l'heure qu'il est, il reste bien
des régions inexplorées ou qui ont besoin d'une explo-
ration nouvelle. Qu'est-ce donc si l'on ajoute à la des-
cription de la terre proprement dite, l'étude des popu-
lations qui la couvrent, de leur langage, de leur manière
de vivre, de leurs institutions et de leurs croyances? Ce
n'est pas tout. L'homme, qui n'est pas né d'hier, a la
prétention de transmettre après lui le souvenir de ce
qu'il eptrepF0Qd pour l' avancement de la science et le
bien de l'humanité. N'est-il pas naturel que, remontant
le cours des âges, il s'enquière des premières tentatives
faites pour acquérir une idée 9.11 mojps approximative
du globe qui li|i sert (Je demeure, et des ^iyiersps ppi-
niong (jui tour à tour donnèrent le branle ^px esprits ?
Messieurs, chaque science a son phamp à cultiver et
des avantages qui lui sont propres. Op peut mêfl[^e à.\ve
qu'à U suite du développement de nos connaissances,
toutes les science^ se spnt rq^pprochées les unes des
autres, et que c'est grâce à ce contact qu'elles fqnt
cha(]jue jour de nouveaux progrès. A cp ppinf de yue,
le savoir, aux yeux de Dieu, comnie, bien qu'à un degré
inférieur, aux yeux de l'homme, est une faculté absolue
et unique. Mais lorsqu'on décompose l'ensemble des
( 36S )
coQ^ais34Qcp§ humaines, puUe brancbe de Ydfr]ife 4^
la science n'est plus féconde ni plqs riche guQ 1^ gôor
graphie, £n effet, la géographie est la, base de la géot
Ipgie, de 1* minéraflogie, ^^ 1?^ J)pl4qique et 4g )^
zqologie, a^q^[^çll§a ^^ rattj^çjjent natureUement J'aô*
trpnpipie, Ift fl[jét^r<dogie, ^ujpur^'hui en yçie d^, ^
transformer, Ts^rt de h flavjg^i^ipn, T^pdii^triei, la. stf^-r
ti3tique, la sciepc^ (iu conimp^c^y etc. De l'étude de \^
siippje matière passert-pp fnpL choses de l'esprit, *—j5t
cqmment s'en dispenser ? — op a devant soi l'homme
créé h l'image de Dieu, lequel, envisagé d'upe manière
générale, est p^tout le même, mais qui, presqp^ par-f
tout, se présente spps des| npances plus ou moins p:i^-
quée?.
Avec l'impulsiion qui ei:iste aujourd'hui, l'homme
finira par ^qu^r|r l^n^ idée plus ou moias complète du
vaste champ 4e la nature. Gpnsidérez, messieurs, et
c'est ici up des pripcipauic objets de nos réunions, con*f.
sidérpz, à côté des tenéative^ ma}heurefls qui trop
souvent vienpept exciter toutes vos syflathipsi Ips
progrès incessants de la scienpe, et yoiAentirez vp^
espérances s' aQcrp|tre.^Paus up momiQntMvptre digne
secrétaire déroulera, devant vous le tableau des progrès
accomplis daps l'année qui achève de s'écoi(lert Per-r^
mettez-moi de yous dire tout de suite un mot 4ç Ift
découverte qui vient enfin de nous révéler les sources
du Nil. Dès le tpmp§ des Pharaons, ce fut Ik un grapd
problème po^r le^ savants de T Egypte, de problème
devint l'objet des rechercl^es des Grecs, dçs Romain^,
et plus tard des Arabes. Dans les temps modernps,
quel est l'homme eu Europe qui, ayant acquis quelqu^a
( 36A )
notions en géographie, ne se soit pas posé la même
question? Gloire aux deux Anglais, MM. Speke et
Grant, qui, bravant tous les obstacles, ont mis fin à
presque tous les doutes. Sous un autre rapport, il exis-
tait un problème qui jadis ne préoccupait pas moins
les savants : c'est la manière dont aux yeux des Grecs
et des Romains, le continent que nous habitons se ter-
minait à rOrient. Reportons-nous à l'époque où l'homme
n'avait pas encore fait le tour du globe, et où la science
ne fournissait que des idées vagues sur les difiTérentes
parties dont se compose l'univers. Divers systèmes se
partagèrent la faveur des amis de la géographie. On
connaissait l'océan Atlantique et les bornes occiden-
tales du monde. Comment notre continent se termi-
nait-il du côté opposé ? Les populations qui occupaient
l'extrême Orient, et qu'on appela tantôt Sères, tantôt
Sines ou Thines, étaient-elles un seul et même peuple,
ou bien deux peuples différents ? Enfin, à quelle nation
aujourd'hui connue répondaient les Sères et les Sines
ou Thines? Dans les temps voisins de nous, cette ques-
tion fit le tourment des d'An ville, des Gossellin et des
Mannert. Celui qui a l'honneur de vous parler en ce
moment, a, dans un volume qui vient de paraître, essayé
de montrer que les Sères et les Sines ou Thines furent
un seul et même peuple, et que ce peuple n'est pas autre
que la nation chinoise. A cette occasion j'ai cherché à
prouver que les Romains, au temps de leur grande
puissance, étendirent leurs relations commerciales et
politiques jusqu'au Céleste Empire.
Messieurs, disons-le à l'honneur de l'âge actuel : la
géographie dispose à présent de ressources que n'eu-
( 366 )
rent jamais les anciens. Il s'agit de la vapeur, qui
permet aux navires de voguer contre vents et marées ;
de la télégraphie électrique, qui met presque instanta-
nément une extrémité du monde en conmiunication
avec l'autre ; de la connaissance des courants sous-
marins, qui sont devenus un puissant auxiliaire pour
la navigation. G* est à présent qu'il est permis de parler
de la fraternité des peuples et des raisons qu'ils ont de
s'aider les uns les autres ; on peut dire qu'aucune dis-
tance ne les sépare, et qu'il dépend d'eux de se faire
mutuellement part des biens qui leur ont été départis.
Notre devoir est d'applaudir au mouvement qui porte
les nations les unes vers les autres. Mais là ne se borne
pas notre tâche. Si l'Européen s'élève en général au-
dessus des indigènes de l'Afrique, de l'Asie, de l'Amé-
rique et de l'Océanie, trop souvent il lui est inférieur
par les vices qu'engendre une fausse civilisation. Ne
laissons échapper aucune occasion de prêcher à nos.
semblables, avec les sentiments de la dignité humaine,
les préceptes de la morale et de la religion.
i«4«
tx
( 866 )
RAPPORT
SDR
LES TRÀVM DE L4 SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE
ET m
LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES
PENDANT l'année 1863
LU A L'AtSIHBLte GfoiRALE DU 18 DÉCEMME
PAR M. V. A. MALTE-BRUN
Secrétaire général de la Gommission cenirale.
Messieurs^
L'année dont le terme approche est destinée à mar-
quer dans les fastes géographiques et par les impor-
tantes déconrertes dont T Afrique vient d'être le théâtre
et aussi par le douloureux tribut que la science a
payé, cette fois encore à celte terre si fatalement pré-
destinée, que jalonnent les tombes de ses explorateurs.
Mais avant de vous entretenir des découvertes des
capitaines Speke et Grant, avant de déplorer avec
vous la mort des voyageurs Beurmann, Steudner et
Thomton, je dois, fidèle au programme qui depuis la
fondation de notre association est tracé à vos secrétaires
généraux, vous entretenir de vos propres travaux.
Cette première partie de mon» rapport présente une
tâche bien délicate, ilest vrai, mais c'est toujours celle
que j'aborde avec le plus de plaisir, puisqu'elle me per-
( 8é7 )
met de rendre un public hommage à ceux de nos zélés
confrères qui prennent la part la plus active à la glori-
fication de la science faisant l'objet de nos réunions,
soldats généreux qui soutiennent avec honneur, et ce
désintéressement que l'amour de l'étude inspireseul, le
drapeau qu'ils ont reçu de leurs aînés, qu'ils transmef-
trbnt un jour à d'autres, et pour lesquels il n'est de plus
haute récompense qtie la satisfaction du devoir accompli.
Pour téitioigner dii zèle avec lequel les séances de
notre Commission centrale sont suivies, il mé sùf&ràit
d' ouvrir le registre des présences et d'en comparer le
bilan avec celui des années antérieures.
Si quelquefois ces mêmes séances ont été agitées
par des débats contradictoires, ces discussiotii^ instruc-
tives profitaient à là science et témoignaient de là vi-
talité dé notre Société. C'est ainsi que Vous avez dû à
Mm. Vivierl de Saint-Martin, d'Avezac, d'Abbadie, de
la Roquette, Delochè, Jules Duval et à notre honorable
{Président M. de Quatrefages, d'utiles éclaircissements
sur plusieurs questions qui étaient à Tordre du jour.
La géographie mathématique s'est enricliié d^uti beau
triémoire critique de M. d^Avezac, sur l'histoire des pro-
jections des cartes géographiques, dans lequel Tâutëuf,
que Vous avez d'ailleurs écouté avec tant d'intérêt dans
Une dé VOS précédentes séances générales, a su faire
accepter par les qualités du style de§ détails techniques
p^u fàtniliers aU plds grand nombté. C'est un travail de
techercheô et d* érudition, quenoë voisins d'outre-Rhlh
pôùt-raient à bon droit nous envier et qui prendra place
à côté de ceux des d'Ahville, des Gosselliû, des Wal-
kéhàer.
(868)
Remercions encore l'aotenr d'avoir rétabli au profit
de nos compatriotes leurs droits de priorité dans les
ingénieuses inventions de la représentation du globe.
€'est avec un sentiment empressé de pieux sou-
venir que vous avez entendu la consciencieuse notice
que M. de la Roquette, aujourd'hui notre doyen, a con-
sacré à la mémoire du vénérable M. Jomard ; sa parole
consciencieuse et convaincue a trouvé un honorable
écho de l'autre côté du détroit dans la bouche du savant
président de la Société royale géographique de Lon-
dres, sir Roderick L Murchison, qui dans son discours
(address) du 22 mai de cette année a également rendu
un dernier hommage à celui que l'Allemagne appela
longtemps le Nestor des géographes français. C'est
encore à la plume toujours zélée de M. de la Roquette
que vous devez l'intéressante notice qu'il a consacrée
dans la dernière assemblée générale au géographe
anglais John Brown. Cet hommage rendu au sein de la
Société de géographie de Paris à un savant étranger
est une preuve touchante de l'impartiale solidarité
qui unit notre association à tous ceux qui par leurs
travaux contribuent à l'expansion de la science géo-
graphique.
Ce qu'il importe surtout de faire connaître au public
dans notre pays ce sont les rapports intimes qui relient
l'étude du globe avec l'économie politique ; ils mon-
trent l'utilité pratique de la géographie, ils doivent en
propager et en faire aimer l'étude. M. Jules Duval s'est
chargé de les signaler dans un important mémoire,
dont vous avez entendu une partie, et qui lui vaudra
auprès des lecteurs de notre Bulletin le même succès
( 860 )
que celtii qu'il obtint Tété dernier dans une leçon pu-
blique tenue sur ce sujet.
Vous avez cru devoir, sur le rapport savamment élu-
cidé de M. Vivien de Saint-Martin, ajourner, pour cette
année du moins, l'attribution de la grande médaille
d'or destinée à la découverte la plus importante en
géographie, tout en réservant les droits de notre jeune
compatriote Henri Duveyrier, après la publication
complète de sa relation, a Une couronne décernée après
un examen sérieux et accompli est d'ailleurs, comme
vous le disait l'érudit rapporteur, plus digne à la fois
et de vous et du voyageur. » Je suis heureux de vous
annoncer que les bonnes feuilles de son ouvrage sont
déposées sur le bureau et que la carte est à la gravure.
C'est aussi à M. Vivien de Saint-Martin et à M. A.
d*Abbadie que vous devez ces sérieux aperçus sur le
haut fleuve Blanc, qu'a provoqués au sein de la Com-
mission centrale la nouvelle du succès de l'exploration
des capitaiues Speke et Grant. A ce propos vous avez
jugé qu'il était urgent de revendiquer pom- notre com-
patriote, feu M. le docteur Peney, l'honneur si chère-
ment acquis au prix de son existence, de s'être avancé
avec M. de Bono sur le fleuve Blanc, au delà des cata-
ractes de Makédo, c'est-à-dire plus loin qu'aucun des
explorateurs qui les avaient précédés. Cette tâche que
M. Jomard eût si bien remplie, j'ai essayé de l'accom-
plir, sans me dissimuler les difficultés que présentaient
une analyse succincte et le choix des notes manuscrites
que laissait l'infortuné voyageur.
La présence à nos séances de deux membres les plus
distingués de la Société de géographie de Ausôe,
( 370 )
MH. de kbatiikbff et de Gàlkine, hous a Valu sur l'eth-
nographie de la Perse et sur leé Turkoinans, qui cam-
pent à l'est de la mer Gaspientie, des considérations
géographiques et ethnographiques qui ont ajuste titre
captivé votre attention. Destinées à une prochaine im-
pression, elles contribuerorit à enrichir nos publica-
tions.
Le bourt séjour à Paris de Taolbassade annamite nous
a valu d'entendre en excellent français, de la part de
l'interprète indigène Pétrus Trtiong-Vinh-Ky, une inté-
ressante comtnunication sur le Gambodje, en même
temps que MM. E. Cortambert et flenry fiinëtéaii vous
ddnilaiënt sur la Gochinchine fratiçaise d'utiles aperçus.
Cfes renseignements sur l'eitrëme Orient se sont grossis
d'une letti*e curieuse de M. CH. Siéburg silr l'état actuel
de la cartographie du Japon. Gomine le disait l'hôuô-
rabie correspondant, il est à désirer que l'on puisse enfin
faire une entière reconnaissance hydrographicjiié des
côtes, des détroits si nombreux dé cet empire insulaire,
et surtout du bassin intérieur appelé Suwonadâ ou
petite mer^ compris entre les côtéis des grandes îles de
Nippon, de Sikkof et de KibU-Sîbd.
J'ai eu plusieurs fois Tôccatsion de vôtis signaler les
travaux ddnt l'île dû liiilîeû de la Nouvelle-Zélande
était l'objet de la part de M. Jùliùs Haast, géologiie de
là proviribè de Ganterbtiry; M. Mauîioir, l'un de nos
plus jeunes et iélês confrères, à' est chargé de vous les
faire Meux apprécier dàtife ùhe ùdtibë dont vous gardez
le souvenir, et il a de plus analysé le discours prononcé
par M. Julius Haâst, lors dé la séance d'inauguration
de rWstîttit t)hilosophique dé Cailterbury.
( 371 )
La géographie de la mer a été deptis pltisieurs an-
nées Tbbjet d*études s^Jéciales ; en outre de lllitét'ôt
scientifique qui prêtait à cette étude totit le thatnie
d'une nouvelle conquête de l'esprit htimâin èur là fcà-»
ture, nos marins ont compris qtt'tirie pâttaite connais*
sance des mystères de T Océan et des phénomènes phy-
siques doiltil efet avec l'atmosphère le théâtre, ploutait
abréger les longues liaVigatiôilà et feuglrieiltèi^ leè
chatices des heureuses traversées.
M. le commandant Maury, aux États-Unis, M. Ta-
mirai Fitz-Roy, en Afiglëterre, MM. les capitaines de
Vaisseau de Kerhallét et Bourgois, M. le liedtenàht
Oliviet-, et bien d'antres Officiet^s de hbtre tûàtibe àhï
étudié cette iitiportante ^tiestidtl. M; le Vice^àfeil-sll
Fleuriot de Langle vous a exposé, dVëc toute l'àtitdrité
de son sàVoîr danâ là matière, les différentes théories
êttiisès, il a fait avec une éloquente impartialité la part
de chacuti, et Vous àVez pil reconnaître avec lui que
l'on n'était pas encore assez nche èh ObservàtidHs
potir établir d'une manière certaine lès icAs de la t)hy-
sique de la ttier.
Parthi les fiombreul ouVl-âge^ ^iii âôtit Vehhs ëh^
riëhii^ vôtre belle bibliôthèt^tte, qtii, par sa spécialité,
acquiert de jour eii jotir \itie Sérieuse importance, pltii
sieut-s ont èiè l'objet de rapport*! spéciàUx.
Vous n'avez pas oublié celui qtië M. Elisée Reclus
a corisàferô à l'ouvragé relatif au Mississippi , par
MM. Abbot et Huinphrey ; 11 vdiis à parlé de ce livl'e,
imprime par ordre du Congrès defe États-Uni^, aveè une
sûrfetê d'appréciatioti que lui dominaient ses ti^avàu^t atri-
térieurs et la parfaite connaissance qu'il avait du sujet.
( 872 )
Nous devons aussi nos remerctments à M. le doc-
teur Pruner Bey, qui^ a bien voulu accepter la difficile
tâche de nous faire connaître, dans un rapide et savant
examen, les ouvrages dans lesquels MM. Hannoteau et
Brasseur de Bourbourg expliquaient le mécanisme des
langues tamachek et quichée.
L'ouvrage que M. Jules Dnval a consacré à l'iErt^-
toire de rémigration européenne^ ouvrage couronné
par l'Académie des sciences morales et politiques, a
donné à M. de Quatrefages, son rapporteur, l'occa-
sion d'entrer dans quelques considérations relatives à
un fait physiologique qui accompagne généralement
l'émigration, c'est l'amoindrissement et parfois l'ex-
tinction des races indigènes au milieu desquelles se
sont établis les émigrants.
La navigation de la mer des Antilles a toujours été
des plus difficiles, aussi bien à cause des archipels, des
lies, des bancs de sable qui l'encombrent, qu'à cause
des nombreuses découpures de ses côtes, tantôt rocheu-
ses, tantôt sablonneuses. Pendant longtemps les marins
n'ont eu, pour se guider à travers ce dédale , que les
différentes traductions d'un ouvrage compilé jadis par
les ordres de la cour de Madrid, sous le nom de Derro^
tero de las Antillas. M. de Kerhallet, que vous vous
honoriez de compter au nombre de vos confrères, en a
donné une édition bien supérieure aux précédentes ; il
l'a appropriée à la navigation à vapeur, sans oublier d'y
consigner les lois générales des vents et des courants
qui sillonnent la mer des Antilles. Cet excellent livre
pratique, M. le contre-amiral Fleuriot de Langle vous
{ 878 )
Ta également fait apprécier dans une note qu'il nmis
a communiquée.
Pour être équitable envers tous, je dois encore vous
signaler les rapports de MM. Jules Duval, Poulain de
Bossay, Ant. Lecocq, E. Desjardins, Maunoir et Lour-
mand.
Notre Bulletin a atteint le Y P volume de la cinquième
série. Il offre , à tous ceux qui le voudront consulter,
un répertoire qui résume, chronologiquement, les
progrès de la science géographique depuis quarante-
deux années. M. de Froberville avait bien voulu, en
18A5, dresser la table générale des deux premières
séries ; vous saurez gré à notre confrère M. Barbie du
Bocage d'avoir repris ce pénible travail, d'une utilité
incontestable ; nous lui devrons la table des troisième
et quatrième séries du Bulletin ^ qui sera prochaine-
ment mise sous presse et distribuée à tous les membres
de la Société.
Vous apprendrez également avec satisfaction que la
publication des MémoireSy interrompue depuis plu-
sieurs années au milieu du tome VIP, a été heureuse-
ment reprise. Le mémoire de M. de Khanikoff sur la
partie méridionale de l'Asie centrale, celui de M. Pou-
lain de Bossay sur la topographie de l'ancienne Tyr le
complètent, et bientôt les premières feuilles du VHP
volume, pour lequel les matériaux s'accumulent dsms
nos archives, seront livrées à l'impression.
Cette heureuse extension que nous avons pu appor-
ter aux publications de la Société est due à la sagesse
avec laquelle notre modeste budget est administré.
Vous avez entendu les rapports si bien élucidés que
(974)
nom a fai(8 dapuis plusiaura aonéec»» sur c^q anjaldéiit^at,
Thonorable président de notre Gommisision d^ cQmpta-
bilité, U. LefebvrerDuruflé ; o'e^t pour nous un devpir
que dâ lui exprimer, dana cette soleqqelle oe^aâiQn,
notre vive gFatituâ0.
Nos rangs se sont grossis cette année d'un grand
BOfflbrp de membres nouveaus, et noua avons la sa-
tisfaotioB de compter parmi eux des savants étrangers.
Mais il faut bien aussi énumérer nos pertes \ elles
feront on)bre au tableau de notre prospérité préseqte.
Cette année, la mort nous a ravi : S, A. Mohammed
SaiSdf vice-roi d'Egypte, dont le court passage parmi
nous se traduisit par une généreuse libéralité que vous
n'avez pas oubliée ; MM, le général Albert de la Mar-
mora, l'amiral Washington, Munch et Tanner, tous les
quatre inscrits sur la liste de nos correspondants à
l'étranger, et recommandables par leurs travaux scien-
tifiques ; M. A. F. Garnier, de notre Commission cen-
trale, l'éditeur de Y Atlas sphéroïdal^ qui avait toujours
été un des plus assidus à nos séances; M, de Ker-
ballet, dont vous^ connaissez toutes les utiles publica-
tions; M. Raymond Thomassy, qui vous avait récem-
ment envoyé des notes intéressantes sur l'hydrologie
maritime et la salure de la mer ; M. le docteur Mallat de
Bassilan, qui avait rapport^ de son long séjour dans les
lies de l'Océanie d'utiles renseignements ; enfin M. le
général Marey^Monge, qui, après avoir dignement servi
la patrie, ^vait voulu demander à nos études de prédi-
lection les distractions nécessaires à un esprit cultivé,
le voudrais vous retracer le tableau de F activité géo-
graphique de l'Europe, je vous montrerais l'hommQ
( 375 )
élaborant dans ce foyer intellectuel, dans ce cœur d\i
monde, les investigations scientifiques, les grandes
entreprises ayant pour but J'eatière connaissance du
globe qu'il hq-bilie ; y receywt, y ^epneillant du plusf
loin les résultats de ces recberç})ea, pour ]e^ f éunir, Ips
rapprocher, les comparer, et fépai)dre pftf la vpi^ des
académies, de^ sociétés géographiques, des journai^^i^
spéciaux et (Jes ipille prganes d'une infinie publicité,
les npuyçUes acquisitions, les nouvelles copquêtes sur
l'inconnu, qui en sont les fruits ; inajs un tel tableau
dépasserait de beaucoup les limites assignées à ce rap-
port •
Qu'il me soit donp permis, ep abrégeant , de vous
rappeler qij'en Frappe le Dépét de la marine et le Dépôt
de la guerre apportent, phacup en ce qui popqeme
la spécialité jïe leurs attributions, leur pierre à l'édifice.
Tandis que le prpïpier île pes grands établisseniiepts du
gouvernement, par ses publications et ses cartes, éclftire
du flambe?m de la science la vastp étendue 4es côtes et
des mers, le second continue ses belles publications to-
pographiqu^s qui jouissent d'une estime si méritée daps
le monde eptier. Cette année, la 26* livraison dels^ Carte
de France au 1/80000® a été livrée au public, et d'autres
feuilles SQUt ^orties des mains des dessinaJPHrs pour
passer dans celles des graveurs (î). LB.J[levue maritime
et coloniale^ publiée sQusles auspices du ministre de Ja
marine, a pris depuis quelque temps, et par Iqs excel-
lents articles qu'elle renfermp, et par les cartes qui les
accompagnent, une plaçp importante parmi les publi-
(1) Feuilles : 165, Ussel; 174, Mauriac, 195, Figeac; 196, Mende;
et 251, Luz.
( 376 )
cationd spécialement réservées à la géographie. Il me
suffira de rappeler, parmi bien d'autres, la Notice sur
les rivières S Une et Saloutij par M. le lieutenant de
vaisseau Mage ; la Notice sur l'avenir du Sahara et du
Soudan 9 par H. le général Faidherbe ; Y Excursion du
navire de guerre Inyesûgsior sur le bas Niger ^ analysée
par M. Mage ; la belle Carte du Sénégal de la Falèmé^
de ta Gambie^ dressée par M. Brossard de Gorbigny ; le
Récit de F exploration du fleuve Ogobai^ par MM. Grif-
fon du Bellay et Serval ; les Études sur la côte occiden-
tale d'Afrique^ de notre confrère le capitaine de fré-
gate Vallon ; la Notice sur les travaux géographiques
de 1862, de notre autre confrère M. Barbie du Bocage ;
enfin, les Notices consacrées aux colonies françaises.
Tel est l'aperçu du bilan géographique de cette Revue
qui a su mériter l'attention des savants étrangers.
Je dois également, avec toute justice, vous signaler
un recueil nouveau, puisqu'il date de quatre ans à peine,
qui, destiné à répandre parmi les masses le goût des
choses géographiques par l'attrait du choix de ses arti-
cles et par leur iilastration, à l'aide de cartes et de
gravures, a certainement atteint son but, si nous en
jugeons par la faveur avec laquelle le public l'accueille ;
j'ai nommé le Tour du monde. Ce journal, vous le
savez, compte parmi ses rédacteurs plusieurs de nos
confrères, MM. Charton, Duruy, Vivien de Saint-Martin,
Lejean, Ferdinand de Lanoye, etc., etc.; c'est dans le
Tour du monde que vous pouvez lire l'intéressante
relation du Voyage dans le royaume de Siam^ de Cam-
bodge^ de LaoSy de l'infortuné Henri Mouhot, dont je
vous entretenais l'an dernier.
S77 )
Bien des années se sont écoulées depuis que le pre-
mier cahier des Annales des voyages parut en 1808,
ce journal géographique, que Malte-Brun, Eyriès,
Humboldt, Klaproth, Larenaudière, Valckenaer, etc.,
s'étaient plu à soutenir de leur talent, que M. Vivien
de Saint-Martin avait relevé dans ces dernières années,
s'honore aussi de compter parmi ses rédacteurs plu-
sieurs de nos confrères ; permettez-moi de n'en citer que
deux : l'un de nos doyens, M. l'abbé Dinomé (d'Or-
léans) y a donné l'histoire critique des Expéditions
africaines^ et M. Charles Grad de Turckheim l'a en-
richi d'une bonne Analyse des récentes explorations
australiennes.
Plusieurs de nos confrères ont également contribué,
par leurs écrits dans des Revues scientifiques ou litté-
raires (1) , dans des journaux quotidiens, à l'expansion
des sciences géographiques ; la liste en serait longue :
qu'il me suffise de vous citer MM. Alexandre Bonneau,
Vivien de Saint-Martin, Jules Duval, Cortambertet Elisée
Reclus ; ce dernier a donné récemment, dans la Revue
des deux-mondes^ une série d'articles sur la condition
physique des côtes françaises de VOcéan^ qui ne doit
pas être passée sous silence.
V Année géographique de M. Vivien de Saint-Martin,
bien accueillie en France, et peut-être mieux appréciée
encore à l'étranger, vous a offert un tableau raisonné
et critique des publications et des travaux qui avaient
rapport à notre science favorite : c'est par l'usage que
le public pourra apprécier cet utile ouvrage dans lequel
(1) Voyez la Revue orientale et américaine, la Revue de VOrient et
de X* Algérie, la Revue du monde colonial, la Revue des deux mondes,
VI. DÉCEMBRE. 2. 25
( *78 )
l'auteur a su dépouiller la «cieuce de tout ce qui pou-
vait rebuter les recherches, et qui offrira désormais
un guide aussi instructif que commode.
Je dois enfiu, parmi tant d'autres œuvres méritautes
dont je voudrais pouvoir vous doQuer la liste étendue,
une mention spéciale : au< Guides de^ Pyrénées et du
Dauphiné, de M, Adolphe Joanne* qui laissent si loin
derrière eux les ouvrages du même genre que l'on pu-
bliait autrefois en France ; à la belle Carte de Franee
et à la Carte des courants de t atmosphère^ de M. An-
drivau Qoujon, qui accusent chez cet éditeur un sérieux
désir de donner des cartes aussi bien étudiées que
celles de nos voisins ; enfin, aux Cartes hydrographi--
que$ de Ceylan et de l'Australie^ de M* Robicquet.
Constatons encore que h géographie de la Gaule a
reçu d'une auguste initiative une impulsion nouvelle
qui a profité à. la science et porté depuis deux années
la lumière sur des points restés obscurs aux d'AnviUe
et aux Valckenaer. Parmi cette nouvelle légion d'éra-
dits» citons MM, de Sauloy» Stoffel, Bertrand, Léon
Fallue et Creuly; enfin, n'oublions pas que les justes
encouragements du ministre de l'instruction publique
nous ont valu dans les départements de bons travaux
spéciaux sur la topographie et la géographie locale.
En Angleterre, à la tête du mouvement scientifique
qui nous intéresse « nous trouvons la Société royale
géographique de Londres ; elle doit une bonne part de
son importance aux rapports qui lui aont communi-
qués, avec une bienveillance toute spontanée, par le
Foreing office ou par les lords de l'Amirauté, toutes
les fois que ces rapports intéressent la géographie* Le
( 879 )
peuple anglais est d'ailleurs admirablement disposé,
par sa nature même, aux études géographiques qui
pour lui se résument à connaître surtout les voies
d'échange et les pays de production. Les Proeeedings
et le Journal sont les fidèles dépositaires des transac-
tions de cette savante assfociation, qui peut, à bon
droit, revendiquer une large part de la renommée que
se sont acquise les Livingston, les Burton, les Speke,
les Baikie, etc. Vous trouverez, dans Vaddress de son
digne président, sir Roderick I. Murchison, un aperçu
fidèle des importants travaux hydrographiques ou
levés de côte, entrepris par Tordre de l'Amirauté (bu-
reau du Coe^t Survey) dans les îles Britanniques, en
Afrique, en Asie, principalement en Chine et au Japon,
en Australie, dans l'île Vancouver, à Terre-Neuve et
aux Indes occidentales; tandis qu'à l'intérieur vous
apprendrez que Y Ordnance Survey ^ administration qui
correspond à notre section topographique du Dépôt de
la guerre, a terminé les levés des comtés de Nor-
thumberland et de Gumberland, qui complètent l'achè-
vement de la grande carte de l'Angleterre et de la prin-
cipauté de Galles à l'échelle de 1 pouce par mille an-
glais.
Si chez nous la géographie de la Gaule est aujour-
d'hui en grande faveur, en Angleterre l'attention est
également portée sur un point de la géographie histo--
rique nationale. Le grand Livre de la Conquête^ le Do-
mesday-Booky a été reproduit par les ordres de sir
Henry James, directeur de l'administration de YOrd^
nance Survey ^ à Taîde du procédé zincophotographique,
dont l'idée primitive appartient à un de nos compa«-
( 380 )
triotes. Cette fidèle reproduction est accompagnée d*une
carte de chacun des comtés représentant la situation
de» manoirs indiqués dans le Domesday Book^ avec
les noms qui leur étaient propres au temps de Guil-
laume le Conquérant et leur synonymie moderne :
c'est là un beau travail qui intéressera à la fois le
géographe, Thistorien et Tarchéologue.
En Espagne, les travaux géographiques sont surtout
l'œuvre du gouvernement; le département topogra-
phique de ce pays, qui compte parmi ses officiers supé-
rieurs le colonel Francisco Coello, un de nos confrères,
continue les études et les levés préliminaires néces-
saires à rétablissement de la grande Carte topogra-
phique de l'Espagne^ dont la première livraison verra
prochainement le jour. Vous savez, d'ailleurs, que le
grand Atlas provincial de ce pays sera bientôt achevé ;
M. le colonel Francisco Coello vous a envoyé les der-
nières feuilles qui en ont été publiées, et vous avez pu
juger du soin qu'il apportait à cette œuvre méritoire.
J'aurais voulu vous signaler quelques travaux d'une
égale importance en Portugal ; je ne puis que vous rap-
peler quelques notices intéressantes sur les colonies
portugaises, éparses dans la collection du Bolletim e
annaes do conselho ultramarino^ et une nouvelle édi-
tion d'une ancienne carte portugaise d'Afrique, donnée
par les soins de M. le comte Sa Bandeira, qui semble
s'être attaché au genre d'études qui avait valu à son
regrettable compatriote M. de Santarem une notoriété
méritée.
Les archives de TEspagne et du Portugal offrent
d'ailleurs, à ceux qui pourront les compulser, une
(881 )
riche mine de matériaux géographiques inédits concer-
nant le nouveau monde. Notre confrère M. le docteur
Alfred Demersay a pu s'en assurer dans une mission
qu'il avait reçue du gouvernement à ce sujet, et M. Bras-
seur de Bourbourg, qui s'est également rendu en Es-
pagne pour visiter les bibliothèques de ce pays, saura
également y recueillir une belle moisson de documents
relatifs à la linguistique et à l'ethnographie de l'Amé-
rique-Centrale, objets plus spéciaux de ses études.
En Italie, en dehors des travaux justement appréciés
de l'état-major piémontais, qui poursuit avec ardeur
les levés des nouvelles provinces du royaume, je n'ai à
vous parler que de quelques publications isolées : telles
sont celles de M. Eugène de Balbi, à Pavie, sous le
titre général de Gea^ la Terre; celles de nos corres-
pondants, MM. Baruffi, à Turin, et Ferdinand de Luca,
à Naples. Je ne dois pas omettre le Guide hydrogra-
phique et géographique de l'océan Atlantique ^ de
M. le capitaine de frégate, Eugénie Rodriguez, où vous
trouverez d'intéressantes notices sur les groupes des
Açores, des Canaries et du cap Vert, ni la carte en huit
feuilles à l'échelle de j~ôô ^® Rome et de la Comarca,
gravée par l'ordre de l'administration pontificale, exé-
cutée surtout au point de vue cadastral. Je vous signa-
lerai enfin une nouvelle publication géographique offi-
cielle qui a paru à Rome sous le titre de Bullettino
nautico e geografico^ et dont les premiers numéros nous
ont été adressés.
Vous connaissez depuis longtemps les utiles pro-
ductions de V Etablissement géographique fondé il y a
trente-deux ans, à Bruxelles, par notre confrère M. Van-
( 382 )
dermaelen. Les cartes de la Belgi<iue au szùhuy ^^'
tenant toutes les communes du royaume ; les chemiDs
de fer, des voies navigables de la Belgique ; les cartes
provinciales au xom^î enfin, la curieuse carte des
concessions houillères de la province de Hainaut, qu'il
vous a récemment adressées, témoignent du zèle et de
l'activité que déploie, malgré le poids des ans, notre
honorable confrère.
La Belgique était restée un des seuls États de quelque
importance en Europe qui n'eût point sa grande carte
topographique officielle, cette lacune dans la topo^
graphie de l'Europe va être comblée; vous apprendrei
avec satisfaction que les cinq premières feuilles de sa
grande carte, qui en comptera soixante^^douze» viennent
d'êti*e publiées; ses levés sont au 1/20000*; et elle
est exécutée au 1/A0000% sous la direction du géné-
ral Nerenburger, directeur du Dépôt de la guerre de
Bruxelles. Aujourd'hui, la triangulation des différents
États de l'Europe forme un canevas ininterrompu qui
s'étend, à la hauteur du 52^ degré de latitude, de la baie
de Yalentia, à l'ouest de l'Irlande, àOursk sur l'Ourali
sur une largeur de 75 degrés en longitude» c'est-à-dire
qu'elle embrasse un cinquième de la circonférence du
globe à cette latitude. La mesure trigonométrique d'un
tel arc est très-importante pour l'évaluation de la forme
exacte de la terre i
Si la Belgique en est à ses débuts pour sa grande carte
topographique officielle, la Hollande, au contraire) peut
déjà entrevoir le terme de l'œuvre nationale que ses offi-
ciers d'état-major ont entreprise il y quelques années à
peine. Sept nouvelles feuilles (Vlieland, Barlingeo,
( 3ê3 )
Htilst) VàlkenJlWàai'd, Sltiis, Neuzen et Bêfenthâlâ) de
la Carte topùgtaphiqué militaire des ingéilleurs néef *
landais nous ont été adressées, et vous y avez reconnu
les tnêméâ qualités que vouô âvie^ si bien appréciées
dans les précédeates. Aujourd'hui cinquante feulllesl stif
soixante-deux sont publiées, et plusieurs autres, àppâi*''
tenant à la région des frontières, sont à la gravure.
En Suisse, nous retrouvons la Société géographique
de Genève formée d'un petit noyau dé travailleurs et
d'hommes érudits, tels que notre con^rèré M. Paul
Ghaix, qui contribuent pour leur part & Textènsion de là
science géographique* Les Mémoires et le Bulletin de
la Société géographique de Genève ont pris rang dé-'
sonnais parmi les publiôàtions géographiques, VOU0
avez remarqué, dans les derniers cahiers qui VôuS ont
été envoyé», l'intéressante Notice de M* Henri de Sauâ^'
sure sur Thydrographie du Mexique , et l'article que
M. H« Berton avait consacré à la Sonora aprëè l'avolf
visitée.
Quant à la grande Carte fédérais dressée ioUs U di*
rectiôn du général Dufour^ vous sàve;^ que M dernièrei
feuilles sont à l'étude t je n'ai rien à vous dire sur lé
mérite de son exécution m1 y ^ longtemps que sd net»
teté, sa précision, et le procédé adopté pour la repré^
seutation orograpblque, lui ont Valu une juste celé»
brité» Je ne dois pas omettre non plus de vous signaler
V Établiêsement géographique fondé à Wlntëfthur^ dam
le canton de Zurich, par M. J. M. Ziegler. Il en edt
3drti« et il en sort Chaque joui* d'excellents trâVârUX car-
togra{)hiqu6s^ et des carteSf cantonales qui jouissdnt
de la iavQiff dû public^
( 884 )
En Allemagne, la science géographique est en grand
honneur ; Humboldt et Garl Ritter ont fait école ; elle
trouve dans les cinq Sociétés géographiques de Berlin,
de Vienne, de Leipzig, de Darmstadt et de Francfort,
des foyers d'expansion toujours actifs. La Société géo-
graphique de Berlin a vu cette année ses séances rem-
plies par les communications du docteur H. Barth, son
savant président, par celles du professeur Ehrenberg»
de MM. Rose, Kohi, docteur Bruysch, A. d'Etzel, Bur-
meister, et principalement par la lecture de la corres-
pondance des voyageurs Beurmann, Steudner, baron
de Decken et docteur Kersten, tandis que M. le pro-
fesseur Dove y donnait, sur la physique générale du
globe et sur la météorologie, de savants et intéres-
sants aperçus. Vous retrouverez ces communications
dans la Zeitscrift Erdkundey à laquelle M. le doc-
teur Koner, son rédacteur, a su donner une véritable
importance. Parmi les cartes qui y ont été publiées,
nous devons accorder une attention spéciale aux cartes
de M. H. Kiepert, un de nos correspondants à l'étran-
ger; je citerai particulièrement celle àeY Aderbeidjan^
dressée daprès les levés et les observations de M. N. de
Kanikoff et celle de Y Itinéraire de Kiakhia-Maimat-
chin à Péking^ à travers le grand Gobi (désert), c'est
une belle réduction de la carte en trois feuilles donnée
en 1859, par le Bureau topographique anglais, d'une
voie importante de communication entre la Chine et
la Russie.
Les travaux de la Société impériale géographique de
Vienne, dont son journal {Mittheilungen der K. K. geo-
graphischen Gesellschaft) est le dépositaire, ont plus
( 385 )
particaliërement irait à la géologie et à la géographie
physique des provinces de l'empire d'Autriche. Vous
avez également pu y lire d'intéressants mémoires des
savants qui faisaient partie de la mission scientifique
de la frégate Novara^ dont on publie en ce moment
avec luxe la relation. Les cartes sorties de Y Institut
L et R. topographique de Vienne sont toujours dignes
de la réputation que s'est acquise ce corps savant dans
ce genre de travaux.
L'Association géographique de Leipzig, qui date à
peine de deux années, est sérieusement entrée dans la
voie des travaux utiles. Le second rapport annuel de
son zélé secrétaire, M. Henri Lange, témoigne de l'in-
térêt qu'elle a su inspirer en Allemagne en faveur des
voyageurs Heuglin et Beurmann, et vous avez remar-
qué, parmi les articles joints à ce rapport, les Études
sur la géographie ancienne de H. Brandes, et la note
de M. Schultz sur l'aptitude civilisatrice des Indiens
de l'Amérique du Sud (1).
Les Sociétés géographiques de Darmstadt et de Franc-
fort Sur-Mein ont plus particulièrement consacré leurs
travaux aux questions d'intérêt local, telles que X^recen-
sèment du grand-^uché de Hesse^ et les observations
météorologiques faites dans les principales villes de cet
État.
Mais le principal organe géographique de l'AUe-
(1) M. Henri Lange a en oatre donné cette année une Carte S Afrique
avec rindication de toutes les nouvelles découvertes, et les deux pre-
mières livraisons d'un Atlas exécuté avec soin (Geographischer Hand
Allas iiber aile Theile der Erde. Dréissig Blaiter in Farhendruck.
Leipiig, 1864.)
( 380 )
magne, je puis môme dire de l'Europe entièi'ef vous
l'avez tous nommé« c'est l'excellent journal de noti'e
confrère M. Augustus Petermann, ce sont les Mitthei"
lufigen ou Communications géographiqites publiées à
Y Établissement de Justus Perthes^ à Gotha« Vouloir
vous nommer les articles et les cartes de cette belle
publication, qui méritent d'être signalés à J'attention
des amis de la science, ce serait les nommer tous.
II n'est pas de question géographique importante, de
nouvelles,- de relation de voyage, de faits intéresâint
les rapports de l'homme avec la terre qu'il h&bite, qtie
l'on n'y trouve : c'est un vaste répertoire qui est aujour^
d'bui indispensable à toute personne désireuse de se
tenir au courant du mouvement de la science géogra»
pbique. Dois-je aussi vous énumérer les bonnes cartes
sorties de l'Établissement géographique de Justus
Perthes 7 La liste en serait trop longue ) vous les con-
naissez : permettez-moi seulement de vous signaler te
nouvel Atlas ancien^ de Spruner, dont les premières
livraisons sont parues ; l'Atlas de la région des Alpes,
de Mayr, et les cartes complémentaires de l'Atlas de
Stieler, dressées par Aug. Petermann. MM. Hermano
Berghaus, Sydow et Hassenstein ont droit aussi à notre
attention pour leurs estimables travaux^
Que d'ouvrages j'aurais à vous énumérer si je devaii
vous citer les productions intéressant la géographie,
sorties des presses de l'Allemagne I M. Vivien de Saint-
Martin vous en présentera le sommaire critiqué dans
son prochain volume de Y Année géographique; je me
contenterai de nommer ici trois ouvrages importants
exécutés avec un grand luxe d'impression, de cartes et
( 387 )
de gravures» Ce sont : la Relation du voyage des fràreB
de Schlagintweit dans l'Inde; la Description de la
Nouvelle-Zélande^ du docteur Hochstetter; enfin, la
Relation du Voyage de circumnavigation de la No^
vara. N'oublions pas non plus la Correspondance de
M> Humboldt avec Henri Berghaus.
Ce dernier ouvrage que nous devons à la piété filiale
de M. Hermann Berghausi sera certainement recher^
ohé par les amis nombreux des sciences géographiques
et phy^ques; ils y retrouveront dans ces savantes cau-
series intimes de M. de Humboldt l'idée de l'ouvrage
important que l'illustre savant devait plus tard consa-
crer à la terre et aux phénomènes dont elle est le
théâtroi sous le nom de Cosmos.
En Suède» les principaux résultats de l'expédition de
Mt 0. Torell au Spitzberg ont été l'objet à l'Académie
des sciences de plusieurs rapports intéressantSf que
vous avez vu reproduits dans les revues géographiques
allemandes. Tandis que l'université de Christiania vous
adressait plusieurs des travaux de ses membres, ré-
cemment publiés et intéressant l'histoire naturelle et la
géologie de ce pays, vous avez d'ailleurs accordé une
attention méritée à la belle carte ethnographique du
Finmark|de M. Friis, qui comble une lacune impor-
tante dans l'étude approfondie de la distribution des
races sur le sol de notre vieille Europe.
La Société impériale géographique de Russie est pour
le nord de l'Europe et toute la haute Asie le foyer prin-
cipal de l'activité et de l'expansion de notice science
favorite ; vous en avez pii juger par Inintéressant compte
rendu que vous a adressé son zélé secrétaire M. Besob-
( 388 )
rasoff, et par l'importance des ouvrages qui émanent
de cette savante association ; Mémoires^ Relations de
voyagCy Cartes^ Dictionnaire géographique. — Le
premier volume de cette dernière publication faite
avec toutes les garanties de la science est entre vos
mains (1) , il rendra de bien grands services à ceux
auxquels la langue russe est familière ; c'est une
bonne fortune rare dans notre pays, aussi serait-il
à désirer, pour les géographes, qu'un ouvrage aussi
utile fût traduit en français, ou pour le moins en alle-
mand. En outre des séances, qui sont consacrées à la
lecture des travaux de ses membres et à l'examen des
résultats obtenus par les explorateurs qu'elle envoie au
loin, sur tous les points du vaste empire des tsars, la
Société géographique de Saint-Pétersbourg a établi
des leçons publiques» faites par six de ses membres
pendant le carême ; elles sont fort suivies : c'est là un
excellent moyen de propagation et de diffusion pour
la science, que nous voudrions voir établir dans notre
pays.
Parmi les travaux dont il a été donné commimication
pendant les séances, je dois vous citer la notice com-
muniquée par M. Ivatchentzew, sur la mer Caspienne.
Aujourd'hui la commission spéciale dont il fait partie
a étudié la moitié de ce bassin» c'est-à-dire tout le ri-
vage méridional et occidental, depuis Astrabad jusqu'à
(1) Dictionnaire de géographie et de itatistique de Vempire russe,
publié par la Société impériale géographique de Russie et rédigé par
M. P. SéméDow. Le premier volume va de la lettre A à Te.
Cet ouvrage laisse loio derrière lui le vieux dictionnaire deStché-
katow.
( 389 )
l'embouchure septentiîonale du Térek* M. Oulsky a
exposé les principaux résultats des sondages opérés dans
cette même mer Caspienne. Son bassin est divisé par
une montagne sous-marine, qui se dirige de la pres-
qu'île d'Apchéron au golfe de Krasnovodok en deux
bassins secondaires de 1000 mètres environ de profon-
deur chacun, et la plus grande profondeur de l'isthme
sous-marin qui les sépare est d'environ 300 mètres.
M. Danilevsky , géologue et météorologiste distingué,
a exposé une ingénieuse théorie de ce qu'il appelait la
période de glace (1).
Enfin M. Besobrasoff a également donné lecture d'un
fragment de ses voyages dans l'Ukraine, en insistant
sur l'état commercial de la ville d'Oreh
La science doit aussi tenir compte à M. Barbot de
Marny de ses travaux dans les steppes kalmoukes^
vous les trouverez consignés dans les Mémoires de la
(1) Cette période prendrait place entre la période tertiaire et
Tépoque actuelle ; pendant sa darée, le climat des côtes et des lies
pénétrait beaucoup plus avant qu'aujourd'hui dans Tintérieur des
terres. Les vapeurs abondantes de la mer échauffée, entrant en con-
tact avec la cime refroidie des montagnes, ou se mêlant avec Pair
froid qui les enveloppait, devait les couvrir de neige et accélérer la
formation des glaciers, les pluies devaient être abondantes et conti-
nuelles, les rivières devaient avoir une masse d'eau incomparable-
ment plus considérable qu'aa]ourd*hui, ce qui explique d'une manière
satisfaisante Ténorme étendue des vallées de nos rivières, étendue
qui est hors de proportion avec les cours d'eau qui s'y trouvent ac-
tuellement. De cette abondance des eaux dans les rivières, il résulte
nécessairement que les vastes réservoirs situés au milieu des terres
sans communication avec l'Océan, tels que sont de nos jours, par
exemple, la mer d'Aral et la mer Caspienne, devaient avoir un niveau
bien plus élevé. (Procès v$rbaux delà S, I, G.)
( 100 )
Société rnsse, avec une carte à Fappui. Ses eonolasions
alngi que celles de MM. Rostenkoff et Rrigine reUti-
vement à l'impossibilité d'établir un canal de commUi^
nication entre la mer Caspienne et la mer Noire, à
l'aide de la vallée du Kouma-Manytcb, apr^s avoir été
appuyées par l'Académie de Baer, semblent avoir été
définitivement adoptées en Russie.
Tels sont, messieurs, les principaux travaux de nos
confrères delà Société impériale géographique de Sàint-
Pétersboyrg; suivons maintenant leurs explorateurs en
Asie. Mais avant de quitter le sol européen, signalons
les premiers résultats obtenus par deux savants chargés
des recherches préliminaires relatives aux causes de
Tensablement de la mer d' Azoff. M. Tacadémicien de
Baer et M. Radde ont tout d'abord reconnu que cet
ensablement ne pouvait être causé, par le jet du lest des
navires qui se dirigeaient sur Taganrog, de plus ils se
sont livrés à une exploration physique de cette mer
étrange ; ils ont constaté que dans la partie orientale de
la baie de Taganrog les eaux étaient douces, tandis que
plus on avançait vers l'ouest, plus la salure augmentait
rapidement jusqu'à être plus grande en pleine mer que
celle de la Baltique ; ils ont réuni les éléments d'un
r^-pport qui servira à diriger l'expédition scientifique
qui sera prochainement envoyée sur les lieux.
Je vous annonçais l'an dernier qu'à la demande du
gouvernement russe, le conseil de la Société impé-
riale géographique avait nommé une commission pour
suivre les opérations de délimitation sur la frontière
russo-chinoiser L'un des membres de cette mission,
l'astronome R. Struve, a fait sur les coiafins de la
(881)
D^oungàrie cbinmse, à Tchoagoutchak, ane série d'ob-
servations astronomiques, météorologiques et[magnéti-
ques qui lui permettront de bien (fixer la position de
cette ville» qu'il a prise pour base de ses observations.
Un autre membre de la mission de démarcation, dont
le nom vous est bien conau par ses travaux antérieurs,
M. Golubeff, a cboisi, cette fois, pour théâtre de ses re-
cherches les environs du lac Ala-Koul, et il a recueilli
des doupées qui modifieront sur nos cartes la disposi-
tion des montagnes situées à l'est de ce lac, entre les
monts Ala-Tau et Tarbagataî.
Vous le voyez, cette partie de l'Asie centrale, dont la
topographie générale nous était peu connue, n'aura
bientôt plus de secrets pour nous, grâce au zèle et à la
persévérance de MM, Séménoff, Veninkoff, K, Struve
et Golubeff.
Mais parmi les explorations entreprises sous les aus-
pices de la Société impériale géographique de Russie,
Y Expédition de Sibérie mérite plus particulièrement
notre attention à cau$e des grands résultats qu*elle a
déjà atteints.
Vous apprendrez avec plaisir qu'après huit années de
travaux et d'investigations elle a accompli sa mission.
Peux de ses membres, MM, Scbmidt et Glehn, se sont
rendus â Dorpat pour travailler avec l'astronome
3cbwartz aux parties de la carte de la Sibérie qui ont
été étudiées pendant cette dernière campagne (l'île
de Sakhaline, les cours de la Boureïa et de rAmgoun).
Bientôt vous aurez sous les yeax la carte en sept feuilles
du système fluvial de l'Amour et de l'île de Sakhaline
à l'échelle de tAô-^^^ Une réduction de cettft môme
( 8Ô2 )
carte en rendra Tusage journalier plus facile et per-
mettra d'en saisir l'aspect général.
Les travaux de MM, Schmidt, Glehn, Schwartz, ceux
que nous devons déjà au naturaliste Radde, à M. Maak,
l'habile explorateur de la vallée de TOussouri, auront
eu pour résultat de jeter un jour tout nouveau sur la
Sibérie orientale et de nous permettre d'établir nos
cartes de cette contrée sur des bases plus certaines.
Je n'aurai, cette année du moins, rien de bien paiH-
culier à vous dire de la Chine. Notre confrère M. le
comte d'Escayrac de Lauture prépare un atlas histori-
que de ce pays, dont les cartes en présenteront l'état
géographique sous chacune des dynasties, ce travail,
fait d'après les cartes originales chinoises, offrira cer-
tainement un grand intérêt, un texte à l'appui lui ser-
vira de commentaire.
Les relations des Européens avec le Céleste Empire
s'améliorent d'ailleurs de jour en jour, et il y a loin,
maintenant, du temps où nos navires de commerce
n'avaient pour seuls buts de leur destination que Macao
ou Canton. Aujourd'hui ils pénètrent jusqu'au cœur de
l'empire, jusque dans la ville de Hankow. Trente mai-
sons de commerce anglaises, trois ou quatre factoreries
françaises, une russe et une américaine y sont établies;
quinze grands comptoirs de commerce sont en con-
struction pour le compte de sujets anglais. Un conseil
municipal a été créé pour gérer les affaires de la com-
munauté européenne, et Hankow est destiné à devenir
dans un avenir prochain le Kiakhta de la Chine cen-
trale, l'établissement principal du commerce européen
dans le cœur de la Chine propre.
( SOS )
Quant an Japon, nous ne sommes pas encore aussi
avancés^ et si l'on en excepte Nagasaki, les àttêrages de
Hakodadi dans File de Yésso, ceux de la baie de Yokn-
hama dans le golfe de Yeddo, nous avdns encore tout à
voir, tout à reconnaître à rintérieur, au point de Vue
géographique. Encore sir Rutherford Alcock, qui par-
courut en 1861 la route de Nagasaki à Yéddo par Osaka
en trente-deux jours, ne peut*il nous donner tous les
renseignements qu'il aurait voulu, par suite du soin que
prenaient dans sa rapide excursion les atitoriiés japo-
naises des villes de faire fermer par des tentures les
rues qui débouchaient sur le chemin que suivait l'am-
bassadeur européen (1). Cependant nos marins, ceux
de l'Angleterre, ne sont pas restés inactifs, ils ont
relevé les côtes et les dangereux abords de cet archipel.
Nos cartes hydrographiques ont été corrigées et per^^
fectionnées. Au nombre de ces reconnaissances il nous
faut placer celle de l'tle de Tsousima, qui acquiert une
extrême importance par sa situation sur le détroit dé
Corée à l'entrée de la mer du Japon ; les Anglais y ont
découvert un port magnifique, dont on pourrait faii*e
à peu de frais la clef de cette mer.
Notre établissement de Cochinchine qui est aujour-
d'hui dans une voie prospère, est un jalon planté pour
l'avenir de nos relations maritimes avec Textrème
orient. Mytho, le principal marché de la basse Cochin-
chine pour le riz, et Saïgon qui, malgré sa distance à
60 milles de la mer, peut recevoir les plus gros navires,
(1) The capUcU oftke Tycoon a narrative ofa three year^s résidence ,
bysirRatherford Aloook. 2toK io-8*, cartes et illustrttioas. Loodref,
Longmaon.
TI. DÉCEMBRE, 3. 26
( soi )
sont destinées à devenir denx centres importants du
comnierce maritime et continental dans la presqu'île
transgangétiqQe. Le séjour de nos officiers et de nos
marins sur cette terre lointaine aura porté ses fruits
pour la science géographique. Nous leur devons de
bonnes notices, témoin celles de MM. de Grammont et
Aubaret (l),'et surtout des cartes plus sûres pour guider
nos navires dans le labyrinthe de rivières que forme à
son embouchure le Meykong ou Gambodje.
Un de nos confrères, voyageur éprouvé, M. Jules
Remy, auquel vous aviez remis Tan dernier quelques
instructions, a visité l'Inde. Dans la présidence de
Bombay, il a vu les ruines vingt fois séculaires dea
temples bouddhistes les plus fameux ; dans celle de
Madras, il a gravi les Nilgherries et visité les Todas,
tribu remarquable par la pratique de la polyandrie ;
dans la présidence de Calcutta, il a étudié les so-
ciétés brahminique et musulmane qui y vivent côte à
côte. Enfin, il a passé un mois dans le haut Himalaya,
sur la frontière du Tibet, entre le Népaul et le Boutan,
et là il s'est trouvé dans*une société entièrement boud-
dhiste, très-différente de la société hindoue.
Quoique cette exploration, qu'il faisait en compagnie
de M. Brenchley, ait été brusquement interrompue par
une grave maladie, il n'en a pas moins parcouru une
grande étendue de pays. Il a profité de son séjour dans
ces lointaines contrées aussi, bien pour étudier l'his-
toire naturelle des plus hautes montagnes du globe,
que pour recueillir des documents historiques, poli-
(1) Histoire et 4ô$criplion de la ba$se Cochiiu^ne, traduite da chi-
nois par M. Aubaret. Paris, 1863, in-8^
( 896 >
tiques et archéologiques importants. Espérons qu ils
nous vaudront un nouveau livre intéressant de Fauteur
du Voyage au pays des Mormons.
. Je dois encore constater l'activité avec laquelle on
complète dans Tlnde le réseau de ses voies ferrées, et
Textensiod des moyens de prompte communication à
l'aide du télégraphe électrique; vous pourrez vous eu
convaincre en consultant la belle Carte de l'Inde que
vient de publier John Walker ; elle est composée de
8ix feuilles, et son développement embrasse près de
A mètres carrés de superficie. La Société géograr
phique de Bombay^ dont vous avez récemment reçu
l'intéressant journal, contribue depuis longtemps d'ail-r
leurs par ses travaux, qui ont principalement l'ethno-
logie et la linguistique pour objets, aux progrès de la
science géographique (1).
Aux mémoires si étendus sur la Khoraçan et sur la
Perse que nous devons à M. de Khanikoff, que vous avez
entendu dans une de nos dernières séances générales,
il faut joindre cette année une intéressante note ethno-
graphique due à un des membres de la mission fran-
çaise en Perse, M. le commandant Duhousset; son tra-
vail contribuera certainement à jeter du jour sur Tori-
gine et les principaux caractères ethniques de la race
iranienne, l'une des plus anciennes du globe.
11 faut bien que ces études du passé, ces recherches
scientifiques présentent aux esprits sérieux un charme
toujours nouveau, car rien ne peut lasser leur couragOt
(1) The Transactions oflhe Bombay geographtcal Society, vol. XVI,
1863. Ce volume renferme seize mémoires originaux. M. Vivien de
Saint-Martin en a donné les titres au Bulletin»
( ftdô )
leur persévérance; à peine M. Victor Guérin est-il de
retour de la Tunisie, à peine a-t-il achevé l'impression
de son livre sur les ruines de ce pays, qu'il repart pour
la Phénicie, décidé à compléter ses précédentes études.
M. de Saulcy a repris également, à la tête d'une mis-
sion composée de H. l'abbé Micbon, de MM. Salzman
et Gélis, le chemin de la Palestine. Il se propose de
parcourir les pays situés à l'est du Jourdain, du lac de
Tibériade à la mer Morte, et de visiter plus particuliè-
rement les points dont la situation est restée douteuse;
ses travaux, ceux de M, Victor Guérin, serviront à
compléter la topographie archéologique de cette région
qui a le rare privilège d'exciter d'universelles sympa-
thies et de ne jamais lasser notre curiosité.
J'aurais dû, pour compléter ce rapide aperçu du
mouvement géographique en Asie, vous parler de dif-
férentes publications qui intéressent l'Orient, et dans
lesquelles le géographe trouve souvent des jalons, des
points de repère, qui le guident dans ses recherches
sur la topographie des royaumes et des empires qui
ne sont plus ; mais il m'aurait fallu de beaucoup dé-
passer les limites que je me suis imposées. Je vous rap-
pellerai seulement que notre honorable confrère M. Reî-
naud, de l'Institut, a publié un mémoire très-détaillé sur
les Relations politiques et commerciales de l'empire
romain avec l'Asie orientale (1) pendant les premiers
(1) M. Beioaod, dans on précédent mémoire, ayait cru deyoir placer
la rédaction du Périple de la mer Erythrée dans le milieu du iii« siècle
de Vère chrétienne, contrairement à Fopinion des savants, qui faisaient
*
remonter cette rédaction au i*^ siècle ; dans le présent mémoire, M. Rei-
naud revient sur cette question et fournit de nouveaux arguments eo
faveur de son opinion, n y identifle aussi les Sères avecles She$ ou
(897)
siècles de Tère chrétienne, dans lequel la géographie
tient nne grande place. Je dois aussi, pour abréger,
vous renvoyer à Tintéressant et consciencieux rapport
que M. Jules Mohl a fait il y a quelques mois devant là
Société asiatique (1). Le savant membre deTInstitut y
donne notamment : sur la publication par M. JuynboU
de la marasid ou dictionnaire de géographie extrait du
grand ouvrage de Yakout ; sur l'état d'avancement de
la publication de l'ouvrage relatif à la mission en Mé»
sopotamie exécutée de 1851 à 185A par M. Fresnel et
Oppért ; sur les Origines indo-européennes de M. Adol-
phe Pictet (de Genève); sur la Description de la basse
Cochinchine^ traduit du chinois par M. Aubaret, etc.,
des notes intéressantes ou de bonnes analyses. Et
puisque je parle d'ouvrages pouvant intéresser la géo-
graphie de l'Asie, qu'il me soit aussi permis de vous
annoncer qu'un sinologue distingué, M. Pauthier,
prépare une édition nouvelle des Voyages de Marco
Polo^ avec notes et variantes.
Cette Asie, malgré son éloignement et sa vaste éten*
due, ne tardera d'ailleurs pas à être reliée à l'Europe,
par une double ligne de télégraphie électrique; le pro-
jet de communication de sir H. Rawlinson, entre Lon-
dres et Calcutta par Constantinople, Bassorab, Téhé-
ran, Rurrachee et Bombay, sera entièrement exécuté
l'année prochaine : déjà la première partie de la ligne
de Constantinople à Bagdad fonctionne régulièrement,
Thinetf et montre qa*ils ne fniiaient dans Tantiquité qa'un seul et
même peuple, les Chinois.
(1) Rapport sur les travaux de la Société asiatique pendant Tannée
1 963-4 SiS3, fait à la séance annuelle de la Société le 30 Juin 1863, par
M. Jalesllohk (Sown.dtlaSocièléaûçitique, t. U, n* 4, Juillet i 863.)
( 8§8 )
la seconde partie a été étudiée par le colonel Patrick et
le major Goldsmith Stewart ; on y travaille activement;
Une entreprise non moins hardie encore est celle de
H. G. H. Grant, qui propose l'établissement d'une ligne
de télégraphie entre Kiakhta et Péking à travers le
grand désert de Gobi, on continuerait cette ligne jus-
qu'aux rivages de la mer d'Okhotsk, et de là, à l'aide
d'un câble sous*marin, jusqu'en Amérique. On établi-
rait ainsi entre l'Europe et l'Amérique une ligne de
télégraphie électrique presque entièrement continen-
tale, qui offrirait moins de difficultés que n'en présente
celle du câble sous-marin de l'Atlantique, dont la pose
offre peu de chances de réussite ou de durée.
Ajoutons enfin qu'un autre Anglais, M. F. Gisborn,
voudrait organiser une ligne de Calcutta à travers la
Birmanie, la péninsule Malaie, Singapour, Batavia,
Sourabaya, l'île Melville et l'Australie du nord, de ma-
nière à relier Londres avec les colonies australiennes*
Encore quelques années ces projets précurseurs dont
la hardiesse nous confond seront suivis de Texécu-
tion de lignes mieux étudiées et plus appropriées aux
besoins internationaux du commerce et de Tindustrie.
L'Europe aura ainsi asservi le monde à sa pensée, à
ses idées de progrès et d'amélioration sociale,
L'Afrique, messieurs, est toujours la terre classique
des expéditions aventureuses, le thème favori des con-
jectures géographiques les plus hardies, et le théâtre
des recherches scientifiques les plus opiniâtres.
Le gouvernement de l'Algérie, en faisant publier les
documents relatifs à la mission de Ghadâmès, confiée
à MM. Mircher et de Polignac, officiers distingués de
( 300 )
notre corps d' état-major^ nous a fait; connaître les pre-
mières étapes qui relieront un jour l'Algérie à Kano,
le grand centre commercial du Soudan. Le rapport de
la mission (1) renferme, sur les routes qui conduiseï)^
de Tripoli ou d'Algérie à Ghadâmès, sur cçtte senti-
nelle avancée du désert, sur le commerce du Soudan,
SUT l'état politique et social du pays des nègres, des
renseignements précieux pour nos futures relations avec
l'intérieur de l'Afrique. La carte du nord de ce pays s'est
enrichie de nouveaux itinéraires sérieusement étudiés,
quiviendront s'ajouter àceux que nous devonsàM.Henri
Duveyrier, et dont je vous ai déjà entretenus.
Vous apprendrez avec satisfaction qu'une tentative
commerciale a été faite dans l'ouest de l'Algérie par
un colon de Géryville, M. Solari. Vers la fin de novembre
de l'année dernière, il a confié, à ses risques et périls,
aux Hauiian Gharaba qui se rendaient au Touat , une
pacotille de marchandises de provenance française. La
caravane est arrivée à Timimoun, ville importante du
Touat, qui ne compte pas moins de quatre à cinq mille
maisons. M. Solari a pu établir un comptoir dans ce^te
ville, qui est, vous ne l'ignorez pas, à viflgt-deux jour-
. nées de Tembouctou. Le sultan de Timimoun s'est
engagé à laisser écouler, au compte de M. Solari, avec
toute la liberté désirable, les marchandises qu'il avait
fait entreposer dans cette ville (2).
(i) Mission des Ghadâmès, rapports officiels et documents à Vappui,
publiés ayec Taiitorisation de S. Eic M. le maréchal duc de Malakoff,
gouverneur général de T Algérie. 1 vol. grand ia-8<* avec planehea et
cartes. Alger, 1863.
(2j[ Vpy . le Mçbqcker et les Nouvelles Annales des voyages, avril 1 863.
( 400)
C'est là un fait heureux que le gouvernement de
l'Algérie ne saurait trop encourager : de telles relations
pourront nous procurer à meilleur compte l'or, les peaux
d'autruche, les dents d'éléphant, les tapis, les burnous,
la gomme et les denrées de l'intérieur de l'Afrique.
Cette grande question des relations à établir entre
notre belle colonie transméditerranéenne et le pays des
noirs est d'ailleurs l'objet des préoccupations de la
haute administration, vous en aurez la preuve dans la
Carte de l'Afrique occidentale et septentrionale ^ avec
les routesetles itinéraires (1) des principaux voyageurs ^
qui a été dressée et publiée par ordre du gouvernement
au Dépôt de la guerre, carte que doit compléter, pour
le Djebel Hoggar et les routes du Sahara central, celle
de M. Henri Duveyrier.
J'aurais voulu vous parler avec quelques détails des
voyages de M. Gerhard Rohlfs (de Vegesah, près de
Brêîne) dans le Maroc et dans l'Afrique septentrionale.
Je pourrais du moins rappeler qu'après un séjour de
plusieurs années en Algérie, pendant lesquelles il se
familiarisa avec les mœurs et la langue des Arabes,
H. Gerhard Rohlfs se rendit dans les provinces septen-
trionales du Maroc, qu'il visita, en se faisant passer
pour musulman ; qu'au mois de juillet 1862, il quitta
Tanger pour pénétrer dans les provinces méridionales,
encore si imparfaitement connues, de cet empire ; que
victime à la fois d'un vol et d'un assassinat de la part
de son guide et de son compagnon, il ne s'était pas
découragé et avait, à peine rétabli, repris la route du
(1) Une feuille grand aigle, pabliée par le Dépôt de la gnerre.
( aoi )
Sud, se proposant de se rendre à Tembouctou, princi-
pale étape du grand voyage de TAlgérie au Sénégal,
pour lequel vous tenez en réserve un prix que vous
seriez si heureux d'avoir à décerner.
M. le général Faidberbe, que nous avons vu avec
joie être rappelé à la tête de notre colonie du Sénégal,
n*a pas divorcé avec les études géographiques, vous en
avez la preuve par la publication de son mémoire sur
Y Avenir du Sahara et du Soudan (î).
Par son ordre, M. le lieutenant de vaisseau £. Mage,
en station à Saint-Louis, est parti de ce lieu, vers le
milieu d'octobre, pour se rendre deMédine, l'un de nos
postes avancés du Sénégal, vers le haut Niger, avec
mission, une fois qu'il aura atteint le fleuve, de le des-
cendre jusqu'à la baie de Biafra. Tembouctou sera né-
cessairement une des grandes étapes de cette nouvelle
exploration, qui nous promet une ample moisson de
documents nouveaux.
Nous pouvons également bien augurer de l'envoi de
M. Jules Braouezec à Sierra Leone en qualité d'agent
consulaire ; les travaux de cet officier de marine dis-
tingué sur le Gabon et le Sénégal nous sont garants des
services qu'il pourra encore rendre.
Nous savons quelle a été la fortune de la grande
expédition allemande entreprise sous les auspices de
Cari Ritter {Karl Rit ter Stifftung). Tandis que la mis-
sion partie des bords de la mer Rouge sous la conduite
de M. de Heuglin écboaait dans sa tentative pour pé-
nétrer dans le Waday par le Dârfour, M. de Beurmann,
(I) Voyez la ft»viiA maritime et coloniale dejaia 1863.
(402 )
qui tendait au même but, mais par la voie de Bengbazy,
d'Aujilah et de Moursouk, s'arrêtait dans cette dernière
Tille» et eu datait plusieurs lettres intéressantes adres-
sées à M. le docteur Bartb. Il utilisa son séjour dans
le Fezzan en visitant Gatron et Wau ; il espérait gagner
le Waday à travers le territoire où campent les Tibr-
bous, mais leur sultan ne voulut pas l'y autoriser. Il
dut suivre la route du Bornou, frayée depuis long-
temps par Denbam et Glapperton, et récemment suivie
par Bartb et Vogel.
Arrivé à Keskawa, sur la rive septentrionale du Tsad»
il fit demander au sultan du Waday l'autorisation de le
visiter; ne recevant pas de réponse^ il était résolu à
partir pour ce pays pour l'y aller chercher ; mais il fut
arrêté sur les frontières du Kanem par la mutinerie de
ses gens.
M. de Beurmann dut une fois encore modifier son
plan ; il se rendit à Kouka, capitale du Bornou, dans les
premiers jours de septembre 1862. Il y fut parfaitement
accueilli par le cheikh de ce pays, dont le docteur Bartb
a su faire un ami sincère des Européens. Ce prince le
dissuadait de se rendre dans ce mystérieux pays du
Waday; le moment était d'ailleurs mal choisi, car le
sultan Ali-Chérif voyait son autorité menacée par la
révolte de son frère Mohammed Tamtallak. De plus,
les routes du Bornou au Waday n'étaient pas libres :
celles du nord par le Kanem, Bari et Mao, étaient inter-
ceptées par les incursions du mallem Bou ^renis contre
les Wouled-Sliman ; les deux autres, au sud du lac
Tsad, par Afadé, Makari et le Fittré, ou par le Log-
gone et le Baghirmi, étaient rendues impraticables, pour
( A08 )
deux moiseneore, par les pluies et les inondations. Il lui
fallut donc attendre, et, pour employer son temps, il
visita les proyinces occidentales du Bomou, et se ren-
dit à Yakoba. Il réunit dans ce voyage, qu'il accomplit
le livre du docteur Barth à la main, de nouveaux docu-
ments, et il ût des observations destinées à compléter
celles que le savant président de la Société géographique
de Berlin avait recueillies dans son heureux voyage.
De retour à Kouka, le 13 décembre, plus impatient
que jamais de reprendre la route du Waday, il ne voulut
pas attendre que le sultan du Bomou eût fait demander
au sultan Ali-Ghérif l'autorisation nécessaire, et, mal*
gré l'état chancelant de sa santé, le 26 décembre, il se
remit en route par la voie du Kanem. . . A peine était-il
à deux journées de Kouka, que deux de ses trois domes-
tiques l'abandonnaient après l'avoir volé. U lui fallut
rentrer à Kouka pour réorganiser son expédition. Peut--
être eftt-il dû reconnaître dans tous ces obstacles im-
prévus, le doigt de Dieu, qui, depuis Aujilah, lui fer-
mait l'accès da Waday 1 II aurait surtout dû se rendre
aux bons conseils du cheikh du Bomou, qui le dissua-
dait de pénétrer, sans invitation formelle et sans sauf-
conduit, dans les États de son cruel voisin. Beurmann
resta sourd à tous ces avis, il crut à son étoile I II réor*
ganisa son expédition, et partait le h janvier 1863,
mais cette fois, hélas 1 pour ne plus revenin.... Quel-
ques mois après, le consul d'Angleterre à Tripoli rece-
vait, par Mourzouk, une dépêche du cheikh du Bomou,
annonçant que le malheureux de Beurmann avait été
assassiné sur les frontières du Kanem et du Waday,
dans la province de MaO, relevant du sultan Ali-Ghérif.
(404)
et qoe sa mort devait vrûsemblablement être attribuée
à ce dernier (1).
C*est là, messieursi une très-grande perte : M. de
Beurmann était un jeune savant d'une grande espé^
rance, et les rapports que nous avons de lui, ses lettres^
ses premiers mémoires» témoignent que rAllemagne
avait en lui un digne disciple de Técole des Humboldt
et des Ritter, Son nom sera désormais inséparable de
celai de Vogel, dont il a partagé le sort sans avoir pu
soulever lé voile qui nous dérobe la connaissance du
Waday.
Khartoum est toujours, par sa position au confluent
des deux grandes branches du Nil, le point central d'où
les explorateurs de l'Afrique peuvent rayonner vers l'in-
térieur; c'est de Khartoum que sont parties les expédi-
tions qui nous ont fait connaître le cours du fleuve Blanc
jusqu'au delà de Gondokoro, jusqu'aux cataractes de
Makédo ; et n'oublions pas que c'est un Français, le re-
grettable docteur Alfred Peney, qui s'est avancé le plus
loin vers le sud, en remontant le fleuve. Cette fois, aux
noms qui vous sont familiers des explorateurs du fleuve
Blanc, j'en dois ajouter un nouveau, celui des dames
Tinné ; elles ont frété un petit bâtiment à vapeur, et se
sont rendues au lac Nô, à l'embouchure du Bar-el-Gha-
zal, qu'elles se proposent d'explorer en compagnie de
H. de Heuglin. Leur but est de pénétrer aussi avant que
possible sur cette rivière, dont M. Lejew nous a donné
(1) Voyez aux Nouvelles AnnaXes des Voyages de mars 1863, la rela-
tion da voyage de M. de Beurmann de Benghaiy , à Mourzouk et à Waa,
et aa cahier d'octobre 1863 de la ZeUschrift Erdkmdet les dernières
noorelles données par H. le docteur Barth sur ce voyageur.
( 405 )
utie bonne étude, et, arrivées au terme de la navigation
praticable, l'expédition doit continuer sa route par la
è
voie de terre pour visiter le pays de ces fameux Niam-
Niam, objets de tant de fables dans le Soudan. Malheu-
reusement, aux dernières nouvelles, datées du lac des
Rek (vers le 8* 30' de lat, N.), un de leurs compagnons,
le D' Steudner, Tun des membres de la mission alle-
mande, venait de succomber à Wau, dans ce pays,
dédale inextricable de rivières, de canaux, de lacs et de
marais, rendu plus impénétrable encore par d'épaisses
forêts, et par toute l'exubérance de la végétation înter-
tropicale africaine (1).
Nous n'avons pas heureusement à grossir le nécro-
loge des voyageurs africains du nom de Pethericlc, sur
le sort duquel de fâcheux bruits avaient, comme vous le
savez, couru en Europe au printemps dernier. Parti dé
Khartoum pour aller au-devant des capitaines Speke
et Grant, il s'égara en se rendant à Gondokoro, fat
retenu des semaines, des mois entiers, par les inonda-
tions, au milieu du réseau hydrographique que forme
le fleuve Blanc au-dessus du 8* degré de latitude, et ce
ne fut qu'à la suite de suprêmes efforts partagés par sa
courageuse femme qui l'accompagnait, qu'il put arriver
à temps à Gondokoro, dans les premiers jours de février,
pour y retrouver ses heureux compatriotes. Ces épreuves
terribles ne sont d'ailleurs jamais perdues pour la
science ; elles grossissent nos acquisitions de faits et
(1) Voyez la carte des frères Poncet dooDée au Bulletin de la Société
de géographie d'octobre 1860, ainsi qae notre carte da Cours du fleuve
Blanc et de la Région des sources du Nil, donnée aux Nouvelles Annales
des Foyaflfesi noYeiùbre 1863.
( iO« )
d'observations relatives à la météorologie et à la coqt
dition physique des pays dont elles sont le lointain
théâtre.
C'est à l'ouest du fleuve Blanc que semblent se por-
ter aujourd'hui les explorateurs, et je dois vous signaler
deux hardies tentatives qui, si elles réussissent, pour-
ront avoir de très-grands résultats. La première est
celle d'un autre des compagnons de M. Heuglin, Her-
mann Schubert, qui, de concert avec un chasseur d'élé-
phants, parcourant depuis longtemps les pays da Bahr-
el-Ghazal, M. Glanschnik, ne se propose rien moins
que d'essayer de pénétrer au Waday, par la frontière
sud-est de ce pays, en se dirigeant d'abord vers les
célèbres mines de cuivre d'El*Hofra. L'autre est ceUe
de M. Baker, homme résolu et rompu aux fatigues des
voyages en Afrique, qui s'est réservé de visiter les pays
situés au sud-ouest de Gondokoro, et de rejoindie, si
faire se peut, le lacLutaN'zigë signalé comme l'un des
réservoirs du fleuve Blanc. Nos vœux sont pour ces
intrépides pionniers de la géographie qui n'ont pu être
arrêtés dans des projets aussi hardis par la pensée des
grands dangers et des difficultés de toute sorte qu'ils
allaient affronter I
A l'est du fleuve Blanc, vers les pentes occidentales
et méridionales de l'Abyssinie, s'étendent de vastes con-
trées peu connues jusqu'à ce jour. Nous devrons à l'un
de nos plus zélés confrères, M. Guillaume Lejean, qui,
dans l'accomplissement de ses devoirs, a trouvé une
injuste captivité, d'avoir soulevé un coin du voile qui les
dérobait aux investigations européennes. Parti de Khar-
toum pour se rendre auprès du roi Théodore, où l'appe-
(407)
laient ses fonctions, il prit la route de Sennâr et de Kar-
kodj ; de là, coupant vers l'est, et franchissant le Dender
et le Rahad, il se dirigea vers les États républicains de
Gallabat et de Gadabhi, sur lesquels il est le premier
à nous donner des notes intéressantes (1).
~ Au nombre des peuples du Soudan convertis à Tisla-
misme, on doit compter, parmi les plus fervents, les
Foùraouya (habitants du Dâr-Four) et leô Bergaonya
(habitants du Wadaï). Le pèlerinage à la Mecque est
pour eux une pratique obligatoire ; contrairement aux
habitudes des musulmans africains, ils se font suivre
par leurs femmes dans ce lointain voyage. Quelques pèle-
rins, au retour de la Mecque, par suite des hasards
d'un tel déplacement, s'arrêtèrent entre le versant
oriental du Ras-el-Fil et de TAtbara, vers le 13' degré
de latitude septentrionale, dans le district de Gallabat,
appartenant physiquement à la Kolla^ ou terre basse
d'Abyssinie* Ils y fondèrent une colonie qui, bientôt
accrue par les moissonneurs nomades venus du même
pays qu'eux pour aider les indolents Sennâriens dans
leurs travaux, s'organisa et adopta le régime répu-
blicain.
Lé chef ou cheikh de cette colonie de noirs est élu
par le peuple ; la langue commerciale est l'arabe, mais
(1) finice passa dans ee pays en 1772; sans en rien dire de positif,
M. Th. Lefèvre en parle par ouï-dire dans la relation de son voyage^
sons le nom de Rougroug^ M. de Heuglin, qui Ta yisité, l'indique dans
sa carte avec une certaine précision, mais il est bien sobre de détails.
On peut voir aux Nouvelles Annales des Voyages de janvier 1864, ceux
que nous devons à notre confrère M. QuillaameLeJean ; ils sont ac-
compagnés d*uiie esquisse géograpiûque.
( 408 l
l'idiome intiffle est le fouraouL La république mûkA
peut compter 20 à 26 000 habitants, éparpillés àsaor
vingt-quatre villages, compris eotre l'Atbara» les step*
pes de Dola, Ras-el*Fil, le haut Rabad et les npnta*
gnes de Kani^et de Dankjor. Metamma, ville.d'en^kiQn
15000 ftm^s, Rçmeli, Hellet-el-Dervick, AbdiçltRa-
sool sont les centres principa^ux.de population .;)j^hâis
tributûres de l'Abyesiaie, les cheikhs de Gallabat^relè'^
vent maintenant du gouverneur général âeEJiartoum,
et payent un tribu au vice-rw. Le Nègus Théodore II
n'a cependant pad entièrement perdu l'espoir de faire
rentrer la petite république noire sous.son joug. Le mar-
ché de Metamma n'est pas sans importance, il s'y fait
des affaires importantes en esclaves, mules, cire et café.
Le meilleur café que l'on y vend est c4ui de Godjam,
il vient de la presqu'île de Zeghié, au sud-ouest du lac
Tsana, c'est la propriété d'un riche monastère, celui
d'Oura-Kidama-Meherat. Le grand entrepôt des çafi^
de Zeghié est la ville de Korata, la Kiratza de, BOâ.
cartes. M. Lejean fait remarquer avec rai^son qi^ Je
marché de Metamma pourra bien un ](m\ bo pas 4tp?e
sans importance pour le commerce européen. Ç!esrt)eii
effet un point aditiirablen^nt cbo^i pour. mettre ^ea re-
lation l'Abyssinie et ses production^: variée^, 1"^ a^ec
la mer Rouge par Kassala et Souakim; 2"* avec la mer
par Kassala et Massaoua ; .3* avec Khartoum, par. A^mmi-
Baraz ; b!" avec Sennâr et le Kordofan par PabeiJci ou
Karkodj. ^^
Vous n'ignorez pas que depuis que lés Fourïensént
imposé aux Wadayens par une intervention armée/un
roi impopulaire, les deuiE races ne saui^^^i^t longtemps
{ A69 )
syfiQpathiser. Aussi, à peine les premiers Côlons foitr-
riens et wadayens furent-ils établis dans le Gallabat,
qu'une lutte violente éclata entre eux, elle se termina
par l'expulsion des Bergaouya ou Wadayens qui, pas-
sant TAtbara, vinrent s'établir sur la frontière du V61-
kaït dans un pays dépeuplé par les guerres des Basas et
des Abyssins. Ils y fondèrent le village de Gadhabi ou
Gadaoui ; leurs rangs furent bientôt grossis par des
compatriotes immigrants et par des arabes réfugiés. Ils
se maintinrent en relations amicales avec les Abyssins
leurs voisins; mais dans ces derniers temps leur cheikh
a dû reconnaître l'autorité du vice-roi d'Egypte, et
cependant tous les intérêts de ce petit État sont avec
Gondar avec laquelle il communique facilement. Quel
est l'avenir qui est réservé à ces deux petites républi-
ques, fondées par les Soudaniens, aux portes de l'Abys-
sinie et sur les confins du Soudan égyptien ? Leurs
cheikhs, ainsi que le fait remarquer M. Lejean, ont tout
à gagner par une politique dilatoire qui leur permettrait
d'exister librement entre leurs deux puissants voisins.
Mais j'ai hâte d'aborder la partie orientale du con-
tinent africain, c'est vers ce point et dans un espace
compris entre le 5* degré latitude australe et le 4® de
latitude septentrionale, que se sont condensées les plus
importantes découvertes géographiques de la période
annuelle qui fait l'objet de ce rapport. Cependant avant
de vous entretenir des capitaines Speke et Grant, dont
vous avez déjà prononcé les noms, je dois vous dire
quelques mots de la seconde excursion de M. le baron
de Decken au Kilimandjaro.
Il partit le 3 octobre 1862 deMombas, avec l'inten-
VI. DÉCEMBRE. A. 27
( AlO )
tion de se rendre au mont Kénia ; il se proposait de
reprendre la route qu'il avait suivie l'année précédente,
jusqu'au lac Jipé ou Jibé ; de visiter les montagnes
d'Ugono situées sur la rive occidentale ; de passer de
là aux monts Arusha, et, après avoir traversé le pays
des Masaï (Wamasaï), d'atteindre le volcan présumé de
Doengo-Engaï et le lac Névasha. Il devait enfin con-
tourner par le sud, l'ouest et le nord, le massif mon-
tagneux du Jagga et revenir à la côte parle pays des
Wabamba, après avoir déterminé la position du Kénia.
Le zélé voyageur était accompagné du géologue Rer-
sten, sa caravane se composait d'environ une centaine
d'hommes, il était muni des instruments d'observation
les plus indispensables.
On suivit d'abord la côte jusqu'à Wanga, petite ville
située sous le 4° 45' de latitude sud, on remonta en-
suite la rivière Umba en laissant V Usambara et le Paré au
sud et les montagnes de Kisangu au nord. Au bout de
quinze jours de marche, M. de Decken atteignait le lac
Jipé, qui est à environ 2000 pieds anglais au-dessus du
niveau de la mer. Il mit quatre jours à visiter les monta-
gnes d'Ugono, dont l'altitude est de 5800 pieds 5 les
cours d'eau qui en descendent contiennent beaucoup de
sable ferrugineux, dont les indigènes savent extraire
un fer assez bon. Le lac Jipé, que le voyageur explora
sur une barque de fer apportée de la côte, n'a pas une
profondeur de plus de 17 pieds, et reçoit la rivière de
Daifeta qui vient des montagnes du Jagga ; à sa sortie
du lac, cette rivière prend le nom de Jipé et plus loin
ceux de Rufu et de Pangani.
M, de Decken se dirigea ensuitevers le pays d' Arusha,
( 441 )
où il resta huit jours. Le lac Arusha, qui est marqué sur
les cartes de Krapf et de Rebmann, n'existe pas, mais
la rivière qui traverse la contrée déborde quelquefois
et forme un marais; c'est là ce qui a pu tromper ces
missionnaires : la hauteur des montagnes d* Arusha ne
dépasse pas 3800 pieds. A l' ouest-nord-ouest, et à une
distance de 30 milles, il put apercevoir la belle mon-
tagne de Meru, qui a 13 à 14000 pieds anglais d'alti-
tude. Il essaya en vain de pénétrer dans le pays des Ma-
saï : prières, présents, rien n'y fit, il ne put obtenir
d'aller en avant. Ces noirs envoyèrent même 2000 guer-
riers pour barrer le passage à sa petite caravane ; la
raison en est qu'un ancien oracle leur a prédit que si
jamais Y homme blanc mettait le pied dans leur pays
toutes leurs vaches périraient, et c'est là leur seule for-
tune, car ces Masaï sont nomades et pasteurs. Ils sont
extrêmement redoutés de toutes les peuplades du voi-
sinage, et tel est l'effroi qu'ils répandent, qu'un jour,
comme la caravane s'avançait pour traverser de grands
pâturages où paissaient quelques troupeaux, un enfant
d'une douzaine d'années qui les gardait n'eut qu'à tra-
cer sur la terre une ligne avec son bâton, avec défense
de la franchir, pour être obéi des noirs qui accompa-
gnaient le voyageur. Cet enfant appartenait à la tribu
des Masaï, il avait conscience du respect que les siens
inspiraient aux peuplades voisines, et dans son impé-
rieuse injonction il était magnifique à voir^ rien ne put
décider les serviteurs de M. de Decken à passer outre.
N'ayant plus rien à faire de ce côté, puisque la route
de Touest lui était fermée, notre voyageur résolut de
tenter une nouvelle ascension du Kilimandjaro. Parti
( A12 )
de Mosi, au pied de la montagne et à iSOO pieds d'al-
titude, il passa sa première nuit à 7000 pieds et la se-
conde à il 000 pieds. Jusqu'à la hauteur de 8500 pieds,
sur la montagne, on rencontre des forêts ; de 8500 à
9500, se montrent des broussailles et quelques rares
fougères, au delà la végétation cesse, on ne voit plus
que quelques racines desséchées.
Le troisième jour, laissant son escorte et accompa-
gné seulement de M. Kersten et de deux nègres, le
baron de Decken atteignit jusqu'à 13 000 pieds anglais
(A 300 mètres). A cette hauteur l'air était raréflé à tel
point que la respiration manquait aux nègres et que
M. KeriJten éprouva de douloureux maux de tête ; il
fallut absolument songer au retour, d'ailleurs la mon-
tagne se couvrait de brouillards, et une pluie fine et
froide glaçait les voyageurs. La température était d'un
demi-degré centigrade au-dessous de zéro, la neige per-
sistante ne descendait pas au-dessous de 15 500 pieds,
et celle qui tomba pendant la nuit atteignit 1 3 OOO
pieds, mais le matin , vers sept ou huit heures, elle
fondit aux premiers rayons du soleil.
Les différentes observations ont donné au baron de
Decken, pour la hauteur moyenne du sommet du Kili-
mandjaro, 20 065 pieds anglais.
Cette montagne est située par 3° 5' de latitude sud
et 37"" 20' de longitude orientale du méridien de Green-
wich (35'' de Paris). Elle s'étend dans la direction de
Test à Touest en remontant un peu vers le nord ; elle
offre l'apparence de deux montagnes distantes de 8
à 10 milles, réunies par une sorte de selle, comme le
grand Puy-de-Dôme et le petit Puy-de-Dôme.
( 448 )
Le sommet le plus élevé a, comme nous Tayons vu»
2O065 pieds anglsds ou 6200 mètres d'altitude ; le
petit Kilimandjaro a i7 179 pieds anglais ou 5326 mè-
tres, |enJSn la selle entre les deux montagnes atteint
lA 665 pieds. Il est incontestable qu'elle est d'origine
volcanique, les échantillons des roches le prouvent (1).
Le retour se fit par les montagnes de Kura et de
Endara ; le 26 décembre les voyageurs arrivaient à
Mombas. Cette exploration ne fat pas sans dangers ;
il fallut une fois que M. de Decken bût du sang en
signe d'amitié avec un chef; une autre fois il perdit
presque toutes ses bètes de somme, qui furent piquées
par une mouche redoutable, nommée dans le pays Don-
déroba^ et qui paraît avoir quelque analogie avec la
mouche Tsétsé, de l'Afrique australe.
M. le baron de Decken est de retour en Europe, il
vient pour y organiser une nouvelle expédition égale-
ment à ses frais. Il se propose de remonter aussi loin que
possible, à Taide d'un petit bateau à vapeur qu'il est
venu commander en Angleterre, une des rivières, telles
que l'Ozi, le Dunfar ou le Jub, qui tombent dans la baie
de Formose, de gagner alors la région du Kénia en évi-
(t) Voici encore quelques-unes des latitudes observées par M. le
baron de Decken :
Arusba Z'^ze'AV'S.
Uni 3 17 12
Mou! 3 20 20
LacJipe 3 42 52
Endara 3 31 00
Bura 3 33 30
Kisuani 4 6 30
Umnge 3 41 40
MadJame 3 14 00
( 4U )
taût la contrée des Masaï. Alors s'il entrevoit la possi-
bilité de se rendre à Gondokoro, soit par le Kaffa, en
suivant quelque cours d'eau, selon les informations
qu'il récueillera, il renverra son bateau à vapeur à la
côte avec ses première notes et ses collections, et con-
tinuera son voyage par terre vers le nord, dans le but
de chercher à atteindre Khartoum.
Il n'est pas nécessaire de faire ressortir à vos yeux
toute l'importance que l'on doit attacher à la réalisa-
tion d'un tel plan, qui, s'il réussissait, conduirait sans
doute à la découverte de quelque affluent de la rive
orientale du Nyanza, et contribuerait à compléter l'hy-
drographie du vaste bassin où le Nil a ses origines.
Vous avez encore présent à la mémoire l'immense
effet que produisit dans le monde savant ce télégramme
venu d'Alexandrie : The Nile is settled^ « la question du
Nil est réglée. » Ces quatre mots, qui apportaient en
Angleterre la première nouvelle du succès de l'explo-
ration des capitaines Spekeet Granl, au moment même
où l'on concevait de sérieuses inquiétudes sur leur
compte, et les détails qui bientôt servirent de commen-
taires à cette nouvelle, excitèrent en Angleterre, en
Allemagne, en France, une juste émotion que le temps,
la réflexion et la critique parvinrent seuls à calmer.
Les sources du Nil étaient-elles découvertes? Ce
problème séculaire, pour la solution duquel César, au
dire de Lucain , aurait même renon ce à la guerre civile (1) ,
(1) « Sed cum tanla meo vivat sub pectore virlusj
Tantus aràor vert, nihii est quod noscere malin l
Quam Fluvii cûusas per sœcula tanta UUentes^
Ignotumque caput : spes fit mihi certa videndi
Niliacos fontes;, beùum civile, relinquam, »
(Phabsale, lib. X.)
( 415 )
c'est-à-dire à l'empire du monde ; ces sources, que tant
de voyageurs, depuis les centurions de Néron jusqu'au
docteur Peney, avaient en vain recherchées, et, comme
ce dernier, souvent aux dépens de leur existence ; ces
sources, sur la position desquelles les plus sages s'en
tenadent aux vagues indications conjecturales de Pto-
lémée , était-il réservé aux capitaines Speke et Grant
d'avoir l'insigne honneur d'en fixer désormais l'empla-
cement sur la carte de l'Afrique ? Vous en jugerez vous-
mêmes, messieurs, par l'exposé impartial des faits.
Lorsque M. Linant Bey, et après lui M. d'Arnaud,
eurent, vers 1840, appelé l'attention de Méhémet-Ali
sur la gloire qui résulterait pour lui de la détermination
des sources du grand fleuve égyptien, on crut que la
voie la plus naturelle pour y arriver plus certainement»
était de remonter le fleuve Blanc ; tous les eflForts fureût
tentés dans cette direction ; les explorateurs et les trai-
tants du fleuve Blanc s'avancèrent progressivement vers
l'équateur, et il n'y a pas deux ans que le docteur Peney
payait de sa vie les dernières conquêtes des Européens
sur le Nil inconnu. 11 atteignait le pic de Gniri, un peu
au delà des cataractes de Makédo, vers le 3® 40' de latir
tude septentrionale, à peu de distance du lieu où plû»
tard son compagnon, M. de Bono, établissait la station
la plus avancée que les marchands de Khartoum eus-
sent jamais eu vers le sud.
« Le fleuve, à deux journées au delà des cataractes
de Makédo, formait, au dire des Barry (1) , non plus
des rapides , mais une chute d'eau à pic d'environ
(1) Information de De Bono, dans une de ses conrses, en 1853.
( 416 )
3 mètres. A quatre ou cinq journées au sud de cette
chute, le fleuve sortait d'un lac immense, et, à Tex-
trémité opposée de ce lac, un autre fleuve venait s'y
jeien »
Cependant, lorsque , vers 1848, les zélés mission-
naires allemands de la station de Rabbai-M'pia, près
de Mombas, Krapf et Rebmann, eurent signalé, dans le
voisinage de Téquateur, l'existence des hautes mon^
tagnes, le Kénia et le Kilimandjaro, dont les sommets
étaient couverts de neiges éternelles, plusieurs géo*
graphes français et anglais pensèrent que les eaux qui
en découlaient pourraient bien contribuer à l'alimenta-
tion du Nil. M. Beke en Angleterre, MM. Jomard et
Vivien de Sa^int-Martin, en France, émirent l'avis qu'il
y aurait plus de facilité à atteindre les sources du NU
en remontant une des rivières de la côte orientale de
l'Afrique (1) , et en cherchant à se diriger vers le Kénia
ou le Kilimandjaro. IL' annonce de l'existence d'un lac
îicamense, le lac d'Ukérévé, situé à plusieurs journées
de cette côte, par le R. P. Erhardt, dans le voisinage
d'un pays appelé Unyamoezi, pays de la Lune , vint
plus particulièrement encore attirer l'attention de ce
côté, à cause de la similitude d'indication avec les
montagnes de la Lune^ dans le voisinage desquelles
Ptolémée plaçait ces sources mystérieuses.
Le capitaine Richard Burton, appuyé par la Société
royale géographique de Londres, organisa en 1857 une
expédition à la recherche de ce grand lac; il s'associa
(1) On sait que M. Beke avait, en 1850, dressé le plan (l*un voyage
dans ce sens, que M. Bialloblotzky devait entreprendre, mais qui mal-
beureoseineat ne put être mis à exécution.
(417)
le capitaine Speke, qui déjà avait partagé ses dangers
dans un voyage précédent. Vous savez quelle fut la
fortune de cette expédition : le 3 mars 1858, les deux
explorateurs découvraient le lac de Tanganyika; et
tandis que la maladie et les fatigues clouaient le capi-
taine Burton sur son lit de souffrances à Kazéh, Speke
se dirigeait vers le nord à la recherche d'un second
lac, dont l'existence était d'ailleurs affirmée dans cette
direction par les marchands arabes de la côte, et le
S août 1868, il découvrait le Nyanza ou lac d'Uké*
réwé auquel il donnait le nom de lac Victoria. Ce
qu'il apprit des naturels et des marchands arabes lui fit
penser qu'il avait devant les yeux le principal bassin
d'alimentation du Nil, et il revint en Europe, persuadé
que c'était de ce côté que l'on devait désormais pour-
suivre les recherches de l'origine du grand fleuve ; il
parvint à intéresser à ses projets les membres les plus
recommandables de la Société royale géographique de
Londres. Le patronage de sir Roderick I. Murchison,
celui de l'honorable comte de Ripon, lui furent égale-
ment acquis ; des meetings^ des assemblées furent tenus
à propos de son projet, qu'il développa avec toute l'ar-
deur de la conviction. Le gouvernement lui accorda les
encouragements nécessaires, et bientôt il fut autorisé
à entreprendre une nouvelle expédition dont le but
était de reconnaître l'étendue du lac Victoria Nyanza,
ses rives septentrionales, et surtout de s'assurer s'il
ne donnait pas naissance à un grand fleuve allant re-
joindre le Nil.
Le consul Petherick, qui était alors à Londres, orga-
nisa de son côté, avec l'agrément du gouvernement.
i
(m)
et à l'aide des souscriptions qu'il recueillit, une antre
expédition dans le but d'aller, à partir de Gondokoro,
au-devant de Speke, avec des approvisionnements dont
ce dernier aurait sans doute alors grand besoin.
Le capitaine Speke s'adjoignit le capitaine Grant,
que recommandaient des travaux d'exploration anté-*
rieurs, et le 1*' octobre 1860, ils quittaient la côte
orientale d'Afrique. Le début du voyage se fit sous
d'assez tristes auspices ; ils éprouvèrent mille difficultés
pour se procurer le nombre de porteurs qui leur était
nécessaire; car dans ces pays où, pour seule route, il
n'existe guère que quelques sentiers à peine tracés qui
franchissent les obstacles au lieu de les tourner, où
l'on a d'ailleurs dés déserts à franchir , tout se porte à
dos d'homme ; on juge alors quel nombre de porteurs
on doit ^DQployer, lorsque, comme dans le cas dont il
s'agit ici, il faut transporter les bagages d'une expédi-
tion de longue durée, vivres, effets, armes, ustensiles
de toute sorte , présents pour les nombreux petits
chefs de tribus, sans lesquels on ne saurait espérer
traverser leur territoire. Le 13 décembre, Speke et
Grant n'étaient encore qu'à Cgogo, et il leur fallut une
année entière pour se rendre sw les bords du Nyanza.
Là devait commencer la partie intéressante de leurs
travaux; là seulement ils abordaient l'inconnu, ils se
trouvaient à environ 7il kilomètres du point extrême,
qu'avaient jusqu'alors atteint les exploi^ateurs venus
du nord, en remontant le fleuve Blanc.
La rive orientale du Nyanza était habitée par la
tribu guerrière et redoutée des Masaï (les Wamasaï) ;
il ne fallait pas songer à prendre cett« direction. Les
( 419 )
rapports des Arabes signalaient, au contraire, sur la
rive occidentale, une route conduisant à travers les
royaumes d'Uzinza et de Karagwéh, dans le pays
d'Uganda, qui pour eux était le centre d'un certain
commerce. C'est cette dernière voie que prirent les
explorateurs anglais; ils traversèrent successivement
les royaumes d'Uzinza, de Karagwéh, d'Uganda,
d'Unyoro, riverains du lac. Ces pays sont relativement
élevés par rapport au continent africain, et Speke
évalue leur altitude moyenne à 1800 mètres. Les
plaines sont hérissées de pics isolés; dans le Ka-
ragwéh, les montagnes sont plus élevées ; elles se ser-
rent en massif et appartiennent à ce système que Burton
et Speke qualifièrent de Mmitdgnes de la Lune lors de
leur premier voyage ; le mont M'fumbira, qui semble
avoir plus de 3000 mètres, en est un des principaux
sommets. De ces montagnes découlent vers l'est, dans
la direction du Nyanaa, de nombreux cours d'eau qui
alimentent un système de petits lacs communiquant
entre eux, comme les lacs alpestres situés au pied de
rOberland, en Suisse : tels sont les lacs Akenyard, Win?-
dermère, Luckurow ( ce dernier donne naissance à
Timportante rivière de Kitangulé, qui se jette dans le lac
Nyanza. Ce lac, dont Textrémité méridionale atteint le
8* degré de latitude S. , s'étend vers le nord, à peu près
jusque sous l'équateur; il a environ 150 milles en lon-
gueur et en largeur : il parait, ainsi que le lac Tsad,
avoir occupé autrefois une plus grande étendue ; ses
^aux sont douces, leur profondeur n'est pas très-consi-
dérable, et, vers le nord, elles s'écoulent par un canal,
auquel le capitaine Speke donna le n(»n de l'empereur
( 420 )
Napoléon y tandis que la chute de h mèti*es qu'elles for-
maient recevait celui du Comte de Ripon, président
de la Société royale géographique de Londres, lors de
l'organisation de l'expédition.
Le fleuve qui sort ainsi du Nyanza, et qui lui sert
d'écoulement, n'a pas moins de lAO mètres de largeur;
il baigne successivement les pays d'Uganda, d'Usoga,
des Ukidi et des Madi; selon Speke et Grant,- il n'est
autre que le Bahr-el-Abiad, le fleuve Blanc, qu'ils re-
trouvèrent à quelques journées de Gondokoro. Ils le
suivirent jusqu'au delà du 2" degré de latitude N. , jus-
qu'aux chutes de Karuma, que de son côté M. Miani,
voyageur vénitien, prétend avoir atteintes en venant de
Gondokoro, et qu'il identifie avec celles qu'il a nommées
Meri ; mais, arrivés en ce point, laissant le fleuve faire *
un détour vers l'ouest, ils continuèrent lenr marche
vers le nord pour le retrouver à 70 milles (environ 25
lieues) plus loin, dans le pays des Madi, où ils attei-
gnirent l'établissement que M. De Bono avait fondé à
quelques journées (30 à àO lieues) de Gondokoro, où
ils arrivaient enfin le 15 février 1863, vingt-neuf mois
après leur départ de Zanzibar ( t ).
A ces acquisitions incontestables des vaillants voya-
geurs anglais, qui font du Nyanza le grand réservoir
d'alimentation du fleuve Blanc, il nous faut joindre
deux informations bien importantes qu'ils recueillirent
auprès des noirs, à savoir :
(1) Le capitaine Speice a déterminé la position astronomique de
Gondokoro, il trouve 4<» 54' 2" de latitude N. et 29* 26' 9" de longi-
tude orientale du méridien de Paris.
(421 )
Que vers le nord-ouest, le Nyanza communiquait par
un étroit canal avec un autre lac que les voyageurs
croieut être le Baringo des missionnaires Rrapf et
Hebmann, et que de ce lac s'échappait une rivière ap-
pelée AsiuZy qui allait rejoindre le fleuve Blanc en
amont de Gondokoro, rivière qu'il convient peut-être
d'assimiler à YAcioa de M. Miani ;
De plus, que le fleuve sorti du Nyanza, dans son
détour vers Touest, après la chute de Karuma, péné-
trait dans un autre grand lac nommé le Luta N'zigé,
et qu'il en sortait par son extrémité septentrionale.
Vous le voyez donc, tout en reconnaissant que les
capitaines Speke et Grant ont fait faire un grand pas
, à la question de la recherche des sources du Nil en
établissant que le grand lac de Nyanza était son bassin
d'alimentation, il reste encore beaucoup à faire avant
de pouvoir dire que les sources du Nil sont effective-
ment découvertes. Il faut comparer le débit de la ri-
vière Kitangulé à celui des autres cours d'eau qui peu-
vent venir afiluer dans le Nyanza par sa rive orientale
encore inconnue ; il faut achever la reconnaissance du
coude que le fleuve fait vers l'ouest, après sa sortie du
lac, explorer les lacs Luta N'zigé et Baringo, et surtout
reconnaître la région située à l'ouest et au nord- ouest
des monts Kenia et Kilimandjaro, dont les pentes peu-
vent bien aussi, comme tout porte à le croire, envoyer
quelque cours d'eau important au fleuve Blanc et au
Nyanza.
Tournons maintenant nos regards vers le bassin du
Zambèse, où nous appelle le docteur Livingstone. Vous
n'ignorez pas que, dans une première expédition tentée
( 422 )
pour remonter la rivière Rufuma, au nord du Zambèse,
cet intrépide pionnier de la science géographique
avait trouvé cette rivière tout à fait impropre à la navi-
gation. Cette année (1862), dans une seconde expédi-
tion entreprise pour s'assurer si la Rufuma n'était pas,
comme on l'affirmait, le canal de déversement du grand
lac N'yassa, il a pu s'assurer que cette information
était fausse et que le fleuve avait son origine dans un
plateau élevé et non pas dans le lac.
D'ailleurs ce lac N'yassa ne paraît avoir d'autre écou-
lement que la rivière Shiré ; ses eaux vont rejoindre le
Zambèse en formant de nombreuses chutes qui rendent
cette rivière innavigable. L'infatigable voyageur, après
avoir de nouveau pénétré jusqu'au Zambèse supérieur
avec son frère Charles, a reconnu que l'insalubrité des
rives de ce grand fleuve rendait tout établissement
européen impossible. Selon lui, ce ne serait que sur le
plateau d'où descend le Shiré, dans le voisinage du lac
N'yassa, que la bonté du climat, l'extrême fertilité du
sol, la richesse de ses productions, principalement en
coton, feraientconcevoirlapossibilitéd'un établissement
pour les blancs ^ mais ici s'offre un autre danger, c'est
l'état de guerres continuelles dans lequel vivent les
différentes tribus de cette région de l'Afrique australe.
Chaque village y est sans cesse exposé à des invasions
qui se résument par la mort ou l'esclavage de ses ha-
bitants, l'incendie et la ruine de leurs demem-es. Ce
qui doit surtout attirer l'attention de nos hommes
d'État sur les malheureuses contrées qui avoisinent le
lac N'yassa, c'est le développement qu'y a pris le com-
merce des esclaveSiill tend à convertir en un désert
( 428 )
aride un pays qui ne demande qu un peu de soin pour
donner à Thomme les productions les plus riches et
les variées.
Les espérances dont je vous faisais part Tau dernier
sur l'avenir de nos relations avec Madagascar à Tavé-
nement du roi Radama II se sont malheureusement
évanouies avec la révolution qui a coûté la vie à cet
infortuné prince. La mission commerciale et scienti-
fique française, dirigée par M. le capitaine de vaisseau
Dupré, qui comptait parmi ses membres un de nos
confrères, M. Charnay, a dû rentrer à Bourbon, atten-
dant un moment plus opportun. Espérons que le jour
n'est pas loin où triompheront les intérêts de toute
sorte qui lient la France à la grande île malgache.
Sur la côte occidentale d'Afrique, la région équato-
riale que baignent le Gabon etl'Ogobai continue à fixer
depuis quelque temps, et à juste titre, l'attention des
géographes et des explorateurs. Cette fois, sur ce point
du moins, la France aura devancé son heureuse rivale
dans la voie des découvertes. Je n'ai pas à vous rap-
peler les services rendus par les officiers de notre ma-
rine , leurs travaux vous sont connus, mais je dois
vous entretenir d'une nouvelle excursion entreprise
par MM. Serval, lieutenant de vaisseau, et Griflbn du
Bellay, chirurgien de la marine, sur le fleuve Ogo-
bai ou Ogo-Wai, qui se jette dans l'Océan au-dessous
du cap Lopez par un delta marécageux, sur lequel
M. Du Chaillu nous avait déjà donné quelques rensei-
gnements.
Ces deux officiers ont, en juillet 1862, pénétré dans
rOgobai par Tune de ses embouchures, la rivière de
Nazaré (Nazareth des cartes, vers le 0* 35^ de lat S.)*
Ses rives parurent d'abord à demi-submergées, cou-
vertes de palétuviers et entrecoupées de canaux envahis
par une sorte de lotus blanc ; la vie animale semblait
avoir abandonné ces mornes] solitudes aquatiques.
Plus au loin, on entre dans le fleuve lui-même ; alors
le paysage change, et une magnifique perspective
s'offre à la vue de l'explorateur. Aux palétuviers se
mêlent d'abord, et bientôt succèdent entièrement des
pandanus, des yucca, et surtout le palmier à huile.
Quant au fleuve, il acquiert de l'étendue aux dépens
de sa profondeur ; il ne peut être remonté qu'en canot,
son lit est d'ailleurs embarrassé d'îles et de bancs de
sable. Sur les bords s'élèvent de nombreux villages,
tels sont ceux de Dambo, d' Aroumbé, de Gamby, d'At-
chadka, d'Igané, de Lombé, habités par des races qui
se disent différentes, quoique ayant probablement la
même origine ; la plus nombreuse est la race galoise (1).
Autour de chacun de ces villages, on retrouve les
mêmes cultures alimentaires qu'au Gabon, bananes,
manioc, papayes, arachides et cannes à sucre, la grande
végétation y est également la même ; mais il est à re-
marquer que, dans les belles forêts qui accompagnent
les deux rives de l'Ogob^, on ne retrouve ni les ma-
gnifiques fougères arborescentes, ni les bambous gigan-
tesques qui donnent à l'Amérique équatoriale un ca-
chet particulier*
En dehors des plaines marécageuses, le sol est argi-
leuxy rougeâtre, empâté de rognons ferrugineux, quel-
(I) Les Galons ou N*galoas de la carte de Do Chaillu.
( A25 )
quefois il fait place à la marne et des masses calcaires
percent de loin en loin.
M. Griffon du Bellay a donné une relation de ce
voyage (l)» il entre dans de curieux. détails sur le lac
Jouanga, lac mystérieux qui renferme les îles Sacrées,
sanctuaire de la religion des tribus galloises. Il com-
niunique avec l'Ogobai par le Rembo N'goumo, canal de
300 mètres de largeur sur 2 kiloniètres de longueur.
Parsemé d'îles, découpé sur ses bords de mille fa-
çons diverses, le lac Jouanga par la magnificence de
son aspect échappe à toute description : ses eaux,
profondes de A à 6 mètres, sont claires et limpides et
tranchent sur les eaux toujours rougeâtres de l'Ogo-
bai ; sur ses bords, des milliers d'arbres, sans doute
inconnus des botanistes, forment d'épais massifs de
verdure ; au fond de ses anfractuosités. tombent, en
grondant, les eaux torrentueuses qui descendent des
hauteurs voisines ; au dernier plan de l'horizon s'éta-
gent les monts Ashau-Kolo au delà desquels commence
l'inconnu (2).
Une seule des îles Sacrées est habitée, c'est celle
d'Arounbé. Lorsque MM. Serval et Griffon du Bellay y
abordèrent, ils furent accueillis par une dizaine d'en-
fants voués au culte des fétiches. Ils étaient vêtus d'un
pagne rouge retenu sur les hanches par une ceinture
de perles blanches et retombant au-devant du corps
comme un court tablier; ce pagne était orné d'ara-
(1) Voyez la Revue maritime et coloniale de septembre et octobre
1863.
(2) C*e8t au delà de ces montagnes et vers le snd-est que se trouve
le pays des Âshira et des Apingi, vi&ité par Pu Chaillu.
VI. DÉCEMBRE. 5. 28
( 426 )
besques, les unes de perles, les autres faites avec une
sorte de chenille de paille rouge ; à son bord flottant,
qui était sinueux et comme festonné, pendaient des
grappes de perles bleues et des sonnettes qui tintaient
au moindre mouvement. La poitrine de ces jeunes féti-
ches était couverte de colliers de grosses perles de
toute couleur pendus au cou ou passés en sautoir,
quatre gros bracelets de cette même chenille rouge
leur serraient les bras et le haut des jambes ; aux poi-
gnets et au-dessus des chenilles, des anneaux de cuivre
brillant ajoutaient leur cliquetis au tintement des son-
nettes.
Accompagnés de ces lévites d'un nouveau genre, les
deux voyageurs furent conduits au roi Yondogowiro.
Celui-ci parut bientôt revêtu de son habit de cérémo-
nie, ce n'était rien moins qu'un uniforme de canonnier
encore revêtu des galons de caporal de son premier
maître, un pagne en lambeaux ; un vieux chapeau de
paille complétaient le costume de cette majesté afri-
caine. Près de lui se tenait sa fille, jeune négresse
d'une vingtaine d'années, dont la coiffure mérite une
description particulière, qui donnera une idée du haut
goût qui préside, sous l'équateur, à la parure des
dames. Qu'on imagine des cheveux d'un noir de jais
séparés sur le milieu du front et disposés d'abord en
bandeaux, mais se relevant bientôt à la hauteur des
tempes pour former de chaque côté de la tête des ailes
très-larges ornées de clous dorés semblables à ceux
des tapissiers, et terminées en deux pointes de crois-
sant, qu'elles fermaient par deux longues boucles
d'ivoire découpées à jour*
(427)
MM. Serval et Griffon du Bellay furent bien accueillis
par le roi des îles Sacrées, qui leur fit visiter ses États,
deux heures suffirent pour les parcourir. Il n'épargna
aucune conjuration en leur faveur. Debout dans sa
pirogue, mal assuré sur ses jambes amaigries, il agitait
d'une main la sonnette, emblème de son autorité reli-
gieuse, de Fautre il émiettait dans le lac une galette
de biscuit, adressant aux génies une naïve invocation ;
puis il remplit sa bouche d'eau-de-vie et la jeta au vent,
par un mouvement d'aspersion qui fit participer ses
voisins à ces libations d'un nouveau genre. Cet acte
solennel ne s'accomplit cependant pas sans qu'il ingur-
gitât pour son propre compte une partie de l'offrande,
il prélevait ainsi la dirae. Pendant la cérémonie, sa fille
fumait sa pipe avec toute l'insouciance d'une con-
science tranquille. Mais laissons ces tableaux que nous
retrouverions à chaque pas dans l'Afrique inconnue,
ajoutons seulement que MM. Griffon du Bellay et Ser-
val, auxquels nous empruntons ces détails, ont rap-
porté de leur excursion sur l'Ogobai des notes inté-
ressantes à plus d'un titre, que la science et l'histoire
naturelle y trouveront leur compte.
Cette région équatoriale commence d'ailleurs à nous
être mieux connue ; un jeune Anglais que nous sommes
heureux de compter au nombre de nos confrères^
M. Winwood Reade, dans le courant de 1861-1862, a
remonté la Gomo, l'un des bras du Gabon, plus loin
qu'on ne l'avait fait jusqu'à présent, il a atteint les
cataractes formées par les premiers échelons de la
Serra de Cristal (les montagnes de Cristal des Portu-
gais, le N'ingo M'pala des Pahouins-Fans); il s'est égale-
(428 )
ïnent avancé sur le Rembo-Ovenga, jusqu'au village
de Gombi, Tune des stations de Du Ghaillu, et hâtons-
nous de dire que s'il rectifie, sur plusieurs points, les
renseignements donnés par ce dernier, sur d'autres, il
est venu à propos pour en confirmer la véracité.
Les nègres de la côte du Gabon peuvent se diviser
en deux classes les M'ponguéetlesBanga, les premiers
habitent les rives du fleuve, et les autres dans les îles
qui avoisinent Corisco et le Rio-Munda. Leurs tribus
ont le monopole du commerce avec les Européens, et
sont les intermédiaires obligés de ceux-ci avec les nè-
gres de l'intérieur qu'ils méprisent. Ils ont depuis
longtemps abandonné l'industrie naturelle de leurs
ancêtres, et tirent du commerce d'échange, seul, tous
les articles nécessaires à leur existence. Leur langue
est d'ailleurs douce et mélodieuse, et pourrait, dit
M. WinwoodReade, être appelée Y italien de l'Afrique.
Les tribus de l'intérieur peuvent se diviser en trois
classes : les Shékiani, les Baléelé ou Bakalais et les
Rafanh, Pahouins ou Fans.
Les Bakalais sont les plus nombreux ; ils ont un as-
pect plus terrible que leurs voisins les Shékiani ; les
Fans viennent certainement des hauts plateaux de l'in-
térieur ; ils ont suivi le cours du Como, l'un des deux
bras principaux qui forme l'estuaire du Gaboja. Ils sont,
en effet, cannibales, comme l'assurait Du Ghaillu, ils
mangent leurs prisonniers de guerre et ceux qui sont
accusés de sorcellerie ; les vieillards ont seuls droit à ce
festin envié de tous ; au chef de village appartient de
droit la tête de la victime. Je ne m'étendrai pas davan-
tage sur ce sujet ; l'ouvrage de M. Winwood Reade
( 429 )
que vous aurez bientôt sous les yeux (1) vous présen-
tera, sur les contrées arrosées par la rivière Munda,
le Gabon et le Rembo-Ovenga, de nouveaux et d'utiles
renseignements qui viendront s'ajouter à ceux que nous
devons déjà aux officiers de notre marine impériale.
Aucun des trois cours d'eau que je viens de nommer
ne parait venir de bien loin dans l'intérieur ; il n'en
est pas de même de l'Ogobai, qui au delà du delta
marécageux de ses embouchures, conserve une largeur
moyenne de 2500 mètres, et cela l'espace de 60 lieues
en remontant jusqu'à la réunion des deux grandes
rivières Okanda et N'gounay qui le forment. La pre-
mière, qui paraît la plus considérable, vient du nord-
est, probablement de la région élevée ou du massif
montagneux qui, au centre de l'Afrique encore incon-
nue, donne naissance aux tributaires du Tsad et peut-être
même à l'un des affluentsdu Nil. Cette hypothèse hardie
serait encouragée par ce fait que le roi de Dambo aurait
dit à M. Griffon du Bellay qu'un de ses esclaves était
originaire du Wadai, et qu'il était venu de l'intérieur à
Dambo en suivant le cours de l'Ovenga ou Ogobai supé-
rieur. Signalons donc la voie nouvelle qu'offre l' Ogobai
aux explorateurs futurs de l'Afrique équatoriale.
Il faut bien aussi vous entretenir du docteur Baikie ,
l'infatigable explorateur du Niger et de laTchadda. Il
a reconnu la séparation des bassins du Binué et du
Niger ou Kouara, et il a parcouru, jusqu'au lac Tsad,
en août 1862, la partie sud-est du royaume de Kano,
qui est encore peu connue. Il a préparé huit nouveaux
(1) Savage AfricOy by Winwood Reade, 1 vol. in-S, avec caries et
gravures.
( ASO )
vocabulaires, il a visité trente tribus différentes du
Soudan central: enfin, ce dont tous les géographes
lui sauront gré, il a recouvré une partie des papiers
du caporal Maguire (M'Guire), un des compagnons
de Vogel, et il a rencontré des traces du passage de ce
tant regrettable voyageur.
Pour en terminer avec l'Afrique, je vous signalerai
encore deux nouvelles entreprises dont la côte occi-
dentale est en ce moment le théâtre : celle de M. Paul
Du Ghaillu au Gabon et celle de M. Jules Gérard dans
la Guinée septentrionale.
Que vous dirai-je, messieurs, des deux Amériques?
Tandis que le silence se fait de nouveau, et pour long-
temps peut-être, dans ces solitudes glacées qui doivent
à la catastrophe de John Franklin une triste célébrité,
le clairon des combats résonne des bords de l'Atlan-
tique à ceux du grand Océan. Aux États-Unis, au
Mexique, parmi les États de l'Amérique Centrale, dans
les républiques Colombiennes, au Chili, au Pérou, la
guerre ou les préoccupations guerrières sont à l'ordre
du jour. Cet état de choses n'est malheureusement pas,
il faut l'avouer, favorable au développement de la
géographie et aux explorations scientifiques, vous le
déplorerez avec moi au double point de vue de l'huma-
nité et de la science !
M. l'abbé Brasseur de Bourbourg, notre confrère,
que ses études ethnologiques et archéologiques rappe-
laient au Mexique, après avoir été une première fois,
forcé d'ajourner son voyage au Yucatan, s'était rendu,
au printemps dernier, à Guatemala ; de cette ville, il se
proposait de pénétrer dans le Honduras, une des parties
( 431 )
de r Amérique-Centrale les moins étudiées. Mais, arrêté
sur les confins de cette république et de celle du Gua-
temala, il ne lui a pas été permis de passer outre, et
il a dû revenir en Europe, remettant à des temps meil-
leurs la continuation de ses recherches.
Un autre de nos confrères, M. le docteur Martin (de
Moussy) a été plus heureux ; après un séjour de dix-huit
mois sur les bords de la Plata et à Buenos- Ayres, il a
pu revenir parmi nous, riche de nombreux documents
oflSciels, et il s'occupe activement de la publication du
troisième volume de sa Description de la république
Argentine^ et de Tatlas qui doit accompagner cette
importante publication. Une partie notable de ce vo-
lume sera consacrée à TÉtat de Buenos-Ayres, qui
s'était isolé pendant quelques années de la Confédéra-
tion argentine.
A propos de ce dernier État, je dois signaler à votre
attention un modeste, mais très-utile ouvrage, déposé
sur notre bureau dans la dernière séance de la Çonimis-
sion centrale, par M. Alberdi, notre confrère, au nom
de M. G. A. de Posadas ; c'est la réunion en un seul
volume de l'Annuaire des postes de Buenos-Ayres des
cinq dernières années. Vous y trouverez des documents
géographiques officiels d'une certaine importance, prin-
cipalement des itinéraires précieux pour ceux qui vou-
dront visiter cet État (1) et une carte postale dressée
par Nicolas Grondona, ingénieur de la république.
Parmi d'autres travaux utiles qui, dans l'Amérique
(1) Annuario de la administracUm gênerai de oorreos por el admi'
nislrador gênerai (G. A. de Posadas). Buenos-Ayres, 1859, 60, 61,
62, 63, in-8<>.
( 452)
du Snd, contribuent à ravancement graduel de la
science géographique, je ne dois pas omettre ceux de
rinstitnt historique, géographique et ethnologique
du Brésil. Dans le dernier volume qui nous soit par-
venu des mémoires de cette savante association (1) ,
vous trouverez de bons renseignements sur les indi-
gènes du Brésil, sur l'itinéraire de Belem à Mato
Grosso, et une note sur l'existence d'un cours d'eau
souterrain, voisin de la ville de Simon-Diaz, dans la
province de Sergipe. Vous n'ignorez d'ailleurs pas
que les côtes de cet empire ont été l'objet d'études
hydrographiques très-suivies de la part d'un de nos
oiTiciers de marine les plus distingués, de M. le capi-
taine de frégate Mouchez, qui a déterminé les longi-
tudes chronométriques des points principaux de la
côte, en les rapportant au premier méridien de Rio-
Janeiro.
Quant h ce qui regarde les États baignés par l'océan
Pacifique, je vous rappellerai que le Chili fait exécuter
en ce moment une grande carte semi-topographiqne
en plusieurs feuilles et que M. Mariano Felipe Paz
Soldan vient de publier le second volume de son
Compendio de Geografia. Le volume précédent était
entièrement consacré à la description du Pérou ; celui-ci
forme à vrai dire un ouvrage à part, il renferme un
manuel de géographie générale mathématique, phy-
sique et politique, qui rendra des services dans les
écoles de ce pays auxquelles il parait destiné.
Un autre ouvrage pratique, mais qui, cette fois,
(1) Revista tr%men$al do insUtuto, /itstortco, geografico, e ethnogrch
fico do BratU, t. XXIII, 1860.
{ 43S )
s'adresse aux marins et aux voyageurs, esile Derrotero
de la Costa del Perut de M. le capitaine de vaisseau
Aiirelio Garcia y Garcia. C'est une bonne description
géographique, physique et hydrographique de la côte
du Pérou, du troisième au vingt et unième degré de
latitude méridionale; l'auteur y entre dans d'utiles
détails relativement aux ports principaux de ce pays.
Mais la plus importante exploration exécutée cette
année dans l'Amérique du Sud est certainement celle
de la mission scientifique espagnole. Arrivée à Buenos-
Ayres, sur la frégate à hélice Resolucion, elle a tra-
versé le continent américain par les Pampas et les
Andes, et s'est rendue à Valparaiso par Mendoza et
San-Felîpe. Les principaux membres de cette mission
sont M. le capitaine de vaisseau Patricio Paz y Men-
vîela, président, et MM. le D' Manuel Almagro, Ferdi-
nand Amor et Jean Isern. Aux dernières nouvelles qui
nous étaient parvenues, nous apprenions que les deux
premiers avaient commencé leurs investigations dans
la province de Valparaiso, M. Amor s'était dirigé vers
les régions minières du nord, et M. Isern se proposait
d'explorer les forêts presque encore vierges du sud.
L'amiral Pinzon, qui commandait la fvègdXQ Resolucion^
était venu les rejoindre à Valparaiso avec la corvette à
hélice Triunfo et la goélette à vapeur Covadunga. C'est
là un fait remarquable dans les annales des explora-
tions scientifiques. Il y avait bien longtemps que l'Es-
pagne avait envoyé une mission savante au delà de
l'Atlantique.
Au Mexique, nous en sommes toujours à attendre que
l'état de choses permette à nos ofiîciers de se livrer à
( AS& )
des reconnaissances topographiques qui compléteront
on rectifieront les cartes que nous avons déjà. Les tra*-
vauz géodésiques dans ce pays serviront certainement
les intérêts de la géographie, et nous faisons des vœux
pour qu'ils soient étendus aussi loin que possible. Nous
devons du reste à un Allemand de beaucoup de mérite,
M. H. Brandt, de bons travaux sur la partie méri-
dionale de la province de Mexico, sur les États de
Chiapas et de Tabasco, et il réunit tous les éléments
d'une carte générale qui résumera l'ensemble de ses
récents travaux.
II est d'ailleurs à souhaiter qu'aujourd'hui que
Tordre et le calme renaissent dans la capitale du
Mexique, les membres dispersés de la Société de géo-
graphie de Mexico puissent reprendre leurs travaux,
qui ne sont certainement pas sans importance.
D'après le rapport (1) qui nous a été adressé par
Don José Gualupe Romero« secrétaire de cette associa-
tion, vous avez pu voir que pendant Tannée 1862, elle
n'était pas restée oisive ; le tome VIII de son BulUtin
est riche en documents géographiques, statistiques et
ethnographiques.
Vous retrouverez dans les pubUcatioss offioielles
du gouvernement des États-Unis {Report of Survey)^
dans celles de la Société smithsonienne {Smithsonicm
Institut) et de T Institut Franklin, les témoignages au
(1) Besena de lo« WàtMijos scientifico^ de la Sociedad mexicçtna de
geografia y estadistica en 1862, letda en su primera sesion da 1863.
Mexico, 1863. Voyez aui Nouvelles Annales des Voyages dejaillet 1863,
page 115, le sommaire de ce rapport et les titres des mémoires qui
ont été communiqués à la Société mexicaine.
( A85 )
zêie laborieux qui aninte les savants américains, et
^vous reconnaîtrez que la géographie y a toujours une
SLmple part. M. F. V. Hayden a donné dans les Mémoires
de la Société philosophique de Philadelphie y un bon
essai sur l'ethnographie et la philologie des tribus in-
diennes de la vallée de Missouri ; il y a joint des
cartes in.4° et des planches propres à Télucidation de
son texte (1) .
Enfin parmi les cahiers qui vous sont parvenus des
Proceedings, de la Société de géographie et de statis-
tique de New- York (2), vous avez remarqué Tarticle
que M. J. Banward a consacré au cours du Mississipi ; le
rapport de M. F. Hall sur les débris par lui retrouvés
de l'exploration polaire de Frobisher, et la note de
M. Bushnellsur l'Afrique équatoriale. Quant aux publi-
cations géographiques dont le théâtre de la guerre a été
l'objety je ne saurais vous les énumérer toutes, la plu-
part d'ailleurs m'ont paru laisser beaucoup à désirer
sous le rapport de l'exécution,
Dans l'Amérique anglaise c'est toujours vers les rives
de la Colombie et sur les bords du Fraser, que se porte
l'attention des géographes; \h des centres de popula^
tion surgissent chaque jour, la colonisation de ce riche
pays se régularise et s'étend peu ^ peu vers l'intérieur;
on y établit même des chemins de fen A Victoria,
siège du gouvernement, dans Tîle de Vancouver, il y ft
cinq ou six églises dont une catholique ; on y publie un
(1) Transaction oftheamericanphilosophical Society for promoling
useful knowîedge, part. 2. Philadelphie, iD-4.
(2) Prœeedmgs ofthe americanGeographicai and statistical Society
of New-York^ 1862-1863, cahier» i, 2 et 8.
( 436 )
journal. Esquimalt, Nanaimo, sont les deux autres
centres de population de l'île. Les Indiens, qui appar-
tiennent à la grande tribu des Têtes-Plates, sont doux
et pacifiques; on évalue à 20000 ceux qui résident à
Vancouver. A 15 milles de Tembouchure du Fraser et
sur la rive droite, se trouve New-Wesmioster, ville
naissante qui n'a guère encore qu'une rue et quelques
maisons éparses çà et là. Les places et les rues n en
sont pas moins jalonnées, et il ne faudra pas un long
espace de temps pour qu'à cet embryon de cité succède
une grande ville populeuse et commerçante. A un mille
plus haut est Royal-Engineers-Camp, village qui s est
formé près du quartier général du corps du génie an-
glais; c'est là que réside le vice- gouverneur ; c'est
encore là que se prépare la grande carte topographique
de la nouvelle colonie. En remontant encore le Fraser,
on rencontre les forts Hope et Yale, près desquels se
sont créés des villages. Le dernier a une grande impor-
tance, parce qu'il se trouve au point où la navigation du
Fraser cesse, et où commencent les routes de terre,
vers l'intérieur; on y trouve de nombreux magasins
bien approvisionnés pour la vie du squatter et du mi-
neur. A 15 milles au-dessus du fort Yale on a jeté un
grand pont suspendu, long de 80 mètres, sur le Fraser,
c'est un objet continuel d'admiration pour les Indiens.
Je dois encore rappeler que la rivière Strickin, qui se
jette dans le grand Océan vis-à-vis de l'île du duc
d'York, sur la limite des possessions russes, a été ex-
plorée l'espace de 190 milles anglais, on y a découvert
des gisements d'or, dont le produit ne paraît pas de-
voir être inférieur à ceux du Fraser. Toute la contrée
(âS7 )
qui Favoisme a, été érigée en un nouveau district co-
lonial, sous le nom de Territoire du Strickin^ et avant
«
peu ce point encore ignoré de F Amérique du Nord aura
été entièrement exploré et étudié. Au Canada ce sont
les sources inépuisables d'huile minérale qui ont oc-
cupé l'attention publique, et leur surprenante abon-
dance a éveillé l'attention des géologues sur la con-
stitution particulière du bassin d'Enniskilden.
Enfin, je ne quitterai pas les rivages américains sans
vous rappeler qu'un essai doit être fait par une com-
pagnie anglo-danoise pour l'établissement d'une colonie
sur la côte orientale du Groenland. Vous n'ignorez pas
qu'il en exista jadis de très-florissantes sur cette même
côte, elles avaient été fondées par les Islandais ; es-
pérons que les conditions physiques et naturelles de
cette partie de la côte groenlandaise n'auront pas
changé depuis le x** siècle, et que la nouvelle compa-
gnie, à la tête de laquelle se trouve M. J. W. Tayler,
saura aussi prospérer.
Comme l'Afrique, l'Australie offre un champ iné-
puisable aux explorateurs.
Je vous signalais, dans mon précédent rapport, l'ex-
ploration de M. Walker dans la direction autrefois
suivie par Leichhardt, et la triple traversée du conti-
nent faite, dans sa partie orientale, par Burke, Gray et
Wills, par Mac Kinlay, par Landsborough. J'ai cette
fois à constater la réussite de la troisième tentative de
Mac Douait Stuart, dans le même but.
On ne peut suivre ce voyageur dans son trajet d'Adé-
laïde au golfe de Van-Diemen, sans admirer la con-
stante persévérance avec laquelle il a su triompher
( i88 )
des obstacles que la nature capricieuse du pays lui
opposait. Une première fois, en 1860, Stuart avait dû
s'arrêter à la hauteur du 19" degré de latitude australe,
à moitié chemin d'une côte à l'autre, et dans la direc-
tion du 132" degré de longitude orientale du méridien
de Paris ; dans son second voyage , il s'avança de
120 milles plus loin, jusque sous le 17* degré ; là d'im-
pétrables buissons de fourrés épineux, et aussi le man-
que d'eau, l'épuisement de ses provisions, le contrai-
gnirent encore une fois au retour. Mais, en 1862,
reprenant la même route avec une obstination que
l'on ne saurait trop louer, il tourna l'obstacle et gagna
les bords de la JRoper Biver, et atteignit la baie Cham-
bers, située sur le golfe de Van-Diemen, en face de
nie de Melville. La région qu'il traversa en dernier
lieu, est connue sous le nom de Terre d'Arnheim, il la
dépeint comme très-propre à la colonisation, et déjà
nous apprenons qu'une compagnie particulière, partie
d'Adélaïde, y a transporté, en avril dernier, du bétail,
des chevaux et tout le train nécessaire à un nouvel
établissement.
Tandis que cette partie du continent nord-australien,
situé à l'ouest du golfe de Garpentarie, parait devoir
bientôt se coloniser, l'autre partie, la partie orientale,
est parcourue par les explorateurs venus de la jeune
et déjà importante colonie de Queens'land, et, avant
peu, elle verra surgir des établissements, des fermes
et des centres de population qui s'étendront de Bris-
bane aux bords du golfe de Van-Diemen«
Quant à l'Australie occidentale, M. Leroy, de retour
à York, le 31 juillet 186S, d'une excursion vers l'est
( &89 )
de deux mois, a reconnu que les pays qu'il avait par*
courus manquaient presque entièrement d'eau, qu'il
n'y avait pas de gibier, et qu'ils étaient déserts, ce qui
ne laisse que peu d'espoir pour la colonisation du sud
de l'Australie occidentale.
Vous le voyez^ l'esprit colonisateur et d'entreprise
de nos voisins a porté bien des fruits en Australie, de-
puis le jour où le premier navire anglais déposait sur
la plage de Botany-Bay les convicts que la mère patrie
rejetait de son sein. Aujourd'hui, cinq colonies: la
Nouvelle-Galles du sud, l'Australie méridionale, l'Aus-
tralie occidentale , la colonie de Victoria , celle de
Queens'land, auxquelles il faudra bientôt joindre celle
de l'Australie septentrionale, sont en pleine prospérité.
Elles ont chacune un gouvernement, une administra-
tion qui leur est propre, leurs richesses en troupeaux,
leurs productions en laines, en cuirs, sontconsidérables.
Elles auront un grand poids dans la balance commer-
ciale de l'Europe, lorsque leurs produits pourront par-
venir sur nos marchés par la voie des escales de l'ar-
chipel Indien et par le canal de l'isthme de Suez.
Si dans la Nouvelle-Zélande du nord, l'autorité an-
glaise est momentanément compromise par le soulève-
ment des indigènes qui habitent la partie septentrionale
et occidentale de la province d'Auckland , dans Tîle du
sud, la colonisation fait de rapides progrès. La pro-
vince d'Ottago a dû à ses gisements aurifères un déve-
loppement qui rappelle celui des placers australiens ;
et au sud de cette province, il s'est formé un nouveau
territoire colonial, sous le nom de Souihland^ dont la
( &A0)
capitale, InvercargiU, sur le détroit |le Foveaux» est
admirablement aituée pour le commerce.
Du reste, ce pays à encore été, cette année, le ihéA-
tre d'une heureuse exploration scientifique de la part
de M. Julius Haast, le zélé et infatigable géologue de
la province de Ganterbury. Il a exploré les lacs Havea
et Wanaka, ainsi que les glaciers et les rivières qui les
forment; il a découvert, en remontant la vallée de la
Makarora, un papsage qui permettra de . franchir les
Alpes néo-zélandaises pour se rendre de la côte orien-
tale à la côte occidentale, et dont la plus grande alti-
tude ne dépasse pas A 90 mètres. .
Enfin, Christchurcb, chef-lieu de la province de
Canterbury, a vu se former dans son sein une associa^
tion savante, le Philosophical Instituiez qui, bientôt,
nous l'espérons, recueillera, pour les répandre au loini
tous les renseignements et les matériaux qui pourront
intéresser la géographie, la géologie, l'histoire natu-
relle de cette terre antipodique. Déjà vous avez eu sous
les yeux une grande carte de cette même province de
Canterbuiy dressée par J.[S. Browning, du Survey
office, avec l'indication des explorations des docteurs
Julius Haast et Hector, et vous avez pu y remarquer
le carroiment d'une grande carte topograpbique de la
province, à l'échelle d'un pouce par mille, qui n'aurait
pas moins de 114 feuilles. Ajoutez à ce document le
bel ouvrage que nous devons à M. Ferdinand de Hoch-
stetter (1), qui a pour principal objet la description
physique et naturelle de la grande île du nord, enfin
(1) Newe Seeland Yon I)octor Ferdinand von HochsteWeri 1 roi. in-4,
Stuttgard. .
( ai )
Tatlas en six feuilles (1), que M. Aug. Petermann a
dressé pour Tarchipel entier, et qui renferme toutes
les récentes acquisitions scientifiques que nous devons
à MM. Hochstetter, Julius Haast et Hector, vous pour-
rez vous convaincre des progrès qu'a faits dans ces
dernières années la géographie de la Nouvelle-Zélande.
C'est avec raison que je vous disais, l'an dernier, que
l'envoi de M. le capitaine Guillain, comme gouverneur
de la Nouvelle-Calédonie, devait nous faire bien au-
gurer des progrès de la reconnaissance géographique
de l'intérieur de l'île.
Par son ordre, M. le lieutenant de vaisseau Cham-
beyron, dont vous connaissez déjà les explorations an-
térieures, a effectué au commencement de cette année
une reconnaissance de la partie méridionale de la Nou-
velle-Calédonie, et des sentiers à l'aide desquels les
naturels la traversent d'une côte à l'autre. lia reconnu
la rivière des Kaoris, qui prend sa source dans un
petit lac de l'intérieur, et qui vient se jeter dans la
baie du sud, après un parcours de 18 à 20 kilomètres;
sa largeur moyenne est de 8 à 10 mètres, et, vers le
milieu de son parcours, elle forme trois chutes succes-
sives de 20 mètres de hauteur totale. Ses bords sont
fertiles, surtout dans le voisinage de son embouchure
où sont établis les Tuaourou, qui cultivent les ignames,
les taros, les patates douces, les bananes, le maïs et
la canne à sucre. M. le lieutenant Gbambeyron est ren-
(!) Geologisch'Topographischer Atlas van NeuihSêeland, hearbeitet
von Doctor Ferdinand von Hochstetler un Doctor Aug. Petermann,
Sechs Kanen. Gotha, 1863.
VI. DÉCEMBRE. 6. 20
( &A2 )
tré à Port-de-France, après avoir heureusement accom-
pli la mission dont il avait été chargé.
Un lieutenant d'infanterie de marine, M. Bourgey, a
ramené en cinq jours, de Napoléonville, sur la baie de
kanala, à Port-de-France, un détachement de SO hom-
mes ; il a donné, de cette traversée d'une côte à l'autre
de la Nouvelle-Calédonie, une intéressante relation, de
laquelle il résulte que la chaîne de montagnes qui sert
d'arête à l'Ile, est plus rapprochée de la côte orientale
que de la côte occidentale, vers laquelle elle projette
une série de contre-forts, qui forment des vallées suc-
cessives au fond desquelles grondent des torrents qui
donnent naissance à des rivières, la plus importante
de ces dernières est la Tontouta, large d*environ
80 mètres au point où il la traversa. Les indigènes
vivent dans des villages isolés les uns des autres, cha-
cun représentant, pour ainsi dire, le chef- lieu d'une
tribu. Les villages que M. le capitaine Bourgey rencon-
tra sur sa route, que l'on peut évaluer à 138 kilo-
mètres, sont ceux de Quindé, de Bouno, de Moinbo,
d'Ouseï, de Mindjéreno, de Népidjaou ; le plus impor-
tant est celui de Bouno : placé dans une situation ma-
gnifique, sur une petite éminence, il se compose d'en-
viron soixante cases, bien aérées et bien entretenues, et
sa population peut être évaluée à 600 habitants.
Partout sur le passage de la petite colonne, les habi-
tations étaient vides; les naturels s'étaient d'abord
enfuis dans les bois, et il ne fallut rien moins que les
paroles de paix et les présents de l'ofQcier français pour
persuader aux chefs qu'ils avaient affaire à des hôtes et
non pas à des ennemis.
( A&3 )
M. le capitaine Guillain a, d'ailleurs, voulu faire lui-
même une reconnaissance des côtes de l'île, et dans
le courant du mois de juin dernier, il a successivement
visité Unia, Tupéti, Yo, Nakéti, Kanala, Rouahoua,
Ina^ Wagap, Hienguène, Puébo et Balade ; partout il a
été bien reçu, et les chefs indigènes ont réclamé l'éta-
blissement de postes militaires.
Les Néo-Calédoniens cherchent à se rapprocher de
nous, et lorsque l'intérieur de l'île aura été entièrement
reconnu, qu'on y aura introduit du gros bétail en quan-
tité suffisante, qu'on y aura établi des routes reliant
d'une côte à l'autre les principaux centres de popula-
tion, l'œuvre de la colonisation y progressera certaine-
ment.
Déjà va-t-on tenter un essai qui, il faut l'espérer,
pourra amener d'heureux résultats. L'année qui va
s'ouvrir ne s'écoulera pas sans qu'on y ait fondé un
pénitencier colonial. On a, de plus, constaté l'arrivée
dans la colonie de quelques travailleurs australiens que
les déceptions et les découragements des placers éloi-
gnaient du continent voisin. Enfin, si indépendamment
de ses richesses naturelles, de sa plantureuse fertilité,
de la beauté de son climat, il ne fallait à la Nouvelle-
Calédonie, pour fixer sur elle l'attention des émigrants,
que l'appât de l'or, elle n'aurait non plus, sous ce
rapport, rien à «nvier à l'Australie et à la Californie ;
en effet, l'or a été découvert mêlé, à l'état de paillettes,
à la terre argilo-micacée de la vallée de Houéhiahomme,
à 2 kilomètres de Puébo.
Il se passera cependant encore un certain temps
avant que nous n'ayons lié des relations avec les nom-
( àhti )
breused trlbns qui composent la population de la Nou*
veile-Calédonie, surtout avec celles do la côte occiden-
tale, qui sont les plus considérables et les plus sauvages;
elles occupent de vastes plaines et de fertiles vallées,
dont le sol leur fournit, avec peu de travail, tous les
végétaux et les quelques fruits qui composent leur ali-
mentation. Il ne leur manque que du bétail pour jouir
d'une existence confortable, au sein de leur sauvage
indépendance.
Sur la côte orientale, notre domination est reconnue
de Yalé à Balade. La protection des établissements
des missionnaires a rendu successivement nécessaires
les postes de Balade, de Kanala et de Wagap ; ces
postes établis, il a fallu les ravitailler; la sécurité dont
on jouissait dans leur voisinage y a attiré des colons ;
un mouvement régulier de troupes, de navires de
guerre, de caboteurs, de commerçants, s'y est de plus
en plus développé, rendant chaque jour nos rapports
plus faciles avec les indigènes de cette région. Espérons
que le même enchaînement de faits sur la côte occi-
dentale, au nord ouest de Port-de-France, chef-lieu
de notre établissement, amènera le même résultat, et
que le dernier repaire de la sauvagerie néo-calédo-
nienne n'am'a plus pour nous de sanglants mystères.
Je n'aurai, cette fois, rien de nouveau c^ vous signa-
ler dans les autres parties de l'Océanie française.
Les derniers rapports relatifs à Tahiti nous repré-
sentent l'île comme étant en pleine voie de prospérité ;
il en est de même de l'archipel Pomotou, sur lequel
s'étend notre protectorat, et des îles Marquises.
Les lies de l'archipel Indien ont donné lieu à plu-
( &45 )
sieurs intéressants mémoires touchant l'ethnographie
et la linguistique, vous pourrez les voir dans le journa
spécial que publie à Singapour le zélé M. Logan (1).
Les grandes îles hollandaises ont été l'objet de tra-
vaux hydrographiques ou hypsométriques importants,
et parmi les cartes qui ont été publiées par les soins
du gouvernement colonial, je dois une mention parti-
culière à la belle carte de Java et Madura, en quatre
feuilles, dressée à l'échelle de 1 717000% par M. W. F.
Versteeg, et imprimée par le procédé chromolitho-
graphique au bureau topographique de Batavia (2).
C'est une carte routière, très-complète, faite pour gui-
der les chefs de corps dans l'île de Java. Elle renferme
un profil des hauteurs dans le sens de la longueur de
l'île, et de nombreuses notes explicatives.
Enfin, je ne vous parlerai des Philippines que pour
vous signaler le terrible tremblement de terre dont
nie de Luçon a été le théâtre, le 3 juin dernier, à sept
heures et demie du soir. Cette catastrophe, qui a cou-
vert Manille de ruines, et qui a coûté la vie î\ dix-
mille habitants, avait, comme d'ordinaire, été précédée
de signes avant-coureurs, tels qu'une atmosphère pe-
sante et remplie d'émanations sulfureuses, de bruits
souterrains, de flammes sortant de terre. La secousse
avait duré à peine quarante ou cinquante secondes,
et ce peu de temps a suffi pour faire bien des vic-
times, et couvrir de ruines la reine des Philippines.
(i) Journal ofthe Indian Archipelago.
(2) Nieuwe tevens Elape-kaart van Java en Madoera, Ingevolge,
Gouvernements besluit dd° 7 Augustus 1860 n" 15. Op, de Schaal van
1 : 717000. Te zacacngesteld door dcn kapitein der génie W. F. Wer-
flteeg Tp. Bureau. Batavia, 1861-1862.
( 446 )
J'achève, messieurs, le rapide et trop incomplet ex-
posé de vos travaux intérieurs, et du mouvement géo-
graphique pendant Tannée 1863.
Ainsi que vous l'avez pu voir, le travail des nations
exploratrices, au premier rang desquelles brillent la
France, l'Angleterre, l'Allemagne et la Russie, ne con-
naît ni trêve, ni repos. La science du globe marche
incessamment vers de nouveaux progrès.
Mais si l'on a beaucoup fait, il reste encore beaucoup
à faire. L'Afrique, l'Australie, l'Asie, l'Amérique ré-
servent encore des palmes glorieuses aux voyageurs de
l'avenir. Quel est celui qui sera assez heureux pour
pénétrer au cœur de l'Afrique équatoriale, dans les
régions inconnues qui s'étendent du Waday au Congo?
Qui, le premier, pourra parcourir les steppes et les
solitudes de l'Australie occidentale? Qui aura la noble
satisfaction de nous révéler les mystères de cette région
asiatique, où naissent le Brahmapoutre et les grands
fleuves de l'Inde transgangétique, au seuil de laquelle
est venu mourir notre compatriote Henri Mouhot ? A
quel voyageur est réservée l'heureuse fortune de rap-
porter une bonne description de l'Yucatan, du Chiapas
et du Honduras, description que réclament à la fois le
géographe, l'historien et l'archéologue? Enfin quel
marin audacieux achèvera, sur les traces de d'Urville,
de Balleny, de Wilkes, de soulever le voile qui nous
dérobe les solitudes glacées des terres australes ? Vous
le voyez, voici encore, parmi tant d'autres que j'omets,
bien des sujets d'études et de travaux.
La carrière des sciences géographiques est sans li-
mites, et si l'homme peut un jour espérer parvenir à
(447)
l'entière connaissance du globe, il lui restera encore le
champ inépuisable des améliorationSi des perfectionne-
ments à apporter à ses travaux, à ses descriptions.
Pour vous, messieurs, qui suivez avec intérêt la
marche progressive de la science que nous aimons,
votre tâche est grande et belle. C'est à vous, en effet,
qu'il appartient de stimuler par l'exemple, par vos
avis, le zèle des explorateurs. Vous leur tendez une
main secourable, alors que, comme René Gaillié, ils
viennent, encore pauvres et inconnus, vous dire les
résultats scientifiques de leurs fatigues, de leurs mi-
sères ; vous faites connaître ceux qui ont bien mérité
de la géographie, vous les signalez à l'attention de
tous, vous répandez, vous popularisez leurs travaux ;
enfin, comme l'ont fait vos aines, vous apportez à
l'édifice de la science votre humble tribut et vous
concourez à sa glorification.
Puisse votre zèle, puisse ce dévouement, dont vous
donnez tant d'exemples généreux et désintéressés, se
propager dans notre pays I Souhaitons tous que l'en-
seignement géographique soit en France à la même
hauteur que nous le trouvons chez nos voisins ; et pour
que ce noble but soit atteint, faisons surtout des vœux
pour une organisation plus large, plus complète, plus
efiicace de cet enseignement, qui, du jour où il sera
mieux compris, mieux encouragé, ainsi qu'il doit l'être
dans un grand pays comme le nôtre, rendra à notre
Patrie, au point de vue géographique, le rang qu'elle
occupait, au temps des Sanson, des Delisle et des
d'Anville.
18 décembre 1863. V. A. MalTE-BrUN.
( AA8 )
ERRATUM
PASSAGE NORD-OUEST
DÉCOUVERT PAR SIR JOHN FRANKLIN
ET POSTÉRIEUREMENT PAR LE CAPITAINE M^GLURB
(Bulletin d*août 1863, p. iS8, et tirage à part, p. 6.)
Par une erreur d'impression dont nous ne nous ren-
dons pas bien compte, au sujet de la découverte du
passage nord-ouest entre les deux Océans, on a oublié,
dans le Bvlletin de la Société de géographie ( août
1863, page 128), et dans le tirage à part de notre
notice sur John Brown (page 6), de placer quelques
lignes en tête de la note qui devait être ainsi conçue :
Par l'amiral sir Jfobn Franklin, dès 1837, en venant
» de l'est, et bien postérieurement, en venant de l'ouest,
» par le capitaine M'Glure, en 1850, et l'on pourrait
)). dire presque en même temps que celui-ci par le capi-
» taine Collinson. »
On peut voir, en efTet, dans le Bulletin de la Société
de géographie ( &"* série, tome XI, 1856, pages 70 et
suivantes), et dans le tirage à part de notre notice
sur la vie et les travaux de l'amiral sir John Franklin
(pages 36 et suivantes), le détail des découvertes et
des travaux de ce célèbre et infortuné navigateur, de
( hhO )
1S19 à 18&7. II en résulte d'une manière incontestable
que c'est lui qui a le premier découvert ce fameux
passage, o Franklin and his companions hâve solved
» tke long sought problem of a North-West passage^ in
» forging with their lives^ or in other words by their
» deaths^ the last and only link wànting to complète
» the chain. » Ainsi que le dit si éloquemment sir John
Richardson, dans l'épigraphe placée en tète de notre
notice, et que l'ont si bien démontré les plus éminents
navigateurs arctiques et les plus savants géographes,
parmi lesquels nous nous bornerons à citer sir Rode-
rick I. Hurchison, qui se sont occupés de cette impor-
tante question.
Nous croyons enfin devoir ajouter, qu'outre l'avan-
tage de l'antériorité de la découverte, il est un point
d'une haute importance qui ne saurait être passé sous
silence. Le passage que Franklin a découvert le pre-
mier est en effet le seul qui puisse être tenté avec
succès par les navigateurs, en attendant toutefois, en
quelques circonstances, le moment favorable pour exé^
cuter la traversée, tandis qu'il parait à peu près reconnu
que celui qu'on doit au capitaine M'Giure est presque
constamment fermé par les glaces.
De la Roquette.
( i60 )
Jketmm de la Société.
EXTBAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES.
Séance du 20 novembre 186S.
PfttSIDENCK DB 11. DB QOATBBFAGBt.
M. le capitaine de frégate Vallon, chargé d'exami-
ner un instrument destiné à faciliter la levée des plans,
offert à la Société par M. le marquis de Turenne, rend
compte, par lettre, de son examen et déclare que
ledit instrument serait d'une grande utilité pour les
voyageurs.
M. de la Roquette annonce la mort de M. Tfaomassy»
à la Havane, par suite d'une fièvre typhoïde. Cet évé-
nement aurait eu lieu vers la fin de juillet 1865. Ce
voyageur, membre de la Société, était au moment de
retourner en France, venant de la Nouvelle-Orléans,
où il avait entrepris d'établir des salines.
Le même membre fait ensuite hommage à la So-
ciété, au nom de M. Hermann Schlagintweit, de trois
brochures en langue allemande : 1° Résultats météoro-
logiques de rinde et de la haute Asie; 2» De la tem-
pérature moyenne de Tannée et des saisons, et le
caractère général des lignes isothermes dans l'Inde et
dans la haute Asie ; 3"" Echelle tournante métrique,
avec un petit tableau.
M. de la Roquette offre également, au nom de M. Ba-
( 451 )
rufii, une brochure sur la vie et les travaux de M. Al^-
bert de la Marmora.
M. le secrétaire général donne lecture de la liste des
ouvrages oflFerts,
Sont admis comme membres de la Société, MM, de
Grammont, capitaine au Aâ* de ligne, présenté par
MM. E. Cortambert et Maunoir ; Auguste Guinnard,
présenté par MM. L. Dubois et Malte-Brun.
M. Michel de Galkine, membre de la Société de géo*
graphie de Saint-Pétersbourg et voyageur en Orient,
présent à la séance, lit une intéressante notice sur les
Turcomans de la mer Caspienne. Ce travail sera inséré
dans le Bulletin.
M. de Khanikoff dépose sur le bureau son mémoire
relatif à l'ethnographie de la Perse, lequel est destiné
à être imprimé dans le Recueil des mémoires de la
Société. Il entre à ce sujet dans un développement
oral analytique qui donne lieu à quelques observations
de M. Vivien de Saint-Martin ; il signale à l'auteur un
mode de simplification qui lui parait d'une exécution
facile, et qui mettrait plus en lumière les faits qui res-
sortent de ce travail. Il s'agirait de prendre les Guèbres
comme centre de la description ethnographique de
l'Iran, et de considérer tour à tour les Afghans au nord-
est, les Beloutches au sud-est, les Kourdes à l'ouest^ les
Arméniens au nord-ouest, et, enfin, les habitants du
Turkestan au nord. On pourrait ainsi indiquer touf à
tour les modifications de la race typique, qui se re-
marquent chez chacune de ces races décimées. •
M. de Quatrefages, prenant la parole sur le même
sujet, pense que les instruments crâno-métriques em-
( Â62 )
ployés jusqu'ici par les voyageurs, sont incomplets ou
d'un difficile emploi, et il signale la photographie
comme devant rendre de grands services pour cet
usage, II regrette que, jusqu'ici, on n'en ait pas usé
davantage. Pour qu'elle fournisse des données numé-
riques aussi certaines que celles qu'on cherche par des
moyens, souvent inapplicables, il suffit de prendre des
épreuves dans un rapport de grandeur déterminé avec
les modèles 1/3, 1/4, 1/5* de diamètre et même moins.
Il faut, en outre, avoir soin de prendre toutes les épreu-
ves très-exactement de face ou de profil. Les épreuves
ou dessins pris de trois quarts, sont sans doute artis-
tiques, mais, au point de vue anthropologique, ils
sont pour ainsi dire sans valeur. M. de Khanikoiï s'était
déjà préoccupé des services que la photographie pour-
rait rendre à l'étude des crânes. La photosculpture est le
mode de reproduction le plus parfait que Ton ait encore
mis en œuvre, mais le grand nombre d'appareils qu'elle
nécessite ne permet pas aux voyageurs de s'en servir.
M. de Quatrefages rappelle , au sujet des Tartaies
de Kazan, que M. Pritchard relate le récit de deux
voyageurs qui, ayant visité cette population à quatre ou
cinq générations de distance, ont observé l'un et l'autre
que cet espace de temps, relativement très-court, avait
produit, dans leur type, des différences très-marquées
en bien. La première de ces deux observations se rap-
portait également aux hordes encore errantes.
Or, l'auteur anglais fait remarquer qu'on ne peut ici
expliquer cette amélioration par le seul fait d'un croi-
sement, la différence des religions mettant un obstacle
absolu aux mariages mixtes. En admettant l'exactitude
( fi5â )
de ces faits, il semble à M. de Quatrefages qu*on ne
pourrait les révoquer en doute qu'en faisant des sup-
positions jusqu'ici purement gratuites ; il faut bien y
voir un exemple frappant de l'influence du milieu, en
donnant à ce mot son acception réelle, c'est-à-dire en
désignant par là l'ensemble de tontes les conditions
d'existence.
M. le président justifie, en outre, l'observation faîte
par Hérodote, au sujet de la différence de dureté entre
les crânes des Perses et ceux des Égyptiens, en disant
que des expériences récemment faites prouvent que les
crânes de ces derniers sont formés de tissus d'une den-
sité extrême et, par conséquent, d'une solidité remar-
quable. Il demande à M. de Khanikoff si le crâne indou
n'est pas seulement remarquable par la longueur de
son diamètre postérieur ; sous ce rapport, il en est qui
le dépassent considérablement. Il l'est surtout pour sa
forme ovoïde générale. A cet égard, les dessins mis
sous les yeux des membres de la Société en diffèrent
beaucoup, car ils ont la voûte crânienne presque droite
comme certains crânes celtiques exagérés qui devien-
nent presque cylindriques. M. de Quatrefages désire-
rait savoir si les crânes guèbres présentent quelque
analogie avec cette dernière forme.
Sur la réponse affirmative de M. de Khanikoff, M. de
Quatrefages fait ressortir ce que ce fait présente de
remarquable, et exprime le vœu de voir au moins les
moules de ces crânes si intéressants venir prendre
place dans les collections du Muséum.
La séance est levée à dix heures et demie.
TABLE DES MATIÈRES
COSTBNUIS
DANS LE TOME VI DE LA 5« SÉRIE.
N- 26 à 36.
(Juillet i décembre 1863.)
MEMOIRES, NOTICES, ETC.
Le D' Alfred Peoey et ses dernières explorations dans la région
da haut fleave Blanc. 1860-1861, extraits de ses papiers et
de ion Journal de Toyage, mis eu ordre et accompagnés de
notes par M. Y. A. Maltb-Drun 5
La Nouvelle-Zélande» colonie anglaise, par M. C. Maonoir. • • . 97
Notice sur la vie et les travaux de John Brovn, par M. de la
ROQUBTTI 125
Des rapports entre la géographie et Téconomie politique, discours
lu à la Société de géographie de Paris, dans sa séance publique
du 1*' mai 1863, par M. Jolbs Ddyal, secrétaire de la So-
ciété pour Tannée 1862-1863, avec un tableau 169 et 307
Coup d*œil sur la récente exploration des capitaines Speke et
Grant, par M. Y. A. Malts-Beun 250
Notes sur les usages des populations indigènes de la Cochincbiue
française, par M. Henri Binetbau 297
Notice sur le royaume de Khmer ou deKambodje, par M. Pétrus
TrQoog Yinh Ky é 326
Allocution de M. Beinaud, membre de l'Institut, à l'assemblée
générale du 18 décembre 1863 • . 362
Rapport sur les travaux de la Société de géographie et sur les
progrès des sciences géographiques pendant Tannée 1863,
par M. Y. A. Malte-Brdn • 366
( &65 )
ANALirSRS, llAPPOnTS, ETC.
Rapport Bar U Grammaire de la langue quichée espagnole-firat^
çaise^ mise od parallèle avec ses deux dialectes cakchiquel et
tzutohil, etc., avec un Vocabalaire compreDant les sources
principales du quiche compi^rées aux langues germaniques, et
suivi d*un Essai sur la musique, la poésie, la danse, servant
dMntroduction au Rabinal-Àchi, drame indigène recueilli par
Tabbé Brasseiàr (de Bourbourg), Paris, 1862, par M. Pruner-
Bet. ...b*.**»» •.••••••••••*• •#..••«.. 153
Essai de Grammaire de la langue tamachek', renfermant les prin-
cipes du langage parlé par les Imouchar* ou Touareg, des
conversations en tamachek*, des fac-^mk d*écriture en carac-
tères tiûnar', et une carte indiquant les parties de 1* Algérie
où la langue berbère est encore en usage, par M. À, Hano-
teau, chef de bataillon du génie, chevalier de la Légion d*hon-
neur, commandant supérieur du cercle de DrA-el-Mizan. —
Paris, 1860. Imp. impér. Par M. Prdnbb-Bbt ... 267
Rapport sur la Polyglotte Africana or a comparative vocabulary
of nearly tbree hundred words and phrases in more than one
hundred distinct african languages by ihe rev. S. W. Kœlle,
par M. le IK Prunbr-Bev 333
NOUVELLES ET COMMUNICATIONS.
Extraits des lettres de M. Guillaume Lbjean à M. Ernest Des-
jardins é 72
Note de M. Lbfebvrb-Duruplé, chargé au nom de la commission
de V Annuaire, de présenter un rapport sur ce projet de publi-
cation 77
Noie sur la population de l'Ile de Cuba, d'après le recensement
officiel fait en 1861 . Communication adressée à la Société de
géographie par M. Francis La vallée 144
Note de M. Antoine o'Abbadie à propos des découvertes des ca-
pitaines Speke et Grant 147
L*inslitut philosophique de Cantorbéry à la Nouvelle-Zélande,
par M. C. Madnou * 282
••#
( 166 )
Erralîtm.^ Passage nord-ouest découTert par sir John Franklin
et postériearement par le capitaioe ArClure» par M, de la
RoQUim.. • • . • • • • . • 448
» »
ACTES DE LA SOCIETE.
Prooès-ferbaoi des léames . . • • • 80 151 28S 347 4110
Oavragea offerts à la Société 90 i5S 291 356
PL4lNCHES«
Esquisse dn fleuve Blanc de Goodokoro aui cataraeles de Makédo et
au* pic Gniri, dressée d*après les croquis du D' à. Peney, par
M. V. A. MALTB*BaoN.
Esquisse générale de lUtinérairc et des Découvertes des capltdjncs
Speke et Grant, 1861-1862, par M. Y. A. Malte-Bbum.
FIN DU TOME SIXIÈME.
Parts. «— Iffipiimeiiedtf Ë. MARTiNSTti'UdMigaûB, 3.
o^^\
OCT 3 \ 1925
\
/